Le BHD n°76 : Les projets de naissance (entre raison et déraison)

 

Depuis quelques années, nous avons vu fleurir la mode des projets de naissance.

Mais qu’est-ce donc que cela ?

Les futurs parents sont invités à une réflexion sur la façon dont ils ont envie de vivre la naissance de leur enfant, son mode d’alimentation et leur séjour à la maternité. Ils doivent ensuite la rédiger et cela figure dans leur dossier médical.

Au départ, c’est une bonne initiative, car sur le fond, réfléchir à la façon dont on projette d’accueillir son bébé, c’est une démarche tant philosophique qu’intellectuelle.

Pour mémoire, je me permets de rappeler qu’en France, seulement 30% des femmes enceintes suivent une préparation à la naissance. Il y aura donc probablement 70% des femmes qui n’effectueront pas ce projet. Parmi les 30%, une forte proportion des projets seront simples, justes, pertinents et parfaitement réalisables.

Mais dans une faible proportion, c’est en désaccord total avec les valeurs de la médecine telle que nous devons la pratiquer…Contraire à l’éthique telle qu’on nous l’enseigne. Je n’ai absolument rien contre le fond, mais parfois, la forme me semble tout simplement incroyablement inadéquate…Voir même tirant sur la lubie égocentrique niant l’existence du petit locataire présent dans le ventre !

Je rappelle que l’issu de l’accouchement ne dépend pas du bon vouloir des soignants mais d’une somme de facteurs indépendants de leur volontés (de la leur et de celle des parents).Je rappelle qu’un couple écrit tout cela en dehors du contexte de la douleur des contractions, du contexte de l’urgence, du contexte de la peur. Tout peut devenir très différent le jour « J ».

Je suis convaincue qu’on devrait expliquer avant tout, ce que le « projet de naissance » n’est pas. Il n’est pas un scénario, ni un contrat garanti, ni une liste au père Noël, ni un pacte avec les dieux de l’obstétrique, et de cela il faut être absolument persuadé !

Personnellement, l’expérience me fait dire que les femmes qui se mettent la barre trop haute et qui sont incapables de faire confiance à l’équipe en acceptant de modifier leur projet, sont celles qui garderont les plus mauvais souvenirs de leur accouchement ou leur séjour. Coluche disait que « les gens qui n’ont pas d’enfants ont des principes et les autres ont juste des enfants ». C’est ô combien vrai ! Devenir parent, c’est accepter de s’adapter, et cela commence le jour de l’accouchement.

Est-ce qu’on demande aux équipes quels sont leur « projet » pour toute dame qui arrive ? Allez, je vous le donne : une dame propre, polie, avec une grossesse de déroulement normal, qui accouche à terme de manière spontanée avec un travail rapide, qui accouche normalement, qui ne saigne pas, avec un périnée intact et avec un bébé en bonne santé et qui tète comme un chef ! Vous trouvez cela risible ou politiquement incorrect…Je suis d’accord.

Pour tout un tas de situations, les gens pensent qu’ils n’ont que des droits, OK, mais ils ont aussi des devoirs, l’aurait-on oublié ? Lorsqu’on choisi une structure médicale, on accepte in fine les contraintes et les règles en vigueur dans celle-ci, dans le respect des recommandations médicales de l’époque. Quand on va chez le coiffeur, on n’exige pas de celui-ci qu’il nous lave les cheveux avec du sable et qu’il nous les coupe au chalumeau…

J’en suis arrivée à un stade où je ne veux plus les lire, ces projets…En effet, je crois qu’il est important de communiquer, d’échanger, d’expliquer, de conseiller, de respecter. Et très franchement je m’interroge sur le bien fondé de mettre ses « projets de naissance » dans les dossiers. Les parents devraient les garder pour eux, comme un texte dans un journal intime. Cela leur ouvrirait davantage de perspective, comme le droit de changer d’avis, sans éprouver aucune culpabilité. Ce que je me dis aussi, c’est que 70% des femmes n’en écrivent pas…Et que je me félicite d’écouter tout de même leurs désidératas…et d’essayer, au mieux d’y répondre avec compétence et bienveillance, tout en étant consciente et modeste que quoiqu’on fasse, on ne peut pas plaire à tout le monde.

 

VVB

Sexualités: Le Magazine