Le BHD n°42 : Grand petit homme

Depuis le jour de ta naissance, tu es mon petit Crapaud. Surnom qu’on pourrait qualifier de « moche », mais qui résonne à mon cœur comme tout l’amour que je te porte.

Très rapidement, j’ai constaté que tu étais petit et que ton développement staturo-pondéral était anormal. J’ai alerté. Il a fallu du temps et 2 cassures dans ta courbe poids/taille pour admettre que mes doutes étaient peut-être fondés. Et là, enclenchement du processus : plusieurs bilans, un staff médical, des examens et deux hospitalisations en hôpital de jour de pédiatrie. Et un lundi matin en sortant de week-end de nuit, un verdict qui tombe : déficit en hormone de croissance !

Jamais je n’oublierais le soutien extraordinaire que m’ont apporté certaines personnes. Tout d’abord un gynécologue avec qui je travaille et qui m’a dit : « bon, c’est grave, mais il y a un traitement et ça se soigne. C’est moins chiant que le diabète, il ne se piquera qu’une fois par jour…et puis, même si ses orteils sont petits, il les aura tous ». C’est fou comme une phrase peut se graver en vous… Une immense reconnaissance à mes deux copines pédiatres de Pau : Valérie et Bénédicte qui ont été hyper réactives, d’une efficacité redoutable et qui ont remué ciel et terre pour s’occuper de mon petit amour.

Et c’est ainsi que le 19 janvier 2008, j’ai eu à prendre, seule, une des décisions les plus difficile de ma vie de maman : démarrer un traitement…ou pas. Taille adulte annoncée sans traitement, moins de 144 cm. J’ai choisi en mon âme et conscience de mettre en place un traitement où tu recevrais chaque jour une injection sous cutanée d’hormone. Pour cette décision, j’ai payé. J’ai dû essuyer des critiques directes et des insultes indirectes. Les mots entraînent les maux et vice versa. Rancœur insidieuse. C’est mon choix, je l’assume entièrement. Et, a postériori, je ne le regrette pas et si c’était à refaire, je ferais de même, avec toutes les conséquences que cela implique.

Je me souviens avec effroi des premières semaines où tu pleurais chaque soir en me disant que tu ne voulais pas grandir parce que tu ne voulais pas ta piqûre…J’ai failli abandonner, et plus d’une fois.

J’ai appris à ton grand frère comment te piquer, puis à tes sœurs, de façon à ce qu’il y ait toujours quelqu’un pour toi. Ils ont été formidables et je mesure les grandes responsabilités que je leur ai confiées.

Je me souviens de tes premiers jours à l’école primaire où tu pleurais chaque soir parce que tu étais le plus petit de toute l’école et que les autres te disaient que tu étais un bébé qui devrait être en maternelle…

L’avantage, c’est que j’ai pu te porter dans mes bras très, très longtemps. Je me sens fusionnelle avec toi, on me dit souvent que c’est parce que tu es mon « petit dernier ». Mais c’est bien plus que cela.

Je sais la force et le courage qu’il t’a fallu pour tout ça. Tu es un enfant extraordinaire et courageux.

Tu es d’une grande prévenance envers moi, envers les autres. Tu as de la force, tu sais charmer toute personne qui t’approche.

Et là, depuis ce mardi 15 novembre 2016, méga joie ! Fin du traitement, enfin ! Après 8 ans, 9 mois et 24 jours soit 3220 injections, fini le stylo et sa boîte, fini la pochette réfrigérante, fini les boîtes jaunes de recueil d’aiguilles, le coton et l’antiseptique…fini de  trimballer partout ton matériel et tout ce que cela impliquait comme logistique. Fini les contraintes et la « valise diplomatique ». Une forme de liberté retrouvée et méritée.

Tu es grand. Tu ne le seras peut-être pas par la taille, mais la grandeur d’un homme ne se mesure pas par sa taille, elle se mesure par sa valeur. La tienne est immense !

 

VVB

Sexualités: Le Magazine