La Chasteté: Idées reçues

asexuel01Idées reçues, exploitation de la peur

La promotion de la chasteté fait appel à quelques idées reçues, et à l’exploitation systématique de la peur, et à un flou artistique des définitions…

Généralement, le terme de chasteté désigne l’abstinence tant des rapports sexuels que de la masturbation. C’est le comportement valorisé par les religieux que l’on tente d’imposer aux jeunes. Quand il s’agit de couples légitimés par la religion ou la société, la chasteté correspond à la fidélité, les époux chastes n’ont pas de relation en dehors du mariage, et observent les divers interdits de leur religion à propos de leur comportement sexuel.

L’énergie sexuelle

Une des idées les plus répandues, consiste à dire que l’activité sexuelle est une grande consommatrice d’énergie, ce qui n’est pas tout à fait exact; à moins de se livrer à des facéties acrobatiques, faire l’amour ne dépense pas beaucoup de calories… Ce n’est donc pas cette énergie-là qui est mise en cause, mais bien davantage le plaisir sexuel, et surtout l’orgasme, qui résoud les tensions… Les « hippies » des années 70 proclamaient « faites l’amour, pas la guerre », l’apaisement que procure le plaisir sexuel n’est pas propice aux conduites agressives, par contre, la pulsion naturelle qui conduit les gens à désirer faire l’amour, peut, quand elle est frustrée donner lieu à des comportements de conquête, de prise de pouvoir, de lutte, de compétition…

On comprend mieux pourquoi les grands mouvements idéologiques et religieux misent tant sur la chasteté : la frustration qu’elle engendre vient exacerber les pulsions agressives, et voilà bientôt des troupes entières prêtes à dépenser leur « énergie » pour de grandes causes…

Un rempart contre de dangereuses menaces

Pour mieux stimuler l’ardeur de leurs adeptes, la chasteté fait miroiter de multiples avantages, assortis de quelques menaces… La chasteté, évoquée ici, correspond à l’abstinence totale de relations sexuelles et à l’interdiction de se masturber, ce sont les exigences les plus courantes dans ce type de mouvement :

1-La chasteté permet d’échapper aux dangers liés aux méthodes contraceptives : Cette interprétation met surtout l’accent sur les limites de la contraception, et renvoie à des chiffres pour le moins alarmistes. Toutes les méthodes contraceptives sont confondues, c’est plus simple, et on met l’accent sur les défauts des préservatifs ainsi que sur les contraintes de leur utilisation.

2-La chasteté est le seul moyen d’éviter des grossesses non désirées : là c’est incontestable, à moins d’avoir recours à l’immaculée conception, ce qui n’est pas encore tout à fait au point…

La chasteté, en évitant la grossesse, permet aussi bien entendu d’échapper aux problèmes de l’avortement. Cela semble trivial, pourtant, les mouvements actuels insistent beaucoup sur ce fait. Pour les catholiques comme pour les néoconservateurs, l’avortement est un crime.

3-La chasteté est présentée comme le meilleur moyen d’éviter « les 30 maladies Sexuellement Transmissibles qui sont véhiculées aujourd’hui, dont la moitié ne sont pas guérissables et la moitié évoluent en cancer. Et surtout, elle préserve de ce fléau qu’est le SIDA. Efficacité 100% ! » . On note au passage l’optimisme délirant de l’affirmation.

4- La chasteté permet aussi, selon ces sources, d’éviter de s’attacher à un ou une partenaire qu’on n’aime pas vraiment. Cela revient à admettre que les relations sexuelles pourraient être une cause d’attachement, ce qui est contradictoire avec la position habituelle qui consiste à différencier l’amour de la sexualité quand il s’agit de prôner la chasteté.

5- D’une façon plus subtile, la chasteté évite d’avoir des souvenirs d’autres partenaires…En effet, il semble que, si l’on ne peut pas comparer ses expériences, cela va nécessairement limiter les attentes, mais pas pour autant les frustrations…

6- La chasteté permettrait aussi d’éviter de se sentir utilisé comme « objet » sexuel… Ce n’est là qu’une variante d’une dialectique pour le moins approximative entre les sentiments et le sexe.

7- Enfin, la chasteté permettrait, en évitant les « désordres » de concentrer son énergie sur les habiletés socio professionnelles. Quand ce discours s’adresse aux jeunes, l’épouvantail à deux têtes de l’échec scolaire et du chômage se profile nettement.

Le site de K DiFiori, psychologue américaine, fortement engagée dans la promotion de la chasteté, propose une version plus poétique et plus idéalisée de ces avantages.

http://www.chastitycall.org/chastityis.html

Et une présentation détaillée des différentes maladies sexuellement transmissibles.

http://www.chastitycall.org/std.html

Les interrogations des jeunes ne manquent pas, elles font apparaître une grande méconnaissance du corps, et un intense besoin de reconnaissance. La chasteté a de quoi séduire, car elle apparaît comme un moyen simple de se singulariser et de se sécuriser. Elle permet d’accéder et d’être reconnu dans des communautés militantes et répond ainsi à des aspirations héroïques. Que deviennent-elles quelques années plus tard ? En attendant, quels sont les moyens d’atteindre cet idéal ? L’Eglise comme les néoconservateurs reste muette sur la question et se contente de renvoyer à des notions de « contrôle » et de « maîtrise de soi ». L’Islam, plus pragmatique, donne un moyen simple et efficace, voici ce qu’on peut lire sur un forum :

Sujet : La chasteté en Islam

Question :

« Je voudrai savoir quels sont les moyens qui permettent d’être chaste et de suivre une continence jusqu’au mariage, sachant que je sui garçon de 24 ans et que je ne pourrais me marier qu’après mes 30 ans. »

 Réponse de l’animateur:

« Salam o haleykom

Mon frère, le seul moyen est ici de te marier, et, si tu ne peux pas te marier avant pour une quelconque raison, il y a un moyen de patienter et d’être chaste, c’est le jeûne.

Si tu ne sens pas capable de te marier ou de te retenir, et bien jeûne, comme on le sait, le jeûne est un moyen de se préserver, mais aussi un grand bienfait.»

http://www.yabiladi.com/forum/

Pour accompagner la démarche, il existe un livre de recettes écrit par Daoud « Comment préserver ta chasteté » éditeur Le Jardin des Jeunes

Qu’elle procède d’un engagement volontaire ou d’une contrainte imposée, la chasteté apparaît comme un refuge sécurisé face à des dangers réels et virtuels.

 

  • Les mouvements contestataires

En parcourant les blogs, on trouve facilement des témoignages contre la chasteté telle que les religieux voudraient l’imposer, des mouvements réellement organisés semblent plus rares. Un site Québecois se distingue par sa véhémence et explique les enjeux réels de l’affaire. Il se présente comme un miroir inversé du site du Dr Robillard, mais n’apporte rien qu’une riposte parfois maladroite.

http://acq.0catch.com/index.html

Créé par des étudiants, ce site dénonce les conservateurs et les religieux qu’ils accusent d’agression envers la jeunesse, d’exploitation de la peur, d’exacerbation du racisme, de sexisme et autres actions liberticides.

L’encadrement de la sexualité suppose la prise de pouvoir sur la vie privée, et vient limiter à l’extrême la marge de l’intimité. Prôner l’abstinence pour les jeunes, interdire la cohabitation juvénile, avant d’exiger la fidélité conjugale ne sont que les différentes facettes d’un objectif politique des lobbys conservateurs. Au nom de valeurs morales difficilement contestables, protection de la jeunesse, de la santé, se met en oeuvre militantisme parfois violent : ligues contre l’interruption volontaire de grossesse, acharnements thérapeutiques divers et variés : sous prétexte de défendre la vie, on n’hésite pas à la rendre invivable !

http://www.chastitycall.org

http://www.survivants.org/

http://www.transvie.com/

Les forces en présence

D’un côté, des extrémismes sans doute différents mais qui se rejoignent dans leur volonté de contrôler les âmes à travers les corps, d’un autre, des mouvances qui se réclament globalement de liberté de pensée, de philosophie hédoniste, de laïcité.

http://atheisme.free.fr/index.html

Les mouvements religieux rejoignent souvent l’extrême droite tant en Europe qu’aux USA et au Canada. Leurs idées simples voire simplistes mobilisent de grandes foules, par exemple les JMJ de Cologne en 2005, ont rassemblé, selon l’organisation catholique, 800000 jeunes venus d’un peu partout. Ont-ils tous fait vœu de chasteté ? Rien n’est moins sûr, un commentateur, sur France Inter allait même jusqu’à insinuer que les ventes de préservatifs avaient explosé…

Ces mouvements très bien organisés, attirent une foule énorme, enthousiaste, militante, ce qui doit nous inciter à réfléchir. En effet, tous les régimes totalitaires ont eu recours à l’embrigadement de la jeunesse comme le montrait Hannah Arendt dans son livre Les origines du Totalitarisme. Toutes les dictatures ont eu également recours à la propagande et au culte de la personnalité… Les cérémonies consécutives au décès du pape Jean Paul II ont mis l’accent sur la place que devrait avoir un tel événement dans un pays laïque. Colette Thomas, dans un article publié sur le site de Radio France International évoque l’attitude du Vatican : « Dans son discours annuel à l’attention du corps diplomatique, le 12 janvier 2004, le souverain pontife dénonçait «une attitude qui pourrait mettre en péril le respect effectif de la liberté de religion». Et il soulignait que les autorités invoquent souvent la laïcité pour justifier le maintien de la religion dans la sphère privée, estimant qu’il s’agissait là d’une mauvaise interprétation du concept de laïcité. La France était clairement visée, même si jamais nommée, d’autant que les paroles étaient prononcées en français, comme le veut la tradition dans la diplomatie du Saint-Siège. »

L’intrusion d’un pouvoir dans la sphère privée est-elle en soi un abus de pouvoir ? Et qu’est-ce qui justifie qu’on limite la liberté sexuelle ?

Daniel Borrillo analyse l’évolution du droit positif – en particulier du droit pénal – et la constitution en son sein d’une « exception sexuelle ». Les arguments traditionnellement invoqués pour justifier des limites à la liberté sexuelle sont au nombre de trois : les « bonnes mœurs », la dignité humaine, l’égalité des sexes.

Les mouvements religieux et autoritaire récupèrent ces arguments, qui leur permettent de désigner des conduites comme étant contraires aux « bonnes mœurs » ou à la « dignité humaine », ou incompatibles avec leur idée de l’égalité des sexes…

Un autre point important, c’est la notion de libre consentement ; pourtant, depuis qu’on admet la possibilité d’exercer un harcèlement moral, des manipulations mentales, cette idée se relativise. Jean-François Chassaing explique comment le libre consentement va se trouver bientôt réduit par « une vision interventionniste qui, au nom de la protection des faibles et de leur dignité, justifie la sanction de comportements sexuels consentis tels que la prostitution ou le sadomasochisme. » Il conclut : «  L’angoisse caractéristique de la période de crise que nous traversons rend suspect le consentement et débouche sur un paradoxe : d’un côté on demande à l’État d’être le garant du consentement, de l’autre le législateur ne cesse de restreindre la portée de celui-ci, au point qu’on peut se demander si la liberté sexuelle n’est pas tout simplement un mirage. »

La difficulté de cerner les limites de la liberté sexuelle, et de l’inscrire dans la perspective des cultures et des pratiques privées, se manifeste précisément par une absence d’organisation à l’intérieur d’une riche constellation de convergences. Autrement dit, la plupart des gens sont d’accord pour vivre leur sexualité avec un minimum de contraintes, mais ne ressentent pas l’urgence de se rassembler pour défendre cette position. Tandis que, les minorités militantes des morales puritaines, s’agitent et s’organisent efficacement pour diffuser leurs opinions et recruter des partisans.