Le BHD n°93 : On n’ « EHPAD » dans la merde !

Peut-être n’avez-vous pas l’honneur et l’avantage de connaître l’acronyme EHPAD ? Permettez-moi d’éclairer votre lanterne : Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes.

Il y a encore quelques semaines, je voyais ça de très loin, version galaxie lointaine,  comme les catastrophes aux actualités. Consciente de leur existence, inconsciente que cela puisse nous arriver à nous-mêmes…Grave erreur d’estimation !

Femme de 75 ans, veuve depuis 14 mois, candidate à la prothèse du genou depuis 10 ans, mais en obésité sévère et donc inopérable. Des antécédents médicaux longs comme le bras, mais malgré tout indépendante, parfaitement autonome, conduisant sa voiture, gérant sa vie. Des projets d’emménagement dans une maison plus petite et adaptée à une personne vieillissante, des travaux de rénovation en cours. Cette femme se retrouve hospitalisée pour une septicémie grave et devient en 4 semaines une vieille femme aigrie, impotente, dépendante, en plein syndrome de glissement (se laissant « glisser » vers la mort), refusant de manger, de se mobiliser, portant des couches…

Cette femme, il se trouve que c’est ma mère…

Refus du service de soins de suite et réadaptation car trop dépendante.

Décision de placement en EHPAD temporaire médicalisé !

Immersion complète et sans entraînement dans un monde totalement inconnu : les maisons de retraite et leur procédure d’admission, youpi tralala ! Très loin de m’imaginer les rouages du système, je découvre avec stupéfaction l’impossibilité de choisir son EHPAD comme l’on pourrait choisir son séjour dans une agence de voyages…Les contraintes sont incontournables : urgence du placement, nécessité d’acceptation d’un hébergement temporaire et obligation d’un établissement médicalisé. Je peux affirmer qu’étant soignante, j’ai été carrément « abandonnée » par l’assistante sociale sensée remplir les formulaires conjointement avec moi. Je me suis retrouvée à remplir un semblant de dossier sur le portail national « Viatrajectoire » qui n’a jamais voulu valider ma « pré demande ». Heureusement que je ne suis pas du genre à baisser les bras car j’ai littéralement démarché par téléphone avec des délais d’admission entendus allant de 1 à 4 mois. Pour finir, je me suis déplacée physiquement. Ô joie, j’ai fini par trouver une place, géographiquement proche de mon domicile et répondant à tous les critères. J’ai eu de la chance car le grand « coordinateur » responsable du secteur aurait pu l’envoyer à l’autre bout du département.

« Et c’est pas fini »…Parce qu’une fois la place dénichée, vous devez remplir un dossier aussi épais que le bottin parisien : déclaration d’impôts, assurances diverses, convention obsèques, bien entendu dossier médical, et l’âge du capitaine…Par pudeur, je n’évoquerais pas les tarifs prohibitifs du « privé », absolument non corrélés aux petites retraites de nos anciens (business is business)…

Voilà, nous y sommes, ma mère est tristement installée en chambre individuelle dans une résidence adaptée à son état de dépendance (que nous espérons réversible). Elle qui était joviale, respectueuse des conventions sociales et exigeante sur la politesse, s’est métamorphosée en une odieuse Tatie Danielle vociférant sur le personnel…Elle ne veut, à ce jour, consentir aucun effort pour son rétablissement et ne parle que de rejoindre son mari au cimetière…L’équipe pluridisciplinaire a été claire, autant avec elle qu’avec sa famille : le « aller mieux » dépend de « l’adhésion du patient ».

Ma conclusion, par conséquent, sera grise comme le temps : pronostic réservé…

VVB

Sexualités: Le Magazine

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