Le BHD n°101 : Profession de foi

 

Oserais-je dire que j’ai mal à ma profession, oui ! En ce jour où démarre des actions de grève sur tout le territoire, oui !

Hier encore, je discutais avec des collègues et copines : de plus en plus nous venons travailler avec la boule au ventre, certaines pleurent même dans leur voiture avant de se rendre au vestiaire…C’est insupportable, intolérable…Et personne n’entend, personne ne comprend.

Je suis militante, je fais partie de plusieurs groupes de sages-femmes, de forums de discussions…Les discours sont unanimes ! Nous sommes pressées, essorées, contraintes. L’augmentation du numérus clausus en vue de pallier au manque de gynécologues de ville nous a été plus que préjudiciable. Il existe un taux de chômage énorme dans la profession. Les CDD pourris d’un mois renouvelable ad vitam aeternam sont légions. Mes jeunes collègues entendent régulièrement « que si elles ne sont pas contentes, il y a « d’autres CV sur le bureau »…Insoutenable ! Elles sont payées au lance pierre, 1400 euro brut après avoir fait 5 années d’études supérieures et pour avoir la responsabilité de deux vies à chaque accouchement, de qui se moque-t-on ? Profession médicale à compétences définies…Profession médicale mon cul ! Ah, quand il s’agit des tribunaux, c’est oui ! Mais quand il s’agit d’être reconnues par nos confrères médecins, pour les budgets de formations continues ou bien encore pour se faire sucrer des jours de RTT, alors là, bizarrement, nous sommes classées personnel non médical ! La profession cul entre deux chaises par excellence ! Jamais dans la bonne case ! Nous sommes dans ce qui s’appelle une niche professionnelle (notre métier est ultra spécifique) ce qui signifie que pour changer de voie professionnelle, nous devons reprendre entièrement, ou presque, un nouveau cursus scolaire.

Et moi, je les vois toutes ces consœurs qui veulent changer de profession, faire autre chose pour ne plus être en précarité, plus ne plus être soumise à la mobilité, pour pouvoir se construire une vie privée, mais aussi une vie privée de cette profession qu’elles avaient choisi avec amour, force et conviction ! Et tout ceci me fait mal et me bouleverse…Si une profession a bien à souffrir depuis des siècles de sexisme, c’est celle-ci. (Pour celles que ça intéresse, je vous invite à lire « l’accouchement est politique » de Laetitia Négrié et Béatrice Cascales). Nous avons aussi été dénigrées par les récentes polémiques autour des « violences obstétricales », ça laisse des traces !

Moi la première, demain, on me propose un autre boulot avec le même salaire, je quitte la FPH dans la seconde ! Nous n’en pouvons plus des tâches administratives sous lesquelles on nous ensevelie, d’être traitées comme de vulgaires pions, d’être rappelées sur nos repos, de ne pas avoir nos plannings en temps et en heures, de ne jamais avoir nos vacances selon nos choix au détriment de notre vie privée, d’avoir un salaire en dessous du niveau de nos compétences. Nous n’en pouvons plus du manque de reconnaissance, du manque de respect non seulement en tant que professionnelle, mais également en tant qu’individu.

Quand j’ai commencé d’exercer, l’âge de la retraite était fixée à 55 ans, il est maintenant à 62 et ne cesse de reculer…Je me vois bien courir pour une urgence vitale à cet âge…Serais-je encore efficace ?

Chacune de nos grèves et revendications sont bien accueillies par le public, mais ne mènent nulle part parce que nous sommes réquisitionnées et que le boulot continue d’être fait, nous sommes transparentes. Dernièrement, on nous reproche même la baisse de la natalité…Ben voyons…

Je crois que la seule chose qu’il nous reste, encore, envers et contre tous, malgré la lassitude grandissante et étourdissante, c’est l’amour de notre profession, mais pour combien de temps encore ?….

VVB

1 thought on “Le BHD n°101 : Profession de foi”

  1. Bonjour Valérie,

    Je suis Marion, interne en médecine générale. Je suis passée dans votre service l’été 2015.
    Je voulais juste vous dire que je vous lis chaque semaine avec beaucoup d’émotions: joie, peine ou colère en fonction du billet que vous écrivez…

    Oui, je suis entièrement d’accord avec vous et oui, je vois avec ma toute petite expérience de début de remplacement comme la médecine devient compliquée… Par manque de moyen, de professionnels et d’écoute…

    Merci pour vos billets!

    Marion

    PS: Toute les jeunes mamans que je vois ne me dise que du bien de votre équipe…!

Sexualités: Le Magazine

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.