Le BHD n° 77 : Nids d’anges

Je ne saurais terminer cette petite série de billets d’humeur « professionnels » sans parler d’un sujet qui me tient à cœur.

Loin de la polémique sur les violences obstétricales et les projets de naissance, je confectionne des nids d’anges pour les bébés morts…C’est l’expression littérale de ma mamie quand elle évoque le sujet avec moi ou ses voisines…Pragmatique et terre à terre…

Non, je ne suis pas macabre encore moins lugubre et certainement pas une sorte de Morticia Addams. C’est juste que là, nous sommes dans la vraie vie, loin de ce qui se passe dans « Baby boom », la version « Harlequin » de ce qui se passe dans les maternités…

Il existe, tristement, malheureusement et douloureusement des couples qui vivent une interruption thérapeutique de grossesse, ou une mort fœtale in utéro. C’est un fait avéré et je n’ai pas le pouvoir de changer les choses. Ce que je peux faire, c’est coudre des nids d’anges. C’est une façon pour moi de rendre ces petits anges les plus beaux pour la seule et unique rencontre entre eux et leurs parents…

Les travaux d’aiguilles, je suis tombée dedans dès ma naissance avec ma petite mamie qui coud pour toute la famille. Dès que j’ai pu, je lui piquais ses chutes de tissus pour fabriquer des vêtements à mes poupées. Mon grand-père me surnommait affectueusement « ma Cousette ». C’est ma grand-mère qui m’a offert ma machine à coudre lorsque j’étais enceinte de mon premier. Bien que ne lui arrivant pas à la cheville en matière de couture, je n’ai cessé de faire des ourlets, des rideaux, de la déco, des cadeaux ou autres déguisements pour mes enfants.

Avant, dans notre équipe, certaines collègues généreuses tricotaient des nids d’anges pendant les heures calmes des nuits de garde. Cela leur ayant été reproché, elles ont arrêté. J’avais bien essayé de reprendre le flambeau, chez moi, cette fois, mais j’avais un rendement d’escargot qui me désespérait, même au crochet…Affligeant.

C’est tout naturellement en voyant ma grand-mère assise devant sa machine que l’inspiration m’est venue. J’allais les coudre ! Et me voilà entrain de fabriquer de petits sacs de couchage avec capuche, doublé, s’ouvrant d’un côté avec du velcro et de différentes tailles (car ces événements peuvent se passer à différents stade de la grossesse)…Alors, oui, moi, je fais des nids d’anges pour ces petits bouts de chou.

Une des gynécologues de mon équipe m’a fait parvenir ce poème de Jacques Salomé, il sera ma conclusion…

Il est venu au monde et je l’ai perdu avant même de le rencontrer, s’est lamentée cette femme. Je n’ai pas su lui répondre, à cette époque, ce que je sais depuis et que je sais aujourd’hui. Que certains bébés, certains enfants se « donnent la liberté » d’apparaître, de seulement apparaître dans la vie, pour insuffler l’envie à l’un de leur parent de naître enfin ou d’accéder à plus de vie dans leur existence. Certains enfants sont de passage pour montrer à l’un ou à l’autre de leurs géniteurs un chemin, pour témoigner d’un choix de vie à faire. Certains enfants, par leur mort subite, invitent…leurs parents à oser un changement qu’ils n’avaient pu envisager jusqu’alors. Certains enfants ont ce pouvoir de dire par leur présence furtive et leur disparition brutale : « Ose ta vie, toi seul la vivra ». Nous pouvons ainsi écouter et entendre le message secret envoyé par ces enfants dont la présence éphémère nous laisse à jamais si nous restons sourds à leur message d’espoir.

VVB

Sexualités: Le Magazine