Le BHD n°70 : Mon père ce héros (3)

Tandis que j’assiste au rite de passage à l’âge adulte de ma couvée, tous unis pour l’occasion, j’assiste également et parallèlement à une hypervalorisation du rôle du père qui me chiffonne. On croirait la lecture d’une thèse dont le titre pourrait être « Maman versus Papa, étude randomisée en double aveugle » (j’adore ces titres pompeux de médecine). Je me retrouve, bien malgré moi dans le tourbillon d’une expérience comparative dont je suis « sujet ». Et en cette qualité, j’aimerais apporter des éclaircissements. Je sais, on pourra dire que je ne peux pas me prononcer car il y a conflit d’intérêt, mais je le ferais tout de même. En tout premier lieu, je dirais qu’il est inutile de hisser leur père au sommet de l’Everest pour m’entraîner au fond de la fosse des Mariannes car je peux, au minimum rester au niveau de la mer (de la mère). Ou si vous préférez : il n’est pas nécessaire de déshabiller Paul pour Habiller Jacques.

Le système de notation mis en place ne tient pas compte de tous les paramètres.

1 : J’ai donné de mon temps. C’est une unité mesurable. J’ai fait face à de multiples déplacements professionnels de leur père s’étalant de quelques jours à des plus de six mois. Durant ces périodes fastidieuses, je traînais et poussais mon chariot de charge mentale seule. A certaines périodes, j’éprouvais tellement de difficultés spatio-temporelles que j’avais pensé militer pour la journée de 36 ou 48h.

2 : Il semble que le dicton qui dit que « les absents ont toujours tort » ne s’applique pas le cas présent puisque ce serait plutôt « moins tu es présent, moins tu commets d’erreurs ». De même, si les enfants n’ont pas souffert de ces absences répétées, c’est que j’ai bien fait mon boulot puisque j’ai lu quelque part qu’  « un bon parent est celui qui laisse l’autre exister ». Je ne peux donc que me féliciter pour ce point.

3 : Je ne sais pas si le divorce intervient dans mon phénomène de mort symbolique, néanmoins l’attitude de leur père qui consiste à nier mon existence et à renier notre histoire est peut-être à prendre en compte. Je ne suis pas là pour juger, j’ai dépassé ce stade il y a bien longtemps. Je pense que par commodité ou par culpabilité c’est la seule solution qu’il a trouvé à mettre en œuvre pour faire son deuil. Chacun sa manière de se protéger. Il enterre pour oublier, j’écris pour ne pas disparaître. Seulement, je m’interroge sur cette invisibilité mise en place : entraîne-t-elle une majoration du phénomène de mort symbolique de la mère ? Je n’ai pas la réponse à cette question et, d’ailleurs, ce n’est pas à moi d’y répondre.

4 : il m’apparaît que les mères se coltinent souvent les tâches ingrates tandis que les pères se réservent les côtés ludiques et valorisant. Pendant que papa parcourait le monde, Dobby l’elfe de maison se tapait le ménage, les courses, son boulot (enfin, je vous la fait courte, vous voyez le tableau). A lui l’exotisme des voyages, les parties de chasse au trésor, les parties de jeux, la confection de crêpes et autres merveilles, à moi les contraintes, beaucoup moins glamour, mais nécessaires.

5 : Notre fichue éducation patriarcale nous laisse à croire que les pères sont là pour aider. C’est faux ! Ils sont là pour endosser à 100% leur rôle de père et de compagnon, et à temps plein, s’il vous plait. ! Je repense souvent à la petite phrase fétiche et assassine : « Moi, j’ai un métier ! », ce qui pourrait assez bien résumer la considération à l’égard, d’une part de ma profession et d’autre part à l’égard de mon rôle de mère…

Je ne suis pas la mère que mes enfants avaient espérée, semble-t-il, mais j’ai fait de mon mieux à chaque instant. La suite au prochain épisode…

VVB

Sexualités: Le Magazine