Mémoires de sexologue

L’idée de raconter 35 ans de ma vie de sexologue et l’histoire de quelques uns de mes 30 000 patients et patientes me « titillent » l’esprit, depuis quelques années! C’est aussi un peu la petite histoire et les « petites histoires » de la sexologie française. Restons modeste!
Mais commençons par le début.
J’ai eu la chance ou la malchance de passer mon Bac en 68; reçu avec mention, je vais m’inscrire en Fac de médecine à Rennes. En fait, j’avais choisi dentaire. La première année était commune! Elle s’appelait, si mes souvenirs sont bons PCEM et avait encore ses cours dans un ciel amphi en préfabriqué situé dans la cour de l’ancienne Fac de Médecine, rue Dupont des Loges à Rennes. Il valait mieux arriver en avance si je voulais trouver une place assise car l’amphi était bondé. Nous étions un bon millier. L’atmosphère assez festive, Mai 68 était toujours dans nos esprits, ne poussait pas trop au travail. Difficile aujourd’hui d’imaginer que nous ne commencions à bosser les cours que quelques semaines avant les examens. Fort heureusement pour le travail, je ne connaissais pas grand monde, si ce n’est JM, un ami de plusieurs années qui s’était inscrit l’année précédente.

Mai 68

Nombreux sont ceux qui pensent que Mai 68 et le début des années 70 étaient les années de tous les excès lorsqu’on évoque la sexualité. C’est sans doute vrai pour quelques uns, mais pas pour la majorité. Comme nous nous intéressions plus au filles qu’à l’alcool lors des fêtes, les rencontres étaient faciles. Il faut dire qu’à l’époque, ces demoiselles consommaient peu d’alcool lors des sorties en discothèques. Il n’était pas question de coucher le soir même avec elle, préludes et préliminaires étant de rigueur. Il fallait donc nous armer de patience et de persévérance. Ces jeux de séductions, d’attentes rendaient la rencontre merveilleusement agréable mais la conclusion dépendait beaucoup du respect, de l’attention, de la délicatesse que nous portions au sexe féminin (question d’éducation!). Il fallait savoir « sauter en marche », car la plupart ne prenait pas la pilule et il n’était pas toujours simple d’aller acheter des préservatifs vendus exclusivement en pharmacie à cette époque. On ne parlait pas encore d’éjaculation précoce, bien que, comme chez la très grande majorité des hommes de mon âge, celle-ci survenait plutôt rapidement. Quelques astuces allaient pouvoir néanmoins y remédier assez rapidement, mais j’y reviendrai plus tard.

La pilule

Elle était très récente: la Loi Neuwirth autorisant la contraception en France avait été votée en Mars 1967 et peu de jeunes femmes l’utilisaient. La majorité étant à 18 ans, il fallait l’autorisation d’un parent pour l’avoir. La peur d’une grossesse empoisonnait notre vie sexuelle; il ne fallait pas compter sur l’avortement totalement interdit par la loi en France. L’angleterre était la seule solution, si on peut parler de solution. Donc si on voulait que les choses se passent bien, il fallait se renseigner sur le cycle de la demoiselle, afin d’éviter la période d’ovulation et pratiquer le coïtus interruptus, enfin, ce que mon appelait entre nous: « sauter en marche ». Deux sécurité valant mieux qu’une…On comprend mieux l’intérêt de faire durer les préliminaires, ce qui avait pour « effet secondaire » d’apprendre contrôler son éjaculation. Du moins si on espérait donner un peu de plaisir à sa partenaire lors de la pénétration. A suivre…

Auteur : Patrice Cudicio

Médecin

Sexualités: Le Magazine

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