Le BHD n°64 : Ne le dis à personne

C’est en signant une énième pétition contre l’imprescriptibilité des crimes sexuels que je me suis dis que j’en avais marre de me trimballer une honte qui ne m’appartient pas. Comme la diva Plavalaguna du Cinquième élément, cette honte est en moi depuis bien trop longtemps et elle pèse des tonnes.

Cette honte n’est pas la mienne.

Lorsque j’avais 8 ans, le voisin de ma grand-mère paternelle m’a fait des attouchements sexuels.

J’étais une petite fille espiègle, insouciante et bavarde.

Pendant presque 25 ans, ce traumatisme, je l’ai occulté. Une vraie amnésie. Et puis, un jour, il est arrivé un incident (des plus anodins) à ma fille aînée à l’école maternelle avec un de ces camarades de classe. Et là, les cauchemars ont commencé. Des cauchemars récurrents. Je me voyais, malade, alitée, en chemise de nuit avec cet homme au-dessus de moi, ses yeux bleus, son regard de fouine, sa peau parcheminée de vieil homme, son odeur d’eau de Cologne Mont Saint-Michel parfum ambré (je peux vous le dire), ses doigts qui me fouillent. Cette scène, je l’ai vécue un million de fois au moins. Psychanalyse, psychothérapie, comprendre pourquoi j’avais enfouie tout ça au plus profond de moi.  Enfin comprendre certaines choses pas si anodines que cela : ne pas supporter qu’un homme avec les yeux bleus me regarde, avoir la nausée dès que je sens cette putain d’eau de Cologne, ma terreur à l’idée que mes enfants puissent un jour être victime d’un pédophile, le fait ne pas supporter qu’on me touche la vulve avec les doigts, la frigidité des premiers rapports, ma joie inappropriée quand il est mort. 25 années de quasi amnésie, et un jour, Hiroshima qui m’explose en plein cœur !

Je suis heureuse d’avoir surmonté ce traumatisme. Je connais bien la résilience. Les « psys » m’ont aidée, je ne peux le nier, mais je pense que celui qui m’a le plus aidée, c’est celui qui a pris le temps de m’initier à la sexualité.

A 40 ans, j’ai enfin trouvé le courage de le dire à ma propre mère. Ces paroles ne furent pas d’un grand réconfort : « Ben, il est mort… (Grand blanc)…et puis, il ne t’a pas mis son machin… (Nouveau grand blanc)…pourquoi t’as rien dit ?… ». Fin de la discussion, nous n’en avons jamais reparlé depuis !

Nouveaux cauchemars : Je me revois enfant à devoir le saluer presque chaque jour et lui de me répéter : « faut pas regarder les gens avec ces yeux là ! ». Entendre ma grand-mère me dire qu’elle ne veut pas de problèmes avec ses voisins car elle en a besoin ! Quand je pense qu’elle avait été violée par son mari le soir de ces noces. Je suis sûre qu’elle savait mais qu’elle n’a rien dit de peur des conséquences !

La culpabilité et la honte, du coup, c’est pour ma pomme !

Les gens qui ont vécu des traumatismes ont souvent des addictions, la mienne, c’est le tabac. J’ai tenté plusieurs fois d’arrêter et chaque fois, ce qui me fait reprendre, ce sont les cauchemars qui reprennent, la même scène, encore et encore ! Vite une clope !

Voilà, ça ne m’empêche ni de marcher, ni de respirer, ni de vivre, ni d’aimer, ça s’est passé, mais je ne veux plus porter cette honte, sa honte et sa culpabilité.

A compter d’aujourd’hui, je rends la honte et la culpabilité à celui qui aurait du l’éprouver !

VVB

Sexualités: Le Magazine