Le BHD n° 107 : La 344ième…

Il se trouve que dans ma jeunesse, j’ai eu recours à l’IVG…Je venais de rencontrer celui qui serait un jour mon mari et je venais de me séparer d’un homme qui ne voulait absolument rien construire avec moi, l’idée du mariage et des enfants lui filait des crises d’urticaire et de plus, il se payait le luxe d’avoir des aventures de droite et de gauche, s’imaginant bêtement que je ne m’en doutais pas. Je prenais, bien évidemment, la pilule. Après une rupture houleuse, il m’a adressée une lettre dans la quelle il disait que s’il m’avait mise enceinte, jamais je ne serais partie…Là, j’ai eu comme un déclic…Les symptômes bizarres que j’éprouvais depuis quelques semaines, c’étaient ceux d’une grossesse…Processus enclenché, les délais étaient encore bons. Je ne voulais pas commencer une nouvelle histoire d’amour avec un fardeau qui n’avait rien à y voir…Attention, je ne cherche absolument pas à justifier mon geste, j’explique simplement. Les femmes doivent gérer environ 40 années de contraception, et rien que ce fait, il y aurait matière à ruer dans les brancards…C’est encore à nous de gérer les potentielles tuiles qui se mettent sur notre route. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance, de pouvoir bénéficier d’un avortement, de pouvoir décider de ma vie…Ce n’est pas un choix que l’on exécute de gaité de cœur…D’ailleurs, ensuite, il a été nécessaire que je reçoive des traitements pour être enceinte de mes deux premiers enfants…Lutte du corps et de l’esprit qui ne pardonne pas, sûrement, un geste contraire à la nature première de la femme. Enceinte sous pilule et infertile…Un comble ! J’ai eu honte pendant plus d’une décennie, mais de quoi, au juste. D’avoir été trahie par un homme, par ma contraception, ou les deux ? Pas de mon choix, en tout cas.

 

En 1971, est paru le manifeste des 343 salopes. Ces femmes reconnaissaient s’être fait avorter pour défendre le droit à l’avortement…Et ce n’est que le 26 novembre 1974, après une brillante intervention de Simone Veil à l’Assemblée nationale que la loi sera promulguée…Le 17 janvier 1975…

En France, un tiers des femmes ont recours à l’IVG au moins une fois au cours de leur vie.

Il suffit malheureusement d’ouvrir la page Google aux actualités sur l’avortement pour se rendre compte que les droits des femmes sont précaires en ce domaine, même lorsqu’il s’agit de l’interruption médicale de grossesse…Argentine, Irlande, Salvador, Pologne, Italie, Belgique, sans parler des Etats Unis et des pays où la religion l’interdit formellement…

En France, en ce moment, le HCE (Haut Conseil à l’Egalité) appelle à faire de la Constitution un texte garant de l’égalité hommes/femmes via 9 recommandations de modifications. Notamment, garantir comme droit fondamentaux le droit à l’avortement et à la contraception, le droit à une vie sans violence sexiste et sexuelle, le droit de bénéficier à égalité des financements publics. Première lecture à l’Assemblée et au Sénat prévue le 9 mai…Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser aux paroles de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

 

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_rapport_constitution-garante-v4.pdf

 

https://www.nouvelobs.com/societe/20071127.OBS7018/le-manifeste-des-343-salopes-paru-dans-le-nouvel-obs-en-1971.html

VVB

1 pensée sur “Le BHD n° 107 : La 344ième…”

  1. Et que peut faire un homme comme moi pour aider les femmes à défendre ce droit minimum a choisir leur vie? J’aimerais aider, car décidément les femmes comme toi me réconcilient avec la vie après les manifs et débordements imbéciles du premier Mai

Sexualités: Le Magazine

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