Le BHD n°104 : Le cri de la mouette

Durant plus de 25 ans, je fus une sage-femme de salle (comprenez salle de naissance ou salle d’accouchement), c’était ma vie, mon univers. J’y vivais du stress, du bon comme du mauvais, mais je m’y épanouissais, je faisais ce pourquoi j’étais faite comme une accro à l’adrénaline, agir dans l’urgence, stimuler mes neurones et ma réactivité, mon poste de prédilection ! Et surtout, j’y vivais ce moment unique en tous, celui qui me faisait vibrer plus que tout…Une petite tête montant sur un périnée et quelques efforts plus tard…La venue au monde d’un petit être tout neuf ! Sublime but ultime de ma vie professionnelle.

De l’énergie, j’en ai donnée sans compter. C’était tous les jours ou presque la finale des jeux olympiques. Ma grande spécialité : la rotation manuelle de la tête fœtale pour éviter un forceps à mes patientes (évidemment quand la nécessité l’obligeait, je ne voudrais pas être accusée de violences obstétricales).

Un jour, une première blessure est survenue, mais pas d’arrêt, sinon, les copines doivent vous remplacer sur leurs repos et ce n’est pas acceptable, c’est même carrément inconcevable.

D’autres accouchements difficiles se sont présentés: procidence, dystocie des épaules, des manœuvres particulières qui demandent force, dextérité et énergie.

Et enfin, le 20 octobre 2016, le geste de trop, épaule droite en vrac (mon bras principal) avec même des paresthésies de la main jusqu’au visage…

Je me sens comme une mouette à qui on aurait sectionné les rémiges. Je peux toujours voir l’océan, sentir les embruns, le vent, être sur le sable…Mais je ne peux plus survoler la mer, suivre le rythme des marées. J’ai perdu l’essence même de mon être profond…Professionnel, j’entends.

J’ai mis des mois à accepter l’inacceptable…

J’ai vécu avec une douleur intense tant physique que psychologique. Les examens médicaux se sont enchaînés et enfin, le rhumatologue qui ne comprenait pas pourquoi j’avais attendu si longtemps pour venir le voir : mon presque sauveur ! Plusieurs infiltrations, la petite bataille juridico-administrative pour me faire reconnaître en maladie professionnelle, parce que, tout de même, je n’ai pas fait ça en faisant des crêpes ! Tant que, selon la formule consacrée, la mère et l’enfant vont bien, personne ne se demande si la sage-femme va bien…Je ne regrette pas ce que j’ai fait, ce serait à refaire, je ferais mon devoir en conscience…

Vendredi dernier, nouvelle consultation chez mon chirurgien orthopédiste préféré. Préféré parce qu’il m’a fait entendre que ma vie professionnelle n’est qu’une partie de ma vie et que la « salle » n’est qu’une partie de mon boulot. Le verdict est tombé comme un couperet : ma tendinite chronique de la coiffe des rotateurs évolue défavorablement, l’intervention est la seule option !

J’ai failli fondre en larmes…Je ne l’ai pas fait. J’ai un délai, jusqu’en janvier, dernier carat, sinon mes autres tendons vont souffrir et je suis trop jeune pour baisser les bras ! Positivons, la bonne nouvelle dans tout ça c’est que je sois trop jeune !

VVB

Le BHD n° 103 : Rat de bibliothèque

Une amie m’a offert pour noël  un livre en me disant que je me retrouverais dans l’univers des « Harry Potter ». Je n’avais pas eu le temps de m’y plonger, occupée par dessus la tête avec ma mère.

J’y suis tombée depuis une semaine et je suis presque à la fin du tome deux, le prochain m’attendant patiemment sur ma table basse. Je dois me raisonner pour manger et dormir tellement je suis passionnée…Cela m’a rappelé la petite fille puis l’adolescente toujours le nez fourré dans un livre. Je crois que cette passion ne m’a jamais quittée depuis le CE1 où je dévorais mon livre de lecture pendant les week-ends et les vacances scolaires, pressée de connaître la suite de l’histoire d’Amadou le Bouquillon…

La lecture fut un moyen d’échapper à ma vie réelle peuplée le plus souvent par les disputes de mes parents biologiques. Je me réfugiais dans les toilettes seul endroit où je pouvais avoir de l’intimité et d’où on ne me demandait pas de sortir (il n’y avait pas encore de portable). Ensuite, j’ai découvert une meilleure cachette : la niche du chien, lui roulé en boule et moi la tête sur son dos avec une lampe de poche. Mon univers était celui des  Jojos lapins, du Club des cinq, des Alice, des Sœurs Parker, des histoires de la Comtesse de Ségur. Quand la puberté est apparue, je me suis lancée dans les Harlequin, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Une amie d’Oléron me prêtait en cachette tous ses livres. Au collège, ma carte de bibliothèque était la plus remplie. Je relisais même mes ouvrages préférés. Découvrant qu’un centre social associatif avait ouvert ses portes au bout de ma rue, j’ai pris une carte d’adhésion pour assouvir mes neurones. Le lycée fut moins drôle avec des lectures contraintes pour découvrir les « grands auteurs classiques » : Voltaire et Rousseau ne m’ont guère réjouie, ni Balzac. En revanche, Victor Hugo, Alfred de Vigny, George Sand, les sœurs Brontë furent merveilleux à découvrir et sont toujours dans ma mémoire…Jane Eyre…Je suis fan inconditionnelle…Je réussis, malgré tout, à caser Barjavel, expérience magique et fabuleuse. Je reste toujours aussi surprise qu’aucun de ses romans n’aient été portés à l’écran…

Les études(les ouvrages médicaux ne sont pas ma tasse de thé) et ma vie de mère m’ont écartées de la lecture. De celle que je souhaitais. J’ai pris un réel plaisir à faire la lecture à mes enfants : les histoires du père Castor, celles de l’école des loisirs, prendre des voix différentes selon les personnages, de petits moments de bonheur intense de maman. J’ai d’ailleurs transmis le virus des livres à ma plus grande fille.

Lorsqu’ils ont grandi, j’ai enfin pu renouer avec mes très chers livres. Je me souviens précisément quand : Nous étions en vacances chez mes beaux-parents et un petit cousin ne voulait pas partir se balader avec les autres, il voulait finir son bouquin et je devais rester avec ma troisième qui faisait sa sieste…Il m’a prêté le premier tome…C’était Harry Potter…Je l’ai dévoré dans la journée et je n’ai pas dormi de la nuit pour finir le second…J’avais remis le doigt dans l’engrenage…Pur bonheur, pure délectation…La lecture m’avait cruellement manquée.

Quand on grandit dans une famille qui n’est ni aimante, ni affectueuse, ni bienveillante, la lecture se révèle une véritable ressource d’étayage. Au-delà des connaissances, elle m’a permis de découvrir toute la palette des sentiments et émotions, un vocabulaire riche, de pallier aux carences, de devenir, le temps d’une histoire une héroïne… Elle m’a donnée « des racines et des ailes ».

VVB

LE BHD n° 102 : Les promesses de l’ombre

J’adore ce film, d’une part parce qu’il raconte l’histoire d’une sage-femme, d’autre part parce qu’on y voit le très beau Viggo Mortensen dans son plus simple appareil…Mais je m’égare…

Je reviens sur l’avenir de mes jeunes consœurs et pire encore sur tous les jeunes qui envisageraient de s’engager dans la voie de devenir sage-femme et je leur dirais de changer de cap illico presto !

Voici le troisième quinquennat où l’on nous promet monts et merveilles pendant la campagne…Et après, plus rien ! Il faut dire qu’un groupe de 30 000 personnes, ce n’est rien, ça ne pèse pas dans la balance…Et pourtant, nous avons été présentes, de près ou de loin, à chaque naissance de tous les membres du gouvernement…Un de mes slogans préférés des nombreuses manifs auxquelles j’ai participées est : « On vous a tous vus tout nus, on vous a tous tenus dans nos bras »…Mais c’est oublié ! Ça commence tôt l’Alzheimer chez les parlementaires…Même Jospin qui avait pourtant une mère sage-femme et militante, n’a pas levé le petit doigt pour nous…Il faut dire que nombres de parlementaires sont des hommes médecins…Vous avez dit « société patriarcale », je crois que nous avons ici un exemple criant de sexisme, et oui, j’ose le dire !

Cette chère Marisol Touraine nous a confondues en son temps avec des aides-soignantes… Sans commentaire !Puis, elle a refusé que nous devenions, enfin, après des décennies d’espérance, praticiens hospitaliers SF, un statut que nous devrions avoir depuis Kouchner(Il a été à un poil de nous l’accorder)…Par contre, elle a su ajouter à nos compétences le suivi gynécologique des femmes tout au long de leur vie génésique  ainsi que le droit de pratiquer les IVG médicamenteuses…Bonnes à tout, bonnes à rien ! Il a été établi que nous serions praticiennes de premier recours…Eh ho, est-ce que quelqu’un est au courant ? A par nous, visiblement non ! Ah, mais j’oubliais, pour nous, ce terme de « praticienne »…C’est le mot tabou ! Attention, jamais, ô grand jamais nous n’avons voulu devenir « calife à la place du calife ». Nous ne sommes pas médecins, nous n’avons jamais voulu l’être. Mais tout de même quand on sait que pour la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie), les accouchements pratiqués par les sages-femmes hospitalières apparaissent comme étant réalisés par des médecins et que cela rend nos actes invisibles…Il y a de quoi éprouver une colère légitime. Cela devait changer après la grève de 2013, mais pas de nouvelles…Dans le cas présent j’émets le doute raisonnable que ce soit synonyme de bonne nouvelle. Je n’ai parfois plus la force de partir à la pêche aux infos.

Finalement, entre le Moyen-âge et le XXIe siècle la progression fut la suivante : sous l’inquisition, nous étions condamnées au bûcher pour sorcellerie. A présent, le bûcher subsiste sous d’autres formes plus vicieuses : chômage, précarité, salaire minable, mobilité…Ce qui est retors, malsain, insidieux et au final, bien plus cruel…La mort est plus lente ! Plus douloureuse, aussi…

Combien de siècles encore les sages-femmes devront-elles attendre que l’ombre des promesses devienne les promesses qui sortent de l’ombre ?

VVB

 

 

Le BHD n°101 : Profession de foi

 

Oserais-je dire que j’ai mal à ma profession, oui ! En ce jour où démarre des actions de grève sur tout le territoire, oui !

Hier encore, je discutais avec des collègues et copines : de plus en plus nous venons travailler avec la boule au ventre, certaines pleurent même dans leur voiture avant de se rendre au vestiaire…C’est insupportable, intolérable…Et personne n’entend, personne ne comprend.

Je suis militante, je fais partie de plusieurs groupes de sages-femmes, de forums de discussions…Les discours sont unanimes ! Nous sommes pressées, essorées, contraintes. L’augmentation du numérus clausus en vue de pallier au manque de gynécologues de ville nous a été plus que préjudiciable. Il existe un taux de chômage énorme dans la profession. Les CDD pourris d’un mois renouvelable ad vitam aeternam sont légions. Mes jeunes collègues entendent régulièrement « que si elles ne sont pas contentes, il y a « d’autres CV sur le bureau »…Insoutenable ! Elles sont payées au lance pierre, 1400 euro brut après avoir fait 5 années d’études supérieures et pour avoir la responsabilité de deux vies à chaque accouchement, de qui se moque-t-on ? Profession médicale à compétences définies…Profession médicale mon cul ! Ah, quand il s’agit des tribunaux, c’est oui ! Mais quand il s’agit d’être reconnues par nos confrères médecins, pour les budgets de formations continues ou bien encore pour se faire sucrer des jours de RTT, alors là, bizarrement, nous sommes classées personnel non médical ! La profession cul entre deux chaises par excellence ! Jamais dans la bonne case ! Nous sommes dans ce qui s’appelle une niche professionnelle (notre métier est ultra spécifique) ce qui signifie que pour changer de voie professionnelle, nous devons reprendre entièrement, ou presque, un nouveau cursus scolaire.

Et moi, je les vois toutes ces consœurs qui veulent changer de profession, faire autre chose pour ne plus être en précarité, plus ne plus être soumise à la mobilité, pour pouvoir se construire une vie privée, mais aussi une vie privée de cette profession qu’elles avaient choisi avec amour, force et conviction ! Et tout ceci me fait mal et me bouleverse…Si une profession a bien à souffrir depuis des siècles de sexisme, c’est celle-ci. (Pour celles que ça intéresse, je vous invite à lire « l’accouchement est politique » de Laetitia Négrié et Béatrice Cascales). Nous avons aussi été dénigrées par les récentes polémiques autour des « violences obstétricales », ça laisse des traces !

Moi la première, demain, on me propose un autre boulot avec le même salaire, je quitte la FPH dans la seconde ! Nous n’en pouvons plus des tâches administratives sous lesquelles on nous ensevelie, d’être traitées comme de vulgaires pions, d’être rappelées sur nos repos, de ne pas avoir nos plannings en temps et en heures, de ne jamais avoir nos vacances selon nos choix au détriment de notre vie privée, d’avoir un salaire en dessous du niveau de nos compétences. Nous n’en pouvons plus du manque de reconnaissance, du manque de respect non seulement en tant que professionnelle, mais également en tant qu’individu.

Quand j’ai commencé d’exercer, l’âge de la retraite était fixée à 55 ans, il est maintenant à 62 et ne cesse de reculer…Je me vois bien courir pour une urgence vitale à cet âge…Serais-je encore efficace ?

Chacune de nos grèves et revendications sont bien accueillies par le public, mais ne mènent nulle part parce que nous sommes réquisitionnées et que le boulot continue d’être fait, nous sommes transparentes. Dernièrement, on nous reproche même la baisse de la natalité…Ben voyons…

Je crois que la seule chose qu’il nous reste, encore, envers et contre tous, malgré la lassitude grandissante et étourdissante, c’est l’amour de notre profession, mais pour combien de temps encore ?….

VVB

Le BHD n°100 : Cent patates !!!

Mon centième billet d’humeur ! Tout à fait incroyable quand j’y pense !

Voilà déjà un peu plus de deux ans que je me suis mise à coucher mes émotions et mes humeurs sur le papier…Et à les partager avec vous…Certains d’entre vous  sont de parfaits inconnus, certains sont des amis proches et fidèles…

Un grand merci à tous ceux et toutes celles qui me lisent, qui commentent, qui partagent, à tous ceux et toutes celles qui m’ont soutenue dans les heures les plus sombres, qui m’ont redonnée le sourire, qui m’ont fait rire, qui m’ont emmenée danser, boire un verre ou un café.

Je vous confie mes doutes, mes joies, mes peines et mes colères, sans oublier mes espoirs et mes rêves.

Bien sûr, mes billets ne sont qu’une petite partie de ma vie et oserais-je dire de ma personnalité, mais c’est une véritable thérapie par l’écriture. Ils m’aident à me relever, à analyser, décortiquer, comprendre, me faire évoluer (dans le bon sens du terme), à devenir une meilleure personne que celle que j’aie pu être par le passé. Grâce à eux, j’ai crevé des abcès purulents, j’ai évacué ma colère, je l’ai transformé en quelque chose de positif. J’ai pris conscience de ma valeur, du sacré et du divin qui résident en chacun de nous et je ne parle évidemment pas du côté théologique de la chose.

Pour ce centième billet, je voulais quelque chose de léger et de pétillant comme une coupe de champagne et trinquer avec vous de mon bonheur à être lue…Un de mes billets a été consulté plus de 60 000 fois, c’est absolument incroyable, formidable et même un peu …jouissif.

Mais je ne peux pas parler que de moi alors que nous venons de perdre un de nos plus grands génies contemporains, un être solaire que rien ne prédestinait à une vie aussi exceptionnelle.

A lui seul, il est la preuve vivante que le handicap n’est pas une fatalité, il a aimé, il a été aimé, il a eu des enfants. Sa volonté de vivre, son intelligence hors normes, sa réussite, la beauté de son âme, sa force resteront des exemples pour l’humanité toute entière. Je veux bien entendu parler de Stephen Hawking. Si vous ne l’avez déjà fait, je vous invite à découvrir le film retraçant sa vie : «  Une merveilleuse histoire du temps » avec Eddie Redmayne qui endosse le rôle de manière bluffante et époustouflante ! Pas de panique, il n’est pas nécessaire d’être diplômé d’Oxford ou astrophysicien pour le regarder…Quelle leçon de vie…

J’emprunterais donc ses mots pour conclure aujourd’hui : « Cet univers ne serait pas grand-chose s’il n’abritait pas les gens qu’on aime ».

VVB

Le BHD n°99 : Mille et une pattes

Cette semaine, j’ai pu, enfin, reprendre contact avec une petite chose qui me fait plaisir et qui me rend heureuse…Rien d’extraordinaire, aller marcher dans la nature…Mais quel bien fou ! J’ai pu observer que  Perséphone allait bientôt quitter le royaume d’Hadès : les prémices du printemps sont encore timides, mais bien présents…Du coup, je me dis qu’il y a déjà bientôt un trimestre de passé et qu’il n’y a pas encore eu cette putain de rencontre tellement espérée….

Offrez-moi sans tarder des bouquins comme : « La relation sentimentale qui vaille le coup pour les nuls » et le « Parfait petit manuel de la drague 2018 », parce que mes rares, malheureuses et décevantes pseudo rencontres via des sites à la mode ne m’ont absolument pas convaincue ni satisfaite !

Ah, ça, nous sommes à l’ère connectée !…Mais connectée à quoi ? Des hommes qui cherchent du sexe d’une pauvreté affligeante à travers un écran et confortablement installés au fin fond de leur salon s’inventant une vie qu’ils n’ont pas…Pardon, mais pour ça, il y a « YouPorn » !

Je ne devrais pas dire que je n’aie pas eu d’opportunités ou de propositions indécentes, puisque ce n’est pas le cas…Pour ouvrir sa braguette, là, y’a pléthore de monde, mais quand il s’agit de faire preuve d’authenticité et de sincérité, de se mettre à nu émotionnellement, ben, là, c’est Waterloo morne plaine !

Je devrais, par conséquent, changer de discours et demander où sont les hommes qui ont envie de se connecter en « live » avec une femme, ceux qui n’ont pas peur de s’engager dans une vraie relation quelle soit sentimentale ou sexuelle, mais réelle et assumée ?

En 2018, le lien a-t-il toujours du sens ? On pourra toujours m’opposer que je suis trop « difficile », que j’ai trop de « critères d’exclusion » et que je ne dois par conséquent pas m’étonner d’être enfermée dans une solitude amoureuse…Que voulez-vous, je ne suis prête ni pour la médiocrité, ni pour la pauvreté relationnelle que ce soit dans un registre sexuel ou affectif…Bordel de merde, j’ai bien encore le droit de croire, de rêver, d’espérer qu’une âme sœur me soit destinée ! Un peu de romantisme, un peu de cosmique, de sacré dans le sentiment et le sexe, ça n’a jamais été hors de portée pour peu qu’on veuille s’en donner la peine. Parce qu’une relation, c’est tout de même comme une auberge espagnole, on y trouve ce qu’on y apporte ! Pitié, dîtes-moi que je ne suis pas la seule à penser de la sorte ! D’ailleurs, quand bien même serais-je la dernière personne sur Terre à penser de la sorte, justement, ne signifierait pas pour autant que j’aie tort…

VVB

Le BHD n°98 : Sixième sens

Depuis l’hospitalisation de ma mère, j’ai revu des gens que je n’avais pas vus depuis longtemps. Est-ce le fait d’avoir entrevu sa mort de près ? Est-ce le fait d’être complètement seule au fond de cette grande maison à classer, trier, ranger ? Est-ce le fait d’être absorbée dans de menues tâches fastidieuses et inintéressantes qui l’ont laissé tout loisir à mes neurones de vagabonder librement ? (J’ai toujours pensé que faire le grand ménage permettait simultanément de le faire dans sa tête). Je pense avoir revu le sens de mes priorités dans la vie : quelles soient émotionnelles, spirituelles, sentimentales ou autre…Je pensais sincèrement en être enfin parvenue après plusieurs longues années de travail acharné sur moi-même  au dernier stade du deuil : l’acceptation ! Récemment, j’ai eu des preuves irréfutables que j’avais réellement accordé mon pardon à des personnes qui m’avaient mortellement blessée…Alors…Est-ce à moi-même que je n’ai pas encore accordé le pardon ?

Il n’aura fallu que deux tous petits événements familiaux tout pourri pour me faire retomber au plus bas de la tristesse et des pires interrogations… Ce sont des événements minimes, sans réelle importance, qui ne devraient pas m’atteindre et pourtant, un flot d’émotions négatives a surgi, je suis déstabilisée, pourquoi ?

« Je vois des gens qui sont morts…Ils vont et ils viennent comme n’importent qui…Ils ne se voient pas entre eux…Ils ne voient que ce qu’ils ont envie de voir…Ils ne savent pas qu’ils sont morts…Et ça m’arrive tout le temps… ».

La grande question que je me pose : Suis-je morte par cet abominable jour du 29 septembre 2013 ?

J’ai parfois la curieuse sensation ne n’avoir plus qu’une demi-vie (mais je ne me nourrirais pas de sang de licorne comme le machiavélique Voldemort).

Je suis à côté de la plaque tournante des sentiments. La peur de l’Amour qui fait mal me tient à distance de l’Amour qui fait du bien…Est-ce parce que je ne recherche ni des mecs, ni un mec, ni un homme, ni des hommes, mais l’âme sœur ?

A force de ne pas vouloir rentrer dans le moule, faut pas s’étonner si je ne suis pas dedans !

Je suis au bord de tout : du précipice, de la vie, de mes enfants, de ma famille…

J’éprouve souvent l’étrange sentiment de ne faire partie de rien, d’être devenue invisible, terriblement seule…Les choses ne se produisant pas par hasard, il y a forcément un but ultime à tout ça que je dois probablement découvrir pour avancer…Je suis sur une piste…Je ne peux pas, d’un côté, revendiquer d’être une femme alpha et une sorcière, sans avoir auparavant appris ce qu’est la patience (qui n’a jamais été la mère de mes vertus), sans avoir accepté mes imperfections, sans me pardonner mes échecs (réels ou supposés), sans m’être totalement connectée ou reconnectée avec le cœur de mon âme…Il est peut-être là le message ?…

VVB

Le BHD n°97 : Rodrigues, as-tu du cœur ?

Etude comparative… (Non randomisée et pas en double aveugle)

S’il y a bien quelqu’un qui a un cœur « gros comme ça » dans notre famille, c’est mon oncle. C’est un homme d’une valeur exceptionnelle, d’une générosité extrême à laquelle peu de personnes peuvent prétendre. Il a été un brillant chef d’entreprise, il s’est battu toute sa vie pour les valeurs auxquelles il croyait. Bien qu’ayant pris sa retraite, il est encore respecté par tous ceux qui l’ont fréquenté. Pour moi, il a toujours été une figure paternel importante et mon premier confident de tout ce qui pouvez m’arriver dans la vie jusqu’à ce que je rencontre l’homme de ma vie (qui ne l’est plus, je vous le rappelle au passage).

Mais revenons à mon oncle qui a subi hier une opération à cœur ouvert. Cette dernière s’est bien déroulée, sans anicroche, soupir de soulagement… Que dire, de lui qui est le cauchemar des anesthésistes tellement il a d’allergies et qui vient de subir sa dix-septième intervention chirurgicale… Il y a très longtemps, il s’est battu contre un premier cancer, et là, il vient de sortir victorieux d’un autre cancer, il a été opéré des deux épaules.  Je ne peux qu’être admirative de son courage et de son opiniâtreté ! Et ça, sans lien avec le fait que ce soit un membre de ma famille, j’estime qu’il n’y a pas conflit d’intérêt.

Mon oncle est le petit frère de ma mère…Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne possède pas les mêmes qualités. La « Princesse au petit pois » n’a plus qu’une noisette d’épanchement dans le genou, mais il paraît que les autres sont incapables de comprendre que, ELLE, elle souffre…LOL, XD, PTDR !

Elle m’exaspère, elle m’horripile, elle m’énerve à ne pas vouloir faire l’effort d’aller mieux alors que son frère lutte de toutes ses forces pour retrouver sa femme, son fils et ses petits enfants. Il possède une volonté sans borne, alors qu’elle se contente de se comporter comme l’enfant gâté qu’elle a toujours été…Je ne supporte plus d’entendre ses continuels « houlà, houlà », à tel point que je lui ai trouvé le très mignon surnom de « Marsupimamie », en référence, vous l’aurez deviné du Marsupilami et ses « Houba, Houba ».

Les visites à l’EHPAD, ça m’use, ça m’use, les visites à l’EHPAD, ça m’use les neurones…L’entendre gémir, geindre, se plaindre, ordonner, quémander devient intolérable…

Tandis que mon oncle a prévu de rentrer le plus tôt possible pour effectuer sa rééducation à domicile, sa sœur a décrété qu’il lui faudrait un an pour se remettre…Sans commentaire ! Pour parachever l’œuvre, comme une « cerise sur le cageot », ma grand-mère (sa mère, donc) ne cesse de clamer que nous ne sommes pas gentilles avec notre mère et que nous n’en faisons pas assez pour elle…Euh, on parle bien de la même mère qui nous éjectait chez nos grands-parents au moindre rhume et qui préférait passer ses vacances loin de ses filles ? Ah, oui !

Initialement, nous nous étions réparti les tâches concernant ma mère sur 3 têtes, et ce sont quasiment des boulots à temps plein. Mon oncle : chef de chantier (je viens de récupérer temporairement ce poste). Ma sœur : secrétaire, standardiste, gestionnaire administrativo-financière. Et bibi : lingère, postière, bonne à tout faire et commissionnaire…

Alors, je vous le demande : Rodrigues, as-tu du cœur ? Je l’affirme haut et fort, la réponse est OUI !

Si un homme se définit par ses actes, j’affirme que mon oncle est une force de la nature, un brave (au sens d’avoir de la bravoure), un surhomme. Je salue ici son courage et sa détermination.

 

Comme une évidence, je dédie ce billet à mon oncle et ma tante qui fêteront le mois prochain leurs 51 ans de mariage.

VVB

Le BHD n°96 : Plantes vertes et pinces à linge

Je ne dirais pas à proprement parlé que j’ai une réelle aversion pour les plantes vertes, mais je n’en ai pas chez moi. Et je n’en veux surtout pas ! Non pas que je n’aime pas la nature, les arbres, les plantes ou les fleurs, mais je préfère, et de loin, les admirer dans leur milieu naturel. C’est, d’ailleurs, toujours avec la même émotion que je me souviens de ce champ d’oiseaux de paradis (les fleurs) admirés en Guyane…Bref, où voulais-je en venir…Ah, les microtraumatismes de l’enfance qui vous conditionnent pour toute une vie…

Le samedi, chez ma mère, c’était jour de ménage. Ma sœur et moi devions effectuer notre part de travail, ce que nous ne contestons aucunement, normal de participer. Mais plutôt que de nous assigner à des tâches utiles comme faire le nettoyage dans notre chambre ou autre…Ma mère nous confiait des corvées absolument ridicules et dont nous ne voyons toujours pas, à l’âge adulte, le bienfondé !

Accrochez-vous bien ! Nous devions nettoyer une par une les feuilles des plantes vertes de la maison avec un coton humide…Non, mais franchement, qui fait ça ? Même pas les fleuristes ! Nous devions aussi, à genoux, nettoyer toutes les plinthes de la maison et nettoyer chaque radiateur avec une plume d’oie…Hyper valorisant et « moultement » intéressant ! N’est-il pas ?

Pour ma sœur, le microtraumatisme démarre sur un Tancarville que nous avons toujours connu depuis aussi loin que nous puissions y penser. Trône dessus des pinces à linge rangées exactement dans le même ordre : rouge, bleu, jaune et vert et gare à qui ose déranger cet ordre établi…A croire que pour ma mère, ça pourrait bouleverser quelque chose sur Terre, comme l’effet papillon…Ma sœur a gardé l’habitude d’étendre le linge avec 2 pinces identiques et continue de ranger ces foutues épingles scrupuleusement dans le même ordre. Alors qu’enfant, je me souviens très bien que je faisais exprès de les mettre dans le désordre pour provoquer la colère de ma mère…Du coup, maintenant, nous possédons chacune une panière de pinces où elles sont toutes en vrac ! Petite confidence que nous avons partagée il n’y a pas longtemps…

A la lumière de ces minuscules faits dérisoires qui font pourtant de grandes vagues, il m’apparaît les angoisses insurmontables de ma mère…Et je me demande si la racine de mes colères inexpliquées et inexplicables ne serait pas née un samedi…

Soyez fous, soyez sympas, mettez moi en commentaires ce qui du comportement de vos parents vous influencent encore aujourd’hui, les choses que vous faîtes exactement de manière similaire ou au contraire dont vous avez pris le contre-pied…

VVB

Le BHD n°95 : Péril en la demeure

J’ai toujours cru depuis mon enfance que ma mère avait inventé le concept du « chaque chose à sa place, chaque place à sa chose ». A un point tel que nous n’avions pas le droit de sortir nos jouets du placard pour ne pas mettre de désordre dans la maison…Inutile de vous dire que nous n’avions jamais osé fouillé dans un seul meuble…Alors là…C’est carrément un mélange subtile entre la Nuit au musée et Indiana Jones, les serpents et les rats en moins ! Quoique, les crottes de souris et le moisi, ça compte ou pas ?

Mon père était enfant unique, lui-même issu de famille d’enfants unique. La maison, immense, regorge de meubles entièrement restaurés par un ébéniste, mais qui n’ont, hélas, que la valeur que mes parents leurs accordaient, c’est-à-dire, d’après les antiquaires et autres brocanteurs (pas toujours très honnêtes au demeurant) pratiquement plus aucune valeur marchande à ce jour.

Liste à la Prévert : des services de vaisselle en porcelaine, faïence et cristal version Galeries Lafayette, plantes vertes et pots de fleurs version annexe de chez Truffaut, collections improbables d’outils de jardins, de pin’s Damart (mes préférés), de cuivres en tout genre, 3 vieilles machines à écrire, une antique machine à calculer, de vieux jouets et puis tout un fatras en plusieurs exemplaires, parce que je finis par penser qu’ils étaient acheteurs compulsifs : 3 tailles-haies, 2 karchers, des vêtements et des conserves pour un régiment. Des produits d’entretien pour voiture (succursale de Norauto), de la papeterie (annexe d’Auchan). Et tout cela, sans parler des bouteilles à la cave, des photos et albums de mon père…D’ailleurs, on sent bien que les choses ont « merdé » à un moment parce qu’on sent bien en ouvrant les placards qu’il y a eu un ras le bol et un laisser-aller sans nom : le classement rigoureux est devenu un bourrage-mélangeage sans précédent !

Suivez le guide et veuillez passer maintenant à l’étage, où l’on arrive direct dans un musée où personne ne se rendait jamais : un salon, âgé de 20 ans composé d’un canapé 3 places, son petit frère de 2 places et d’un fauteuil, tous neufs, puisqu’ils n’ont jamais vu une seule paire de fesses sur leurs beaux coussins. Deux magnifiques chambres où personne n’a jamais dormi, avec par conséquent des literies et matelas tout neufs, d’un style certain « cucul-concon » avec baldaquin et autres dessus de lits en dentelles et falbalas…Ma mère n’avait jamais lu, visiblement, l’art de recevoir de la baronne de Rothschild. A ce propos, une immense bibliothèque, lourdement chargée de livres, mais qui n’ont jamais été ouverts, puisque mes parents détestent lire…

Il nous revient donc à ma sœur et à moi, la joie l’honneur et l’avantage de nous mettre à pied d’œuvre pour trier, nettoyer, classer, jeter, emballer, donner ou vendre tout ce beau bordel ! Youpi !

Il nous faut également utiliser l’art subtil de préparer l’emménagement dans la nouvelle maison (qui est trois fois plus petite que l’actuelle)  tout en respectant les désidératas de ma mère, tout en effectuant  un tri sélectif définitif  et absolument nécessaire si par malheur elle ne devait jamais pendre la crémaillère dans sa nouvelle demeure. Casse-tête chinois, parfois cornélien !

Pendant les très longues heures où je brique et je broc, j’ai tout le loisir de méditer sur un point crucial : A quoi sert-il d’avoir autant de possessions si ce n’est pour jamais s’en servir et en profiter ? Malheureusement, mon père n’est plus là pour répondre à cette question et je doute que ma mère, même en ayant frôlé la mort soit capable d’y répondre un jour…Et puis, une dernière petite chose pour finir…J’avoue que, prendre ainsi en défaut l’impératrice du chiffon, la reine de la propreté qui sait si bien faire remarquer les moindres petits manquements aux autres, a quelque chose de  tellement jubilatoire que je ne me parviens pas à m’en départir…Rhooo, la vilaine fille !

VVB