Asexualité

Depuis quelques années, les «asexuels» sont apparus et se manifestent sur Internet. Deux chercheurs californiens se sont appliqués à classer et définir cette asexualité et ont conduit une étude portant sur 1146 personnes dont 41 se sont identifiées comme asexuelles. Tous ont rempli des questionnaires et il est apparus que les asexuels ont moins envie de faire l’amour avec un partenaire et éprouvent une excitation sexuelle plus faible que les non asexuels. Mais par ailleurs, ils ne diffèrent pas beaucoup des autres, leurs inhibitions et leur désir de se masturber sont tout à fait comparables.


L’étude n’a pas montré de prédominance masculine ou féminine pour l’asexualité. En revanche, toutes les personnes identifiées comme asexuelles ont fait part de leurs préoccupations:

Difficultés à établir des relations intimes dans le couple, regard péjoratif des autres, frustration à l’idée de passer à côté de quelque chose. En même temps, les personnes asexuelles déclarent trouver quelques avantages: évitement des maladies sexuellement transmissibles, augmentation du temps libre, évitement des difficultés à trouver un(e) partenaire. Les chercheurs évoquent la possibilité qu’il existe un problème d’ordre biologique comme un «défaut à l’allumage», puisque le seuil de l’excitation est rarement atteint, mais c’est loin d’être prouvé.

Sources: Prausen et Graham CA, A sexuality : classification and characterization, Arch Sex Behav 2007 ;36 :341-346

Sexless, asexuel, même phénomène ?

Sexless[i]. Depuis la fin du XXème siècle et suite à la publication récente de plusieurs études sur la sexualité des Japonais (notamment Durex et Bayer), les couples japonais ont conceptualisé malgré eux ce terme. Après nous avoir envoyé celui de « no-life », sommes-nous en passe de voir  aussi débarquer celui de sexless en France ?

Qu’est-ce qui poussent certains couples à ne plus avoir de rapport sexuel ? Ce phénomène n’est-il localisé qu’en Orient ou peut-il aussi être appréhendé en Occident ?

Le Japon n’est pas réputé pour son côté puritain; aussi lorsque des études dans les années 2000 nous rapportent que les Japonais se situent à 45 rapports sexuels par an (17 chez des couples mariés âgés de 30 à 69 ans selon une étude de 2006), il est juste de s’interroger sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur propre sexualité.

Nous pouvons, afin d’expliquer pourquoi les Japonais sont aussi peu enclin au rapport sexuel, émettre plusieurs hypothèses : stress de la vie japonaise, promiscuité (beaucoup de Japonais vivent avec les générations précédentes dans des lieux restreints), surpopulation, contraception vécue comme un frein à la sexualité, relations extraconjugales fortes, surinvestissement de la vie professionnelle au détriment de la vie de couple,… .

Il semble qu’aucune de ces raisons ne soit suffisante pour expliquer le phénomène de sexless. Il faut alors nous pencher du côté des traditions. Au Japon l’homme comme la femme ne se perçoivent pas comme des individus sexués dès lors qu’ils sont mariés. Traditionnellement, les femmes ne pouvaient pas voir leurs maris comme des membres de l’autre sexe, mais tout simplement comme des frères, des âmes sœurs. Nous concevons ainsi la difficulté d’avoir une vie sexuelle avec une personne perçue d’une telle manière. De nos jours, ce sont les hommes eux-mêmes qui ont pris le relai en considérant leurs épouses comme non sexuées. Tout ceci, est en outre, accentué par l’émergence dans les années 1990 d’un mouvement d’émancipation des Japonaises qui revendiquent le droit de dire non aux choses qu’elles jugent sexuellement trop farfelues et ainsi de se refuser aux hommes. Au lieu de s’adapter, l’homme renfermé sur lui-même ne prend plus l’initiative du rapport sexuel. La rencontre amoureuse ne se fait plus! A cela s’ajoute une qualité de vie que beaucoup de Japonais considère comme peu enviable. Le burn-out n’est pas loin.


Tout ceci contribue aux dysfonctions sexuelles de manière générale. Si bien que le phénomène sexless est considéré comme une « maladie ». Pour autant, le Japon est friand de pornographie. Aussi, dire que les Japonais(es) n’ont pas ou plus de sexualité n’est pas tout à fait vrai. Les Japonais(es) ont recours à de nombreux substituts afin de vivre une sexualité épanouie. Certes, il ne s’agit pas de sexualité dans le sens où nous nous pouvons l’entendre (sexualité en tant qu’intimité construite et partagée par deux personnes consentantes). Hentai[i], clubs de rencontre, industrie pornographique, sextoys…, tout est fait au Japon pour que les Japonais(es) vivent au quotidien avec le sexe. Le Japonais vit donc sa sexualité de manière égocentrique en délaissant ce qui fait la base d’une civilisation: la relation à l’autre. Fait rassurant, lorsqu’on les interroge, les Japonais déclarent aimer leurs femmes à 80% et se plaignent de la situation à 90%.

On peut se demander si cela n’explique pas l’industrie florissante du sextoy des pays asiatiques?

Conscient des conséquences à long terme de cette « pratique », le gouvernement japonais tente de changer les mentalités. Car, si les études voient juste, le Japon (ayant un taux de fécondité de 1.3) pourrait voir sa population fortement diminuer d’ici un siècle (diminution de 35 à 45 millions d’individus).

En Occident

En jetant un œil outre-Atlantique, nous remarquons un phénomène similaire. Cela dit, les raisons en sont très différentes. On ne parle pas ici de sexless. En effet depuis les années 2000, c’est le mouvement « asexuel » qui prend de l’essor. Ce mouvement prône tout simplement une vie sans désir sexuel. Pas besoin de libido pour être heureux. Néanmoins il ne s’agit pas de se priver d’une intimité affective. Les asexuels revendiquent les mêmes besoins humains que les sexuels, le sexe en moins. Ils se refusent à une sexualité partagée; en effet certains avouent parfois céder à la tentation des plaisirs solitaires. Il nous semble ici observer la continuité d’une certaine forme de puritanisme qui revendiquait la virginité avant le mariage et qui s’attaque à présent à la vie des couples mariés.

Le plus dérangeant dans ce courant est leur désir de reconnaissance sociale. Ce n’est en rien critiquable si ce n’est qu’il créé un nouveau clivage et conflit car tout un chacun a droit à la sexualité qu’il désire. Le risque est grand également de voir pointer son nez un gourou ou une frange fanatique du no-sex (comme les anti-IVG par exemple). Le site www.asexuality.org et les membres de l’AVEN font parfois penser aux pro-anas qui ont sévi en leur temps.

En France

Et en France, qu’en est-il ? Le terme commence à être repris dans les médias (voir le reportage « l’empire du sans »[i]). Certains comme le Dr Jacques Waynberg[ii] (sexologue) pensent que la sexualité devient problématique lorsqu’il n’y a pas eu de rapport depuis 3 mois. D’autre comme Peggy Sastre (auteure du livre « No Sex »[iii]) pense que les individus peuvent être épanouis sans sexualité ; elle ne serait selon elle que boue et tabous.

Comme on peut le voir, tout le monde s’approprie le concept « sexualité ». Chacun y met ce qu’il veut en fonction de ses envies. Peut-être serait-il judicieux, de ne réserver le terme « sexualité » qu’aux ébats amoureux et de qualifier ce qui se vit autrement d’un autre terme !

Il n’est pas simple d’avoir une vie sexuelle. Sauf peut-être de vouloir vivre la sienne comme on l’entend.


[i] Diffusé sur France 3 le 16 janvier 2011.

[ii] Diffusé sur Europe 1 le 4 janvier 2011.

[iii] Edition de la Musardine, 2010.


[i] Dessins animés pornographiques.

[i] Marc Delplanque, Le Japon résigné, L’harmattan, 2009.

Auteur/autrice : Patrice Cudicio

Médecin

Sexualités: Le Magazine

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