Le BHD n°86 : Culture Pub

Depuis quelques temps déjà, je tente de ne plus absorber les publicités avec toute la bienveillance de la ménagère de plus de cinquante ans (eh oui), mais avec l’œil acerbe et affuté de la consommatrice vigilante et féministe…Et l’autre jour, sous mes yeux effarés et ahuris, je tombe sur la publicité : « Always Discreet Boutique ».Malgré des recherches approfondies, je n’ai pas trouvé cette publicité sur le web, mais il en pullule sur Youtube et autre…

Toujours est-il que j’ai tellement ri que j’ai failli en tomber de mon canapé. J’hésite entre deux formules : « On atteint des sommets » ou « on touche le fond », les deux s’appliquent de toutes façons devant tant d’inepties ! N’allez pas imaginer une seule seconde que ce qui me fasse rire soit que des femmes aient des fuites urinaires…Ce n’est pas ça qui m’amène à rire. Je suis une femme, sage-femme, qui plus est. NON ! C’est le fait qu’on nous prend vraiment pour des quiches !

Dispositif médical !? Je vous le demande, dit-on des couches pour bébés qu’elles sont des dispositifs médicaux ? La réponse est non !

Voudrez-t-on nous faire croire qu’il est normal, passée un certain âge, d’avoir des fuites urinaires, mais pire encore, d’accepter, sans résistance et sans lutte ce phénomène humiliant, contraignant et réducteur ?

Ne serait-il pas plus judicieux d’apprendre à chaque femme l’anatomie du périnée et la façon de le remuscler ?

Je reprends ici un des slogans de ma profession que le gouvernement a désespérément tenté de lancer : « A tout âge consultez votre sage-femme ! »…Praticien de premier recours, mais il s’agit d’une autre histoire. Mesdames, ne croyez-vous pas que la rééducation uro-génitale serait une bien meilleure option, surtout qu’elle est remboursée par l’assurance maladie. Autre option et non négligeable, la chirurgie avec un panel de propositions différentes : pose d’une bandelette (se faire remonter les bretelles), l’injection d’acide hyaluronique, le pacemaker vésical et même le sphincter artificiel…Alors, je vous le dis, si vous souffrez de fuites urinaires, ne croyez pas que votre seule option soit ces fichues culottes absorbantes. Consultez, parlez-en, trouvez le meilleur traitement adapté à votre cas et libérez-vous ! Ce qui sera toujours préférable que de renoncer à sa lingerie !

VVB

Le BHD n°85 : Les gardiens de la galaxie

Dans la mouvance du hashtag « Balance ton porc », pour faire suite au 25 novembre et forte de tout ce que j’ai déjà dit sur le surpoids, j’aimerais évoquer une violence faîte aux femmes qui n’est pas forcément considérée comme telle et qui pourtant nous pourri la vie au quotidien. On pourrait la nommer : « le devoir d’image » ou l’injonction d’être belle et de rester jeune !

Enfin, bonjour les critères physiques : être grande, mince, avoir des jambes fuselées et interminables, bien entendu, de gros seins et n’oublions pas la vulve glabre et la labioplastie toute fraîche histoire de bien ressembler à une actrice porno…

Avant de continuer mon plaidoyer, je me permets de rappeler que la première industrie mondiale, celle qui génère le plus de fric sur la planète est l’industrie du sexe (englobant de fait la pornographie, la prostitution et l’esclavage sexuel)…

Bref, je me suis souvent demandée si des mecs ne se réunissaient pas pour voter et élire les plus belles femmes de la planète…Et en plus, ça change régulièrement… Histoire de bien nous faire culpabiliser…Ce qui m’attriste, c’est que la mode a encore de beaux jours devant elle si les femmes ne cherchent pas à se sortir de cette forme particulière de patriarcat qui nous transforme presque toutes en dismorphophobiques patentées, paranoïaques, complexées et impuissantes…(Comme dirait Léodagan, personnage cher à mon cœur, « merde ! En principe, ça colle avec tout ! ».

Parce que soyons un tantinet réalistes et reconnaissons que les stars du showbiz ont des avantages contres lesquels nous ne pouvons pas lutter. Si, nous aussi, pouvions porter des fringues sur mesures, être coiffées et maquillées par de grands professionnels, être prises en photo par un artiste et ensuite bénéficier du talentueux logiciel « Photoshop »…Et bien, nous aussi nous serions divines et merveilleuses ! J’exclue volontairement le phénomène « fric » qui permet de s’offrir de la chirurgie plastique, du silicone et du Botox.

Et puis aussi, arrêtons notre tendresse avec nos homologues masculins, parce que les chéris nous veulent en déesses, mais font-ils l’effort d’être des Apollons ? Nous avons le chic pour les excuser : une calvitie les rend sexy, un ventre rond rassurant, des tempes grisonnantes leur donnent de la classe et les rides aux coins des yeux leur donnent une certaine assurance…Ben voyons…On n’est pas sorti du sable…

Pourquoi passer son temps à tenter de devenir un mirage ? Tout ça, c’est du vent, de la poudre (de perlimpinpin) aux yeux, mais malgré tout, ça nous affecte. J’aimerais bien savoir ce qu’éprouvent ces actrices et ses mannequins à la vue de leur image ainsi modifiée, déformée. Se reconnaissent-elles dans ces clichés ?

Comme disait Oscar Wilde : « Soyez vous-même, tous les autres sont déjà pris ».

Vous me direz qu’il faudrait pour cela revoir et transformer tout le système éducatif de bons nombres de pays (dont le notre) où l’on enseigne systématiquement et à tout un chacun de toujours voir et pointer les défauts plutôt que de nous apprendre à développer et mettre en avant ce qui fait de nous des êtres uniques ! Malheureusement, ce système persiste et se retrouve ensuite dans notre façon de penser, dans le milieu professionnel en terme de management… C’est tellement réducteur de valoriser les qualités, c’est oublier tout bonnement que ce sont nos imperfections qui font de nous ce que nous sommes…Je repense à ce que disait Molière : « La grande ambition des femmes est d’inspirer l’amour », qu’on pourrait opposer à ce que disait Albert Einstein : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper dans un arbre, il passera sa vie entière à croire qu’il est stupide ». Le tout est de savoir où l’on veut se situer…

 

 

VVB

Le BHD n°84 : La bataille des Ardennes

Ne dit-on pas que les pires batailles sont celles que l’on mène contre soi-même ?

S’il en est une que je mène depuis longtemps, c’est, comme je l’ai dit précédemment, celle du poids.

Titre de mon mémoire de « sexo » : Le regard que porte le soignant sur la sexualité de la femme obèse ! Tout un programme… Tout ça pour dire que les paroles blessantes d’un père, d’un professeur et d’un collègue (tous pour le moins indélicats) peuvent vous marquer au fer rouge pour toute une vie !

Des kilos, j’en ai perdu (je pense au moins deux fois mon poids actuel), j’en ai repris, aussi. J’ai entretenue une lutte acharnée contre moi-même. J’avais l’impression de me trimballer mon poids comme un militaire trimballe son paquetage…Sauf que moi, je ne pouvais presque jamais le poser…

Les seuls instants où il n’existait pas, c’est quand je faisais l’amour… Je ne souhaite, bien évidemment pas, vous détailler des détails pour le moins intimes, mais cela m’a conduit à penser que le poids, la sexualité, la féminité et l’amour étaient des sujets qui méritaient qu’on y porte une certaine attention. Mes kilos et moi, nous aimions le sexe, tout comme moi sans mes kilos (j’aime le sens de cette phrase). Et ouais, n’en déplaise à certains…Du coup, je ne sais plus très bien si la réflexion que j’ai menée a pris naissance dans mes adipocytes ou mes neurones, ou les deux… Toujours est-il qu’on ne peut pas réduire la relation à l’autre, quel qu’il soit, à l’image du corps (réel ou supposé), ce serait nier les émotions, les âmes, les sentiments et ce qui fait d’une personne un être unique. Sexualité et surpoids (et/ou obésité) ne sont absolument pas incompatibles… Sauf dans l’esprit des gens obtus qui ignorent la différence entre la nudité des corps et la nudité émotionnelle, j’appelle ça la dimension cosmique de la sexualité !

Sans vouloir paraître vulgaire, ça me troue le cul chaque fois que j’entends un soignant ou toute autre personne faire de la grossophobie et se permettant de juger de la sexualité de quelqu’un. Pour moi, c’est comme si certaines personnes se considéraient plus beaux que les autres, et du coup, auraient droit à une sexualité épanouie en fonction de critères physiques préétablis (par qui, d’ailleurs ?). Je pense que ce qui les défrise justement, c’est de se dire que quelqu’un soit disant pas dans leurs critères puisse avoir une sexualité plus épanouie et s’éclater au pieu davantage qu’ils ne le feront peut-être jamais !!! Et toc, dans ta face !

Alors, qu’on se le dise, une vie sexuelle satisfaisante n’est pas corrélé à la masse et « l’orgasmomètre » n’est pas branché en wifi avec le pèse-personne !…ça pourrait faire un nouveau théorème, qu’en dîtes-vous ?

 

 

VVB

Le BHD n°83 : Régime de faveur

Certaines femmes sont belles sans y penser et je dois avouer qu’elles ont bien de la chance…

Je me dis souvent que moi, même en y pensant très fort et continuellement, je ne parviendrais jamais à la hauteur d’une Sophie Marceau ou d’une Marylin Monroe…

Une fois encore, cela remonte à l’enfance…J’ai des fesses callipyges, c’est ainsi !

J’étais une belle petite fille potelée avec de belles anglaises blondes, version bébé Cadum…

Après mes 8 ans (Cf. BHD n°64), je suis devenue ronde et ça s’est empiré jusqu’à mes 13 ans. Non pas que j’étais obèse, mais j’étais en surpoids (les années 70 ne faisaient pas encore la différence sur le sujet) et j’étais différente…Des surnoms pourris, des moqueries, j’en ai essuyés beaucoup. Mais je crois que le summum, c’est le jour où mon délicat professeur de sport de l’époque (croyez-moi, je n’oublierais jamais ni son nom ni son visage) m’a traitée de « grosse patate » devant la moitié du collège. J’aurais voulu disparaître au propre comme au figuré. Il était parfaitement inutile de m’insulter puisque d’une part mon cher père biologique ne cessait de me dire que vu que j’étais grosse et moche, je ne ferais rien de bien dans la vie…LOL ! Et d’autre part, j’étais déjà au courant chaque fois que je voyais mon reflet dans le miroir. L’avantage non négligeable, c’est que cela m’a permis de développer mon sens de l’humour…

Des traitements pour être enceinte, trois grossesses rapprochées, une maladie de la thyroïde, des régimes de toutes sortes depuis lesquels je m’interdis certains aliments, des pertes de poids, des reprises…Tout ça pour finir à la veille de la naissance de mon quatrième enfant avec un poids record de presque un quintal, qui pour le coup me plaçait dans la catégorie obèse ! Je crois que le coup de grâce m’a été asséné par un collègue anesthésiste qui m’a dit devant une patiente : « Quand est-ce que tu vas arrêter d’être grosse ? »…Ce à quoi j’ai répondu : « Quand tu arrêteras d’être con ! »… Autre avantage non négligeable, j’ai développé mon sens de la répartie…

La réalité inavouable c’est que je vivais un véritable effondrement. La douleur d’un constat : celui d’être prisonnière d’un corps que je n’avais pas choisi…Affreux !

Et puis un jour, une rencontre magique et salutaire à la veille de mes quarante ans, une conseillère en image m’a proposée ses conseils. Et plus rien ne fut comme avant…Je me suis mise à porter un autre regard sur moi-même, à voir que j’avais du charme que je pouvais être belle sans être une actrice ou un mannequin. J’ai arrêté de me battre contre moi-même, j’ai vu une psychothérapeute et une diététicienne et je me suis mise à mincir…Mon IMC oscille désormais entre 24 et 26, Je sais que je ne serais jamais filiforme, mais ça m’est égal ! J’ai des fesses callipyges, c’est ainsi ! Et comme le dit un petit panneau sur Facebook : « Les femmes avec un léger surpoids vivent généralement plus longtemps que les hommes qui le font remarquer »…J’en connais plus d’une qui seront d’accord avec ça !

 

VVB

Le BHD n°82 : Le choix de Sophie

Mes amies me disent que mes critères de sélections masculines sont trop élevées et qu’à ce rythme là, je vais rester seule longtemps…Peut-être ? D’ailleurs, d’après les statistiques, une femme met en moyenne 5 ans pour « refaire » sa vie après un divorce. Entre 3 et 10 ans si on prend les extrêmes. J’ai encore de la marge.

Le fait est que je sais à présent ce que je ne veux plus. De même, j’ai longtemps cru qu’une relation « à tout prix » était nécessaire à ma survie…Je suis, à présent, sûre du contraire.

Je commence juste à sortir de ma période « Prostrée-roulée-en-boule-sous-plaid-sur-canapé », alors, un peu de patience. J’ai compris la nécessité d’étudier et de décortiquer pourquoi la relation précédente n’avait pas fonctionnée avant de me lancer dans une hypothétique future relation amoureuse. Apprendre de ses erreurs, le béaba.

Toujours pleine de sollicitude, les copines vous disent d’avoir des relations, même sexuelles…Ouais, bon d’accord…Mais où est-il écrit que la quantité prime sur la qualité ? Je ne suis pas sûre du ou des résultats. Et puis, très franchement, je préfère faire pleins de choses avec le même homme que la même chose avec pleins d’hommes…Cette phrase, je l’ai empruntée à Sacha Guitry et transposée au masculin. Elle résume très bien ma façon de penser.

J’ai eu ma « relation pansement », celle qui vous fait dire qu’un « après divorce » est possible. Mais elle a eu lieu trop tôt et je suis retombée plus vite que la lumière dans mes travers, preuve s’il en est qu’il faut digérer et jeûner après une crise de foie (et de foi)…Quand j’ai compris mon erreur, j’ai fait comme Brutal dans la ligne verte, j’ai arraché le pansement d’un coup sec ! « Comme disait ma mère, faut l’arracher d’un coup, ça fait moins mal….Scratch !…Elle n’avait pas toujours raison, la pauvre ! ».

Et ce fut vrai. D’abord, c’est comme si j’avais tenté de soigner une incision en la cautérisant au fer rouge…Je vous laisse imaginer…Et puis, c’était une façon de donner le change devant tout le monde, prétendre qu’on est toujours dans la course ! Mais la course de qui ? De quoi ?

Aux pires instants de la séparation, j’entendais qu’il fallait laisser le temps au temps et j’étais incapable de le comprendre, j’avais cru qu’une partie de moi était morte à tout jamais. J’avais cru que « ce tout petit supplément d’âme, cet indéfinissable charme, cette petite flamme » qui fait que MOI, je suis moi avait disparu dans les couloirs d’un tribunal…Je viens juste de réaliser que non ! Ma flamme était seulement en veille profonde, elle est toujours là, prête à être ravivée…Wait and see !

VVB

Le BHD n°81 : Faustine et le bel été

Tandis que s’installent les premiers frimas de l’automne, je ne peux m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule pour jeter un tendre coup d’œil sur la saison précédente…

Cet été ne fut pas le plus ensoleillé de ces dernières années, mais qu’importe, il m’a apporté tellement de moments riches, heureux et délicieusement savoureux.

Ma grande et son chéri ont décroché leur licence et sont admis chacun dans le master de leur choix.

Ma « petite » Nini courageuse partie en Ecosse pour y devenir  jeune fille au pair …avec des débuts chaotiques…Mais ça, c’était avant.

Cet été, c’est aussi Daft Punk qui s’invite au défilé du 14 juillet et mon petit dernier qui gagne en autonomie en chevauchant sa première moto, m’apportant du même coup un lot de tracasseries toutes maternelles.

Bien évidemment, il y a toujours les moments de complicité, de rigolades, de partage et d’amitié avec ma « bande d’amies ». Le baptême de ma petite Sardine en fut un parfait exemple.

Il y aussi, cette femme bienveillante qui me masse soulageant mes douleurs et qui parvient à mettre une lumière sur tous les sujets qu’elle aborde.

J’ai eu l’incroyable chance de vivre des retrouvailles avec « ma chère famille parisienne », le bonheur très doux de revoir un enfant que j’ai mis au monde dans des circonstances particulières. Le fait de passer d’une correspondance de 6 ans à une amitié en direct-live ! Trop bien !

Mon passage ressourçant et obligatoire sur mon Ile, avec des balades méditatives sur la plage. Je suis devenue une « pro » dans le ramassage de verre dépoli…12 kilogrammes récoltés en une semaine. Je m’éclate et je dépollue. Et puis aussi des instants particuliers avec mon petit dernier avant que lui aussi ne parte pour réaliser ses rêves…

Un anniversaire avec mes amis tatoueurs et une demande en mariage, séquence émotion garantie !

Enfin, il y a les accords toltèques que je bosse dur ! La perfection est loin d’être atteinte, mais je relativise certaines situations, je ne prends plus les colères qui ne sont pas à moi, je m’allège !

J’essaie de tenir à distance les personnalités négatives, celles qui vous polluent l’esprit et le cœur comme une usine rejetant ses substances toxiques, blessant non seulement avec leurs mots, mais aussi avec leurs maux…Pas évident, cela demande une certaine discipline, mais là encore, j’apprends…

 

VVB

Le BHD n° 80 : La cuisine au beurre

Il est de notoriété publique que je déteste cuisiner ! A un point tel que j’essuie régulièrement les quolibets de mes proches de manière plus ou moins tendre…Il faut bien l’admettre. Je sais coudre, broder, tricoter, crocheter, faire de la déco, mais il semble que tous mes autres petits talents soient éclipsés à côté de ce qui semble être le plus grand défaut de la Terre…

Eh bien oui, je déteste cuisiner et je le revendique ! Je me surnomme volontiers « Madame Picard », autant prendre les devants quand il s’agit de moqueries…C’est moins douloureux.

Je hais cuisiner comme d’autres détestent faire le ménage, repasser, coudre, tondre la pelouse. D’une part, ce n’est pas pour autant qu’elles sont montrées du doigt et d’autre part, ce n’est pas pour autant qu’elles ne le font pas. Alors, par pitié, lâchez-moi les baskets et la toque (par la même occasion) sur le sujet. J’argumenterais en disant que personne n’est jamais mort de faim chez moi, pas même mes enfants durant les interminables voyages professionnels de leur père. Autre argument : je ne cuisine pas je fais à manger ce qui n’est pas la même chose.

Je suis fille, petite-fille et nièce de parfaits cordons bleus, mais je n’ai, hélas, pas attrapé le virus ! Je suis la seule à bosser dans le médical, la seule à avoir 4 enfants, la seule à fumer, bon, ben voilà, c’est mon signe distinctif ! Et puis, je suis toujours très honnête sur le sujet, j’ai un magnet qui trône sur mon réfrigérateur et qui dit : « J’embrasse mieux que je ne cuisine », comme ça, tout le monde est prévenu, pas de mystère.

Très peu pour moi de passer des heures aux fourneaux, vêtue d’un tablier, pour émincer, blanchir, éplucher, mitonner, mijoter et autres verbes culinaires. De toute façon, ce sera avalé en quelques minutes, alors à quoi bon s’échiner.

J’ai eu ma période où j’essayais de m’appliquer à faire de bons petits plats, les remarques quotidiennes  des enfants : « moi, je n’aime pas cette viande, moi, je n’aime pas les oignons, moi, je n’aime pas les carottes et moi, je n’aime pas la sauce » (et merde) ont eu raison de ma bonne volonté.

Sans compter qu’une fois, une de mes filles, un mercredi midi « purée-jambon » m’a lâchée cette superbe phrase : «  Maman, qu’est-ce que tu fais bien le jambon ! ». Preuve s’il en est qu’il n’est pas nécessaire de passer sa vie en cuisine pour être une super maman ! Tout est dit.

Je suis gourmande et j’aime déguster de bons petits plats, mais je peux aussi passer toute une semaine à survivre en mangeant le même plat surgelé, cela m’est égal. Je ne trouve pas que ce soit important.

Franchement, je rêve d’un monde futuriste où il suffira à la ménagère d’enfourner 2 gélules au four micro-ondes pour en ressortir un superbe poulet rôti entouré de légumes. Exactement comme Lilou dans le Cinquième élément. Mais il existe encore mieux : la « mange-machine » d’Eléa dans la Nuit des temps de Barjavel. Livre tant chéri dans mon adolescence. Cette machine possède les propriétés extraordinaires de calculer pour chaque individu ses besoins en calories et en nutriments. Le top du top !…Et tant pis pour la bienséance !

VVB

Le BHD n° 79 : Vendredi 13

Telle une Bridget Jones dans ses pires instants, mieux que Meetic, et jamais à court d’idées pour faire de nouvelles rencontres : le carton en bagnole !

Par contre, gros zéro pointé sur Tripadvisor !

Et en plus, je me suis cassée un ongle !

Ce vendredi, nous étions parties à cinq collègues pour une formation, quand, sur le chemin du retour, alors que nous étions quasiment à l’arrêt sur la rocade de Bordeaux à cause d’un bouchon, un type qui ne nous avait pas vues et qui n’a même pas eu la présence d’esprit de freiner, nous a violemment percutées à l’arrière ! L’avantage du choc à l’arrière, c’est qu’on n’a même pas le temps d’avoir peur ou de voir sa vie défiler…Avantage tout relatif tout de même…

Nous avons toutes gardées notre calme et fait ce qu’il y avait à faire : notre conductrice s’est laissée glisser jusqu’à la bande d’arrêt d’urgences, l’une a prévenue l’assistance, pendant qu’une autre prévenait la police et les secours, une autre a eu la présence d’esprit de faire des photos ! Trop fortes les filles ! Et puis, les pompiers sont arrivés, la police et nous n’avons plus rien décidé ! Nous avons fait déplacer 5 véhicules de pompiers, nous avons été emprisonnées dans d’horribles minerves  rigides et littéralement saucissonnées par des sangles « araignées »sur des planches de plastique dur. C’était un peu comme se faire capturer par Spiderman juste le jour où il est en surdosage de Viagra !Puis nous avons été chargées chacune dans des camions différents, 3 vers un hôpital et 2 vers un autre ! Je n’ai jamais autant donné mon âge, mon adresse, mon statut marital et mon numéro à autant d’hommes en si peu de temps. La barbe si je ne fais pas une touche !

Il m’a été particulièrement éprouvant de passer d’un côté à l’autre, d’être soignante et de devenir soignée, de maîtriser, de gérer et soudain de devenir une victime impuissante ! Je crois que les pompiers vont se souvenir de moi car j’ai fait l’animation aux urgences, une chieuse de première ! Je ne supportais pas d’être en contention, de ne pas pouvoir replier mes jambes, d’avoir la nausée. Je ne voulais qu’une chose, c’est qu’on m’enlève mes entraves, retrouver mon indépendance, aller fumer, être rassurée ! Tous ceux qui me connaissent un tant soit peu savent à quel point les pompiers qui m’ont prise en charge mériteraient d’être inscrits au Guinness des records. Avoir réussi à me faire rester presque 4h sans bouger, un exploit ! Nous sommes arrivées aux urgences aux alentours de 18 heures pour en ressortir vers minuit. Il a encore fallu attendre le taxi qui nous a rapatriées à bon port, chez nous ! Enfin ! A 1H du matin…

Les amies, les copines, les collègues qui s’inquiètent et qui vous appellent, la batterie du téléphone qui s’épuise et pas de chargeur ! Je promets en cet instant, que où que j’aille dorénavant, je l’emporterais !

En arrivant, la longue douche brulante pour détendre les muscles contractés, dans l’espoir que celle-ci efface aussi les souvenirs du choc…Le sommeil profond, réparateur, provoqué par les médicaments…

Le lendemain, la sensation d’avoir été piétinée par un troupeau d’éléphants et la constatation des stigmates devant le miroir impitoyable : un bleu énorme sur chaque mollet, le menton mâché, l’omoplate écorchée. Laver toutes mes fringues pour faire disparaître les traces, le ventre qui se serre en entendant une lointaine sirène de pompiers…Réaliser la chance que nous avons eu de ne pas finir encastrées dans la voiture que nous suivions. Des scénarios rétrospectifs parfaitement inutiles polluent mon esprit et tordent mon ventre…

Juste après mon divorce, sur le tableau noir de ma cuisine, j’avais inscrit : « Je veux faire du reste de ma vie le meilleur de ma vie ». Ce n’était que des mots. Cet accident résonne en moi comme un électrochoc. J’étais en léthargie, en marge de la vie. Cette dernière a d’ailleurs de bien curieuses manières de vous démontrer qu’il est temps de remonter sur le marchepied de son grand tourbillon.

Au lendemain de ce vendredi 13, je peux affirmer que cette maxime prend désormais tout son sens.

 

Je dédie ce billet à mes quatre compagnes d’infortune.

VVB

Le BHD n° 78 : Travelling arrière

Mes enfants préparent l’anniversaire de leur père, ses cinquante ans. Pour l’occasion, ils lui ont concocté un album photos retraçant toute leur vie…Bien qu’ayant pris moi-même une bonne partie de ces clichés, je n’apparais à aucun moment dans ce retraçage…Bien entendu, je comprends tout à fait qu’un portrait de moi serait parfaitement déplacé…Mais une ou deux photos de nous six…Même pas ! Je ne sais pas comment je dois le prendre ?….

Quand on feuillette de « vieux » albums, les souvenirs ressurgissent sans qu’on le veuille, parfois, on se souvient l’instant précis où l’on a appuyé sur le déclencheur, jusqu’à en ressentir l’émotion exacte 0 la seconde près…J’éprouve le sentiment étrange d’avoir vécu plusieurs vies dans la même vie…D’autres souvenirs remontent…

– Lorsqu’un de mes enfants me demandait : »Qui tu préfères de nous quatre ? », Je leur disais que je n’avais qu’un J, qu’une F, qu’une E et qu’un V, que chacun était un modèle unique, que l’amour d’une maman n’était pas un gâteau qu’elle partageait entre ses enfants, mais qu’une maman fabriquait un gâteau d’amour pour chaque enfant qu’elle avait et même un pour le papa…

–  Quand mon plus grand (il devait avoir 4 ans) a débarqué aux toilettes alors que j’avais mes règles et qu’il m’a dit : « Tu saignes, tu as mal ? », je lui ai expliqué que les mamans avait une poche dans leur ventre pour fabriquer un bébé et que s’il n’y avait pas de bébé, la poche faisait le ménage, que c’était du sang, mais que je n’étais pas blessée…

– Quand mon grand disait à ses sœurs : « Les filles, ça n’a pas de zizi », je lui disais que si, les filles ont bien un zizi, mais qu’il est caché à l’intérieur (nous ne sommes pas des êtres asexués), je nommais cela la foufounette, ce qui m’a valu un grand moment d’anthologie auprès d’une caissière à qui ma fille a déclaré : « Ben toi, tu as une foufounette, ben oui, t’es une fille, alors t’as une foufounette, comme ma sœur, maman et moi ! ». Je ne vous raconte pas l’œil noir de la caissière…

–  Quand ma petite Nini, qui n’était pas des plus satisfaite de débarquer à Mayotte, fan de tortues et de dinosaures, revenue de sa première rencontre avec les majestueuses tortues marines m’a dit : « Bon maintenant, on a vu les tortues, c’est dans combien de dodos qu’on s’en va ? », 700 ma chérie ! « Ca fait beaucoup ? », oui ma chérie, beaucoup…

-Quand mon petit dernier (4 ou 5 ans, à cet instant), à la table du petit déjeuner, me déclare : « Tu sais maman, je sais comment on fait pour péter plus haut que son cul (expression entendue de la bouche de ses frère et sœurs) ! ». Ah oui, on fait comment ? Réponse : « Ben faut péter à plat ventre ! »…CQFD !

C’est étrange les souvenirs, tout aussi étrange les méandres de la mémoire qui les fait ressurgir sans qu’on les ait appelés…Un peu comme la scène où Harry Potter essaie sa baguette chez Ollivander et que les tiroirs s’ouvrent d’un coup et de manière aléatoire…

Alors, que dire ? Même parfaitement invisible sur les photos, ces souvenirs vivent en moi, comme l’amour que je leur porte…

VVB

Le BHD n° 77 : Nids d’anges

Je ne saurais terminer cette petite série de billets d’humeur « professionnels » sans parler d’un sujet qui me tient à cœur.

Loin de la polémique sur les violences obstétricales et les projets de naissance, je confectionne des nids d’anges pour les bébés morts…C’est l’expression littérale de ma mamie quand elle évoque le sujet avec moi ou ses voisines…Pragmatique et terre à terre…

Non, je ne suis pas macabre encore moins lugubre et certainement pas une sorte de Morticia Addams. C’est juste que là, nous sommes dans la vraie vie, loin de ce qui se passe dans « Baby boom », la version « Harlequin » de ce qui se passe dans les maternités…

Il existe, tristement, malheureusement et douloureusement des couples qui vivent une interruption thérapeutique de grossesse, ou une mort fœtale in utéro. C’est un fait avéré et je n’ai pas le pouvoir de changer les choses. Ce que je peux faire, c’est coudre des nids d’anges. C’est une façon pour moi de rendre ces petits anges les plus beaux pour la seule et unique rencontre entre eux et leurs parents…

Les travaux d’aiguilles, je suis tombée dedans dès ma naissance avec ma petite mamie qui coud pour toute la famille. Dès que j’ai pu, je lui piquais ses chutes de tissus pour fabriquer des vêtements à mes poupées. Mon grand-père me surnommait affectueusement « ma Cousette ». C’est ma grand-mère qui m’a offert ma machine à coudre lorsque j’étais enceinte de mon premier. Bien que ne lui arrivant pas à la cheville en matière de couture, je n’ai cessé de faire des ourlets, des rideaux, de la déco, des cadeaux ou autres déguisements pour mes enfants.

Avant, dans notre équipe, certaines collègues généreuses tricotaient des nids d’anges pendant les heures calmes des nuits de garde. Cela leur ayant été reproché, elles ont arrêté. J’avais bien essayé de reprendre le flambeau, chez moi, cette fois, mais j’avais un rendement d’escargot qui me désespérait, même au crochet…Affligeant.

C’est tout naturellement en voyant ma grand-mère assise devant sa machine que l’inspiration m’est venue. J’allais les coudre ! Et me voilà entrain de fabriquer de petits sacs de couchage avec capuche, doublé, s’ouvrant d’un côté avec du velcro et de différentes tailles (car ces événements peuvent se passer à différents stade de la grossesse)…Alors, oui, moi, je fais des nids d’anges pour ces petits bouts de chou.

Une des gynécologues de mon équipe m’a fait parvenir ce poème de Jacques Salomé, il sera ma conclusion…

Il est venu au monde et je l’ai perdu avant même de le rencontrer, s’est lamentée cette femme. Je n’ai pas su lui répondre, à cette époque, ce que je sais depuis et que je sais aujourd’hui. Que certains bébés, certains enfants se « donnent la liberté » d’apparaître, de seulement apparaître dans la vie, pour insuffler l’envie à l’un de leur parent de naître enfin ou d’accéder à plus de vie dans leur existence. Certains enfants sont de passage pour montrer à l’un ou à l’autre de leurs géniteurs un chemin, pour témoigner d’un choix de vie à faire. Certains enfants, par leur mort subite, invitent…leurs parents à oser un changement qu’ils n’avaient pu envisager jusqu’alors. Certains enfants ont ce pouvoir de dire par leur présence furtive et leur disparition brutale : « Ose ta vie, toi seul la vivra ». Nous pouvons ainsi écouter et entendre le message secret envoyé par ces enfants dont la présence éphémère nous laisse à jamais si nous restons sourds à leur message d’espoir.

VVB