Le BHD n°109 : Un homme, une femme

La dernière fois que j’ai séjournée sur ma chère île, je m’étais promis de me rendre sur la tombe d’un couple d’amis…Je n’ai pas pu franchir la grille du cimetière…A mon corps défendant, je ne vais jamais, non plus, sur celles de mon papi et de mon père. Je comprends que ce soit tout un symbole pour certaines personnes, mais je ne peux pas. Chaque jour, je vois une petite mamie toute courbée partir sur la tombe de son mari avec son petit arrosoir…Non, décidément, je ne peux pas, ni le veux, d’ailleurs. Je n’ai absolument pas besoin de contempler un bloc de granit pour penser à mes proches disparus. J’ai d’autres rituels, d’autres manières de maintenir mes souvenirs d’eux. Je les enseigne à mes enfants pour qu’ils puissent rester éternels : des photos, leurs allocutions et expressions verbales favorites, leurs drôles de petites manies et tout ce qui faisait que je les aimais…

A chacune de mes visites sur Oléron, j’ai un rituel, je passe toujours devant la maison de mes amis disparus…Le portail fermé est déjà, à lui seul, une forme de deuil que je dois encaisser à chaque fois. Les herbes folles me font mal…

Pierre et Claudine étaient des gens extraordinaires, aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, ils faisaient partis de mon paysage estival. Je crois qu’il formait le couple le plus uni que j’aie jamais rencontré. Pierre n’était pas un insulaire, il était ébéniste de formation. Il a connu Claudine lors d’une mission professionnelle. Cette rencontre a scellé son destin pour toujours. Elle était fille d’ostréiculteur. La légende raconte que lorsqu’il a demandé la main de Claudine, le père de celle-ci lui aurait déclaré : « Si tu veux ma fille, il va falloir prendre la mer ! ».

C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à la tête de l’entreprise familiale, main dans la main aussi bien sur l’océan que sur la terre ferme.

Elle était volubile, il était discret. On aurait dit qu’ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, leurs âmes étaient connectées.

Elle aurait pu être ma grande sœur, elle me laissait piocher dans ses lectures, elle écoutait mes doutes, mes espoirs d’adolescente, puis de toute jeune femme et, ensuite, de femme…

Je me souviens quand on lui a diagnostiqué une espèce de saloperie de maladie dégénérative, je me souviens de son handicap, je me souviens de son départ…Tels des inséparables, Pierre n’a pas été long à la rejoindre…Et je veux croire que leurs âmes sont encore unies telles qu’elles l’ont toujours été de leur vivant…

VVB

Sexualités: Le Magazine