Le BHD n°73 : La nuit tous les chats sont gris

Version 1, tout public:

Moi, dans ma p’tite auto, qui retourne au boulot en faisant le gros dos (retour de vacances : gardes de nuits du week-end), tout en écoutant la radio…Quand, là, à mes oreilles sidérées, encore un animateur qui sort le classique « Bon week-end à tous, version « Saturday night fever » et ensuite reposez vous bien, faîtes de beaux rêves ! Mon sang ne fait qu’un tour ! Monsieur, quel âge as-tu pour croire que quand tu fais dodo, tout le monde fait la même chose et que quand tu ne travailles pas, les autres en font tout autant ?

Je travaille de nuit, exclusivement de nuit, depuis de nombreuses années et ça me saoule que la plupart des gens n’y comprennent rien ! Mais là, c’est la goutte d’eau, une explication s’impose !

En France, la dernière enquête, en date de 2014, faisait état de 3,5 millions de personnes travaillant de nuit (à savoir entre minuit et 5h, définition légale). Les professions concernées majoritairement sont les soignants, les policiers, les militaires, les pompiers, les bouchers, les charcutiers, les boulangers, des techniciens et agents de maîtrise, dont plus d’un million de femmes. Alors, non, Monsieur de la radio, la nuit n’est pas réservée à ceux qui font la fête !

Je te propose donc un petit florilège des choses exaspérantes quand on bosse de nuit :

« Tu es toujours en vacances » ! Alors, NON, je ne suis pas toujours en vacances, simplement, je travaille 12 heures d’affilée, un week-end sur trois et les jours fériés, je peux aussi être rappelée sur mes repos pour un remplacement de dernière minute. Je ne travaille pas comme le quidam moyen du lundi au vendredi de 8 h à 18h, mais je fais aussi mes heures de travail, simplement, elles sont organisées différemment : des gardes, des repos et aussi des congés annuels.

« Oui, mais la nuit à l’hôpital, vous dormez » ! Alors, NON, nous ne dormons pas car il y a des patients qui nécessitent des soins, des gens qui entrent, des bébés qui naissent, des personnes qui meurent, des urgences, des consultations. Cela s’appelle : le service continu ! Par contre, la nuit, c’est personnel réduit à son minimum syndical.

« Tu gagnes hyper bien ta vie, parce que la nuit c’est payé double » ! Alors, toujours NON, car il se trouve que depuis presque 3 décennies, les gouvernements successifs et les syndicats n’ont pas jugé utile de revaloriser les primes de nuit et de week-end dans les hôpitaux…Notre prime de nuit s’élève ainsi à 1,07 euro de l’heure de 21h à 7h soit environ 10 euro, brut, bien entendu, pour une nuit. Les gens qui choisissent de travailler de nuit ne sont donc pas vénaux…Idem pour le dimanche, environ 76 euro…Oulala, mais que va-t-on faire de tout ce fric ?

« Et à midi, tu n’es pas encore debout » ? Alors, quand je suis entre 2 nuits, NON ! Si je finis ma garde à 8h et que grosso modo, je peux me mettre au lit vers 9h, j’ai besoin de davantage de 3 h de sommeil pour réattaquer une nouvelle nuit de 12h. Franchement, est-ce qu’une personne lambda travaillant du lundi au vendredi de 8h à 18h se couchant chaque soir vers 23h se réveille chaque matin à 2h ? Je ne le pense pas…Alors, moi, c’est pareil !

Je me souviens, avec tendresse d’une me mes petites voisines (Eléonore) qui devait avoir 7 ans, environ. Elle trouvait absolument magique que pendant son sommeil, moi, je serais éveillée entrain de mettre des bébés au monde…Si c’est à la portée d’une enfant, ce devrait être compréhensible pour des adultes…Enfin, il me semble.

Voilà, Monsieur de la radio, j’espère avoir éclairé ta lanterne et tes neurones. N’oublie pas d’aller au dodo après Nounours, Nicolas et Pimprenelle, juste après le passage du marchand de sable !

Je te souhaite une bonne nuit, pleines de beaux rêves, moi, je vais bosser !

VVB

Sexualités: Le Magazine