Le BHD n°57 : Cuisine et dépendances

Après avoir traversé des deuils, qu’ils soient de personnes, au propre comme au figuré, entre la destruction de mon couple et la perte de mon père adoptif, j’en suis arrivée à un stade de mon « développement personnel » où je me dis qu’il serait bien de « finir le travail ».

J’ai admis mes qualités et mes défauts, sans les embellir ou les exagérer, et, croyez-moi, cela demande des efforts considérables ce travail d’introspection. J’ai compris ce que je ne veux plus, et je sais ce que je veux.

Je pourrais m’arrêter à ce stade, car, sans fausse modestie, je peux dire que je suis fière du chemin parcouru. Seulement voilà, je me dis que c’est l’occasion ou jamais d’en profiter pour aller au fond de mon âme et régler mes comptes avec mon « enfant intérieur ».Vous voyez le personnage de Forrest Gump lorsqu’il se met à courir après le départ inexpliqué de la femme qu’il aime et qu’il se dit « je suis arrivé au bout du comté, pourquoi ne pas poursuivre jusqu’au bout de l’état, et arrivé au bout de l’état, pourquoi ne pas allé jusqu’à l’océan ? Et ensuite, il parcourt le pays d’Est en Ouest. C’est un peu ce qui m’arrive sauf que mon voyage initiatique se passe à l’intérieur de moi-même.

« Work in progress » comme dit un couple d’amis.

Cette étape équivaut à devenir commis de cuisine dans celle de l’Apprenti Sorcier (après tout, ne dit-on pas avoir des « casseroles au cul » ?). Une fois la porte franchie, on vous balance les plats à la tête et il ne sert à rien de les esquiver. Se confronter à ses modes de fonctionnements négatifs, c’est comme venir à bout du bordel dans la cuisine de l’Enfer. Au début, on fait ce qu’on peut, on lave et on range les plats un peu comme ils arrivent et on souffre car on a l’impression qu’on n’en viendra jamais à bout. On est désordonné, maladroit, incohérent. Et puis, petit à petit, la résistance s’organise en on devient méticuleux, on classe, on trie. On devient calme et méthodique et ça finit par ressembler à quelque chose.

Et on en arrive au cœur de la cuisine, le fourneau sur lequel est entassé un monceau de gamelles dont certaines sont là depuis l’enfance. Certaines mijotent tranquillement, certaines possèdent plusieurs couvercles bien gentiment empilés les uns sur les autres, histoire que ça ne nous pète pas à la gueule et, pour finir, certaines sont si anciennes qu’on ne sait même plus ce qu’il y a dedans.

Et moi, j’en suis là. Bien entendu, je ne réalise pas ce travail titanesque seule. Je suis accompagnée par des thérapeutes professionnelles. Je commence mon travail de deuil des manques de l’enfant que j’ai été. Ce que je n’ai pas eu, je ne l’aurais jamais car bien évidemment je ne suis plus une enfant et que le passé est précisément passé, une Lapalissade me direz-vous, sur le papier, oui ! Dans le domaine des émotions, c’est beaucoup plus compliqué.

Je me sens un peu désemparée devant ces gamelles de poisons émotionnels, de celles qui vous font systématiquement retombées dans vos mauvais travers (et pas de porc), dans vos mauvais systèmes de penser, d’agir, d’être, les systèmes de croyance !

Visiblement, en soulevant un couvercle, j’ai aussi soulevé un lièvre…Le mot « Injustice » m’est arrivé droit en pleine tête… Noyau central du problème ? Affaire à suivre…

VVB

Sexualités: Le Magazine