Le BHD n°125 : Mémoire sélective

Je me demande parfois si le mieux ne serait pas d’adopter la clairvoyance du cynique, mais néanmoins très pragmatique Docteur House quand il dit que « tout le monde ment ».

En effet, je me penche aujourd’hui sur la notion de mémoire sélective.

Je ne vais pas m’appesantir sur tous les différents types de mémoires qui ne feraient, justement, qu’alourdir et noyer mon propos. Le sujet du jour étant : comment notre mémoire arrive à nous jouer des tours sur nos propres souvenirs, que d’ailleurs, on appelle pompeusement une distorsion de la mémoire !

Dans la série Unforgettable, l’héroïne Carrie Wells est atteinte d’hypermnésie, c’est-à-dire que son cerveau fonctionne comme un lecteur DVD capable d’enregistrer la moindre information autour d’elle et qu’elle peut, quand elle le souhaite, ressortir cette même information absolument intacte. Ce don (ou cette calamité) ne concerne que de rares personnes dans le monde. Pour tout le reste de l’humanité, le fonctionnement de la mémoire est très différent quoique bigrement complexe. Heureusement, sinon notre pauvre cerveau exploserait par saturation. Malheureusement, nous avons tous une mémoire sélective.

Alors, pour reprendre la formule chère à Michel Chevalet, « comment ça marche » ?

Une base simple : le cerveau doit être en bon état de marche, ainsi que toutes les capacités sensorielles. Les complications arrivent quand les émotions s’en mêlent (ou s’emmêlent). Nos émotions, les petites vicieuses, sont des catalyseurs de la mémoire. Elles en facilitent, ou au contraire, en perturbent le stockage. Elles peuvent utiliser des stratégies pour nous rendre certains souvenirs plus « acceptables » pour notre petit égo. Un optimisme retiendra parfaitement les événements positifs et de manière détaillée, tandis qu’un dépressif aura tendance à ne retenir que les souvenirs douloureux le concernant. Le processus devient hautement épineux si je vous dis que qu’il existe, ensuite, plusieurs façons d’évoquer un souvenir. Il peut se rappeler tout seul à nous et, involontairement, ou nous devons faire l’effort de le rechercher de manière consciente dans les dédales de notre mémoire. Dans ce cas, l’individu se retrouve littéralement pris en sandwich entre les événements tels qu’ils se sont réellement passés et la signification qu’il veut leur donner pour que ça colle avec les émotions qu’il ressent au moment même où il l’évoque…Son passé, son présent et son avenir jouent tous un rôle sur la manière dont il va faire ressurgir le souvenir…Tout le monde suit ?

Alors pourquoi je vous raconte tout ça ?…Parce qu’entre ma mère et son cerveau ravagé par les mites, dont tous les souvenirs la mettent sur un pied d’estale et un certains nombres de personnages pour le moins malveillants qui instillent et martèlent des souvenirs erronés à mes enfants dont ils font leur réalité…Je me demande si je ne tourne pas dans Matrix, ou si toute l’humanité n’est pas dans un sac à main d’alien depuis le début. Je suis devenue mauvaise fille et mauvaise mère…Je pense que le niveau de l’anguille sous roche est largement dépassé pour atteindre celui nettement supérieur du « baleine sous gravillon »…

Visiblement, si vous me permettez l’expression préférée de ma sœur, « je n’ai pas le cul sorti des ronces »…

 

Si la mémoire vous questionne :

https://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2009-3-page-11.htm

VVB

Sexualités: Le Magazine

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