Le BHD n°59: Fifty-fifty!

 

Ce mois d’avril, j’ai 50 ans ! Et je peux le dire, voilà, j’assume, j’ai 50 ans !

J’ai passé les 25 dernières années à dissimuler mon âge qui était aussi secret qu’un dossier inavouable de la CIA. Pour mes 30 ans, j’ai pleuré à chaudes larmes en soufflant mes bougies sur une tranche de pain rassie. Pour mes 40 ans, j’ai pris une cuite mémorable à la liqueur 43 avec mon amie Zabeth. J’ai vomi tripes et boyaux et j’ai eu mal aux cheveux pendant 2 jours.

Depuis mes 25 ans, j’ai toujours eu l’impression que mon âge était lancé à ma poursuite tel un spectre. Pourtant, j’ai eu beaucoup de chance de faire moins que mon âge. Jusqu’à mes 25 ans, on me demandait ma carte d’identité pour entrer en boîte de nuit et à 30 ans, certaines patientes croyaient encore que j’étais étudiante…Mais ça, c’était avant…

J’entre chez les « Quinquas » et je me souviens avec une précision toute chirurgicale du jour où j’ai blessé une de mes collègues en lui parlant d’une « vieille de 40 ans » sans savoir qu’elle en avait davantage. Du haut de mes 20ans, je m’étais confondue en excuses, mais cela n’avait pas suffi à atténuer sa peine. Il y a bien longtemps que j’ai compris, amèrement, ce qu’elle avait pu ressentir. D’ailleurs, cela fait 12 ans que j’ai « t’huit ans ».

Il ne faut pas se leurrer, l’adage populaire nous serine que l’âge c’est dans la tête, et d’une certaine manière, c’est vrai. Mais, d’un autre côté, la société et les statistiques sont contre nous. Il y a les sacrosaints cultes de la jeunesse éternelle, de la minceur, du corps parfait. Les cases où l’on veut nous ranger : les jeunes de 18 à 24 ans, les seniors de plus de 70 ans, la ménagère de moins de 50 ans ! Et quand on ne veut pas rentrer dans les cases, on fait comment ?

Il y a des jours où j’ai l’impression d’avoir 100 ans, d’autres où j’ai l’impression d’en avoir 15. Mais quand on me demande mon âge, ce n’est pas mon âge ressenti qu’on veut connaître, c’est celui implicitement défini par ma date de naissance. Notion mathématique, rationnelle, implacable.

La perception de l’âge est pourtant une notion floue et individuelle. Notre sablier du temps se modifie avec le temps qui passe. A 20 ans, on a l’impression que les grains sont  si énormes qu’ils ont du mal à passer dans le goulot, à 30 ans, les grains commencent à rapetisser et à s’écouler de manière fluide et, à partir de 40 ans, on dirait carrément que le sablier à pris des laxatifs.

Ô temps, suspend ton vol !…

Je ne vais tout de même pas me laisser démoraliser par un nombre, un vulgaire symbole mathématique qui ne tient absolument pas compte de ma jeunesse de cœur et d’esprit, non mais !

Je finirai par des paroles d’une haute sagesse. Elles ne viennent ni du Dalaï Lama, ni d’un grand philosophe, mais de ma chère petite mamie qui affichera prochainement 95 printemps à son compteur et qui jubile quand les gens lui en donnent régulièrement 20 de moins. Le jour de mon anniversaire, elle m’a écrit un petit mot qui se termine par cette déclaration : « 50 ans, c’est encore très jeune ! »…Le fait est que je suis complètement en accord avec ce principe !

VVB

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