Le BHD N° 71 : Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (4)

Un ami psychothérapeute m’a dit un jour, il y a des années : « Dans la vie, soit on EST, soit on FAIT ». Ce n’est que maintenant que je prends la pleine mesure de cette phrase et de son sens profond.

J’ai passé une bonne partie de ma vie de mère à « faire ».

Aujourd’hui, ce sont ces faits qui sont sur le banc des accusés.

J’ai fait avec amour, avec tendresse, avec bienveillance. J’ai fait par amour, par dévouement, par conviction. J’ai fait pour lui, pour eux. J’ai fait avec plaisir, avec regret, pieds et poings liés, délibérément. J’ai fait en long et en large, j’ai fait comme j’ai pu, j’ai fait en temps et en heure. J’ai fait ce que font toutes les femmes, toutes les mères. J’ai fait ce que ni homme ni enfant n’aiment faire. J’ai fait grise mine, j’ai fait des pieds et des mains. J’ai fait dans la dentelle, dans la semoule. J’ai fait feu de tout bois. J’ai fait malade, épuisée, enceinte, allaitante. J’ai fait et refait, j’ai fait comme j’ai pu, j’ai fait de travers, j’ai mal fait. J’ai fait en colère, résignée, stoïque, en râlant. J’ai FAIBLIS, j’ai FAILLI, j’ai ECHOUE.

J’ai désespérément tenté d’envoyer des signaux qui n’étaient ni les bons, ni audibles, ni compréhensibles. Je n’ai fait que crier mon désespoir et l’histoire ne retient que mes « coups de gueule » et « pétages de plombs ».

Moi, la mère, j’ai « fait » sans y « être » vraiment et certainement que les enfants retiennent que leur père y « était », mais ils ne voient pas que c’était sans « faire ». (Une aspirine, peut-être ?).

Bref, après la mort symbolique devrait arriver la phase de résurrection que j’attends patiemment. Je ne sais quand elle interviendra, peut-être quand ils seront plongés eux-mêmes dans le rôle de parent ? Qui vivra, verra.

« De bons parents ne préparent pas le chemin pour leurs enfants. Ils préparent leurs enfants pour le chemin ». (Anonyme)

Au final, que retenir du plaidoyer de la mère vivant le rite de passage de sa progéniture à l’âge adulte ?

Je préfère choisir l’hypothèse suivante : plus le lien est fort, plus il a besoin d’être malmené, broyé, dénigré pour être rompu et leur permettre de se jeter à corps perdu dans le grand bain de la vie. Ils sont comme des navires quittant leur port d’attache pour leur première traversée en solitaire. Ils vont prendre la haute mer, faire leurs propres choix, prendre des décisions qui ne les mèneront pas forcément où ils avaient prévu d’aller, laissant derrière eux le monde sécurisant de l’enfance. Pour y parvenir, ils ont besoin de savoir que du côté de la mère, le lien ne sera jamais rompu, qu’elle sera toujours là, tel un phare, leur indiquant les écueils, que ce soit par temps clair ou en pleine tempête.

Parfois, pour mieux partir, c’est mieux de penser que rien ne vous retient, enfin peut-être…Et moi, c’est ce que je retiendrais, n’en déplaise à mes détracteurs…

 

« Toutes les vérités sont faciles à comprendre une fois qu’elles sont découvertes, à nous de les découvrir ». Galilée.

VVB

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