Le BHD n° 134 : Depuis la pièce d’à côté

Novembre, en un mouchoir de poche, des dates cruelles. Deux ans. Ton départ. Ton anniversaire. La cérémonie…

La pleine lune arrivant, je dors très mal et des tas d’images se bousculent dans ma tête. C’est quelque chose d’étrange les souvenirs…Ils arrivent à la fois flous et cotonneux, mais aussi nets et précis, c’est à n’y rien comprendre…La phrase de ton ami résonne toujours en moi comme au premier jour : «  Fort comme ton nom, Louis comme un roi » ! Et ton poème d’adieu…La mort n’est rien de Charles Péguy : « Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue »…

Sois tranquille Louis, comme l’an dernier, avec quelques amies, nous sommes allées célébrer ton anniversaire avec tes parents. Nous avons dégusté ton gâteau favori, tendrement préparé par ta mère. Un tabouret s’est transformé en piédestal pour ton chapeau préféré. Autour d’une coupe de champagne nous avons évoqué des souvenirs : ton charme ravageur auprès des filles, l’adolescent passionné de moto, l’enfant turbulent. Ton sens aigu des couleurs : le bleu cyan ou le rouge lie de vin. Ton sourire est sur toutes les photos. Nous parlons de tes amis de promos, des deux qui sont maintenant en couple…Je ne peux m’empêcher de penser que tu y es pour quelque chose…L’amour de ta vie n’a pas oublié ton anniversaire, elle n’a pas pu t’offrir ce que la vie est normalement censée offrir aux amoureux de ce monde.  Il est cependant indéniable qu’elle conserve en son cœur une partie de toi. D’ailleurs, puisqu’on en parle, tu as laissé une trace en toute personne t’ayant approché de près ou de loin. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’aura…Et quelle aura !

Nous sommes revenus sur ton courage, sur ta rage incroyable de vivre…Savais-tu que ton militaire de frère t’avait désigné comme modèle de courage lors d’un discours professionnel. Ta mère a bien voulu me l’envoyer ce discours. Je l’ai lu et relu et je ne peux m’empêcher de faire le lien entre toi et les soldats. Que de similitudes…

Telle une gueule cassée, tu avais dû abandonner sur le champ de bataille un bout de visage et un bout de poumon à ton perfide rival. Tu as mené tellement de batailles. Tu as combattu des diagnostics. Tu es sorti vainqueur des plus sombres pronostics. Tu as adopté des tactiques et des stratégies en te jetant plein d’espoir dans des protocoles médicamenteux expérimentaux afin de déloger ton adversaire…Ta bravoure n’a faibli que lorsque les traitements se sont finalement alliés à la maladie pour te terrasser…Comme une injustice, admettre la supériorité technique de ton ennemi juré…Jusqu’au bout tu as tout fait pour protéger et soutenir tes troupes face à l’inévitable issue…Jusqu’à ce jour où tu as décidé de raccrocher, une dernière fois, ton costume de super héros au vestiaire…Chacun avait cru tes ressources inépuisables…Tu avais besoin de repos…

Ton frère a dit : « Le courage peut donc être anonyme, tout comme les héros », il a aussi cité Vauvenargues : « Le courage est la lumière et l’adversité »…La lumière est restée. Elle consiste à respecter tous les souhaits de ton poème…

VVB

Sexualités: Le Magazine

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