Mémoires de sexologue

L’idée de raconter 35 ans de ma vie de sexologue et l’histoire de quelques uns de mes 30 000 patients et patientes me « titillent » l’esprit, depuis quelques années! C’est aussi un peu la petite histoire et les « petites histoires » de la sexologie française. Restons modeste!
Mais commençons par le début.
J’ai eu la chance ou la malchance de passer mon Bac en 68; reçu avec mention, je vais m’inscrire en Fac de médecine à Rennes. En fait, j’avais choisi dentaire. La première année était commune! Elle s’appelait, si mes souvenirs sont bons PCEM et avait encore ses cours dans un ciel amphi en préfabriqué situé dans la cour de l’ancienne Fac de Médecine, rue Dupont des Loges à Rennes. Il valait mieux arriver en avance si je voulais trouver une place assise car l’amphi était bondé. Nous étions un bon millier. L’atmosphère assez festive, Mai 68 était toujours dans nos esprits, ne poussait pas trop au travail. Difficile aujourd’hui d’imaginer que nous ne commencions à bosser les cours que quelques semaines avant les examens. Fort heureusement pour le travail, je ne connaissais pas grand monde, si ce n’est JM, un ami de plusieurs années qui s’était inscrit l’année précédente.

Mai 68

Nombreux sont ceux qui pensent que Mai 68 et le début des années 70 étaient les années de tous les excès lorsqu’on évoque la sexualité. C’est sans doute vrai pour quelques uns, mais pas pour la majorité. Comme nous nous intéressions plus au filles qu’à l’alcool lors des fêtes, les rencontres étaient faciles. Il faut dire qu’à l’époque, ces demoiselles consommaient peu d’alcool lors des sorties en discothèques. Il n’était pas question de coucher le soir même avec elle, préludes et préliminaires étant de rigueur. Il fallait donc nous armer de patience et de persévérance. Ces jeux de séductions, d’attentes rendaient la rencontre merveilleusement agréable mais la conclusion dépendait beaucoup du respect, de l’attention, de la délicatesse que nous portions au sexe féminin (question d’éducation!). Il fallait savoir « sauter en marche », car la plupart ne prenait pas la pilule et il n’était pas toujours simple d’aller acheter des préservatifs vendus exclusivement en pharmacie à cette époque. On ne parlait pas encore d’éjaculation précoce, bien que, comme chez la très grande majorité des hommes de mon âge, celle-ci survenait plutôt rapidement. Quelques astuces allaient pouvoir néanmoins y remédier assez rapidement, mais j’y reviendrai plus tard.

La pilule

Elle était très récente: la Loi Neuwirth autorisant la contraception en France avait été votée en Mars 1967 et peu de jeunes femmes l’utilisaient. La majorité étant à 18 ans, il fallait l’autorisation d’un parent pour l’avoir. La peur d’une grossesse empoisonnait notre vie sexuelle; il ne fallait pas compter sur l’avortement totalement interdit par la loi en France. L’angleterre était la seule solution, si on peut parler de solution. Donc si on voulait que les choses se passent bien, il fallait se renseigner sur le cycle de la demoiselle, afin d’éviter la période d’ovulation et pratiquer le coïtus interruptus, enfin, ce que mon appelait entre nous: « sauter en marche ». Deux sécurité valant mieux qu’une…On comprend mieux l’intérêt de faire durer les préliminaires, ce qui avait pour « effet secondaire » d’apprendre contrôler son éjaculation. Du moins si on espérait donner un peu de plaisir à sa partenaire lors de la pénétration. A suivre…

Le BHD n°137 : HDD

Dans notre jargon technique professionnel, cette abréviation signifie : hémorragie de la délivrance.  Depuis un an, grosso modo, mon équipe souffre d’une véritable hémorragie…Mais de sages-femmes !

Je préfère ne plus compter les arrivées et les départs, trop déprimant. Communément, l’hôpital appelle ça : un grand « turn-over »…Ce phénomène a été signalé à la direction, mais, à priori, elle ne semble pas inquiète de la situation. Pour être honnête, elle s’en fiche comme de sa première couche-culotte…Le navire prend l’eau, l’ambiance est délétère, mais la politique de l’autruche a encore de beaux jours devant elle ! L’avenir des sages-femmes et de la maternité n’inquiète que celles-ci…Notre Team, notre squadra, notre seconde famille perd des membres dans l’indifférence générale…

Ce mois de décembre, l’hémorragie devient cataclysmique puisqu’il nous faut dire « au revoir » à quatre de nos collègues…Oui, oui, comme les trois mousquetaires qui étaient quatre, elles partent, d’un coup d’un seul vers d’autres lieux que nous leur souhaitons plus doux…

Il y a d’abord Emilie. Lasse de devoir jongler avec les week-ends, les nuits et sa vie de maman divorcée avec trois enfants, elle s’engage pour une nouvelle aventure en PMI (Protection Maternelle et Infantile). Un nouveau défi à relever ! Elle est créative et engagée. Nul doute qu’elle va y parvenir aussi bien que lorsqu’elle avait réalisé notre super clip de la grève des sages-femmes en 2013. Nous avions fait un véritable tabac ! Et pour un moment de cohésion joyeuse et drôle, c’en fut un ! Et pas des moindres.

Il y a Sandrine, mon bébé sage-femme. Je la surnomme ainsi car je fus son rémora lorsqu’elle arriva toute fraîche-moulue-sortie de l’école pour prendre son premier poste. Lasse d’être loin de sa famille et de ses amis, elle regagne son île chérie accompagnée de son homme et de son  bout de chou né dans notre maternité. La grande aventure du libéral l’attend, mais soutenue, entourée et dans un cadre quasiment paradisiaque, ce sera plus facile…

Il y a notre sportive et secrète Solenn. Lasse d’être déconsidérée, elle va carrément changer de voie et se reconstruire loin du tumulte parfois impitoyable des hôpitaux. Une nouvelle voie, un nouveau souffle…

Enfin, il y a notre pétillante petite Alice…Lasse d’être rémunérée au lance-pierre d’une grille de salaire obsolète. Elle rejoint son amoureux à la capitale où il vient de décrocher le job de ses rêves. Une jeune sage-femme brillante, prometteuse, douce et attentive aux autres. Un seul de ses sourires suffit à illuminer les pires visages…Elle promènera désormais ses sabots dans les couloirs d’une grande maternité parisienne qui ne mesure encore pas sa chance.

Même si chacune d’entre elle part pour de bonnes raisons, une meilleure qualité de vie, un meilleur job, leur absence va créer un vide incommensurable dans notre minuscule corporation…

La psychologue du travail a toujours l’air de tomber des nues lorsqu’elle constate l’amour que nous avons pour notre profession et les liens qui peuvent se tisser dans une équipe…Bah, pas étonnant, nous sommes des femmes incroyables !

Fidèles à nos valeurs, nous avons préféré célébrer ces départs dans la joie et la bonne humeur. Il est préférable de se réjouir pour celles qui entament une nouvelle vie que de s’attrister des pertes pour notre équipe. Nous aurons bien le temps d’être mornes et désespérées après…

Nous avons donc fêté l’événement dignement. Tradition oblige, soirée festive, arrosée et dansante avec en toile de fond des larmes d’émotions, des cadeaux de départs et de merveilleux moments à graver dans les albums photos de nos mémoires…

Comme disent les Bretons : bon vent, bonne mer ! Quant à moi, je ne vous souhaite que le meilleur et je vous rappelle qu’à notre époque garder le contact avec les copines est un jeu d’enfant !

VVB

Le BHD n°136 : Conspiration

Depuis les quelques semaines que dure la révolte des Gilets Jaunes, je rêve du modèle islandais ou espagnol…Je dois être une idéaliste complètement utopique car je crois encore que « lorsqu’ on veut, on peut ». Raser par la base un système corrompu et injuste pour en faire un nouveau.  Impossible d’imaginer que nous resterons coincés au pays de la « Folie des grandeurs »Pour moi, c’est trop…Bref, mais revenons à nos moutons…J’ai pu voir sur la toile le théâtre de la folie des hommes (et des femmes, gare à l’égalité)…Internet est accusé de tous les maux et de tous les mots. Il n’est, pourtant, que le reflet de la société et des personnes qui en font usage, comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs…En ce qui me concerne, je considère les réseaux sociaux comme des outils ayant des aspects formidables et bénéfiques dont je ne me prive pas. Ils me permettent de rester en contact avec les personnes que j’aime et que j’apprécie. Tous ces collègues et amis à travers la France entière, sans oublier la Suisse, que j’ai dû abandonner pour cause de mutation de conjoint, selon la formule consacrée. Et là, dernièrement,  ces fameux et fumants réseaux sociaux se sont révélés des armes de conspiration joyeuse !

Conseils pour une soirée réussie : Un Chaton chéri, très « cute » et attentionné qui commandite un anniversaire surprise pour le passage chez les trentenaires de sa super Nana (surnom affectueux que lui donne ses neveux et nièces). Une copine un peu loufoque, appelée pour être la complice, qui lance les invitations et rassemble les amis. Trouver une date avec la sacro sainte problématique du « putain de planning » des gardes hospitalières réduisant forcément certains et certaines à l’absence. Un groupe de conversation et de concertation secrète sur Messenger, des SMS, des appels téléphoniques. Garder un air innocent et le secret. Une juste répartition des tâches : traiteur, qui apporte du salé, du sucré, prévoir l’alcool car ceux qui prétendent que « sans alcool, la fête est plus folle » ne connaissent pas notre joyeuse petite bande. Ceux qui ont de la route, ceux qui n’en ont pas, mais sont toujours en retard… Une « mamounette »  ultra complice allant jusqu’à prétendre un « blocage de dos », frisant la colère de sa fille, échappant de peu à une injection dans la fesse,  histoire de tenir éloigner la reine de la fête de son domicile pour les ultimes préparatifs et l’arrivée des invités. Des enfants adorables, un lézard en plastique, des bonbons, une petite fille et sa « robe qui tourne » se trémoussant sur la piste de danse improvisée avec les grandes. Des tubes repris en chœur par celles qui chantent juste et celles qui chantent faux pour un concert quelque peu cacophonique mais tout aussi mémorable et drôle. Une carte de vœu, une cagnotte…Et surtout, en récompense, la tête ébahie et heureuse de la « victime » et star du jour !

La famille, les amis, les enfants, de l’amour, de l’amitié, de la bonne bouffe, du champagne et autres spiritueux, des rires, des discussions  jusqu’à une heure avancée de la nuit, des lendemains avec des bobos aux cheveux et des étoiles accrochées dans les yeux, de ces moments agréables, doux et heureux qui nous font nous dire que la vie vaut bien la peine d’être vécue et choyée…César Pavese a dit : « On ne se souvient pas des jours, on se souvient des instants »… Encore une fois, joyeux anniversaire Nana et bonne rentrée chez les trentenaires !

VVB

Le BHD n°135 : Novembre, le mois sans tabac

Excellente initiative et campagne de santé publique lancée en 2016(par Marisol Touraine, précisément). Encore que, vu l’augmentation du prix des cigarettes, je ne sais pas trop si nos politiques ont réalisé les taxes (encore elles) qu’ils vont perdre…Mais bon, ce n’est pas mon propos du jour. Parce que figurez-vous que novembre 2018 ne fut pas que le mois sans tabac, mais également le moi sans tabac. Je vous vois déjà vous extasier, point n’en faut ! Bien évidemment et pour plagier une collègue, « il eut été préférable » de ne jamais introduire son doigt dans l’engrenage. Nul n’est parfait. Attention, j’ai dis : moi sans tabac, pas moi sans nicotine ! Car, malheureusement, je n’en suis pas à ma première tentative d’arrêt de la cigarette…Si j’exclue mes arrêts liés aux grossesses et allaitements (tout de même quatre), j’en suis tout de même à mon quatrième sevrage. La première fois, je n’ai pas dépassé les deux semaines, je me suis retrouvée avec une aphtose carabinée (des aphtes plein la bouche dont certains plus gros que des pois chiches, j’ai même dû en faire inciser un par le dentiste, une horreur !). Mon caractère s’en était cruellement ressenti, à un point tel, que mes enfants encourageaient ma reprise. Une fois, j’ai même tenu neuf mois (record absolu), mais ma prise de poids m’a fait céder…Que voulez-vous quand on est une ancienne obèse, le spectre de la culotte de cheval a de quoi rebuter les meilleures volontés…Mais là, zen attitude, j’avais décidé de profiter de ma mise au repos forcé (intervention chirurgicale) pour supprimer cet onéreux poison de ma vie. Je l’ai remplacé par la vapoteuse et je dois dire que, pour le moment, j’y trouve mon compte. Je peux toujours faire mes petits rituels sacrés qui consistent à faire mes petites pauses dehors (je n’ai jamais enfumé ni mon domicile ni ma voiture, question de principe). Je peux toujours inhaler ma chère menthe polaire et plus que tout, recevoir la dose de nicotine essentielle à mon équilibre nerveux (et celui de mon entourage). Je vérifie souvent que mon poids reste constant, c’est ma plus grande crainte, mais pour l’instant, tout va bien.

Alors, j’entends déjà les blablas concernant les dangers du vapotage… Saviez-vous que les plus grandes études pseudo-médicales qui dénigrent la cigarette électronique sont produites, comme par hasard, par des médecins rémunérés par les tabatiers…On croit rêver ! Alors, entendons-nous bien, je ne dis pas que fumer ou vapoter soit la panacée ! Je dis simplement que lorsqu’on est dépendant à une substance, il est nécessaire de veiller à ce qu’elle soit la moins nocive possible ! Je pourrais argumenter que, dans le cas présent, je choisis en connaissance de cause ma substance toxique. Alors qu’avec le Glyphosate, Monsanto et Bayer…Bienvenue au pays des écrans de fumée (justement), de la corruption et du lobby politico financier qui préfèrent empoisonner les foules en toute impunité tout en détruisant la planète allègrement…

Je trouve également, en ces temps de discordes et de révolte teintées de jaune, particulièrement jouissif de me dire que je ne contribuerai pas à enrichir les caisses de l’état avec mes petites clopes. Mon porte monnaie s’en réjouit, puisque, d’après mes calculs, ma nouvelle consommation est cinq fois moins onéreuse, youpi !

Je ne crie pas victoire non plus ! Je sais mieux que personne qu’un ancien fumeur est toujours un fumeur potentiel et qu’il suffit parfois d’un événement traumatique pour retomber dans ses pires travers. J’ai, toujours en mémoire, l’affaire « Ophélie Bretnacher ». Cette étudiante disparue à Budapest en décembre 2008 et dont le corps a ensuite été retrouvé en février 2009 (l’affaire a été classée en Hongrie faute de preuves)… Je me souviendrai éternellement de son père déclarant devant les caméras qu’il avait arrêté de fumer à l’occasion de sa naissance et qu’il avait repris quelques jours après sa disparition…

La modestie sera donc de rigueur, tout autant que la persévérance, puisqu’à présent je dois d’une, poursuivre mon effort, et, de deux, diminuer petit à petit ma dose de nicotine. Tout ceci, dans l’espoir, qu’un jour lointain, peut-être, je puisse abandonner, à son tour, la cigarette électronique…

VVB

Le BHD n° 134 : Depuis la pièce d’à côté

Novembre, en un mouchoir de poche, des dates cruelles. Deux ans. Ton départ. Ton anniversaire. La cérémonie…

La pleine lune arrivant, je dors très mal et des tas d’images se bousculent dans ma tête. C’est quelque chose d’étrange les souvenirs…Ils arrivent à la fois flous et cotonneux, mais aussi nets et précis, c’est à n’y rien comprendre…La phrase de ton ami résonne toujours en moi comme au premier jour : «  Fort comme ton nom, Louis comme un roi » ! Et ton poème d’adieu…La mort n’est rien de Charles Péguy : « Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue »…

Sois tranquille Louis, comme l’an dernier, avec quelques amies, nous sommes allées célébrer ton anniversaire avec tes parents. Nous avons dégusté ton gâteau favori, tendrement préparé par ta mère. Un tabouret s’est transformé en piédestal pour ton chapeau préféré. Autour d’une coupe de champagne nous avons évoqué des souvenirs : ton charme ravageur auprès des filles, l’adolescent passionné de moto, l’enfant turbulent. Ton sens aigu des couleurs : le bleu cyan ou le rouge lie de vin. Ton sourire est sur toutes les photos. Nous parlons de tes amis de promos, des deux qui sont maintenant en couple…Je ne peux m’empêcher de penser que tu y es pour quelque chose…L’amour de ta vie n’a pas oublié ton anniversaire, elle n’a pas pu t’offrir ce que la vie est normalement censée offrir aux amoureux de ce monde.  Il est cependant indéniable qu’elle conserve en son cœur une partie de toi. D’ailleurs, puisqu’on en parle, tu as laissé une trace en toute personne t’ayant approché de près ou de loin. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’aura…Et quelle aura !

Nous sommes revenus sur ton courage, sur ta rage incroyable de vivre…Savais-tu que ton militaire de frère t’avait désigné comme modèle de courage lors d’un discours professionnel. Ta mère a bien voulu me l’envoyer ce discours. Je l’ai lu et relu et je ne peux m’empêcher de faire le lien entre toi et les soldats. Que de similitudes…

Telle une gueule cassée, tu avais dû abandonner sur le champ de bataille un bout de visage et un bout de poumon à ton perfide rival. Tu as mené tellement de batailles. Tu as combattu des diagnostics. Tu es sorti vainqueur des plus sombres pronostics. Tu as adopté des tactiques et des stratégies en te jetant plein d’espoir dans des protocoles médicamenteux expérimentaux afin de déloger ton adversaire…Ta bravoure n’a faibli que lorsque les traitements se sont finalement alliés à la maladie pour te terrasser…Comme une injustice, admettre la supériorité technique de ton ennemi juré…Jusqu’au bout tu as tout fait pour protéger et soutenir tes troupes face à l’inévitable issue…Jusqu’à ce jour où tu as décidé de raccrocher, une dernière fois, ton costume de super héros au vestiaire…Chacun avait cru tes ressources inépuisables…Tu avais besoin de repos…

Ton frère a dit : « Le courage peut donc être anonyme, tout comme les héros », il a aussi cité Vauvenargues : « Le courage est la lumière et l’adversité »…La lumière est restée. Elle consiste à respecter tous les souhaits de ton poème…

VVB

Le BHD n°133 : Le livre de la jungle

C’est en me souvenant d’un article lu cet été que je me suis dit que je tenais peut-être un début de piste pour mon paradoxe entre croire en l’amour et ne pas croire à la rencontre…Ce pourrait être une histoire de confiance…

Je vous emmène faire un tour en Afrique voir un célèbre python sournois nommé Kaa et son tout aussi célèbre : « Aie confiance, crois en moi ! », tout ça pour mieux vous étrangler ! Là-bas, il existe aussi un proverbe qui dit : « La confiance pousse à la lenteur du cocotier, mais tombe aussi vite que la noix de coco »

Alors, la confiance qu’est-ce ?

Notre premier lot de confiance nous est offert par nos parents à la naissance. Un enfant a une confiance aveugle en ses parents (à la naissance sa vie dépend entièrement d’eux). Ils lui apprennent à avoir confiance en lui-même pour grandir, devenir de plus en plus autonome et pouvoir s’éloigner de plus en plus (l’étayage). La confiance que nous nous portons est ensuite renforcée ou ébranlée par l’image vraie ou supposée que nous avons de nous-mêmes ou que les autres (famille, amis, proches, enseignants) nous renvoient. Sans confiance en soi, il est difficile d’avoir confiance en l’autre…La confiance nait du lien. Wikipédia donne la définition suivante : « faire confiance signifie qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un, en se fiant à lui, en s’abandonnant à sa bienveillance et à sa bonne foi ».

Dans mon fameux article, j’ai lu : « que sans confiance, il est impossible d’envisager l’avenir ; que c’est un saut dans le vide, un risque à prendre, parfois sans savoir ni pourquoi, ni comment ; que la confiance ne peut pas être quantifiée, ni exigée, ni décrétée. Que la confiance humaine contient en elle-même le germe de la trahison. Que la confiance entre deux partenaires permet de rendre le futur prévisible et maîtrisable »…Ou pas !

Ma confiance en moi est le fruit d’un long travail qui perdure encore. Elle n’est pas en acier inoxydable, mais, bon an, mal an, elle tient la route.  Je me permettrais une petite analogie avec le saut à l’élastique. J’ai eu confiance en mes petites jambes pour monter à l’échelle, en mon courage pour sauter dans le vide, mais si quelqu’un avait coupé l’élastique, je me serais écrasée au sol (encore), et, la rééducation aurait été encore plus longue et douloureuse que la fois précédente… Je crois que c’est ce qui me terrorise…Offrir ma confiance à des personnes qui ne la mérite pas…

Si je veux pouvoir croire en l’avenir, je dois faire confiance aux autres, enfin, à UN autre…Confiance, avenir, rencontre, espoir, ces mots semblent graviter autour de moi comme des satellites autour d’une planète…A quand le Big bang ? Et au sujet de ces portes qui doivent en principe s’ouvrir quand d’autres se ferment…Serait-il possible de voir au moins un atome d’espoir ou une minuscule lueur de changement (positif, bien évidemment) ?

VVB

 

https://www.cairn.info/revue-2010-1-page-53.htm

Le BHD n° 132 : Mardi philo

Je me dis que je dois avoir l’esprit quelque peu tordu pour trouver un point commun entre mes séances de kiné et le fait d’assister à une conférence. Je m’explique. Côté rééducation, j’en suis à la phase où je souffre de contractures. En effet, mes pauvres muscles qui étaient atrophiés pour cause de peu d’utilisations depuis deux ans, se retrouvent ratatinés et durs comme du béton. J’ai bien conscience qu’il s’agit d’un passage obligatoire et transitoire, néanmoins, à chaque fois que le kiné me faire faire des étirements, voici ce qu’il se passe : les premières secondes, la douleur est intense, je ne dois pas lutter contre elle, je dois juste respirer et laisser faire. Après quelques nouvelles secondes se produit un relâchement et le muscle gagne en longueur et en souplesse…Et là, le bienfait arrive et la douleur cède comme par magie.

Je n’en suis pas au stade de Sigourney Weaver dans Copycat (film où elle souffre d’une  terrible agoraphobie), mais j’admets que j’ai la trouille de quitter ma tanière…La vraie vie se situe en dehors de notre zone de confort…Cette phrase, combien de fois l’ai-je entendue ?

Poussée par la bienveillance d’une amie, j’ai décidé d’assister à une conférence de philosophie sur le thème de l’amour…Et c’est là que je souhaitais en venir. Tous mes signaux étaient en alerte à l’idée d’être avec des inconnus dans un lieu tout aussi inconnu…Mais passés les premiers instants, je me suis retrouvée enchantée et emportée par le sujet…

Ah, ce cher Alberoni découvert en formation de sexologie et complètement oublié depuis…Son « enamorato », mot italien et n’existant pas en français, mais qu’on pourrait éventuellement traduire par « le moment où l’on tombe amoureux »…Je croyais ne plus savoir ce que cet état procure à celui qui le vit…C’est bien, j’ai révisé ! J’avais oublié cette joie du cœur, l’émerveillement, l’enthousiasme, la béatitude (dans le sens noble du terme). Tout ce que l’on peut ressentir de beau, de magique dans le « fall in love »…

Je n’ai pas cédé au pessimisme de Sartre ou au mysogynisme de Schopenhauer, j’ai préféré croire à la rencontre amoureuse possible à tout âge, à ce saut dans le vide qui pourtant vous élève vers des cieux divins et enchantés…

J’y crois encore et toujours à ce grand amour partagé, bien évidemment. L’amour, j’y crois, malgré tout, malgré le divorce, malgré quelques relations décevantes et la remise en question de ces dernières années. Ce en quoi j’ai davantage de mal à croire, c’est à la rencontre…Question : est-ce nécessairement paradoxal ?

VVB

Le BHD n°131 : Je tourne en rond, je tourne en rond…

Ce billet ne passera sûrement pas à la postérité, mea culpa. Mais je ne fais pas semblant, je suis sincère. Pas le genre de la maison de faire croire que tout va bien, juste parce que c’est la norme. Zazie est avec moi : « Je tourne en rond, je tourne en rond ».Discussion avec un copain sur mon état mélancolique de ces dernières semaines…A ma décharge, j’étais plutôt coincée avec mon attelle du Capitaine Crochet, mais rendons-nous à l’évidence, la « contention » n’est pas que physique. C’est une réponse que ce copain m’a faite et qui me fait réagir. Je lui disais que j’ai peur de souffrir et lui voit les choses sur le versant opposé, en me répliquant que « j’ai peur d’être heureuse »….Arrrhhhh, cri de désespoir…

Je suis forcée d’admettre que d’une certaine manière, il est dans le vrai…J’ai visiblement confondu ce «ne rien attendre et ne rien espérer » avec le fait de me verrouiller dans mon petit monde sécure. Je suis dans une phase de rejet et d’évitements. « Ô qu’est-ce qu’il pique, ce hérisson, ô quelle est triste sa chanson »…Pas de confrontations, pas de souffrances inutiles ! Je m’enferme dans ma zone de confort, ou d’inconfort… Les épines ou piquants sont autant tournés vers l’extérieur à l’égard des autres qu’à l’intérieur me provocant des tourments. Je livre une bataille perpétuelle avec mes idées noires. Pas de gagnant, pas de perdant, juste des matchs nuls…Sûrement le fond du problème. Professionnellement, je suis aguerrie à calculer le bénéfice/risque de chaque situation. Mon éloignement temporaire avec le monde du travail me pousse certainement à reporter mes calculs sur le plan personnel. Prendre le risque de souffrir est-il plus avantageux que saisir une opportunité. Emotionnellement, je ne suis pas en mesure d’y répondre pour l’instant. Je suis sur « pause ». Du coup, je me rends bien compte que je suis devenue plutôt solitaire. La plupart de mes activités n’engage que moi et me tiennent éloigner de nouvelles rencontres. Je marche beaucoup, mais j’effectue toujours le même parcours. Je passe beaucoup de temps à lire, à écrire, à faire des recherches sur mon ordinateur. Je suis redevenue ce petit rat de bibliothèque que j’étais enfant. J’attends que les événements viennent à moi, tout en les craignant…

Justement, l’autre jour, tandis que je marchais sur mon chemin favori, j’ai croisé le regard d’un homme. Pas juste l’un de ces regards vides de quelqu’un qui vous croise sans vous voir, non, un vrai regard, suivi d’un sourire…J’en ai ressenti physiquement un moment de panique, j’ai eu la sensation que mon corps partait d’un côté, alors que mon cerveau partait de l’autre…Bizarre, étrange !

J’ai dans la tête Birkin chantant Gainsbourg : « Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve… »…

Heureusement, depuis lundi, j’ai décroché le précieux sésame qui me donne l’autorisation pour de petits trajets en voiture. Retrouver une certaine forme de liberté et d’autonomie va me conduire vers davantage d’enthousiasme…Preuve s’il en est, je me suis inscrite pour assister à des conférences sur le thème de l’amour…

VVB

Le BHD n°130 : Chrysanthèmes et gilets jaunes

Je viens de décrocher l’autorisation faire de petits trajets en voiture. Ouf ! Il était temps car je tournais en rond chez moi, au propre comme au figuré. Je me sens comme une châtaigne au creux de sa bogue, dans une sorte de mélancolie cotonneuse, une infinie tristesse. Pourtant, je ne suis pas restée inactive, j’ai marché. Mes petites jambes ont parcouru 122,86 kilomètres depuis que je suis en arrêt. Malgré cela, je me sens recluse. Halloween oblige, je me sens Cendrillon au bal des déceptions. A force de ne plus rien attendre, je perds tout espoir de lendemains meilleurs et heureux…

Il faut dire que les nouvelles nationales sont peu réjouissantes : réforme de la sécurité sociale, chronique de la mort annoncé de l’hôpital public, prix des carburants…Des initiatives sont nées sur les réseaux sociaux afin que chacun puisse montrer au gouvernement le niveau de son mécontentement. Deux idées ont particulièrement retenu mon attention : celle de mettre son gilet jaune sur son tableau de bord et celle de ne rien acheter ni consommer le 17 novembre prochain. Je trouve qu’elles sont brillantes puisque d’une simplicité enfantine et à la portée de tous, ou presque. Elles sont, aussi complètement pacifiques. Je ne comprends absolument pas pourquoi s’en suit  un déferlement de protestations sur le fait qu’elles puissent être l’œuvre de tel ou tel parti politique. Et quand bien même, est-ce important ?

Aujourd’hui, l’information peut nous parvenir de deux façons. La première est celle diffusée largement par des journalistes à la solde de notre cher président, elle nous arrive version catapulte, sans notre accord réel et il nous suffit de l’absorber version éponge en mal de liquide…C’est passif et lobotomisant, mais simple de communication de masse. Les « ils l’ont dit à la télé »…Usant ! Une autre méthode existe, mais elle demande d’être actif, attentif et d’avoir le courage et l’audace de poursuivre quelques recherches personnelles…

A qui profite le crime, comme dirait Sherlock Holmes ? Si personne ne manifeste sa désapprobation, cela donne à croire au gouvernement que tout le monde acquiesce et qu’il peut continuer dans la voie qu’il a choisi…

Donc, en ce qui me concerne, loin de toute idéologie politique ou à la solde d’un quelconque parti, je vais arborer mon gilet jaune et me mettre en mode veille et hibernation le 17 novembre !…Ah oui, je vais également tenter de retrouver mon enthousiasme et ma bonne humeur…Ils ont dû tomber, par mégarde, quelque part entre les frasques (sans cesse renouvelées) de ma mère et mes inquiétudes sur mon avenir sentimental et professionnel…

VVB

Le BHD n°129: La fée bleue

Chacun d’entre nous a vu Pinocchio, avec Jiminy Cricket qui lui sert de conscience…

Alors, la conscience morale, késako ?

La bonne nouvelle : chaque être humain en est doté, c’est le fameux « je pense donc je suis » de Descartes. C’est ce qui, à priori, nous distingue des animaux, avec le rire. Quoique, je m’interroge néanmoins sur Weinstein et tous les prêtres pédophiles de l’Histoire de l’humanité…

Mauvaise nouvelle, il y a nécessité d’avoir conscience de soi-même, ce qui requiert un minimum d’intelligence (ne pas construire ses opinions sur de grossiers clichés). Autre pré requis : avoir conscience des autres, autrement dit, ne pas agir uniquement dans son petit intérêt personnel en sortant parfois la tête de son nombril.

Sans étudier tous les courants philosophiques, une petite définition s’impose : La conscience morale est la faculté de juger du bien ou du mal. Elle nous permet d’apprécier nos actions personnelles où elle agit comme un témoin. Elle permet aussi d’apprécier les actions d’autrui où là, elle agit plutôt comme un juge. On voit tout de suite que cela implique des notions d’obligation et de devoir, ainsi que de punition/récompense. Où ça se complique c’est qu’il « s’ensuit qu’une action bonne en soit peut être moralement mauvaise (si elle est faite dans une mauvaise intention) et inversement qu’une action mauvaise en elle-même peut être moralement bonne (si son auteur ignore qu’elle est mauvaise et à l’intention de bien faire) ».

Pour Kant, la conscience sert avant tout à penser. Il estime aussi que la plupart des gens n’ont pas le courage d’utiliser leur entendement (faculté de penser et de comprendre en utilisant sa raison) et préfèrent se réfugier derrière des préjugés.

La conscience est subjective puisqu’elle est intrinsèquement liée à nos idées, nos croyances et à ce que l’on ressent (nos émotions). Nous sommes libres de l’écouter ou pas, c’est ce que l’on appelle le libre-arbitre.

Maintenant, je vous soumets un problème pour lequel je cherche désespérément une réponse ! Prenons un individu A qui range sa conscience au fond d’un placard. Qui commet des actions uniquement dans son intérêt propre, qui ment sciemment et réduit sa horde à néant. Prenons, à présent un individu B dont la conscience morale est très prégnante, s’imposant de faire passer l’intérêt d’autrui avant le sien, essayant que ses actions soient justes et bienveillantes. Comment un individu C peut absoudre et faire passer les actions de l’individu A à la trappe, tout en accusant l’individu B de tous les maux de la terre ?

Que reste-t-il à l’individu B, à part sa propre conscience (très mince compensation) ? Peut-être le deuxième accord toltèque qui nous dit : « N’en faîtes jamais une affaire personnelle. Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité » (encore très mince).

 

http://www.cosmovisions.com/conscience-morale.htm

VVB