Le BHD n°113 : Top départ, départ top !

Dans notre maternité, ce mois de juin voit partir trois collègues à la retraite…L’une d’entre elles, et non des moindres, est le sosie de Jamie Lee Curtis (classe, style, élégance et tempérament de feu).

Son souhait était de partir sans faire de pot de départ…Donc, nous, ses collègues et amies avons  bien évidemment décidé de lui organiser une petite surprise…

Une belle et chouette surprise demande de la préparation, de l’ordre, de la méthode et une bonne dose d’organisation, sans oublier des nerfs d’acier…Car ceux et celles qui n’y ont pas pensé se sentent toujours lésés et deviennent plein de fiel…Prière de se référer à la Mouche du coche de Jean de la Fontaine…

Opération « Pot de départ surprise » enclenchée…Démarrer une cagnotte tout en restant discrètes…

Ecrire une chanson en deux coups de cuillères à pot et un éclair de génie magistral…

Avoir l’immense responsabilité d’aller choisir « THE » cadeau, tout en sachant que derrière, on aura forcément des réflexions à deux balles. Décider de s’en foutre car l’important n’est pas là. Tomber sous le charme d’un collier en or avec son petit diamant car il vous rappelle immédiatement un bracelet offert par un fils chéri disparu…Appeler un mari en cachette un jour où sa femme est coincée en garde pour l’inviter, le mettre dans la confidence et lui faire jurer le secret…

De petites chipies coquines qui prétendent qu’elles ont mieux à faire que de venir dire au revoir sur votre dernier jour de boulot…

Rameuter les copines en arrêt maladie et d’anciennes collègues pour qu’elles ne ratent rien d’un événement capital…Un nounours à la guimauve qui prépare une centaine de verrines de mousse au chocolat et qui joue les reporters photographes en prime… Une « Mamie » qui apprend « Céline » d’Hugues Aufray à l’alto pour accompagner la chorale qui ne fera sûrement pas la finale de The Voice…

Une « Tata » qui met la pression sur les dernières gardes en répétant que « non, il est hors de question qu’une amie, figure emblématique du service, parte comme un pet sur une toile cirée » ! Lui prédire un bain en salle nature pour détourner ses soupçons… Un super petit binôme de la dernière garde qui fait des cookies et qui manigance pour attirer la reine de la soirée dans le piège…

Une amie espiègle qui se livre à corps perdu dans une bataille de gel échographique pour immortaliser votre dernière garde en salle de naissance… Deux derniers bébés (Naissa et Alyssa) qui vous choisissent comme marraine sans savoir qu’ils seront les derniers de votre vie professionnelle… Des copines qui se rassemblent pour une répétition générale, puis sur le parking de la mater et pour finir qui se tapissent dans l’office en attendant l’instant « T »…

Une chanson résumant bien ce qu’on ressent pour notre future retraitée…

Des rires, des larmes de joie, de tristesse, d’émotions. Un apéro dînatoire soigneusement improvisé et qui s’éternise le plus longtemps possible histoire de partager d’ultimes bons moments ; de ceux qui nous permettent de tenir en ces lieux où nous passons une grande partie de notre vie… Trois, quatre :

« Enfin, Eliane, toi qui est notre amie, des joies, des peines des rires nous avons partagés…Sache que pour nous c’est pour la vie, cafés, cannelés, soirées, on va se marrer…Oh, oh, oh, une belle retraite pleine de promesses, tu l’as, tu l’as, tellement méritée. Une belle retraite, méga super chouette, le Boys Band tu pourras retrouver »…

VVB

Le BHD n°112 : Question pour un champion

Au vu du serment que j’ai prêté, je ne devrais pas exister…

 

Je peux être indifféremment de sexe féminin ou masculin…Je suis sexiste, paternaliste et condescendant. Je mets un point d’honneur à être le champion de déplacement des colères. C’est à dire que lorsque je ne gère pas mon stress et/ou que je suis en colère après une situation, je préfère m’en prendre à mes collaborateurs en déversant tout mon fiel et mon agressivité sur ceux qui n’ont que le malheur d’être en face de moi à cet instant précis. Chaque fois que je parviens à faire pleurer un sous fifre, j’éprouve une exultation proche de l’orgasme. Je suis le roi de l’échiquier, les autres pièces ne servent que mes intérêts vrais ou supposés. Les autres pièces, comme les pions ou les fous sont d’ailleurs moindres. J’évolue dans une équipe où je fais cavalier seul. Je n’emploie des formules de politesse que si/ou, j’en ai envie. Je supporte difficilement la frustration du niveau d’un enfant de cinq ans. J’exige à tout instant que mes besoins physiologiques primaires soient respectés : faim, fatigue, soif, sommeil…J’adore faire étalage de mon niveau de vie bien supérieur à celui du commun des mortels, tout en me plaignant de manière récurrente que mon salaire n’est pas assez élevé. Toute information concernant mes enfants prend généralement l’allure d’articles de « Gala » ou « Point de vue ». J’arrive sans aucune difficulté à éteindre les autres pour paraître en plein lumière. J’exerce une profession de prestige, la plus noble qui soit…Parfois, je me prendrais presque pour Dieu… Je confonds intelligence et niveau d’études. Je suis titulaire d’un doctorat mais pas de mathématiques ou d’histoire-géographie…Je suis, je suis…

Ben, mon pote, tu es, tu es l’archétype du médecin qui me hérisse le poil version porc-épic en pleine crise de schizophrénie !

Je ne suis pas le type de personne qui fait d’une exception une généralité, donc inutile de penser que je fais des amalgames et/ou de mesquines réflexions non fondées. J’ai suffisamment d’expérience pour vous dire que, malheureusement, j’aie eu l’occasion d’en rencontrer quelques spécimens au cours de ma carrière…Un tel individu fait des ravages dans une équipe. Il contribue au mal-être, il sidère ses victimes qui n’arrivent plus ni à penser, ni à agir de manière sensée, ni à se défendre…Ce qui me désole, m’afflige…Et me donne envie de coller des « bourre pif » !

 

Le serment d’Hippocrate : https://fr.wikipedia.org/wiki/Serment_d%27Hippocrate

VVB

Le BHD n°111 : Pied-de-nez aux insultes

Je suis excentrique, entière, écorchée vive, instinctive, sorcière et fêlée…

Inutile de dire que dans la bouche de ceux qui l’ont prononcé, c’était des insultes, plutôt cruelles, d’ailleurs…Mais après analyse, j’ai décidé que ce qui nous dessert, peut au final nous servir à rebondir…

Commençons l’analyse…

Excentrique : « se dit de quelqu’un dont le comportement, la manière se s’habiller s’écartent de ce qui est habituel dans un milieu, une société »…Si le fait de ne pas me comporter comme un mouton, tant sur la façon dont je m’habille, tant sur les valeurs que je défends et tant sur mes pensées qui n’appartiennent qu’à moi, alors, oui, je suis excentrique…

Entière : signifie qu’une personne ne se voile pas la face sur ce qu’elle est et sur ce que sont les autres, qu’elle est sincère et ne fait pas semblant, qu’elle déteste le mensonge et naviguer en eaux troubles…Je ne vois absolument pas où est l’insulte la dedans…Faire les choses corps et âme fait de moi une personne entière et c’est très bien, je ne vois pas comment on pourrait faire les choses en séparant le corps et l’esprit, ils sont indissociables

Ecorchée vive : «  se dit d’une personne d’une extrême sensibilité  et vulnérabilité ». Le divorce m’a littéralement pelée l’épiderme. Lorsqu’on se retrouve le derme à vif, effectivement, c’est douloureux, mais en même temps, cela permet de mieux percevoir les autres. Je repense souvent à cette pédopsychiatre qui nous donnait des cours en sexologie, elle avait coutume de dire que ceux qui vivent un traumatisme en garde un don…J’aime cette vision des choses.

Instinctive : « personne qui agit selon son instinct »…Avec une définition pareil, on voit tout de suite de quoi on parle…Je dirais que c’est mon côté animal qui s’exprime. J’aurais voulu être une chatte, petit félin symbole de féminité et compagnon de sorcière…Et tout ce qui va avec : langueur, chasse, paresse, griffes, caresses…

Fêlée : « personne un peu folle », synonymes : fendu, fissuré, insensé, dérangé. C’est vrai, je suis fêlée, mais c’est pour mieux laisser passer la lumière…A force d’avoir été brisée et de recoller les morceaux, la pièce finale n’est plus parfaite, qu’importe, c’est ainsi que je m’aime, c’est celle que je suis devenue…Je citerais Marylin Monroe : « L’imperfection, c’est la beauté. La folie, c’est le génie. Il vaut mieux être totalement ridicule que totalement ennuyeux ».

Sorcière : mon préféré ! La plupart des gens imagine aussitôt une vieille femme moche, pleine de pustules, maléfique sur son balai, pas moi ! J’y vois une femme libre pensante, s’assumant pleinement, terriblement féminine, capable de percevoir, de ressentir, de deviner et d’observer. Je suis une sorcière !

Je terminerais par une phrase d’un penseur allemand, Buyung Chul Han : « Les personnes les plus formidables sont celles qui ont connu l’échec, la souffrance, le combat intérieur, la perte et qui ont su surmonter la détresse. Ces personnes ont une sensibilité, une compréhension de la vie qui les remplit de compassion, de douceur et d’amour. La bonté ne vient jamais de nulle part ».

VVB

Le BHD n°110 : Le retour de la Sardinade

L’année dernière, le baptême de ma petite Sardine avait été un des meilleurs moments que j’aie passé dans l’année. A cette occasion j’avais été adoptée par une bande de potes qui se connaissent depuis trente ans. Forts de nos trois jours de liesses, nous nous étions promis de nous retrouver cette année pour nous refaire un week-end de folies…Ce que j’aime, ce sont les promesses tenues, et davantage encore, quand les promesses tiennent leurs promesses au-delà de tout…

Première étape, trouver un lieu qui permettent à tous de venir des quatre coins de la France. Epreuve validée et brillamment, de surcroit, par maman Sardine qui nous a déniché un super camping de luxe avec des mobil-homes en Vendée. Etape deux, réunir un maximum de potes…Certains, coincés par leurs obligations parentales et professionnelles, n’ont pu répondre à l’appel…Difficile à accepter, mais pas le choix ! Et c’est ainsi que samedi dernier, vingt joyeux drilles, enfants, adolescents et adultes ont débarqué sous le soleil de la côte vendéenne, avec un seul mot d’ordre : faire la fête !

Nous avons juré, comme dans la Ligne verte que : « Ce qui se passe dans le bloc E reste dans le bloc E »…Je peux tout de même vous raconter certaines choses sans trahir mon serment…

Donc, en vrac, comme dans une liste à la Prévert, les ingrédients d’une Sardinade réussie :

Dans nos bagages, de l’amitié, de la bonne humeur, de la bouffe pour un régiment, du champagne et autres spiritueux.

Sur place, la chaleur, le soleil, une rivière dans une piscine chauffée, un animateur qui nous surnomme aussitôt la famille Couscous parce que nous sommes le plus grand groupe.

Ce même animateur que nous avons fait tourné en bourrique et qui ne sait pas conjuguer le verbe sourire…Son « sourissez tout le monde » restera dans les annales !

La famille Couscous qui met le « feu » au camping : Blind test, danse floor, karaoké, un taux d’alcoolémie qui fait zigzaguer dans les allées, des éclats de rires, des adolescents formidables, des degrés franchis dans l’intimité, des discussions tard dans la nuit sous un magnifique ciel étoilé, des confidences de femmes…

Que serait un week-end réussi sans quelques moments désagréables…Un enfant qui s’égare dans un camping provocant la panique et mettant le stress à son comble…Fin heureuse et profond soulagement ! Un petit branleur qui s’interpose entre deux amies et des alliances de maman pour jouer les Nanny McPhee…Espérons, comme dans le film, que la leçon sera apprise et retenue : ne jamais se disputer pour un mec, à fortiori si n’en vaut pas la peine et si son passage dans nos vies est éphémère…

Vient inévitablement le temps des « au revoir », des échanges de photos, quelques larmes, et la promesse solennelle de remettre ça l’année prochaine…Amis Bretons, préparez-vous d’ores et déjà pour la venue de la famille Couscous, parce que sans nul doute, ce sera encore une fiesta inoubliable !

VVB

Le BHD n°109 : Un homme, une femme

La dernière fois que j’ai séjournée sur ma chère île, je m’étais promis de me rendre sur la tombe d’un couple d’amis…Je n’ai pas pu franchir la grille du cimetière…A mon corps défendant, je ne vais jamais, non plus, sur celles de mon papi et de mon père. Je comprends que ce soit tout un symbole pour certaines personnes, mais je ne peux pas. Chaque jour, je vois une petite mamie toute courbée partir sur la tombe de son mari avec son petit arrosoir…Non, décidément, je ne peux pas, ni le veux, d’ailleurs. Je n’ai absolument pas besoin de contempler un bloc de granit pour penser à mes proches disparus. J’ai d’autres rituels, d’autres manières de maintenir mes souvenirs d’eux. Je les enseigne à mes enfants pour qu’ils puissent rester éternels : des photos, leurs allocutions et expressions verbales favorites, leurs drôles de petites manies et tout ce qui faisait que je les aimais…

A chacune de mes visites sur Oléron, j’ai un rituel, je passe toujours devant la maison de mes amis disparus…Le portail fermé est déjà, à lui seul, une forme de deuil que je dois encaisser à chaque fois. Les herbes folles me font mal…

Pierre et Claudine étaient des gens extraordinaires, aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, ils faisaient partis de mon paysage estival. Je crois qu’il formait le couple le plus uni que j’aie jamais rencontré. Pierre n’était pas un insulaire, il était ébéniste de formation. Il a connu Claudine lors d’une mission professionnelle. Cette rencontre a scellé son destin pour toujours. Elle était fille d’ostréiculteur. La légende raconte que lorsqu’il a demandé la main de Claudine, le père de celle-ci lui aurait déclaré : « Si tu veux ma fille, il va falloir prendre la mer ! ».

C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à la tête de l’entreprise familiale, main dans la main aussi bien sur l’océan que sur la terre ferme.

Elle était volubile, il était discret. On aurait dit qu’ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, leurs âmes étaient connectées.

Elle aurait pu être ma grande sœur, elle me laissait piocher dans ses lectures, elle écoutait mes doutes, mes espoirs d’adolescente, puis de toute jeune femme et, ensuite, de femme…

Je me souviens quand on lui a diagnostiqué une espèce de saloperie de maladie dégénérative, je me souviens de son handicap, je me souviens de son départ…Tels des inséparables, Pierre n’a pas été long à la rejoindre…Et je veux croire que leurs âmes sont encore unies telles qu’elles l’ont toujours été de leur vivant…

VVB

Le BHD n°108 : Vide maison

Nous allons bientôt commencer le sixième mois d’hospitalisation de ma mère et je peux affirmer sans aucune prétention que, depuis tout ce temps, je n’ai pas ménagée ma peine pour venir à bout du merdier allégrement réparti sur les 300 mètres carrés de sa chère maison !

Quand ma sœur est venue trois semaines, nous avons commencé par les tours de déchetterie, puis l’association des Paralysés de France…Je ne vous dirais pas le nombre de tours, je crois que ce serait indécent…Ma mamie nous serine sans arrêt qu’il y a « beaucoup de choses de grandes valeur »…Peut-être, à une époque lointaine…Mais ce n’est, hélas, plus le cas.

J’ai passé 3 semaines à nettoyer et trier des bouteilles dans une cave de 9 m2, j’ai listé tout le vin avec mon grand et l’ai communiqué à des sites spécialisés…Pour au final apprendre que tout le vin de mon père était sans valeur et aurait dû être bu depuis des lustres…Quand je pense à toutes les fois où il nous a servis de la piquette…J’ai les nerfs !

J’ai passé tout autant de temps sur un seul placard de 3m3 bourré de photos et d’albums…Mon père avait jusqu’à 5 exemplaires de la même photo…Mais pourquoi ?

Ensuite, j’ai passé 2 mois à préparer un vide-maison qui s’est passé le week-end dernier. Pour l’occasion, une équipe de choc est venue en renfort : ma grande, mon petit, Pascal et Sylvie (un couple d’amis de ma frangine) et, pour finir, ma sœur (qui a eu la « bonne idée » de se casser le poignet, un doigt et des côtes, sans parler des ecchymoses multiples et variées…).

Deux jours de boulot intensif, de coups de téléphones, même une dame qui voulait me ramener des affaires de chez elle (ah, ben ça, je ne fais pas !). La maison étant en vente, il a aussi fallu jouer les agents immobiliers… Ce fut aussi l’occasion de franches rigolades, de repas sympathiques et bien arrosés, avec du vin acheté (LOL).

Il reste de gros meubles qui ne sont pas partis, des gens qui doivent s’organiser pour venir chercher ce qu’ils ont choisis, mais, toute notre équipe est plutôt fière du résultat.

Et, à l’heure où j’écris ces lignes, je peux vous dire…C’est qui la plus balèze ? C’est tata Mayonnaise, parce que si j’ai dû écourter ma journée sur Oléron, ce soir, tout le garage est vide, vous avez bien compris, vide ! J’ai reçu en début d’après midi l’appel d’une association qui voulait des dons pour une braderie le week-end prochain…Je crois qu’ils ont été servis ! 3 remorques et 3 voitures utilitaires pleines ! Yes !

Il reste encore quelques pièces et des choses que j’ai mises de côté pour donner aux amis et aux potes, mais franchement, je suis heureuse et soulagée.

En refermant la porte ce soir, je n’ai pu m’empêcher de penser à un passage du Père noël est une ordure…Quand Zézette demande : « Monsieur Pierre, est-ce que je peux prendre les coquilles d’huîtres ? »…Et qu’il répond : « Tant que ça fait plaisir et que ça débarrasse »…

VVB

Le BHD n° 107 : La 344ième…

Il se trouve que dans ma jeunesse, j’ai eu recours à l’IVG…Je venais de rencontrer celui qui serait un jour mon mari et je venais de me séparer d’un homme qui ne voulait absolument rien construire avec moi, l’idée du mariage et des enfants lui filait des crises d’urticaire et de plus, il se payait le luxe d’avoir des aventures de droite et de gauche, s’imaginant bêtement que je ne m’en doutais pas. Je prenais, bien évidemment, la pilule. Après une rupture houleuse, il m’a adressée une lettre dans la quelle il disait que s’il m’avait mise enceinte, jamais je ne serais partie…Là, j’ai eu comme un déclic…Les symptômes bizarres que j’éprouvais depuis quelques semaines, c’étaient ceux d’une grossesse…Processus enclenché, les délais étaient encore bons. Je ne voulais pas commencer une nouvelle histoire d’amour avec un fardeau qui n’avait rien à y voir…Attention, je ne cherche absolument pas à justifier mon geste, j’explique simplement. Les femmes doivent gérer environ 40 années de contraception, et rien que ce fait, il y aurait matière à ruer dans les brancards…C’est encore à nous de gérer les potentielles tuiles qui se mettent sur notre route. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance, de pouvoir bénéficier d’un avortement, de pouvoir décider de ma vie…Ce n’est pas un choix que l’on exécute de gaité de cœur…D’ailleurs, ensuite, il a été nécessaire que je reçoive des traitements pour être enceinte de mes deux premiers enfants…Lutte du corps et de l’esprit qui ne pardonne pas, sûrement, un geste contraire à la nature première de la femme. Enceinte sous pilule et infertile…Un comble ! J’ai eu honte pendant plus d’une décennie, mais de quoi, au juste. D’avoir été trahie par un homme, par ma contraception, ou les deux ? Pas de mon choix, en tout cas.

 

En 1971, est paru le manifeste des 343 salopes. Ces femmes reconnaissaient s’être fait avorter pour défendre le droit à l’avortement…Et ce n’est que le 26 novembre 1974, après une brillante intervention de Simone Veil à l’Assemblée nationale que la loi sera promulguée…Le 17 janvier 1975…

En France, un tiers des femmes ont recours à l’IVG au moins une fois au cours de leur vie.

Il suffit malheureusement d’ouvrir la page Google aux actualités sur l’avortement pour se rendre compte que les droits des femmes sont précaires en ce domaine, même lorsqu’il s’agit de l’interruption médicale de grossesse…Argentine, Irlande, Salvador, Pologne, Italie, Belgique, sans parler des Etats Unis et des pays où la religion l’interdit formellement…

En France, en ce moment, le HCE (Haut Conseil à l’Egalité) appelle à faire de la Constitution un texte garant de l’égalité hommes/femmes via 9 recommandations de modifications. Notamment, garantir comme droit fondamentaux le droit à l’avortement et à la contraception, le droit à une vie sans violence sexiste et sexuelle, le droit de bénéficier à égalité des financements publics. Première lecture à l’Assemblée et au Sénat prévue le 9 mai…Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser aux paroles de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

 

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_rapport_constitution-garante-v4.pdf

 

https://www.nouvelobs.com/societe/20071127.OBS7018/le-manifeste-des-343-salopes-paru-dans-le-nouvel-obs-en-1971.html

VVB

Le BHD n°106 : Musique, Maestro !

 

Il n’est un secret pour personne que je chante faux et que je n’ai pas la chance d’avoir l’oreille musicale…Ce que je regrette, car j’adore tout de même pousser la chansonnette…Je le fais, mais je réserve ça à l’habitacle de la voiture où lorsque je suis seule à la maison. J’ai déjà tenté de chanter au boulot…Mais ça donne des envies de meurtres à mes collègues…

Je ne sais pas si certaines ou certains d’entre vous connaisse ce film, Professeur Holland, avec l’excellent Richard Dreyfuss, dans lequel il écrit une œuvre musicale magistrale tout au long de sa carrière, avec beaucoup de difficultés dues aux aléas de sa propre vie quotidienne…

Bref, j’ai tout de même la singularité d’associer des gens ou des événements particuliers de ma vie à des chansons…Habitude étrange…Ainsi, si la vie était une symphonie, je crois que la mienne ressemblerait à ceci…

Tout d’abord, ma chanson, celle qui parle de moi, c’est Ella elle l’a de France Gall (bien que je ne sois ni noire, ni chanteuse). Sensualité d’Axelle Red pour mon ex-mari et Là-bas de Goldman pour tous ses départs en mission…A croire que cette chanson avait été écrite pour nous…Mon premier amour, Week-end à Rome d’Etienne Daho, Aux sombres héros de l’amer et Noir Désir pour un autre amoureux…Mon grand frère de cœur est indissociable de Dire Straits et Money for nothing.

Mes enfants…La grange de ZZ top c’est mon grand, pour son énergie et ses excès. Ma grande, c’est Abba et Mama Mia parce qu’elle est une grande fan et que c’est un excellent souvenir mère/fille. Ma petite, c’est la musique du Dernier des Mohicans parce qu’elle est forte, déterminée, courageuse et parfois emmurée dans le silence de ses colères. Mon petit Crapaud, c’est la comptine une Souris verte pour toutes ces fois où je lui ai chantée afin qu’il s’endorme…Il y a aussi Africa de Toto pour nos délires en voiture…

Ma bonne humeur s’accompagne d’un Amour à la plage de Niagara. J’entends toujours Thunderstruck d’ACDC lorsque je contemple mes tatouages…

Je n’oublie pas Sangria gratuite qui m’évoque forcément toutes ces formidables soirées et nuits paloises avec mes amis et potes, je pense en particulier à la TranshumanceLes Moutons de Matmatah m’emmènent invariablement en Bretagne et me donnent envie de danser celtique…

Il reste encore, merci de ne pas se moquer…Je vais t’aimer de Sardou et cet espoir fou qu’un homme  la chante juste pour MOI…

Je m’aperçois depuis quelques temps que je m’étais beaucoup privée de musique depuis ma séparation, crainte d’entendre une mélodie qui réveille de douloureux souvenirs…

Une réplique d’un Indien dans la ville s’impose à moi : « Au début, tu as toujours l’image devant les yeux mais elle s’éloigne petit à petit. Puis un matin, tu te réveilles, tu vois la vie devant toi. Puis il y a cette image en plein milieu. Et elle est belle dans le paysage, ça s’appelle un souvenir ».

Ne me demandez ni pourquoi, ni comment, un nouvel air vient de s’accrocher à ma partition, il s’agit de Musica è d’Eros Ramazzotti et Andréa Bocelli…Le début d’une nouvelle ère…

VVB

Le BHD n°105 : Des mots, rien que des mots

Baobab : J’adore le mot. Je trouve qu’il résonne comme une formule magique sortie tout droit de Poudlard. J’admire l’arbre, sous toutes ces formes, parfois tortueuses et inquiétantes. Il paraît mort et incroyablement triste en fin de saison sèche. Mais dès que les premières pluies arrivent, il retrouve toute sa majesté, sa splendeur, comme si la sécheresse n’avait jamais existée. Je me sens comme un baobab…J’attends…

 

Déforticilisation : un mot qui claque et qui pète…A condition de le prononcer correctement et sans bafouiller. Je l’ai appris lors de mes études de « sexo ». Une fois qu’on en connait le sens, il reste tout de même très difficile à replacer dans une conversation courante…Il s’agit de la raréfaction des poils de culs après la ménopause, une sorte de dépilation due à l’âge…Avouez qu’après avoir passé des années à s’épiler, c’est un comble.

 

Sérenpidité : c’est le fait de trouver « autre chose que ce que l’on cherchait ». Cela rejoint pour moi cette parole de sagesse du Dalaï Lama : « Rappelez-vous que le fait de ne pas obtenir ce que vous désirez est parfois un merveilleux coup de chance ». Entre coïncidences et synchronicités, je patiente pour découvrir ce que l’avenir me réserve de beau et de merveilleux…

 

Epigénétique : j’en ai déjà parlé, il s’agit de l’influence de notre environnement sur notre capital génétique. Je regrette juste que ce phénomène ne soit pas davantage évoqué dans les médias à destination du grand public. Cela prouve bien, une fois n’est pas coutume, que l’important n’est pas les cartes que l’on reçoit à la naissance, mais ce que l’on en fait par la suite.

 

Assertivité : c’est la capacité à exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres. C’est aussi le refus d’avoir recours à certains comportements : la domination par la force ou par la ruse, la soumission (fuite ou abandon) et les manipulations mentales. C’est également l’art de faire passer un message difficile sans passivité et sans agressivité (source Wikipédia). Il y a une quinzaine d’années, excédée par le comportement de certains collaborateurs irrespectueux, j’avais suivi une formation pendant laquelle j’ai appris une réponse à faire à un homme insultant…Je n’ai pas encore réussi à m’en servir…C’est presque devenu un fantasme…C’est pouvoir dire : « A chaque fois que vous faîtes ça, ça m’excite ! ».

VVB

Le BHD n°104 : Le cri de la mouette

Durant plus de 25 ans, je fus une sage-femme de salle (comprenez salle de naissance ou salle d’accouchement), c’était ma vie, mon univers. J’y vivais du stress, du bon comme du mauvais, mais je m’y épanouissais, je faisais ce pourquoi j’étais faite comme une accro à l’adrénaline, agir dans l’urgence, stimuler mes neurones et ma réactivité, mon poste de prédilection ! Et surtout, j’y vivais ce moment unique en tous, celui qui me faisait vibrer plus que tout…Une petite tête montant sur un périnée et quelques efforts plus tard…La venue au monde d’un petit être tout neuf ! Sublime but ultime de ma vie professionnelle.

De l’énergie, j’en ai donnée sans compter. C’était tous les jours ou presque la finale des jeux olympiques. Ma grande spécialité : la rotation manuelle de la tête fœtale pour éviter un forceps à mes patientes (évidemment quand la nécessité l’obligeait, je ne voudrais pas être accusée de violences obstétricales).

Un jour, une première blessure est survenue, mais pas d’arrêt, sinon, les copines doivent vous remplacer sur leurs repos et ce n’est pas acceptable, c’est même carrément inconcevable.

D’autres accouchements difficiles se sont présentés: procidence, dystocie des épaules, des manœuvres particulières qui demandent force, dextérité et énergie.

Et enfin, le 20 octobre 2016, le geste de trop, épaule droite en vrac (mon bras principal) avec même des paresthésies de la main jusqu’au visage…

Je me sens comme une mouette à qui on aurait sectionné les rémiges. Je peux toujours voir l’océan, sentir les embruns, le vent, être sur le sable…Mais je ne peux plus survoler la mer, suivre le rythme des marées. J’ai perdu l’essence même de mon être profond…Professionnel, j’entends.

J’ai mis des mois à accepter l’inacceptable…

J’ai vécu avec une douleur intense tant physique que psychologique. Les examens médicaux se sont enchaînés et enfin, le rhumatologue qui ne comprenait pas pourquoi j’avais attendu si longtemps pour venir le voir : mon presque sauveur ! Plusieurs infiltrations, la petite bataille juridico-administrative pour me faire reconnaître en maladie professionnelle, parce que, tout de même, je n’ai pas fait ça en faisant des crêpes ! Tant que, selon la formule consacrée, la mère et l’enfant vont bien, personne ne se demande si la sage-femme va bien…Je ne regrette pas ce que j’ai fait, ce serait à refaire, je ferais mon devoir en conscience…

Vendredi dernier, nouvelle consultation chez mon chirurgien orthopédiste préféré. Préféré parce qu’il m’a fait entendre que ma vie professionnelle n’est qu’une partie de ma vie et que la « salle » n’est qu’une partie de mon boulot. Le verdict est tombé comme un couperet : ma tendinite chronique de la coiffe des rotateurs évolue défavorablement, l’intervention est la seule option !

J’ai failli fondre en larmes…Je ne l’ai pas fait. J’ai un délai, jusqu’en janvier, dernier carat, sinon mes autres tendons vont souffrir et je suis trop jeune pour baisser les bras ! Positivons, la bonne nouvelle dans tout ça c’est que je sois trop jeune !

VVB