Le BHD n°67 : Le plus beau métier du monde

Invariablement quand on dit à quelqu’un « je suis sage-femme », il vous répond « le plus beau métier du monde »…mais pourquoi ? C’est bien mal connaître notre profession. Je sais qu’au début de mes billets, j’ai dit que je n’évoquerais pas le boulot, mais là, au sortir d’une garde difficile, j’en ai besoin !

Etre sage-femme, c’est ne jamais savoir ce qu’on va trouver derrière la porte (comprenez « on ne sait jamais sur quoi on va tomber »). C’est être humaine tout en prenant soin de laisser ses problèmes personnels au vestiaire. Etre sage-femme, c’est devoir s’adapter en un temps record à ce qu’une patiente attend de nous : de la douceur, de la fermeté, tout en étant bienveillante, empathique, compétente. C’est savoir jauger en un coup d’œil les constantes de la mère, celle du fœtus, la situation médicale, et prendre les mesures qui s’imposent. C’est jongler entre les désirs des parents tout en vérifiant que l’état de santé du bébé le permet sans oublier les protocoles médicaux en vigueur et nos obligations médico-légales.

Etre sage-femme c’est ce qu’on fait pour nos patientes en dehors de leur présence : remplir des papiers, être sur l’ordinateur, prendre en pleine face la colère d’un médecin qui ne gère pas son stress sur une situation, mais qui trouve plus simple de s’en prendre à nous pour se défouler, c’est dépenser une énergie folle pour faire sortir un anesthésiste récalcitrant de son lit pour qu’elle puisse bénéficier de la péridurale. Etre sage-femme, c’est pouvoir compter sur son aide-soignante, véritable binôme, qui prédit ce que nous allons faire d’un simple regard.

Etre sage-femme, c’est s’occuper indistinctement des femmes quelque soit leur couleur de peau, leur religion, leur pays d’origine, leurs états émotionnels, psychologiques et parfois psychiatriques ou bien encore leurs pathologies et les germes qu’elles portent

Etre sage-femme, ce sont des gardes exténuantes, des situations dramatiques : des fausses couches, des morts fœtales, des interruptions thérapeutiques, des grands prématurés, des constats de viols, un enfant confié à l’adoption. C’est passer d’une salle où l’on donne la vie à une salle où des parents auront un enfant sans vie…

C’est être marquée au fer rouge et pour toujours par des patientes, des situations, des émotions, des naissances, des miracles, des décès. C’est savoir que l’expérience ne permet qu’une meilleure « digestion » des drames, mais qu’elle ne nous rend pas amnésique.

Etre sage-femme, c’est finir sa garde avec une tenue qui pourrait satisfaire plusieurs équipes de la police scientifique : sang, urines, vomi, matières fécales, liquide amniotique. C’est pouvoir parler de tout ça à table sans sourciller.

Etre sage-femme, c’est aussi avoir vu plus de vulves que tous ses copains masculins réunis, c’est supporter, sans pouvoir le dire, des hygiènes plus que douteuses : pleins feux sur la vulve, les pieds en stéréo. Ce sont aussi des fous rires, des motifs de consultations improbables (on pourrait écrire un sacré bouquin), ce sont des cafés, des cigarettes, des discussions à n’en plus finir sur nos plannings, la sacro-sainte relève et le petit déjeuner qui la suit et surtout, la vie qui continue…

VVB

Le BHD n°66 : Marraine la bonne fée

Le mot du jour. « Bibbity Bobbity Boo ! ».

C’est un mot qui me parle du plus profond de mon être.

Mon héroïne depuis toujours, c’est Samantha Stevens, la gentille sorcière de la série culte « ma sorcière bien aimée » : elle n’a qu’à remuer son nez pour rendre sa maison luisante de propreté ou répondre aux souhaits de ceux qu’elle aime.

Petites recherches. Je ne le savais pas mais le personnage de la Fée prend sa source dans la Mythologie, plus exactement des Parques, ces divinités qui coupaient le fil des vies.

C’est devenu par la suite un personnage de conte de fées et du folklore. C’est un personnage secondaire qui vient du légendaire féminin et qui possède presque toujours des pouvoirs magiques. Elle symbolise la « mère », la fécondité et l’abondance. Dans nombres d’histoires, la Fée est une marraine, elle a le pouvoir de décider du destin de son filleul. Elle peut lui attribuer des qualités, elle veille sur lui et essaie le lui épargner certaines épreuves.

Etant sage-femme, je peux donc dire que je suis un peu cette marraine qui se penche au-dessus des berceaux pour octroyer telle ou telle vertu à un nouveau-né puisque mon rôle consiste à faire en sorte que la naissance se déroule le mieux possible.

Il existe une autre version de la Fée, il s’agit de la fée amante. Elle est souvent très belle et entretient des relations amoureuses avec les humains. Elle incarne la féminité. Elle possède un pouvoir d’attraction et érotique puissants. Mais elle peut se révéler jalouse et colérique.

Je n’y avais jamais songé, mais il suffit qu’un  partenaire sexuel pose une main sur moi pour que je me sente devenir la plus belle femme au monde. Comme par magie, exit le surpoids, les petits bourrelets et la cellulite. Je suis la fée Morgane et je l’entraîne vers le plaisir et la séduction…

Finalement, la Fée, c’est toute la complexité de la femme : tantôt mère, tantôt femme, tantôt à l’écoute des autres tantôt à sa propre écoute. La louve instinctive, primaire ou la femme érudite et pleine de ressources, de talent. C’est sûrement pour cela qu’on prétend que les femmes sont compliquées, parce que nous ne nous limitons pas à un seul rôle.

 

VVB

Le BHD n°65 : Sardinade

 

Adolescente, j’ai lu toute la saga de « L’esprit de famille » de Janine Boissard. La maison s’appelait « le Terrier ». Cette famille, et cette maison, étaient pour moi l’idéal du bonheur. Je viens de passer tout un week-end au « Terrier », enfin, c’est le sentiment que j’ai eu.

La genèse de cette aventure est partie de l’arrivée tant attendue d’une petite Sardine dans une famille aimante et comblée par cette naissance. L’idée a germé dans le cerveau de sa maman de faire une méga fiesta pour sa petite Sardine.

Les événements s’enchaînèrent : lancer les invitations par SMS (oups, pas de faire-part), attendre les réponses, trouver une salle, trouver un traiteur, trouver des idées de décoration…thème de la mer : adopté !

Dernière semaine, encore quelques incertitudes sur le nombre d’invités, coordonner le traiteur, prévoir des montagnes de nourriture et de boissons…Le stress qui monte…

Finalement, une soixantaine d’adultes et adolescents ainsi qu’une douzaine d’enfants annoncées.

Organisation du campement, un atelier dragées, un atelier pliage de serviettes en papier en forme de bateaux, des moments de franches rigolades !

48h avant, se conformer à l’exercice stressant et périlleux du traditionnel plan de table…Casse tête chinois (avec des « putain-merde toulousains » !

Enfin le matin du grand jour ! Récupérer les clés de la fameuse salle, pas si petite que cela, au final, mais que d’inquiétudes à cet égard !!!Plus de 5 heures de boulot pour décharger des boissons, de la nourriture, brasser des tables, trouver la meilleure combinaison possible pour faire de cet endroit un lieu convivial et agréable. Décoration : nappe, chemin de table, serviettes, couverts, un mur de photos du roi de la fête (et de son demi-frère), trouver la meilleure place à chaque invité, un parrain et un papa qui montent la sono.

Etre tributaire du temps qu’il fait, avoir consulté la météo plusieurs fois par jour toute la semaine en attendant mieux…Zut !

Courir pour accueillir les invités venus de toute la France : Toulouse(en force), Caen, Paris, Dijon, Orléans sans oublier les autochtones et même un clan de Siciliens…

Une arrivée à la mairie sous une pluie battante, histoire que tout le monde soit baptisé !

La cérémonie avec une petite marraine dubitative.

Enfin le soleil pour l’apéro géant !

La famille, les cousins, les amis qui se retrouvent, d’autres qui font connaissance, 10% de sages-femmes, une femme enceinte, des ados (super chouettes) qui acceptent de mettre leur portable de côté pour être vraiment ensemble, un virus qui s’invite à la fête causant déceptions et larmes, des cousines au top avec un diaporama génial, une cousine et un Basque qui chantent, un parrain à la sono passant des tubes incontournables, des enfants adorables, un papi extraordinaire dans le rôle de la plus dévouée des nounous, le petit roi de la fête infatigable…ou presque…

Et surtout, de la joie, du bonheur, un panel d’émotions positives, le plaisir d’être ensemble jusqu’au bout de la nuit…A tel point que la fête a battu son plein pendant presque trois jours !

Petit coup de « mou » quand le dernier invité repart, mais énorme satisfaction d’avoir réussi un tel événement et rassemblé, au propre comme au figuré, tous ces gens autour de la petite Sardine.

Une magnifique Sardinade !

VVB

Le BHD n°64 : Ne le dis à personne

C’est en signant une énième pétition contre l’imprescriptibilité des crimes sexuels que je me suis dis que j’en avais marre de me trimballer une honte qui ne m’appartient pas. Comme la diva Plavalaguna du Cinquième élément, cette honte est en moi depuis bien trop longtemps et elle pèse des tonnes.

Cette honte n’est pas la mienne.

Lorsque j’avais 8 ans, le voisin de ma grand-mère paternelle m’a fait des attouchements sexuels.

J’étais une petite fille espiègle, insouciante et bavarde.

Pendant presque 25 ans, ce traumatisme, je l’ai occulté. Une vraie amnésie. Et puis, un jour, il est arrivé un incident (des plus anodins) à ma fille aînée à l’école maternelle avec un de ces camarades de classe. Et là, les cauchemars ont commencé. Des cauchemars récurrents. Je me voyais, malade, alitée, en chemise de nuit avec cet homme au-dessus de moi, ses yeux bleus, son regard de fouine, sa peau parcheminée de vieil homme, son odeur d’eau de Cologne Mont Saint-Michel parfum ambré (je peux vous le dire), ses doigts qui me fouillent. Cette scène, je l’ai vécue un million de fois au moins. Psychanalyse, psychothérapie, comprendre pourquoi j’avais enfouie tout ça au plus profond de moi.  Enfin comprendre certaines choses pas si anodines que cela : ne pas supporter qu’un homme avec les yeux bleus me regarde, avoir la nausée dès que je sens cette putain d’eau de Cologne, ma terreur à l’idée que mes enfants puissent un jour être victime d’un pédophile, le fait ne pas supporter qu’on me touche la vulve avec les doigts, la frigidité des premiers rapports, ma joie inappropriée quand il est mort. 25 années de quasi amnésie, et un jour, Hiroshima qui m’explose en plein cœur !

Je suis heureuse d’avoir surmonté ce traumatisme. Je connais bien la résilience. Les « psys » m’ont aidée, je ne peux le nier, mais je pense que celui qui m’a le plus aidée, c’est celui qui a pris le temps de m’initier à la sexualité.

A 40 ans, j’ai enfin trouvé le courage de le dire à ma propre mère. Ces paroles ne furent pas d’un grand réconfort : « Ben, il est mort… (Grand blanc)…et puis, il ne t’a pas mis son machin… (Nouveau grand blanc)…pourquoi t’as rien dit ?… ». Fin de la discussion, nous n’en avons jamais reparlé depuis !

Nouveaux cauchemars : Je me revois enfant à devoir le saluer presque chaque jour et lui de me répéter : « faut pas regarder les gens avec ces yeux là ! ». Entendre ma grand-mère me dire qu’elle ne veut pas de problèmes avec ses voisins car elle en a besoin ! Quand je pense qu’elle avait été violée par son mari le soir de ces noces. Je suis sûre qu’elle savait mais qu’elle n’a rien dit de peur des conséquences !

La culpabilité et la honte, du coup, c’est pour ma pomme !

Les gens qui ont vécu des traumatismes ont souvent des addictions, la mienne, c’est le tabac. J’ai tenté plusieurs fois d’arrêter et chaque fois, ce qui me fait reprendre, ce sont les cauchemars qui reprennent, la même scène, encore et encore ! Vite une clope !

Voilà, ça ne m’empêche ni de marcher, ni de respirer, ni de vivre, ni d’aimer, ça s’est passé, mais je ne veux plus porter cette honte, sa honte et sa culpabilité.

A compter d’aujourd’hui, je rends la honte et la culpabilité à celui qui aurait du l’éprouver !

VVB

Le BHD n°63 : Mesdames, un pas en avant !

Sans me vanter le moins du monde, je peux affirmer que je fréquente des  mères  au quotidien et que j’ai de l’expérience en la matière. J’ai noté un défaut commun pour une écrasante majorité des mères qui est décuplé lorsque celle-ci est aussi soignante.

Tout commence à la maternité ou après des heures de contractions douloureuses et un accouchement (même le plus normal soit-il), vous vous retrouvez fatiguée, la vulve douloureuse, des doutes pleins le cerveau, et là, la ronde des visites commence et vous vous rendez-compte qu’il n’y en a plus que pour votre cher bambin ! Il est bien fini le temps de la grossesse où vous étiez le centre de toutes les attentions…Oups, même vos écarts culinaires si attendrissants deviennent à présent de gros pêchés à condamner. Et chacun y va de son avis et de son conseil vous plongeant dans le désarroi le plus total !

Ca y est, la pression est là !

Nous devenons des espèces d’éponge bifaces : d’un côté, nous absorbons toutes les émotions, de l’autre nous nous essorons jusqu’à la dernière goutte.

Nous voulons être parfaites, et j’entends par là reproduire l’éducation que nous avons reçue si nous pensons qu’elle était bien, ou, au contraire,  en prendre le contre-pied. Nous voulons tout gérer et  tout organiser dans le moindre détail et ça nous plombe.

Bonne nouvelle, ça porte un nom, cela s’appelle la « charge mentale » une chercheuse de Québec, Nicole Brais, la définit comme la somme du travail de gestion, d’organisation et de planification ayant pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence (du foyer).

Mauvaise nouvelle cela concerne quasi-exclusivement les femmes…Vous me suivez… Il paraît que c’est générateur d’un grand stress… Et ce phénomène, c’est sans compter la profession que peut exercer la maman au dehors.

Le cerveau qui fonctionne toujours à 20000 tours par seconde (soit bien plus vite que le lave-linge), y compris la nuit…et cette phrase énervante au possible que j’entends toujours prononcée par des hommes : « pour t’endormir, c’est facile il suffit de penser à rien ! », mais bon sang, comment fait-on pour ne penser à rien ?

Je me suis un peu égarée, quoique… Revenons donc à nos moutons ou plutôt à notre principal défaut de maman : celui de se faire systématiquement passer après notre progéniture et notre conjoint !

Et j’en viens à la question cruciale : pourquoi ne pas se mettre sur le même rang que tous les autres membres de la famille, pourquoi systématiquement ce retrait : à combien de morceau de gâteau avez-du vous renoncer, de combien d’heures de sommeil vous êtes-vous priver, combien de fois avez-vous changé vos plans pour votre moitié ou vos chères têtes blondes ?

Et tout ça pourquoi ? Pour qu’un jour, apparemment tranquille et anodin,  le couvercle de la cocotte minute réussisse un décollage digne d’une fusée interplanétaire…

Parce que la nième frustration, vous n’aurez pas pu la digérer ?

Je ne veux pas en remettre une couche sur le patriarcat, mais nous sommes victimes de l’éducation reçue depuis des temps ancestraux : soit une bonne fille, soit une bonne mère, si tu es sage, tu auras des bonbons, si tu travailles bien, tu auras une image…Tu parles ! Un tien vaut mieux que deux tu l’auras.

Je crois que tout serait plus facile si nous ne nous négligions pas, si nous n’attendions pas pour répondre à nos besoins élémentaires, à nos envies simples et bénignes. Ce n’est pas aux autres de nous accorder de l’importance, c’est à nous de la prendre. Inutile d’attendre que le moindre détail nous transforme en petite bombe à retardement. N’oublions pas que la plupart du temps, dire « OUI » aux autres, c’est se dire « NON » à soi-même. S’octroyer, sans culpabiliser un moment pour soi et rien que pour soi. Mettre en pratique le  «  Mieux avec soi-même pour être mieux avec les autres ».

Alors, Mesdames, un pas en avant et bonne fête des mères !

VVB

Le BHD n°62 : Résiste, prouve que tu existes !

« Bats-toi, signe et persiste… »

Je trouve plutôt intéressant et enrichissant de rebondir sur des mots qui me viennent en séance de sophrologie. Cette fois-ci, le mot « résiste » ainsi qu’une phrase de mon ex-mari avant que je ne quitte notre maison : « C’est toujours toi contre le monde entier ». Certes, mais si quelqu’un avait pris les armes à mes côtés, peut-être n’aurais-je pas eu à mener certaines batailles seule !

D’ailleurs, je résiste depuis ma naissance, à peine arrivée, j’ai du me battre pour ma survie : naissance par forceps, en état de mort apparente avec une belle embarrure. Ensuite, j’ai dû résister à une technique mise au point par ma grand-mère (à sa décharge elle a donné le sein à ma mère jusqu’à 2 ans et demi). Pour que ma mère n’ait pas besoin de me nourrir au sein la nuit : on me mettait à dormir à l’autre bout de la maison et on me laissait pleurer jusqu’à épuisement, je détiens le record des petits-enfants, 3 semaines…

J’ai cherché  des synonymes de résister. Je me suis interrogée de leurs significations :

Résister à la tentation : quand on a fait autant de régime que moi, on sait ce que ça veut dire, j’ai bien du perdre 3 fois mon poids actuel depuis mes 13 ans.

Résister aux pressions : choisir de faire sage-femme alors que mes parents voulaient que je fasse une école de commerce.

Lutter pour ne pas succomber à ce qui attire, séduit : rester fidèle à soi-même, à l’homme qu’on aime, à ses valeurs.

Réagir, se débattre, se défendre, contrarier, désobéir, se cabrer, se révolter, se rebiffer, tenir tête, affronter : tous vécus ! Ne supportant pas l’injustice, j’ai mené la vie dure à tous ceux qui en sont responsables, que ce soit à mon égard, à celui des gens que j’aime ou à mes collègues.

Endurer, lutter, soutenir, supporter la peine et le travail : mère de famille nombreuse, soignante, divorcée…pas la peine de développer !

Il m’apparaît que je n’aie pas résisté en vain. J’ai fait de ma résistance une résilience.

Ne pas se décourager, ne pas se laisser abattre, surtout ne pas se laisser glisser vers la dépression, chercher des solutions, se dépasser, rebondir !

 

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi, la sagesse de distinguer l’un de l’autre ». Marc-Aurèle

 

« Ceux qui n’apprennent rien des faits désagréables de leur vie, forcent la conscience cosmique à les reproduire, autant de fois que nécessaire, pour apprendre ce qu’enseigne le drame de ce qui est arrivé. Ce que tu nies te soumet. Ce que tu acceptes te transforme ». Carl Gustav Jung.

VVB

Le BHD n°61 : Inspirez, soufflez !

L’autre jour, en séance de sophrologie, exercice d’une simplicité enfantine : « Imaginez qu’à l’expiration, l’oxygène tel un rayon de lumière circule dans tout votre cœur, la même chose sur l’expiration, mais dans l’autre sens ». Tentative…et là, grosse crise de panique et d’angoisse comme les gens qu’on essaye de noyer en leur mettant la tête sous l’eau dans les films…J’avais la sensation de me débattre, de me noyer, d’avoir le cœur dans un étau…L’horreur !

Prise de conscience…encore !

Connaissez-vous la « vierge de fer », cet instrument de torture moyenâgeux de l’époque d’Henri II ? C’est un sarcophage en bois ou en fer muni de grandes pointes de fer à l’intérieur, on y enfermait les personnes que l’on voulait torturer…Je vous laisse imaginer le bain de sang…

Et bien moi, depuis la minute où le bourreau avait mis sa sentence à exécution (« je ne t’aime plus, je veux qu’on se sépare »), j’avais adopté une sorte de respiration contrite et contrainte pour moins souffrir, pour éviter le syndrome du cœur brisé.

Explications : Contrainte parce que c’est le synonyme de difficulté, de pudeur et d’oppression. Contrite, parce que c’est le synonyme de repentant, de penaud et de quelqu’un qui éprouve un grand regret pour ses fautes. Le syndrome du cœur brisé, parce que c’est une maladie qui existe vraiment. Elle est due à un stress émotionnel ou physique qui provoque une défaillance cardiaque aigüe pouvant conduire au décès. Dans presque 30% des cas une rupture amoureuse en est à l’origine !

Alors oui, sans m’en rendre compte le moins du monde, j’ai adopté une respiration superficielle, pour moins souffrir, pour ne pas mourir de chagrin, pour éviter de faire saigner mon cœur davantage.

Par contre, pourquoi j’ai mis autant de temps à m’en apercevoir, je ne saurais le dire. Toujours est-il que retrouver pleinement ses fonctions respiratoires, inspirer, souffler, respirer à pleins poumons et avec des rayons de soleil et une douce chaleur qui vous traverse le cœur, c’est bon, c’est doux, c’est extraordinaire ! Un vrai petit miracle !

Je me suis amusée à compter depuis quand mon petit cœur était enfermé dans sa vierge de fer.

Entre le jour « J » et le cours en question : 1278 jours. Sachant qu’un adulte effectue en moyenne 16 mouvements respiratoires par minute, j’ai mis 127 824 heures soit 7 669 440 minutes soit 122 711 040 respirations avant de guérir !

 

« Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit ». Khalil Gibran.

Bon, j’ai juste fait une nuit polaire version la Belle au Bois dormant, le tout, c’est d’en avoir pris conscience !

VVB

Le BHD n°60 : Pêle-mêle

 

Parlez-moi avec bonheur d’une maison au bord de l’océan d’où je pourrais admirer les vagues et respirer les embruns, d’où je pourrais partir chaque jour en balades sur les plages à la chasse au verre dépoli…Ne me parlez pas de la télévision poubelle : voyeuriste, avilissante, abrutissante, débilitante qui entraîne le QI d’une part de nos concitoyens vers le zéro absolu…

Montrez-moi Tom Selleck, Ed Harris et Patrick Dempsey pour qui j’ai une irrésistible attirance et qui me font fantasmer…Ne me montrez pas de serpents pour lesquels j’ai une phobie, à tel point que je ne peux même pas les regarder sur un livre…

Offrez-moi de la lingerie pour laquelle j’éprouve une véritable passion : ses matières douces et soyeuses et cette ivresse de savoir qu’on est seule à savoir ce que l’on porte sous ses couches de vêtements…Ne m’offrez pas d’huîtres, d’abats, d’olives, d’anchois et de plats épicés sous peine de me voir vomir…

Evoquez avec moi le bonheur et la magie d’une naissance, ce moment où la tête d’un nouveau-né arrive sur le périnée de sa mère et qu’il arrive, tout neuf, prenant sa première bouffée d’air et découvrant le monde…N’évoquez pas le mensonge, l’injustice, l’hypocrisie, la trahison et le mot « immuable » car se sont des choses que j’exècre !

Faites-moi rire avec des répliques de Kaamelott, de Muriel Robin, de Coluche, de Michel Audiard.

Ne m’énervez pas en me parlant de sexisme, de violences conjugales, de parents qui maltraitent leurs enfants, ce sont des sujets qui me font bouillir de colère et d’incompréhension.

Ne me demandez pas pourquoi, je n’aime pas les  hommes qui portent des chaussures rouges et/ou jaunes…peut-être y vois-je un symbole machiste ?

Ne me demandez pas, non plus pourquoi j’aime mes enfants, ma famille et mes amis de cet amour inconditionnel et viscéral, forces, piliers et valeurs de mon humble existence.

Ne voyez pas qu’en moi une femme forte et indépendante, tentez de me faire baisser la garde, dépassez ma méfiance et ma défiance, surprenez-moi et peut-être, ferais-je de même…

VVB

Le BHD n°58 : D’un « Z » qui veut dire Zorro !

Nous en étions à « peau de couilles » je crois ? Pas du tout, nous en étions à « injustice » !

La notion de justice : La justice est un principe philosophique, juridique et moral fondamental en vertu duquel les actions humaines doivent être sanctionnée ou récompensées en fonction de leur mérite au regard du droit, de la morale, de la vertu ou autres sources normatives de comportements. Quoique la justice soit un principe à portée universelle, le juste apparaît pouvoir varier en fonction de facteurs culturels. La justice est un idéal souvent jugé fondamental pour la vie sociale et la civilisation. En tant qu’institution, sans lien nécessaire avec la notion, elle est jugée fondamentale pour faire respecter les lois de l’autorité en place, légitime ou pas. La justice est censée punir quiconque ne respectant pas une loi au sein de la société avec une sanction ayant pour but de lui apprendre la loi et parfois de contribuer à la réparation des torts faits à autrui, au patrimoine privé ou commun ou à l’environnement. (Source Wikipédia). Vous avez 4 heures !

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une très haute opinion de ce que doit être la justice. Mais dans mon crâne de piaf d’enfant, cela ne correspondait pas forcément aux faits et à la réalité.

J’ai toujours eu un engouement démesuré pour les justiciers, ceux de mon enfance étaient Zorro, Samantha Stevens, Josh Randall. Je dois admettre que mon admiration pour les justiciers s’est poursuivi à l’âge adulte avec des héros tels que Kick Ass, Jethro Gibbs (NCIS), Aaron Hotchner (Esprits Criminels), ou encore Deadpool. Des personnages qui ne transigent pas leurs valeurs quelque soient les circonstances, mais qui ont une forte tendance à mettre de côté leur vie privée pour leur idéal de justice.

Et moi, du coup, comme je ne suis pas une vraie justicière, j’ai mis au point ma propre loi du Talion : lorsqu’on que je me sens victime d’une injustice, je pars en croisade pour défendre une autre injustice : défendre mes camarades de classe, mes collègues, les droits des femmes, je signe toutes les pétitions qui me semblent justes. Enfant, je ramenais tous les animaux errants que je trouvais au grand dam de ma mère. Je ne me sentais pas un « Caliméro » victime et paralysée par les situations injustes, je détournais la situation en devenant Don quichotte se battant contre des moulins à vent. Une espèce de formule arithmétique genre : plus par plus égale plus et moins par moins égale plus. C’est comme si j’avais voulu construire mon étayage sur les autres, que j’avais espérer grandir en faisant grandir les autres et que j’étais de venue la spécialiste du « truc qui ne sert à rien ».

Dans ce raisonnement, je transposais mon sentiment de révolte sur un autre sujet pour ne pas avoir à souffrir de ce que je ressentais comme vraiment injuste et non mérité à mon encontre.

Si la justice des hommes est aveugle, finalement, l’injustice aussi.

Je dois à présent reconnaître, accepter, faire le deuil des manques de mon enfance, renoncer à la réparation de tous ces manques et laisser le passé au passé puisqu’il ne peut être changé même avec toutes les formules magiques de la Terre.

Alors, oui, il est injuste que j’aie été une enfant non désirée, il est injuste que j’aie été trompée et quittée, il est injuste que je ne sois pas aimée. Mais maintenant, je suis une adulte et il est temps d’abandonner le costume de justicière des causes perdues pour avancer, au placard les étendards ! On dit qu’une émotion exprimée est une émotion surmontée, là, je peux dire que j’ai viré un gros fichier encombrant de mon disque dur. Bravo Madame !

 

VVB

Le BHD n°57 : Cuisine et dépendances

Après avoir traversé des deuils, qu’ils soient de personnes, au propre comme au figuré, entre la destruction de mon couple et la perte de mon père adoptif, j’en suis arrivée à un stade de mon « développement personnel » où je me dis qu’il serait bien de « finir le travail ».

J’ai admis mes qualités et mes défauts, sans les embellir ou les exagérer, et, croyez-moi, cela demande des efforts considérables ce travail d’introspection. J’ai compris ce que je ne veux plus, et je sais ce que je veux.

Je pourrais m’arrêter à ce stade, car, sans fausse modestie, je peux dire que je suis fière du chemin parcouru. Seulement voilà, je me dis que c’est l’occasion ou jamais d’en profiter pour aller au fond de mon âme et régler mes comptes avec mon « enfant intérieur ».Vous voyez le personnage de Forrest Gump lorsqu’il se met à courir après le départ inexpliqué de la femme qu’il aime et qu’il se dit « je suis arrivé au bout du comté, pourquoi ne pas poursuivre jusqu’au bout de l’état, et arrivé au bout de l’état, pourquoi ne pas allé jusqu’à l’océan ? Et ensuite, il parcourt le pays d’Est en Ouest. C’est un peu ce qui m’arrive sauf que mon voyage initiatique se passe à l’intérieur de moi-même.

« Work in progress » comme dit un couple d’amis.

Cette étape équivaut à devenir commis de cuisine dans celle de l’Apprenti Sorcier (après tout, ne dit-on pas avoir des « casseroles au cul » ?). Une fois la porte franchie, on vous balance les plats à la tête et il ne sert à rien de les esquiver. Se confronter à ses modes de fonctionnements négatifs, c’est comme venir à bout du bordel dans la cuisine de l’Enfer. Au début, on fait ce qu’on peut, on lave et on range les plats un peu comme ils arrivent et on souffre car on a l’impression qu’on n’en viendra jamais à bout. On est désordonné, maladroit, incohérent. Et puis, petit à petit, la résistance s’organise en on devient méticuleux, on classe, on trie. On devient calme et méthodique et ça finit par ressembler à quelque chose.

Et on en arrive au cœur de la cuisine, le fourneau sur lequel est entassé un monceau de gamelles dont certaines sont là depuis l’enfance. Certaines mijotent tranquillement, certaines possèdent plusieurs couvercles bien gentiment empilés les uns sur les autres, histoire que ça ne nous pète pas à la gueule et, pour finir, certaines sont si anciennes qu’on ne sait même plus ce qu’il y a dedans.

Et moi, j’en suis là. Bien entendu, je ne réalise pas ce travail titanesque seule. Je suis accompagnée par des thérapeutes professionnelles. Je commence mon travail de deuil des manques de l’enfant que j’ai été. Ce que je n’ai pas eu, je ne l’aurais jamais car bien évidemment je ne suis plus une enfant et que le passé est précisément passé, une Lapalissade me direz-vous, sur le papier, oui ! Dans le domaine des émotions, c’est beaucoup plus compliqué.

Je me sens un peu désemparée devant ces gamelles de poisons émotionnels, de celles qui vous font systématiquement retombées dans vos mauvais travers (et pas de porc), dans vos mauvais systèmes de penser, d’agir, d’être, les systèmes de croyance !

Visiblement, en soulevant un couvercle, j’ai aussi soulevé un lièvre…Le mot « Injustice » m’est arrivé droit en pleine tête… Noyau central du problème ? Affaire à suivre…

VVB