Le BHD n°68 : Les rites de passage (1)

Proust était « à la recherche du temps perdu », je suis quant à moi à la recherche du mécanisme qui fait qu’un adolescent devient adulte. Depuis plusieurs semaines, je ne ménage pas ma peine : je farfouille, je lis, j’étudie, je compulse !

En tout premier lieu, je me suis interrogée sur mon propre cas. Quand me suis-je sentie adulte ? Quand je suis devenue autonome financièrement, que j’ai eu et assumé des responsabilités et mes  propres choix, bons ou mauvais. J’ai interrogé ma mère. Pour elle, ma sœur et moi sommes devenues adultes quand nous avons « volé de nos propres ailes ».

Ma pêche aux infos s’est révélée riche d’enseignements. Dans de lointaines contrées d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, d’Australie, et j’en oublie, les rites de passage à l’âge adulte existent toujours de nos jours. D’un point de vue anthropologique, dans les sociétés traditionnelles dîtes primitives, le rite comporte 3 étapes symboliques : mort, gestation, renaissance. Je simplifie à l’extrême. Les ingrédients d’un rite sont la coupure d’avec la vie quotidienne, le partage d’une expérience en équipe, l’exposition au danger, une épreuve forte qui fait grandir et permet de réintégrer le groupe avec un statut social supérieur (dans le sens noble du terme).

Dans nos sociétés occidentales postmodernes en mal d’identité, les rites de ce style n’existent pas. Néanmoins, différents phénomènes sont considérés comme tels. Je vous livre pêle-mêle ce que j’ai retrouvé au gré de mes lectures. Certains psychologues prétendent qu’un ado devient adulte le jour où il fait lui-même sa lessive et qu’il ne possède plus les clefs du logement familial. Les épreuves nécessaires à l’entrée dans un gang, les conduites sexuelles dangereuses, la prise de risque, la vitesse au volant, la prise de substances illicites, les tatouages, les piercings. Certains auteurs évoquaient le service militaire, à l’époque où il était réservé aux hommes (du coup, les femmes ne devenaient pas adultes ?), d’autres évoquaient le baccalauréat (mais dans ce cas, que dire de ceux qui ne le passent pas ?). J’ai même déniché une étude qui affirme que certains hommes ne deviendraient adultes qu’après 43 ans (ça fout la trouille !).

J’ai adoré ce que dit Fabrice Hervieu-Wane : « A la différence du bizutage, qui humilie et avilie la confiance en soi, le rite de passage bien compris procure au jeune initié un bagage irremplaçable. L’épreuve du rite renforce en effet l’identité et l’ancrage dans sa culture redonne un sentiment de fierté et offre la reconnaissance du groupe. Autant de fruits qui viennent enrichir l’estime de soi ».

Ce qui fait que devenir adulte, c’est aussi développer sa propre estime de soi, venant de soi et non plus celle insufflée par ses parents.

Pour autant, nul ne fait mention de dézinguer l’estime de soi de quelqu’un d’autre…Parce qu’à ce tarif là, je pense que je vais bientôt être cotée en bourse… (La suite au prochain épisode)

VVB

Sexualités: Le Magazine