Le BHD n° 103 : Rat de bibliothèque

Une amie m’a offert pour noël  un livre en me disant que je me retrouverais dans l’univers des « Harry Potter ». Je n’avais pas eu le temps de m’y plonger, occupée par dessus la tête avec ma mère.

J’y suis tombée depuis une semaine et je suis presque à la fin du tome deux, le prochain m’attendant patiemment sur ma table basse. Je dois me raisonner pour manger et dormir tellement je suis passionnée…Cela m’a rappelé la petite fille puis l’adolescente toujours le nez fourré dans un livre. Je crois que cette passion ne m’a jamais quittée depuis le CE1 où je dévorais mon livre de lecture pendant les week-ends et les vacances scolaires, pressée de connaître la suite de l’histoire d’Amadou le Bouquillon…

La lecture fut un moyen d’échapper à ma vie réelle peuplée le plus souvent par les disputes de mes parents biologiques. Je me réfugiais dans les toilettes seul endroit où je pouvais avoir de l’intimité et d’où on ne me demandait pas de sortir (il n’y avait pas encore de portable). Ensuite, j’ai découvert une meilleure cachette : la niche du chien, lui roulé en boule et moi la tête sur son dos avec une lampe de poche. Mon univers était celui des  Jojos lapins, du Club des cinq, des Alice, des Sœurs Parker, des histoires de la Comtesse de Ségur. Quand la puberté est apparue, je me suis lancée dans les Harlequin, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Une amie d’Oléron me prêtait en cachette tous ses livres. Au collège, ma carte de bibliothèque était la plus remplie. Je relisais même mes ouvrages préférés. Découvrant qu’un centre social associatif avait ouvert ses portes au bout de ma rue, j’ai pris une carte d’adhésion pour assouvir mes neurones. Le lycée fut moins drôle avec des lectures contraintes pour découvrir les « grands auteurs classiques » : Voltaire et Rousseau ne m’ont guère réjouie, ni Balzac. En revanche, Victor Hugo, Alfred de Vigny, George Sand, les sœurs Brontë furent merveilleux à découvrir et sont toujours dans ma mémoire…Jane Eyre…Je suis fan inconditionnelle…Je réussis, malgré tout, à caser Barjavel, expérience magique et fabuleuse. Je reste toujours aussi surprise qu’aucun de ses romans n’aient été portés à l’écran…

Les études(les ouvrages médicaux ne sont pas ma tasse de thé) et ma vie de mère m’ont écartées de la lecture. De celle que je souhaitais. J’ai pris un réel plaisir à faire la lecture à mes enfants : les histoires du père Castor, celles de l’école des loisirs, prendre des voix différentes selon les personnages, de petits moments de bonheur intense de maman. J’ai d’ailleurs transmis le virus des livres à ma plus grande fille.

Lorsqu’ils ont grandi, j’ai enfin pu renouer avec mes très chers livres. Je me souviens précisément quand : Nous étions en vacances chez mes beaux-parents et un petit cousin ne voulait pas partir se balader avec les autres, il voulait finir son bouquin et je devais rester avec ma troisième qui faisait sa sieste…Il m’a prêté le premier tome…C’était Harry Potter…Je l’ai dévoré dans la journée et je n’ai pas dormi de la nuit pour finir le second…J’avais remis le doigt dans l’engrenage…Pur bonheur, pure délectation…La lecture m’avait cruellement manquée.

Quand on grandit dans une famille qui n’est ni aimante, ni affectueuse, ni bienveillante, la lecture se révèle une véritable ressource d’étayage. Au-delà des connaissances, elle m’a permis de découvrir toute la palette des sentiments et émotions, un vocabulaire riche, de pallier aux carences, de devenir, le temps d’une histoire une héroïne… Elle m’a donnée « des racines et des ailes ».

VVB

Sexualités: Le Magazine

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