Le BHD n° 47 : Soignante, fonctionnaire…et pas contente !

« Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? », tout le monde ne se souvient peut-être pas de cette célèbre réplique d’Arletty dans Hôtel du nord, mais moi, j’ai envie de hurler à nos politiques de tout bord : « Fonctionnaire, fonctionnaire, est-ce que j’ai une gueule de fonctionnaire ? »

Tous autant qu’ils sont, à décrier ainsi les fonctionnaires, ça me saoule, ça me désole, ça m’exaspère, ça me désespère !!!!

1 : Est-ce qu’ils n’oublieraient pas qu’eux aussi sont des fonctionnaires ? Qui, d’ailleurs, donnent une très mauvaise image : corruption, détournement de fonds, affaires de justice qui tombent aux oubliettes, emplois fictifs des membres de leur famille, sexisme, agressions sexuelles, mensonges, promesses non tenues et j’en passe…

Ah, j’oubliais, le fonctionnaire lambda, lui, doit avoir un casier judiciaire vierge, faîtes ce que je dis, pas ce que je fais !

2 : Dans l’imaginaire collectif, le fonctionnaire est un employé qui arrive en retard au boulot, part systématiquement en avance, a 2000 RTT par an et n’en fout pas une rame…Vient vivre ma vie de soignant à l’hôpital public et on en reparle !!! Saviez-vous que le temps de déshabillage et d’habillage est intégré dans le temps de travail, mais qu’aucun soignant ne le respecte car sinon, il n’existerait plus de jonction des équipes, ben oui, vu que maintenant les temps de transmissions réduisent comme peau de chagrin (voir n’existent pas)…sympa pour les patients ! Saviez-vous que souvent nous effectuons nos 8, 10 ou 12 heures de travail sans avoir le temps de boire, de manger, de pisser ! Que les heures supplémentaires ne sont pas payées, difficilement récupérables voir même carrément interdit d’en avoir ! Que les formations doivent être effectuées sur le temps personnel, voir payées par nos soins…

3 : Où sont les syndicats ? Le salaire des fonctionnaires a été gelé pendant 11 ans, sans que cela pose de problème à quiconque.  Et là, miracle, une augmentation de 0,6 % en juillet 2016 et une autre, encore de 0,6 % en février 2017…même pas l’inflation ! Quid des primes de week-end (75 euro) et de nuit (1,07 euro brut en plus de 21h à 7h) qui n’ont pas augmentées depuis 1990. Et la dernière mode pour faire des économies dans les hôpitaux, le « décaissage », c’est-à-dire que vous arrivez pour votre journée de travail et que 1 heure après, on peut vous dire « il n’y a pas assez de patients, tu dégages ». La fête du slip dans toute sa splendeur !!! Pas assez de patients on décaisse, trop de patients, on encaisse !

4 : Les propos de nos politiques sur la suppression des postes de fonctionnaires : comment peuvent-ils confondre des soignants, des policiers et des militaires avec certains administratifs ? Madame Michèle Alliot-Marie parle de nous retirer le droit de grève, ben voyons, déjà que nous sommes réquisitionnés et que tout le monde se fiche que nous fassions crève. C’est sûr, à côté de la SNCF ou les aiguilleurs du ciel qui bloquent le pays comme qui rigole, nous ne jouons pas dans la même cour.

Moins de lits dans les hôpitaux, moins de soignants, préparez-vous à acheter « la chirurgie pour les nuls » parce que bientôt, il faudra pratiquer soit même ses interventions sur sa table de cuisine. Une récente étude montre que les infirmières françaises sont moins bien rémunérées que les infirmières de certains pays émergents (comparaison par rapport au PIB). Waouh, quelle grande nation que la nôtre !

5 : Heureusement qu’il existe des gens engagés comme Sabrina Ali Benali pour déclarer que « l’hôpital public ne tient plus que grâce à la dévotion des soignants », parce que c’est le cas ! Les soignants sont épuisés, certains en viennent au suicide, certains sont en burn-out et malgré tout, nous continuons à aimer notre travail et nos patients. La question, c’est jusqu’à quand allons-nous tenir ?…

VVB

Sexualités: Le Magazine