Le BHD n°89 : L’irrésistible légèreté de l’être

Il n’y a pas si longtemps, j’aimais noël, son ambiance magique, ses décorations, sa préparation, les cadeaux, les emballages. Lorsque le père de mes enfants était absent, je redoublais d’efforts pour que cette fête soit tout de même somptueuse et hors du temps pour nos enfants…Mais ça, c’était avant…

Depuis le divorce et le départ de mes trois grands de la maison, je suis passée de mère à la tête d’une famille de six personnes…à mère à mi-temps ! Le vide intersidéral s’installe dorénavant un noël sur deux et je choisis de travailler…Au moins, je passe le réveillon avec mes collègues et le boulot occupe l’esprit et les mains…

J’en étais donc à préparer un noël en solitaire quand un événement à tout bouleverser, me laissant à croire que ce férié est finalement une fête pour les gens heureux, pour les riches et pour les bien portants… Les autres se prenant en pleine poire tous leurs manques…

Ma mère a été hospitalisée d’urgence le 20 décembre pour une arthrite septique au départ. En 48h, elle s’est dégradée et se trouve dans  «  un état très préoccupant mais stable » dixit le médecin…Depuis plusieurs jours, la patience est de rigueur, les informations arrivent au compte-goutte et l’impuissance occupe tout l’espace… Ma sœur et moi avons la sensation d’être dans un brouillard figé qui s’approche davantage des limbes (pour ceux qui ne connaissent pas c’est entre le paradis et l’enfer) que du « fog anglais ».

Je passe une bonne partie de mes journées à l’hôpital, qui est déjà en temps normal comme ma résidence secondaire. Je harcèle les infirmières, les internes et le médecin pour savoir, comprendre, tenter de prévoir le lendemain…Et il faut attendre, encore et encore…

Ma sœur règle les problèmes administratifs. Nos différences se révélant dans le cas présent comme une bonne complémentarité.

Si ma mère en réchappe, elle passera probablement le reste de sa vie à me reprocher de ne pas lui avoir dit qu’une de ces meilleures amies vivait, deux étages plus bas, ses dernières heures…Elle s’est éteinte hier soir, 27 décembre…

Comme une tentative de protection désespérée, je n’ai pas informé mes poussins de la gravité de la situation. J’ai fait le choix (pas forcément le bon, d’ailleurs) de les épargner et de les laisser passer un noël joyeux et insouciant parmi leurs cousins et la famille de leur père à l’autre bout de la France.

Et là, ce soir ma sœur et moi avons expérimenté le grand écart facial sans échauffements entre une personne qui nous parle de l’organisation pour le retour à domicile et une autre qui nous demande si nous sommes pour ou contre l’acharnement thérapeutique…Je crois qu’un verre de Tariquet s’impose…

VVB

Sexualités: Le Magazine

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