Le BHD n° 132 : Mardi philo

Je me dis que je dois avoir l’esprit quelque peu tordu pour trouver un point commun entre mes séances de kiné et le fait d’assister à une conférence. Je m’explique. Côté rééducation, j’en suis à la phase où je souffre de contractures. En effet, mes pauvres muscles qui étaient atrophiés pour cause de peu d’utilisations depuis deux ans, se retrouvent ratatinés et durs comme du béton. J’ai bien conscience qu’il s’agit d’un passage obligatoire et transitoire, néanmoins, à chaque fois que le kiné me faire faire des étirements, voici ce qu’il se passe : les premières secondes, la douleur est intense, je ne dois pas lutter contre elle, je dois juste respirer et laisser faire. Après quelques nouvelles secondes se produit un relâchement et le muscle gagne en longueur et en souplesse…Et là, le bienfait arrive et la douleur cède comme par magie.

Je n’en suis pas au stade de Sigourney Weaver dans Copycat (film où elle souffre d’une  terrible agoraphobie), mais j’admets que j’ai la trouille de quitter ma tanière…La vraie vie se situe en dehors de notre zone de confort…Cette phrase, combien de fois l’ai-je entendue ?

Poussée par la bienveillance d’une amie, j’ai décidé d’assister à une conférence de philosophie sur le thème de l’amour…Et c’est là que je souhaitais en venir. Tous mes signaux étaient en alerte à l’idée d’être avec des inconnus dans un lieu tout aussi inconnu…Mais passés les premiers instants, je me suis retrouvée enchantée et emportée par le sujet…

Ah, ce cher Alberoni découvert en formation de sexologie et complètement oublié depuis…Son « enamorato », mot italien et n’existant pas en français, mais qu’on pourrait éventuellement traduire par « le moment où l’on tombe amoureux »…Je croyais ne plus savoir ce que cet état procure à celui qui le vit…C’est bien, j’ai révisé ! J’avais oublié cette joie du cœur, l’émerveillement, l’enthousiasme, la béatitude (dans le sens noble du terme). Tout ce que l’on peut ressentir de beau, de magique dans le « fall in love »…

Je n’ai pas cédé au pessimisme de Sartre ou au mysogynisme de Schopenhauer, j’ai préféré croire à la rencontre amoureuse possible à tout âge, à ce saut dans le vide qui pourtant vous élève vers des cieux divins et enchantés…

J’y crois encore et toujours à ce grand amour partagé, bien évidemment. L’amour, j’y crois, malgré tout, malgré le divorce, malgré quelques relations décevantes et la remise en question de ces dernières années. Ce en quoi j’ai davantage de mal à croire, c’est à la rencontre…Question : est-ce nécessairement paradoxal ?

VVB

Le BHD n°131 : Je tourne en rond, je tourne en rond…

Ce billet ne passera sûrement pas à la postérité, mea culpa. Mais je ne fais pas semblant, je suis sincère. Pas le genre de la maison de faire croire que tout va bien, juste parce que c’est la norme. Zazie est avec moi : « Je tourne en rond, je tourne en rond ».Discussion avec un copain sur mon état mélancolique de ces dernières semaines…A ma décharge, j’étais plutôt coincée avec mon attelle du Capitaine Crochet, mais rendons-nous à l’évidence, la « contention » n’est pas que physique. C’est une réponse que ce copain m’a faite et qui me fait réagir. Je lui disais que j’ai peur de souffrir et lui voit les choses sur le versant opposé, en me répliquant que « j’ai peur d’être heureuse »….Arrrhhhh, cri de désespoir…

Je suis forcée d’admettre que d’une certaine manière, il est dans le vrai…J’ai visiblement confondu ce «ne rien attendre et ne rien espérer » avec le fait de me verrouiller dans mon petit monde sécure. Je suis dans une phase de rejet et d’évitements. « Ô qu’est-ce qu’il pique, ce hérisson, ô quelle est triste sa chanson »…Pas de confrontations, pas de souffrances inutiles ! Je m’enferme dans ma zone de confort, ou d’inconfort… Les épines ou piquants sont autant tournés vers l’extérieur à l’égard des autres qu’à l’intérieur me provocant des tourments. Je livre une bataille perpétuelle avec mes idées noires. Pas de gagnant, pas de perdant, juste des matchs nuls…Sûrement le fond du problème. Professionnellement, je suis aguerrie à calculer le bénéfice/risque de chaque situation. Mon éloignement temporaire avec le monde du travail me pousse certainement à reporter mes calculs sur le plan personnel. Prendre le risque de souffrir est-il plus avantageux que saisir une opportunité. Emotionnellement, je ne suis pas en mesure d’y répondre pour l’instant. Je suis sur « pause ». Du coup, je me rends bien compte que je suis devenue plutôt solitaire. La plupart de mes activités n’engage que moi et me tiennent éloigner de nouvelles rencontres. Je marche beaucoup, mais j’effectue toujours le même parcours. Je passe beaucoup de temps à lire, à écrire, à faire des recherches sur mon ordinateur. Je suis redevenue ce petit rat de bibliothèque que j’étais enfant. J’attends que les événements viennent à moi, tout en les craignant…

Justement, l’autre jour, tandis que je marchais sur mon chemin favori, j’ai croisé le regard d’un homme. Pas juste l’un de ces regards vides de quelqu’un qui vous croise sans vous voir, non, un vrai regard, suivi d’un sourire…J’en ai ressenti physiquement un moment de panique, j’ai eu la sensation que mon corps partait d’un côté, alors que mon cerveau partait de l’autre…Bizarre, étrange !

J’ai dans la tête Birkin chantant Gainsbourg : « Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve… »…

Heureusement, depuis lundi, j’ai décroché le précieux sésame qui me donne l’autorisation pour de petits trajets en voiture. Retrouver une certaine forme de liberté et d’autonomie va me conduire vers davantage d’enthousiasme…Preuve s’il en est, je me suis inscrite pour assister à des conférences sur le thème de l’amour…

VVB

Le BHD n°130 : Chrysanthèmes et gilets jaunes

Je viens de décrocher l’autorisation faire de petits trajets en voiture. Ouf ! Il était temps car je tournais en rond chez moi, au propre comme au figuré. Je me sens comme une châtaigne au creux de sa bogue, dans une sorte de mélancolie cotonneuse, une infinie tristesse. Pourtant, je ne suis pas restée inactive, j’ai marché. Mes petites jambes ont parcouru 122,86 kilomètres depuis que je suis en arrêt. Malgré cela, je me sens recluse. Halloween oblige, je me sens Cendrillon au bal des déceptions. A force de ne plus rien attendre, je perds tout espoir de lendemains meilleurs et heureux…

Il faut dire que les nouvelles nationales sont peu réjouissantes : réforme de la sécurité sociale, chronique de la mort annoncé de l’hôpital public, prix des carburants…Des initiatives sont nées sur les réseaux sociaux afin que chacun puisse montrer au gouvernement le niveau de son mécontentement. Deux idées ont particulièrement retenu mon attention : celle de mettre son gilet jaune sur son tableau de bord et celle de ne rien acheter ni consommer le 17 novembre prochain. Je trouve qu’elles sont brillantes puisque d’une simplicité enfantine et à la portée de tous, ou presque. Elles sont, aussi complètement pacifiques. Je ne comprends absolument pas pourquoi s’en suit  un déferlement de protestations sur le fait qu’elles puissent être l’œuvre de tel ou tel parti politique. Et quand bien même, est-ce important ?

Aujourd’hui, l’information peut nous parvenir de deux façons. La première est celle diffusée largement par des journalistes à la solde de notre cher président, elle nous arrive version catapulte, sans notre accord réel et il nous suffit de l’absorber version éponge en mal de liquide…C’est passif et lobotomisant, mais simple de communication de masse. Les « ils l’ont dit à la télé »…Usant ! Une autre méthode existe, mais elle demande d’être actif, attentif et d’avoir le courage et l’audace de poursuivre quelques recherches personnelles…

A qui profite le crime, comme dirait Sherlock Holmes ? Si personne ne manifeste sa désapprobation, cela donne à croire au gouvernement que tout le monde acquiesce et qu’il peut continuer dans la voie qu’il a choisi…

Donc, en ce qui me concerne, loin de toute idéologie politique ou à la solde d’un quelconque parti, je vais arborer mon gilet jaune et me mettre en mode veille et hibernation le 17 novembre !…Ah oui, je vais également tenter de retrouver mon enthousiasme et ma bonne humeur…Ils ont dû tomber, par mégarde, quelque part entre les frasques (sans cesse renouvelées) de ma mère et mes inquiétudes sur mon avenir sentimental et professionnel…

VVB

Le BHD n°129: La fée bleue

Chacun d’entre nous a vu Pinocchio, avec Jiminy Cricket qui lui sert de conscience…

Alors, la conscience morale, késako ?

La bonne nouvelle : chaque être humain en est doté, c’est le fameux « je pense donc je suis » de Descartes. C’est ce qui, à priori, nous distingue des animaux, avec le rire. Quoique, je m’interroge néanmoins sur Weinstein et tous les prêtres pédophiles de l’Histoire de l’humanité…

Mauvaise nouvelle, il y a nécessité d’avoir conscience de soi-même, ce qui requiert un minimum d’intelligence (ne pas construire ses opinions sur de grossiers clichés). Autre pré requis : avoir conscience des autres, autrement dit, ne pas agir uniquement dans son petit intérêt personnel en sortant parfois la tête de son nombril.

Sans étudier tous les courants philosophiques, une petite définition s’impose : La conscience morale est la faculté de juger du bien ou du mal. Elle nous permet d’apprécier nos actions personnelles où elle agit comme un témoin. Elle permet aussi d’apprécier les actions d’autrui où là, elle agit plutôt comme un juge. On voit tout de suite que cela implique des notions d’obligation et de devoir, ainsi que de punition/récompense. Où ça se complique c’est qu’il « s’ensuit qu’une action bonne en soit peut être moralement mauvaise (si elle est faite dans une mauvaise intention) et inversement qu’une action mauvaise en elle-même peut être moralement bonne (si son auteur ignore qu’elle est mauvaise et à l’intention de bien faire) ».

Pour Kant, la conscience sert avant tout à penser. Il estime aussi que la plupart des gens n’ont pas le courage d’utiliser leur entendement (faculté de penser et de comprendre en utilisant sa raison) et préfèrent se réfugier derrière des préjugés.

La conscience est subjective puisqu’elle est intrinsèquement liée à nos idées, nos croyances et à ce que l’on ressent (nos émotions). Nous sommes libres de l’écouter ou pas, c’est ce que l’on appelle le libre-arbitre.

Maintenant, je vous soumets un problème pour lequel je cherche désespérément une réponse ! Prenons un individu A qui range sa conscience au fond d’un placard. Qui commet des actions uniquement dans son intérêt propre, qui ment sciemment et réduit sa horde à néant. Prenons, à présent un individu B dont la conscience morale est très prégnante, s’imposant de faire passer l’intérêt d’autrui avant le sien, essayant que ses actions soient justes et bienveillantes. Comment un individu C peut absoudre et faire passer les actions de l’individu A à la trappe, tout en accusant l’individu B de tous les maux de la terre ?

Que reste-t-il à l’individu B, à part sa propre conscience (très mince compensation) ? Peut-être le deuxième accord toltèque qui nous dit : « N’en faîtes jamais une affaire personnelle. Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité » (encore très mince).

 

http://www.cosmovisions.com/conscience-morale.htm

VVB

Le BHD n°128 : Une araignée au plafond

Avoir une fille, une sœur, une mère malade psychiatrique, c’est « comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber »…Vous voyez, cette grande roue du jeu du millionnaire, ben dans ma famille, c’est la roue de la lubie…Tirages pluriquotidiens…Sans oublier les jackpots…

Je vous livre, sans filtre,  certains actes et propos de ma mère : elle harcèle au téléphone tout son répertoire. Elle va adopter une tortue, ou plutôt un perroquet, ah non, une petite africaine, ou finalement un chat. Elle va remplacer Juppé et bosser avec Macron. Elle est sur un gros projet financier qui va nous obliger ma sœur et moi à démissionner de nos postes actuels pour bosser à ses côtés…

Nous sommes, tous, fatigués, excédés, désemparés…Ma sœur dit qu’elle nous aspire littéralement le cerveau, et c’est carrément ça ! Je ne vous dirais pas les propos injurieux, calomnieux, voire même libidineux et méchants dont elle peut nous abreuver…

J’ai eu la riche et inutile idée d’appeler son médecin traitant pour lui demander son aide, lui expliquer la situation, connaître les potentielles solutions à envisager devant ce vent de folie…J’en suis encore contrite et sur le cul !Voici ce qu’il m’a dit : « votre mère est euphorique, elle n’est pas consciente de sa maladie, vous devez faire preuve de patience »…Euh, comment dire…Lorsque je lui décris tous les faits et gestes de ma mère, il ose argumenter qu’il ne s’agit pas d’un délire puisqu’elle garde contact avec la réalité ? Pardon ? Donc, quand elle dira qu’elle va bosser avec Louis XIV, là, on ne sera plus dans la réalité, et, enfin, nous pourrons prendre les mesures qui s’imposent ? Il ose prétendre qu’il la surveille de près…Une consultation mensuelle de vingt minutes maximum, effectivement, c’est de la surveillance rapprochée…N’est-ce pas un non sens de dire dans la même phrase qu’elle n’est pas consciente de son état tout en étant dans la réalité ? Je ne suis pas médecin, encore moins psychiatre, mais à quel moment prend-on en compte l’enfer que vit l’entourage d’une personne comme elle ? Sa conclusion finale : délire hypomaniaque…Mais, on attend, on fait la politique de l’autruche, son traitement va sûrement finir par devenir efficace…

Quand je vois tout le mal qu’elle est capable de faire en étant confinée chez elle juste avec un téléphone… Je peux dire que je suis super heureuse qu’elle n’ait pas voulu poursuivre sa rééducation pour son genou et qu’elle ait toujours refusé de surfer sur le web ! Si je puis dire, cela limite considérablement les dégâts…Mais pas les dommages collatéraux…

Je me souviens de la devise que nous avons ma sœur et moi…Il vaut mieux en rire qu’en pleurer…L’humour, ça masque la souffrance, ça permet de garder une certaine dignité et de prendre de la distance sur une situation où l’acceptation est la seule alternative…

VVB

Le BHD n°127 : Pas de bras, pas de chocolat !

Depuis une semaine, je tente une expérience complètement nouvelle pour moi. Je développe de nouvelles connexions cérébrales en utilisant seulement mon bras mineur (enfin à 98%). Chaque petite chose du quotidien devient un défi à relever et je suis en passe d’inventer de nouvelles disciplines olympiques : le fosbury du linge sur le fil, le « mettage » de culotte ou de soutien-gorge, l’enfilage de chaussettes à une main. Je vais devenir une adepte zen en pratiquant de menues tâches en pleine conscience : se brosser les dents, se moucher, plier et ranger du linge…Si, si, de la main gauche quand on est droitière exige une très grande concentration ! Chaque fois que je prends ma douche, me lave les cheveux ou m’habille, j’ai l’impression de sortir victorieuse d’une épreuve de Koh Lanta ! Je mise tout sur ma beauté intérieure et prends mes distances avec le Glamour…Ouais, en même temps, va séduire en pantalon à taille élastique et coiffée comme l’as de pique…

Je travaille mon sens de l’équilibre et m’exerce au contorsionnisme chaque fois que j’enfile mon attelle « coude au corps », cette amie intime et collante qui ne me quitte pas, même pour dormir, pour une durée minimum de trois semaines…Je serais bientôt championne de Body shake.

Vous supputez bien si vous avez deviné que j’ai, enfin, fait réparer cette aile blessée qui me faisait tant souffrir depuis deux longues années maintenant. Je n’ai pas lésiné sur la qualité du chirurgien. Poussée par la ténacité bienveillante de maman Sardine et de mon oncle, l’opérateur n’est rien moins que le grand ponte de toute la région…Mazette, rien que ça ! Je peux sans trahir le secret médical vous révéler une partie du diagnostic. J’avais une méga bursite. Donc, ce n’est pas un scoop, je suis une femme qui a des couilles ! J’ignorais simplement qu’elles étaient légèrement ectopiques. Pour l’instant mes suites opératoires sont proches de la perfection. Je suis chouchoutée, choyée, entourée, que ce soit par ma sœur, ma tante ou mes amis.

Ma sœur a pris spécialement des jours pour veiller tendrement et efficacement sur moi au retour du bloc et ces tous premiers jours où j’étais zombie sous morphine. Ma tante me concocte affectueusement de bons petits plats. Mon réfrigérateur n’a jamais été aussi plein. Et si j’ai le malheur de lui dire que j’avais fait une razzia chez Picard avant le jour J, elle me rétorque gentiment que, vu son âge, elle n’a pas d’ordre à recevoir. Mon oncle, avec sa générosité habituelle joue tantôt les chauffeurs tantôt les commissionnaires. Mes amis m’envoient des messages prévenants, bienveillants, drôles, moqueurs…Tout ceci, je l’affirme, contribue énormément à la convalescence.

Ce qui est délétère à la guérison, en revanche, c’est apprendre à ma dernière garde que je n’aurais pas de remplaçante. Malgré la maladie professionnelle, malgré l’arrêt long et programmé, les restrictions budgétaires vont pénaliser mes collègues. Je suis outrée, en colère et impuissante. Sans pour autant être coupable de quoique ce soit, je me sens responsable…

Les directions des hôpitaux se moquent éperdument de la santé physique et mentale de leurs agents. Nous ne sommes que des pions traités avec le plus grand mépris dans une indifférence totale.

Je réalise ma chance. Mon handicap n’est que temporaire. J’entends qu’il le reste, vraiment. Mon kinésithérapeute m’a bien fait comprendre l’intérêt sur le long terme d’une récupération progressive et totale d’une articulation  aussi importante que celle de l’épaule. C’est tout mon avenir que je joue, ça donne forcément à réfléchir…

La leçon est apprise et intégrée. Je m’en excuse dès à présent auprès de mes collègues. Mais, qu’on se le dise, je ne sacrifierais ni ma prochaine levrette, ni mon prochain salut de reine, ni même mon baptême de paramoteur sur l’autel des heures supplémentaires ! Je ne reviendrais que lorsque je serais guérie à 100% !

VVB

Le BHD n°126 : L’envol du Crapaud

Au royaume des mères, j’évoluais déjà sur des œufs avec mes notes catastrophiques en « coolitude », bons souvenirs, petits plats et bien entendu, éducation. Voilà maintenant que je prends un beau zéro pointé en choix de petit nom affectueux pour enfant ! Où est-ce que j’ai bien pu pêcher ce terme de « Crapaud » pour désigner mon p’tit dernier, et ce, alors même qu’il était encore tout humide de liquide amniotique, à l’instant même où je le serrais dans mes bras pour la première fois ? Prémonition ? Prédiction démoniaque ?

Rationnellement, on ne peut nier qu’un crapaud ne vole pas, quant à s’envoler, on imagine déjà le tour de force…Le phénomène est loin d’être aisé. Version cinéma cela pourrait donner : saison 3, épisode 22, séquence 67, scène 44. Version texte de loi, cela serait : dans le code machin truc, article 22351, section 14312, alinéa 7B, modifié par le journal officiel de l’an de grâce 2018…

Résumé des quatre dernières semaines : un petit Crapaud avait le fervent souhait de devenir apprenti menuisier chez les Compagnons- Premier coup de théâtre, plus de patron, plus de rentrée. De là, embarquement dans une royale galère, y ramer (quasiment seule)-Retrouver miraculeusement un nouveau patron-Accomplir toutes les formalités et tous les achats nécessaires-Embauche du Crapaud- Une semaine de travail-Apocalypse Now-« Ce n’est pas ce que je veux faire ! », « Je veux aller en seconde au lycée »-Abasourdissement général !-Passer tout un week-end à écouter, comprendre, accepter, soutenir-Se dire qu’à quinze ans, on a le droit de se tromper, que c’est SON choix, SA vie, SON avenir-Découvrir la frontière ténue entre obliger et encourager- Repenser à une maxime chère au cœur de  son père :  « C’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur »- A ce dicton de ma grand-mère : « Chaque jour sur le métier remettez votre ouvrage ».

Attaquer le problème à bras le corps : action-réaction-formalités-reformalités-déformalités« Faire et défaire, c’est toujours travailler ».

Je me suis sentie entre la maman kangourou qui bondit et rebondit au milieu d’un capharnaüm innommable et le fétu de paille bringuebalé au grès du vent par les choix de mon Crapaud. Je fus littéralement noyée sous les formalités et les attaques de colère d’un père peu enclin à accepter le choix en question !

Le Crapaud a finalement pris le chemin du lycée après un mois de flottement. Si tout va comme sur des roulettes nouvel essai d’envol dans trois ans après obtention du baccalauréat. Je n’aurais pas les félicitations du jury, il n’empêche que je me sens victorieuse d’avoir aplani et écrasé toutes les difficultés qui se sont dressées devant nous. Je peux dire, en toute modestie, que j’ai décroché une maîtrise en résolutions de problèmes et un doctorat ès « c’est kiki la plus balèze, ben c’est maman », et toc !

VVB

Le BHD n°125 : Mémoire sélective

Je me demande parfois si le mieux ne serait pas d’adopter la clairvoyance du cynique, mais néanmoins très pragmatique Docteur House quand il dit que « tout le monde ment ».

En effet, je me penche aujourd’hui sur la notion de mémoire sélective.

Je ne vais pas m’appesantir sur tous les différents types de mémoires qui ne feraient, justement, qu’alourdir et noyer mon propos. Le sujet du jour étant : comment notre mémoire arrive à nous jouer des tours sur nos propres souvenirs, que d’ailleurs, on appelle pompeusement une distorsion de la mémoire !

Dans la série Unforgettable, l’héroïne Carrie Wells est atteinte d’hypermnésie, c’est-à-dire que son cerveau fonctionne comme un lecteur DVD capable d’enregistrer la moindre information autour d’elle et qu’elle peut, quand elle le souhaite, ressortir cette même information absolument intacte. Ce don (ou cette calamité) ne concerne que de rares personnes dans le monde. Pour tout le reste de l’humanité, le fonctionnement de la mémoire est très différent quoique bigrement complexe. Heureusement, sinon notre pauvre cerveau exploserait par saturation. Malheureusement, nous avons tous une mémoire sélective.

Alors, pour reprendre la formule chère à Michel Chevalet, « comment ça marche » ?

Une base simple : le cerveau doit être en bon état de marche, ainsi que toutes les capacités sensorielles. Les complications arrivent quand les émotions s’en mêlent (ou s’emmêlent). Nos émotions, les petites vicieuses, sont des catalyseurs de la mémoire. Elles en facilitent, ou au contraire, en perturbent le stockage. Elles peuvent utiliser des stratégies pour nous rendre certains souvenirs plus « acceptables » pour notre petit égo. Un optimisme retiendra parfaitement les événements positifs et de manière détaillée, tandis qu’un dépressif aura tendance à ne retenir que les souvenirs douloureux le concernant. Le processus devient hautement épineux si je vous dis que qu’il existe, ensuite, plusieurs façons d’évoquer un souvenir. Il peut se rappeler tout seul à nous et, involontairement, ou nous devons faire l’effort de le rechercher de manière consciente dans les dédales de notre mémoire. Dans ce cas, l’individu se retrouve littéralement pris en sandwich entre les événements tels qu’ils se sont réellement passés et la signification qu’il veut leur donner pour que ça colle avec les émotions qu’il ressent au moment même où il l’évoque…Son passé, son présent et son avenir jouent tous un rôle sur la manière dont il va faire ressurgir le souvenir…Tout le monde suit ?

Alors pourquoi je vous raconte tout ça ?…Parce qu’entre ma mère et son cerveau ravagé par les mites, dont tous les souvenirs la mettent sur un pied d’estale et un certains nombres de personnages pour le moins malveillants qui instillent et martèlent des souvenirs erronés à mes enfants dont ils font leur réalité…Je me demande si je ne tourne pas dans Matrix, ou si toute l’humanité n’est pas dans un sac à main d’alien depuis le début. Je suis devenue mauvaise fille et mauvaise mère…Je pense que le niveau de l’anguille sous roche est largement dépassé pour atteindre celui nettement supérieur du « baleine sous gravillon »…

Visiblement, si vous me permettez l’expression préférée de ma sœur, « je n’ai pas le cul sorti des ronces »…

 

Si la mémoire vous questionne :

https://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2009-3-page-11.htm

VVB

Le BHD n°124 : Daktari

Peu de vous doivent se souvenir de cette vieille série qui passait dans les années 70. Elle se passait en Afrique et racontait les aventures d’un vétérinaire. Il y avait Paula, le lion Clarence (qui louchait) et le singe Judith. Pendant des années, j’ai eu envie de devenir vétérinaire, de découvrir l’Afrique, de faire des safaris pour avoir tout le loisir d’observer toutes ces animaux incroyables dans leur milieu naturel…La vie et mon compte en banque en ont décidé autrement. Je pratique néanmoins le safari urbain, c’est ainsi que j’ai nommée cette activité que je ne peux m’empêcher de pratiquer pour peu que je sois à la terrasse d’un café, au restaurant. Disons pour faire simple, dès que je suis dans un espace public.

Immédiatement, je précise que je suis tout simplement dans l’observation et non dans le jugement, que je suis spectatrice active et non une passante passive. Je ne suis pas pour autant Gisèle des Vamps ou l’un des deux vieux au balcon du Muppets Show…

Je cherche à comprendre qu’elles peuvent être les interactions sociales d’un groupe. Je tente de découvrir la relation qui peut exister entre deux ou plusieurs personnes : couple naissant, couple aguerri, bande de potes. J’essaie de deviner leurs émotions et leurs sentiments en observant leurs mimiques, leurs intonations de voix, leurs postures, le langage corporel, le non verbal.

Je n’espionne pas et ne cherche pas à entendre les conversations, je ne considère pas que ce soit une forme de voyeurisme déplacé puisque ce n’est personne en particulier que je regarde. D’ailleurs, c’est toute la différence entre voir et regarder, la première action est passive, la seconde est active.

Scruter le visage d’un enfant, se dire qu’il ressemble trait pour trait à sa mère ou à son père…Se dire, tiens, telle personne respire le bonheur, celle-ci est tellement triste, cette autre a dû passer une mauvaise journée…

Je fais la même chose au boulot, j’aime deviner le département, la région, le pays d’origine d’après le nom de famille, le prénom, les accents, les expressions verbales, les imprimés des vêtements. Je trouve important de redonner une identité culturelle à la personne que j’aie en face de moi, ça me permet de comprendre ce qu’elle peut ressentir, comme la tristesse de se sentir éloigné de sa famille, de sa mère, de ses sœurs à un moment particulier de sa vie où elle aimerait partager des « choses de femmes »… J’adore demander la signification d’un prénom, pourquoi ce choix est motivé, comment se prénomment les frères et sœurs…Je trouve toujours ses échanges particulièrement enrichissants intellectuellement et émotionnellement…Et puis, cet aspect un peu Darwinien de ma personnalité m’a encore enseigné une chose…C’est que l’on peut en apprendre beaucoup sur soi-même en observant les autres…

VVB

Le BHD n°123 : Diviser pour mieux régner

 

Je souhaite évoquer aujourd’hui un concept vieux comme le monde, dont je situe le début probablement à l’ère Néanderthalienne…Il s’agit comme l’indique le titre du célèbre « diviser pour mieux régner ». D’après moi, nos vieux aïeuls ont eu l’idée d’inventer, à la base, le « séparer pour mieux bouffer » après de longues heures d’observation des prédateurs…C’est toujours grâce à l’observation que de petits être nuisibles qui ne pouvaient accéder au statut de mâles ou femelles alpha, probablement pour des raisons de forces physiques, en ont détourné le but. Ce qui au départ était une nécessité pour survivre, a évolué au fil du temps et au fil de tous les perfides et tordus de notre espèce pour être ce qu’il est devenu aujourd’hui ! Malheureusement, quand on constate avec quelle facilité il est simple à utiliser et avec quelle puissance il fonctionne, on se dit que ce serait dommage que tous les pourris de ce monde n’osent pas en abuser.

Car voyez-vous, ceci fonctionne tout aussi bien au niveau gouvernemental et politique, qu’au niveau managérial dans les entreprises de tout bord, mais également, dans le cercle intime familial…

Prenez une personne peu scrupuleuse, avec peu de valeurs, de qualités, de charisme. Pour en arriver au plus hautes marches du pouvoir, et jouir d’une certaine gloire, elle n’a d’autre choix que d’écraser les autres, de les faire se disputer, devenir jaloux les uns des autres, être manipulatrice, perverse, promettre des miettes, épuiser les patiences et les bonnes volontés. Chaque fois qu’elle gravit un échelon, elle en éprouve une jouissance extrême et monte d’un cran dans son désir de pouvoir. Plus elle divise, plus elle a du pouvoir, plus elle a du pouvoir, plus elle jouit !

Dans mon petit crâne de piaf, je me suis interrogée de manière mathématique : comment se fait-il que des dizaines, des milliers ou des milliards d’individus (en fonction de la sphère où exerce notre pervers) ne se rallient pas pour détrôner l’ignoble personnage ? Même la sexologue que je suis, ne peut se résoudre à se dire que toute l’humanité a développé un gout immodéré pour la sodomie. Pourquoi ne pas appliquer tout bonnement la maxime « l’union fait la force » qui est la devise de plusieurs pays (Belgique, Bulgarie, Angola, Bolivie, Haïti, Andorre…). Mais, oups, j’avais oublié, nous sommes en France, le pays champion toute catégorie de la contestation…Parce que pour râler, ça râle ! Mais quand il s’agit de chopper le mollet et de ne plus le lâcher, ben là, y’a plus personne…Pourtant, sauf erreur de ma part, s’unir est une méthode qui fonctionne et qui a fait ses preuves : en 1936 (les congés payés), en 1968 (tout le monde connait), en 1945 (le droit de vote des femmes), en 1975(le droit à l’avortement)…

Alors pourquoi les gens ne s’unissent pas ? Par facilité, la flemme de chercher l’info, de communiquer ? Par égoïsme, parce que notre société est dominée par l’individualité ? Par peur, celles des représailles ou de perdre certains minuscules avantages ? Je n’ai pas la réponse !

Je me dis bêtement que quand « tous les gars du monde veulent bien se donner la main », ça permet de renverser les tyrans de tous horizons quels qu’ils soient : dirigeants, cadres, agent familial toxique et pathogène, Weinstein ou Monsanto et j’en passe…Mais bon, je suis d’une naïveté parfois, qui frise l’espoir d’un monde meilleur…

VVB