Le BHD n°67 : Le plus beau métier du monde

Invariablement quand on dit à quelqu’un « je suis sage-femme », il vous répond « le plus beau métier du monde »…mais pourquoi ? C’est bien mal connaître notre profession. Je sais qu’au début de mes billets, j’ai dit que je n’évoquerais pas le boulot, mais là, au sortir d’une garde difficile, j’en ai besoin !

Etre sage-femme, c’est ne jamais savoir ce qu’on va trouver derrière la porte (comprenez « on ne sait jamais sur quoi on va tomber »). C’est être humaine tout en prenant soin de laisser ses problèmes personnels au vestiaire. Etre sage-femme, c’est devoir s’adapter en un temps record à ce qu’une patiente attend de nous : de la douceur, de la fermeté, tout en étant bienveillante, empathique, compétente. C’est savoir jauger en un coup d’œil les constantes de la mère, celle du fœtus, la situation médicale, et prendre les mesures qui s’imposent. C’est jongler entre les désirs des parents tout en vérifiant que l’état de santé du bébé le permet sans oublier les protocoles médicaux en vigueur et nos obligations médico-légales.

Etre sage-femme c’est ce qu’on fait pour nos patientes en dehors de leur présence : remplir des papiers, être sur l’ordinateur, prendre en pleine face la colère d’un médecin qui ne gère pas son stress sur une situation, mais qui trouve plus simple de s’en prendre à nous pour se défouler, c’est dépenser une énergie folle pour faire sortir un anesthésiste récalcitrant de son lit pour qu’elle puisse bénéficier de la péridurale. Etre sage-femme, c’est pouvoir compter sur son aide-soignante, véritable binôme, qui prédit ce que nous allons faire d’un simple regard.

Etre sage-femme, c’est s’occuper indistinctement des femmes quelque soit leur couleur de peau, leur religion, leur pays d’origine, leurs états émotionnels, psychologiques et parfois psychiatriques ou bien encore leurs pathologies et les germes qu’elles portent

Etre sage-femme, ce sont des gardes exténuantes, des situations dramatiques : des fausses couches, des morts fœtales, des interruptions thérapeutiques, des grands prématurés, des constats de viols, un enfant confié à l’adoption. C’est passer d’une salle où l’on donne la vie à une salle où des parents auront un enfant sans vie…

C’est être marquée au fer rouge et pour toujours par des patientes, des situations, des émotions, des naissances, des miracles, des décès. C’est savoir que l’expérience ne permet qu’une meilleure « digestion » des drames, mais qu’elle ne nous rend pas amnésique.

Etre sage-femme, c’est finir sa garde avec une tenue qui pourrait satisfaire plusieurs équipes de la police scientifique : sang, urines, vomi, matières fécales, liquide amniotique. C’est pouvoir parler de tout ça à table sans sourciller.

Etre sage-femme, c’est aussi avoir vu plus de vulves que tous ses copains masculins réunis, c’est supporter, sans pouvoir le dire, des hygiènes plus que douteuses : pleins feux sur la vulve, les pieds en stéréo. Ce sont aussi des fous rires, des motifs de consultations improbables (on pourrait écrire un sacré bouquin), ce sont des cafés, des cigarettes, des discussions à n’en plus finir sur nos plannings, la sacro-sainte relève et le petit déjeuner qui la suit et surtout, la vie qui continue…

VVB

6 thoughts on “Le BHD n°67 : Le plus beau métier du monde”

  1. L’article commençait putôt bien, mais je trouve dommage de devoir aller taper sur les autres professions médicales pour se valoriser… Entre le gynéco colérique et l’anesthésiste feignant attention a ne pas tomber dans la caricature… Et si on se serrait les coudes pour une fois ? Parce que sinon, l’adaptation au patient, l’administratif, les garde exténuantes… on pourrait refaire le même article en remplaçant “Etre sage-femme” par “Etre médecin” 😉

    Signé une interne en médecine qui a également vu plus d’une fois au cours de ses études des sages-femmes “s’en prendre à nous pour se défouler” (et qui aime quand même les SF et n’en fait une généralité, promis !)

    1. Je partage votre avis et en même temps je m’adoucis car elle précise qu elle « sort de garde « ou peut être aussi parce que je suis sage-femme 😉
      Merci néanmoins d écrire sur ce métier qui, à la différence des médecins aides soignants infirmiers kines etc… est méconnu du grand public ,ce qui a tendance à nous mettre en mode « Calimero » ce qui n’est pas trop le cas dans cet article .

      Une sage femme qui a quitté la salle pour s’installer en libéral

      1. Merci pour ton commentaire. Cette garde avait été très éprouvante émotionnellement. Je l’ai écrit il y a plus de 2 ans…Depuis, je me suis blessée à l’épaule sur un accouchement et je ne peux plus exercer en salle. Je me fais opérer début octobre…

  2. Le métier de sage-femme reste tout de même un très beau métier, même s’il est difficile et même si les situations auxquelles vous êtes confrontées sont parfois très dures à gérer. Sans vous, je ne sais pas ce que l’on ferait, très sincèrement, car lorsque l’on est enceinte pour la première fois, on a une foule de questions et de craintes qui se bousculent et les seules personnes sur lesquelles on puisse vraiment s’épauler, c’est vous, les sage-femmes et obstétriciens. Je suis bien consciente que vous devez parfois avoir des cas très difficiles à gérer mais ce sont ces situations et votre capacité à les gérer qui rendent votre profession aussi admirable car il faut un courage incroyable pour pouvoir exercer dans votre profession. En ce qui concerne la partie sur l’équipe médicale qui se déchaîne, il ne faut pas oublier que vous êtes humains avant d’être médecins. Passer ses nerfs sur autrui peut arriver à n’importe qui surtout lorsque la journée a été longue ou à l’issue d’une garde difficile et exténuante, j’imagine.

  3. Être anesthésiste… c’est aussi entendre des commentaires désobligeants en permanence… des clichés éculés du médecin odieux qui rechigne à se lever pour soulager une patiente. C’est aussi lui qui sera appelé quand les patientes sont en danger, qui réanimera, qui perfusera, qui transfusera… s’il vous plaît… un peu de respect…

    1. Je suis triste que vous pensiez que je ne respecte pas votre profession, ce n’est pas le cas. C’est une constatation qui concerne certains individus. La pénurie d’anesthésiste contraint souvent les établissements à avoir recours à des remplaçants qui sont davantage là pour s’enrichir que pour servir les patientes, ce que je déplore. Je suis triste aussi que vous focalisiez sur une phrase car le propos de mon écrit est plutôt l’amour que je porte à ma profession. Je vous prie de bien vouloir m’exciser si mes propos vous ont blessé personnellement.

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