Le BHD n°119 : Bon diable de rue, mauvais diable de maison

Ce dicton, héritage de la mère de ma tante, résume à lui seul ce qu’est la maladie bipolaire…Maladie dont est atteinte ma mère du plus loin que je me souvienne.

Quiconque n’ayant jamais vécu avec un proche atteint d’une maladie psychiatrique ne peut qu’avoir une vision floue et approximative du quotidien avec notre mère. Le misérabilisme n’est pas la spécialité de la maison, je vais tout de même tenter de vous dépeindre le tableau…

Autrefois, on l’appelait la PMD, et non, il ne s’agit pas de l’acronyme d’un nouveau groupe à la mode, mais de la psychose maniaco-dépressive. Je pense qu’on pourrait aussi nommer cette maladie la grande illusion car une personne bipolaire peut avoir une vie qui s’apparente à celle de la majorité de la population générale : vie de famille, vie sociale, amis, vie professionnelle. De l’extérieur, tout semble bien se passer car le bipolaire donne le change et l’illusion que tout va bien dans le meilleur des monde…Le patient enchaîne les accès maniaques et les accès dépressifs, de manière plus ou moins rapide et plus ou moins importante selon l’individu qui n’a absolument aucune conscience du caractère pathologique de ses troubles et qui perd contact avec la réalité ( source Wikipédia).

Cette maladie est donc, à mon sens beaucoup plus terribles pour les intimes qui vivent l’enfer de l’intérieur. Imaginez quelqu’un avec une humeur aussi labile que les montagnes russes les plus vertigineuses du monde, ou alors imaginez une succession de « Kinder surprise » à ouvrir avec tantôt une belle surprise, tantôt une terrifiante.

Ma sœur et moi avons tu le phénomène pour la protéger, par honte, par pudeur, pour éviter le « quand-dira-t’on » depuis notre enfance…Mais là, il est temps de déchirer le voile…Le médecin prétend qu’elle est en « plein virage maniaque », la belle affaire, il ne la voit qu’une vingtaine de minutes par mois, il n’est pas « au front »…

Voilà comment ça se passe : phase mégalomaniaque avec  le même thème récurrent depuis toujours : le pouvoir et l’argent (une sorte de Don Salluste). Elle échafaude des projets grandioses qui devraient être réalisés au moment même où ils lui sortent de la bouche. Elle ne supporte pas la moindre petite contrariété, devient très vite ordurière (euphémisme). Elle joue parfois la carte des larmes de crocodile pour obtenir dans la seconde la réalisation de ses petits caprices. Elle rabâche toujours les mêmes souvenirs, les embellissant ou les modifiant pour en être le personnage principal. Elle est insomniaque et par conséquent passe sa vie au téléphone à emmerder (passez-moi l’expression) toutes les personnes dont les noms lui viennent à l’esprit. Le mot harcèlement n’est pas trop fort.

Même pour les familiers (collègues et amis), il est impossible de deviner la bipolarité. Madame joue son rôle. Elle est joviale, volubile, mais extrêmement superficielle. Elle plaisante beaucoup, semble à l’aise en toutes circonstances…LOL ! Tenter de vous opposer à elle et vous verrez Hulk apparaître !

Je suis la première à dire que personne ne peut soupçonner ce qui se passe dans les chaumières une fois la porte fermée…Alors, dans une société où l’on ne cherche pas vraiment à connaître l’autre, je vous laisse deviner dans quelle indifférence générale ma sœur et moi traversons ce charmant enfer…Parce que, j’allais oublier, il n’existe pas que les phases maniaques, il y a aussi la dépression, la perte de capacité d’effort et d’initiative…Sans oublier la « dysphorrée », petit terme très sympa désignant une humeur nuisible et incessible avec en prime des colères agressives et des distributions de baffes ou d’insultes humiliantes et choquantes…

Heureusement qu’elle a délégué notre éducation à d’autres membres de la famille, parce que très franchement, en France, on ne prend pas en considération la difficulté des proches à vivre avec un parent psychiatrique, parent au sens large, bien entendu…

J’ai mis des années à me détacher de ses paroles blessantes, à réaliser que toutes les mères n’étaient pas comme elle, que nous vivions en dehors de la normalité et qu’un « autre chose » était possible…Ma souffrance actuelle, c’est que ma sœur puisse être atteinte, encore maintenant, par les paroles d’une personne comme elle…

Et, comme Desproges, je ris quand j’entends que tous les enfants naissent égaux…

VVB

Sexualités: Le Magazine

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