Le BHD n°95 : Péril en la demeure

J’ai toujours cru depuis mon enfance que ma mère avait inventé le concept du « chaque chose à sa place, chaque place à sa chose ». A un point tel que nous n’avions pas le droit de sortir nos jouets du placard pour ne pas mettre de désordre dans la maison…Inutile de vous dire que nous n’avions jamais osé fouillé dans un seul meuble…Alors là…C’est carrément un mélange subtile entre la Nuit au musée et Indiana Jones, les serpents et les rats en moins ! Quoique, les crottes de souris et le moisi, ça compte ou pas ?

Mon père était enfant unique, lui-même issu de famille d’enfants unique. La maison, immense, regorge de meubles entièrement restaurés par un ébéniste, mais qui n’ont, hélas, que la valeur que mes parents leurs accordaient, c’est-à-dire, d’après les antiquaires et autres brocanteurs (pas toujours très honnêtes au demeurant) pratiquement plus aucune valeur marchande à ce jour.

Liste à la Prévert : des services de vaisselle en porcelaine, faïence et cristal version Galeries Lafayette, plantes vertes et pots de fleurs version annexe de chez Truffaut, collections improbables d’outils de jardins, de pin’s Damart (mes préférés), de cuivres en tout genre, 3 vieilles machines à écrire, une antique machine à calculer, de vieux jouets et puis tout un fatras en plusieurs exemplaires, parce que je finis par penser qu’ils étaient acheteurs compulsifs : 3 tailles-haies, 2 karchers, des vêtements et des conserves pour un régiment. Des produits d’entretien pour voiture (succursale de Norauto), de la papeterie (annexe d’Auchan). Et tout cela, sans parler des bouteilles à la cave, des photos et albums de mon père…D’ailleurs, on sent bien que les choses ont « merdé » à un moment parce qu’on sent bien en ouvrant les placards qu’il y a eu un ras le bol et un laisser-aller sans nom : le classement rigoureux est devenu un bourrage-mélangeage sans précédent !

Suivez le guide et veuillez passer maintenant à l’étage, où l’on arrive direct dans un musée où personne ne se rendait jamais : un salon, âgé de 20 ans composé d’un canapé 3 places, son petit frère de 2 places et d’un fauteuil, tous neufs, puisqu’ils n’ont jamais vu une seule paire de fesses sur leurs beaux coussins. Deux magnifiques chambres où personne n’a jamais dormi, avec par conséquent des literies et matelas tout neufs, d’un style certain « cucul-concon » avec baldaquin et autres dessus de lits en dentelles et falbalas…Ma mère n’avait jamais lu, visiblement, l’art de recevoir de la baronne de Rothschild. A ce propos, une immense bibliothèque, lourdement chargée de livres, mais qui n’ont jamais été ouverts, puisque mes parents détestent lire…

Il nous revient donc à ma sœur et à moi, la joie l’honneur et l’avantage de nous mettre à pied d’œuvre pour trier, nettoyer, classer, jeter, emballer, donner ou vendre tout ce beau bordel ! Youpi !

Il nous faut également utiliser l’art subtil de préparer l’emménagement dans la nouvelle maison (qui est trois fois plus petite que l’actuelle)  tout en respectant les désidératas de ma mère, tout en effectuant  un tri sélectif définitif  et absolument nécessaire si par malheur elle ne devait jamais pendre la crémaillère dans sa nouvelle demeure. Casse-tête chinois, parfois cornélien !

Pendant les très longues heures où je brique et je broc, j’ai tout le loisir de méditer sur un point crucial : A quoi sert-il d’avoir autant de possessions si ce n’est pour jamais s’en servir et en profiter ? Malheureusement, mon père n’est plus là pour répondre à cette question et je doute que ma mère, même en ayant frôlé la mort soit capable d’y répondre un jour…Et puis, une dernière petite chose pour finir…J’avoue que, prendre ainsi en défaut l’impératrice du chiffon, la reine de la propreté qui sait si bien faire remarquer les moindres petits manquements aux autres, a quelque chose de  tellement jubilatoire que je ne me parviens pas à m’en départir…Rhooo, la vilaine fille !

VVB

Sexualités: Le Magazine

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