Le BHD n°94 : Hakuna Matata !

Depuis le jour où les problèmes de santé de ma mère sont apparus, ma sœur et moi nous sommes forgées une devise : « Mieux vaut en rire qu’en pleurer ! ». Cette phrase pourrait choquer le néophyte, mais, dans le cas présent, c’est notre choix, et tant pis pour le « qu’en dira-t-on » !

Comme le dit la chanson initialement écrite par Michel Berger et merveilleusement interprétée par Véronique Sanson : « Pour me comprendre, il faudrait savoir qui je suis. Pour me comprendre, il faudrait connaître ma vie. Et pour l’apprendre devenir mon ami ».

Depuis nos naissances rapprochées, 14 mois d’écart, le moins qu’on puisse admettre, c’est que nous n’avons pas bénéficié d’une éducation positive. Tout d’abord, le fait (largement reproché) que notre arrivée sur cette Terre n’ait pas été un choix inspiré. Ceci nous a insufflé l’idée que nous étions « de trop » dans la vie de nos parents.

Dire que notre mère nous a élevées d’une manière autoritaire serait un parfait euphémisme. Son éducation tenait davantage du camp de redressement que de la bienveillance à priori attendue d’une mère. Nous avons, ces dernières semaines, rit en constatant notre « conditionnement ». Nous arrivons à la cinquantaine toutes les deux et n’avons, à ce jour,  jamais reçu un compliment de la part de notre mère. Elle a toujours eu le chic de pointer du doigt ce qui n’allait pas chez nous. Ce que nous n’avions pas accompli, sans jamais reconnaître tout le chemin parcouru et les efforts fournis. Je ne pense pas qu’il soit approprié, ici, de parler de perfectionnisme, nous sommes bien au-delà… Attention, il ne s’agit pas d’une « critique », nous n’allons pas réécrire l’histoire. Le passé reste au passé. C’est simplement une constatation…Parfois une consternation. C’est comme si nous n’avions jamais su trouver grâce à ses yeux. Il est clair que notre mère n’a jamais compris que ce ne sont pas les qualités, mais les imperfections qui rendent une personne l’être unique qu’il est…Dommage ! Subsistait alors deux options : soit ruminer, soit, malgré tout, choisir d’avancer, se construire, s’étayer grâce aux autres, choisir de devenir une belle personne. Je suis fière de la femme que je suis devenue à ce jour, preuve s’il en est que l’héritage reçu n’est pas une fatalité.  L’important, finalement, étant ce que l’on décide d’en faire. Je suis plutôt satisfaite du résultat…Sans fausse modestie…

Aussi loin qu’il nous souvienne, notre mère a mis en avant nos différences. Ma sœur est introvertie, je suis extravertie. Elle est calme et pondérée, je suis une pile électrique volubile. Elle est assez grande avec les cheveux raides, je suis petite avec les cheveux bouclés. Elle est dans la réflexion, je suis dans l’action. Mais jusqu’à l’hospitalisation de ma mère, personne n’avait vu à quel point nous sommes complémentaires, à quel point nous pouvons être une équipe soudée capable de gérer et venir à bouts des pires problèmes, à quel point nous savons faire alliance, à quel point nous sommes efficaces ! Nous avons davantage échangé et communiqué en 6 semaines que les dernières années écoulées.

Si, comme le dit l’adage populaire : « A chaque chose, malheur est bon », alors, je l’affirme, cet événement aura permis que nous devenions ou redevenions sœurs à part entière, d’établir une complicité, une connexion, et ça, c’est juste formidable !

 

Dédicace spéciale à Tata Wéro…

VVB

Sexualités: Le Magazine