Féminisme et Pornographie

S’il est un sujet à propos duquel un consensus bien pensant s’impose, c’est bien la comparaison entre érotisme et pornographie. Pourtant, à y regarder de plus près, les genres se rejoignent plus qu’on ne l’admet comme le suggère fort à propos l’aphorisme généralement attribué à Alain Robbe-Grillet: « la pornographie c’est l’érotisme des autres… ». Souvent, les gens parlent sans savoir et sans expérience, c’est notamment le cas pour les jeux vidéos, les messageries instantanées, et, bien entendu les films pornos. Pas de pudibonderie excessive donc, on admettra qu’il vous est arrivé de « tomber » sur un film X, au hasard d’un zapping insomniaque, et que vous vous y êtes attardé « juste pour voir»…

Liberté d’expression : un choix difficile

Nadine Strossen, juriste, professeur de Droit préside depuis 1991 l’Union américaine pour les Libertés Civiles (ACLU), est l’auteur d’un livre intitulé Defending Pornography où elle prend la défense de sa compatriote Wendy McElroy dont le livre, XXX, publié en 1996 défend la pornographie.
“Le principal mérite de Wendy McElroy est de nous révéler le témoignage de femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe. Les entretiens qu’elle nous présente viennent s’inscrire en faux à l’égard de bien des idées reçues, et interpellent tous ceux qui se sentent concernés par les droits de la femme…”

Les arguments de Wendy McElroy!

Voilà ce qu’écrit l’auteur de XXX :
“Il faut dire que la pornographie est profitable aux femmes. En la bannissant l’État les appauvrira plutôt qu’il ne les enrichira. Lisa Duggan l’expliquait : « La pornographie a permis de déranger le sexe conventionnel, et plus encore de ridiculiser l’hypocrisie sexuelle et de souligner l’importance des besoins sexuels. La pornographie véhicule bien des messages … elle défend les aventures sexuelles, le sexe hors mariage, le sexe pour le plaisir, le sexe ordinaire, le sexe interdit, le sexe anonyme, la sexualité de groupe, le voyeurisme. Certaines de ces pratiques plaisent aux femmes, lesquelles à travers leurs lectures ou visionnages, interprètent ces images comme une légitimation de leur sens de l’urgence sexuelle ou leur désir d’être sexuellement agressives. »

Le Féminisme irréductible

Dans le monde du féminisme, d’autres voix s’élèvent qui représentent une tendance radicale. Ici, on ne fera pas de concession, car par définition le monde se trouve sous le pouvoir des hommes et par conséquent, la parole ou le consentement d’une femme ne peut pas être vrai. On postule donc, que toutes les décisions d’une femme, et notamment en ce qui concerne sa sexualité lui sont arrachées sous la contrainte masculine. Ainsi s’exprime Catharine A. MacKinnon l’une des grandes figures du féminisme américain. Docteur en droit et en sciences politiques, avocate à la Cour Suprême, auteur de nombreux livres, théoricienne, militante, elle s’est engagée dans le combat pour les droits humains et l’égalité des sexes. Son premier livre est publié en France: Le féminisme irréductible dans lequel elle traite des violences dresse un tableau dramatique de l’aliénation des femmes. Elle écrit :« La sexualité est au féminisme ce que le travail est au marxisme : rien ne nous appartient davantage, et pourtant il n’est rien dont on ne soit davantage dépossédé”.

En France, ce sont les “chiennes de garde” qui transmettent la bonne parole: dans un article intitulé “Pornographie: victimes quoiqu’elles disent.” elles nous expliquent que, même un choix sexuel conscient et délibéré demeure inconsciemment soumis à la dictature de monde masculin. Cette attitude, poussée à l’extrême semble aussi méprisante pour la femme que le pire machisme, en effet, si nous sommes manipulées inconsciemment, cela signifie que nous ne disposons pas de notre liberté de conscience… De quoi donner raison au pires obscurantistes passés présents et (hélas) à venir!

Pourtant, il est intéressant de se rappeler, comme le fait remarquer Misty Whalen, étudiante en philosophie et en littérature dans une université américaine, passionnée de poésie et inconditionnelle admiratrice de Nietzsche. “La popularité et la généralisation de la pornographie en Occident, ainsi que la frustration masculine larvée qu’elle favorise, sont en grande partie dues aux mouvements de libération de la femme. Réciproquement, le féminisme moderne doit au moins une part de son succès à l’existence de la pornographie.”

Littérature et Féminisme

Antoinette Fouque, l’une des fondatrices du mouvement de libération de la femme, crée en 1973, une maison d’édition Des Femmes, qui se donne pour buts de ne publier que des écrits de femmes, essais, romans, poésie, témoignages allant dans le sens de faire valoir leurs droits et de faire entendre leur voix. Pourtant, à ses débuts, cette initiative ne rencontre pas que des approbations au sein même des mouvements féministes. Aujourd’hui, il existe de telles maisons d’éditions dans de nombreux pays européens.
La littérature, comme d’autres expressions artistiques a longtemps fermé sa porte aux femmes réputées écrire avec mièvrerie. Il en va tout autrement aujourd’hui, et des auteures telles que Catherine Millet, dont le livre La vie sexuelle de Catherine M a fait scandale, bousculent sans ménagement les idées reçues. Un texte que l’on trouve vigoureux, viril et littéraire sous la plume d’un Houelbecq devient soudain vulgaire et porno s’il est signé d’une main féminine…
Le roman de Vanessa Duriès, Le lien, est plus qu’une réplique actuelle d’Histoire d’O (elle aussi signée d’une main féminine) , l’auteure nous y fait découvrir des délices érotiques qui ont de quoi faire hurler les féministes radicales.
Que dire enfin des écrits de la belle Ovidie, ex-star du porno, reconvertie avec talent dans l’écriture et la production videographique. Elle publie son premier livre, Porno Manifesto, à l’âge de 21 ans, et ne trempe pas sa plume dans l’eau de rose!
Mais, ne faudrait-il pas se libérer de ces clivages sexuels? La lutte de classes sociales, devenue une idée pittoresque et désuète doit-elle passer un bien tardif relais à la lutte des classes sexuelles, suivi bientôt d’une dictature gynarchique, accompagnée de camps de rééducation et autres goulags?

Le féminisme divisé
Judith Butler, professeur à Berkeley, est une spécialiste reconnue des «études sur le genre», discipline très américaine qui s’applique à démêler les différences sexuelles au niveau social et historique. Judith Butler s’inscrit en faux vis-à-vis des thèses féministes qui privilégient généralement le “genre” par rapport au “sexe”; elle va jusqu’à contester l’idée d’identité féminine qu’elle soit fondée sur le genre ou sur le sexe. Son livre Trouble dans le genre, s’oppose nettement au féminisme selon MacKinnon.
Certains groupes gay, au nom de leur culture spécifique, revendiquent la pornographie comme une expression artistique, c’est ainsi que les responsables de Pink TV justifiaient auprès du CSA l’abondance de films X sur leur chaîne.
Dans les années 80, des lesbiennes, comme Gayle Rubin, se mirent à militer pour défendre la pornographie au nom de la liberté d’expression, et pour la rendre accessible aux femmes. En effet, Gayle Rubin considère que les féministes font partie intégrante de la société hiérarchique dominante et doivent à ce titre être traitées comme des ennemies.
Elaine Audet, explique sur le site d’opinion Multitudes comment Rubin, dans son livre Penser le sexe publié en 2001, poursuit son apologie de toutes les minorités sexuelles dissidentes et se concentre surtout sur la défense de la pédophilie en refusant d’y voir une forme d’exploitation sexuelle. Pour elle, toute loi visant à régir la sexualité constitue « un apartheid sexuel » destiné à renforcer les structures du pouvoir en place. Jeffreys montre que la sexualité est le point de divergence fondamental entre le féminisme lesbien et le courant queer.”
La mouvance féministe, on le voit, est loin de rassembler une unité d’opinion à propos de la pornographie! Lire la suite

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