Le BHD n°75 : Violences obstétricales

Depuis la polémique lancée autour des violences obstétricales par cette chère Marlène Schiappa, mon cœur de sage-femme est en souffrance grave. Je me sens meurtrie, agressée dans mon métier, dans mes compétences, dans l’essence même ce de que ma profession représente comme valeurs depuis que le monde est monde…Cette profession, pour mémoire, qui a été brûlée sous l’inquisition par qu’elle mettait tout en œuvre pour les femmes…Comment imaginer, une seule seconde, que je puisse infliger des violences volontaires à mes patientes, reléguant du même coups les docteurs Sims et Mengele au rang de gentils ?…

Depuis ce pavé dans la marre, au passage avec des chiffres complètement faux, un torrent de boue a déferlé sur les professions de gynécologues et sages-femmes. Opprobre et discrédit inacceptables !

Comme le disait Nicolas Boileau, « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Je me suis donc interrogée…Et quand on y réfléchie, on constate que la plupart des actes médicaux qui visent à prévenir, soigner, traiter, guérir, ont quelque chose de violent. Une pose de perfusion, c’est violent. Une suture de plaie, c’est violent. Une réduction de fracture ou de luxation, c’est violent. Etre hospitalisé et soigné dans un pays dont on ne parle pas la langue, c’est violent. Un forceps, c’est violent. Faire du massage cardiaque, c’est violent. Annoncer qu’il est trop tard pour la péridurale, c’est violent. Annoncer un cancer, c’est violent. Annoncer à un couple que le bébé qu’ils attendent est atteint de graves malformations et qu’il va falloir procéder à une interruption thérapeutique de grossesse, c’est violent. Faire prendre les comprimés qui vont mettre fin à cette grossesse, c’est violent. Faire des soins à un grand prématuré, c’est violent. Alors, on fait comment ? Expliquez-moi comment on joue la partie ? A quand les violences dentaires, les violences orthopédiques ? Et même, avec les 11 vaccins pour les bébés qui vont devenir obligatoires en janvier 2018, va-t-on parler de violences pédiatriques ?

Il me paraît essentiel de définir la notion même de violence ressentie par ces femmes et de replacer cette violence dans le contexte global de leur vie en générale. Chaque soignant pourrait vous dire que ce n’est pas les personnes qui vivent les pires drames qui gardent les plus mauvais « souvenirs » ou « vécus ».

Malheureusement, il arrive que les femmes n’aient ni la grossesse dont elles rêvaient, ni son issue, ni l’allaitement. La médecine et les soignants ne le décident pas non plus. Parler de violences obstétricales, c’est nier tous les facteurs qui font qu’un accouchement est « bien » ou « mal » vécu. Il y a, certes, des facteurs médicaux, mais il y a, aussi des facteurs psychologiques, familiaux, relationnels et environnementaux. Je rappelle pour mémoire que l’accouchement est quelque chose de violent à la fois par la douleur qu’il engendre mais également par l’explosion d’émotions qu’il provoque.

Je finis par me demander si le fond du problème de cette violence ressentie n’est pas la communication. Il y a ce qu’on pense, puis ce qu’on formule, ce que la patiente entend, ce qu’elle comprend et ce qu’elle retiendra au final dans le contexte émotionnel du moment… Et qui aurait pu être différent dans un autre contexte émotionnel.

Une autre conclusion me vient : c’est l’implication du gouvernement dans sa politique de soins : fermeture des petites maternités, gel des salaires, tarification des soins, des soignants malmenés, stigmatisés, essorés, rincés, lobotomisés par les charges administratives, croulant sous les heures supplémentaires, devant laisser ce qu’ils sont aux vestiaires tout en restant humains.

Tout ce que je sais, c’est que je ne connais aucun médecin, ni aucune sage-femme qui réalise une épisiotomie par plaisir sadique. Je ne connais que des soignants qui prennent à cœur leur métier et qui prennent soins de la santé des femmes et de leurs bébés.

VVB

Sexualités: Le Magazine