Amour et comédie

Pour réussir sa vie de couple, la femme doit-elle aussi savoir jouer la comédie?

RoseHair

C’est ce que suggèrent sans humour aucun les propos d’une célébrité sexologique dans un de ses ouvrages.  L’éminent spécialiste conseille : “Rassurez-le, guidez-le, encouragez-le… Il ne vous en aimera que mieux.” Voilà un nouveau fardeau pour la femme! L’enjeu est clair, elle doit se surpasser pour à la fois mériter son précieux homme, et l’utiliser au mieux puisque ces conseils sont censés en faire un « bon amant »… Tout est dans la communication poursuit le spécialiste, à l’extrême, que la femme éprouve ou non du plaisir n’a plus vraiment d’intérêt, ce qui compte c’est de convaincre son homme qu’il lui en procure. Si bien que la simulation conduit à la stimulation, et le mâle ainsi flatté ne peut faillir à sa mission qui semble toutefois assez limitée.

En continuant de prendre l’homme pour une bête en rut qu’il convient d’éduquer et dont elle doit à tout prix apaiser les bas instincts, la femme contribue à reléguer l’homme dans un rôle d’animal de mauvaise compagnie ou de brute.  Bel idéal humaniste!

Envisager la relation entre les hommes et les femmes avec d’un côté l’innocent mâle sincère mais maladroit et brutal, et de l’autre l’habile ensorceleuse supposée au fait de tous les secrets de l’érotisme, ou la victime hypocritement provocatrice, semble tenir davantage du fantasme que d’une observation réaliste.

L’avantage de cette lecture c’est qu’il rend la femme entièrement responsable de sa propre insatisfaction, mais surtout de celle de son homme. L’inconstance ou des défaillances de ce dernier trouvent là une justification qui tombe à pic.

Voilà comment une lecture simpliste de la sexualité maintient les hommes dans une profonde indigence érotique et les femmes dans un perpétuel état de minorité sexuelle.

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La pudeur et l’intime (fin)

La NuditéangePapillon

La nudité est liée à l’innocence et à l’indécence tout dépend du point de vue. Dans la peinture classique, de gros bébés tout nus figurent les anges symboles de pureté et d’innocence. Mais la nudité peut également être une punition,une malédiction. Quand Dieu chasse Adam et Eve du paradis, ils découvrent leur nudité et se sentent alors humiliés et honteux…

La nudité est l’état normal d’un corps humain. Mais l’habillement peut être considéré comme un comportement culturel normal. Les vêtements transmettent beaucoup d’informations sur le genre, le statut social, la richesse ou la pauvreté… La nudité expose les organes sexuels et peut être considérée comme un signal érotique fort. Ainsi la nudité est-elle également liée à la transgression, ce qui explique pourquoi les forces conservatrices l’ont toujours condamnée et pourquoi les mouvements de contestation en font régulièrement usage. Le mouvement « Femen » en est un parfait exemple.

Le sociologue français Jean-Claude Kaufman explique dans son livre « corps de femmes, regards d’hommes » que les seins nus a été pendant les années 60 un moyen de contestation féministe. Mais, la plupart des femmes qui allaient torse nu à la plage ne se seraient jamais montrées en ville dans cette tenue… La nudité a ses propres territoires…

Selon les cultures, la nudité prend différentes significations. En Europe du nord, la nudité ne choque pas tant que les rapports sexuels ne sont pas montrés, par exemple, il est possible de se mettre nu dans un jardin public. Dans d’autres pays Européens, particulièrement en Europe du sud, la nudité n’est autorisée que dans des endroits réservés hors de portée des regards. Sinon, le nudisme sera considéré ni plus ni moins comme de l’exhibitionnisme.

Pourquoi désire-t-on vivre nu?DianeWebber

Habituellement, les sociologues invoquent la mode du bronzage comme une explication de la nudité. Au début du vingtième siècle, en Europe, seules les classes sociales aisées pouvaient passer des vacances à la mer, le bronzage est ainsi devenu une preuve de vacances au soleil. Mais, cette attitude a progressivement touché toutes les classes sociales qui accédaient progressivement aux congés et aux vacances.
Sur la plage, la nudité des très jeunes enfants a été acceptée pendant de nombreuses années, mais de nos jours, en raison de la pédophilie on veille à garder enfants loin de regards potentiellement dangereux…
Il faut cependant faire la distinction entre le nudisme et le naturisme. Le premier consiste à se dénuder, généralement sur les plages dans un but essentiellement esthétique et hédoniste. Cette nudité prend place dans une culture globale du corps visant à entretenir sa forme physique, par des pratiques comme la musculation et le sport. Le corps est donné à voir comme travail esthétique… (ci-contre, une photo de Diane Webber, égérie du nudisme, qui fut dans les années 50 à deux reprises élue playmate de la célèbre revue Playboy)

La naturisme, une intime conviction collective!

Le naturisme est plus proche d’une idéologie, la nudité n’est qu’un aspect d’une attitude qui se veut en harmonie avec la nature. Les adeptes du naturisme s’organisent en associations régis par des règles strictes qui présentent le naturisme comme un mode de vie respectueux de la nature. La nudité collective est un aspect caractéristique de naturisme, destiné à améliorer le respect de soi, celui des autres et de l’environnement.

Vivre nu exige un puissant contrôle de ce que le manifeste naturiste appelle les « émotions », en d’autres termes, il signifie qu’il faut se garder de montrer le moindre signe d’excitation sexuelle : tout contact, tout regard ou parole se doivent de rester strictement chaste. La nudité doit être « saine », ainsi le sexe est-il interdit…

Le naturisme exige un culte de la nature, l’adepte doit soigneusement choisir son alimentation, la plupart adoptent un régime particulier végétarien ou macrobiotique.Il s’agit toujours d’un choix vertueux, le corps n’étant pas destiné au plaisir. Le naturisme exige également une relation étroite à l’environnement: les naturistes adorent les activités de plein air comme la randonnée et le camping. Ils doivent respecter la nature, les animaux, les paysages, et s’impliquent souvent dans des mouvements écologistes.

Enfin le naturisme n’a rien d’une attitude individuelle. En fait, on ne peut pas le séparer de sa dimension de groupe: le naturisme est un « jeu » collectif ! La famille entière est naturiste, que cela plaise ou non, ainsi que les amis, et tout ce petit monde se réunit dans clubs de naturistes…FamilleNaturistejpg

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La pudeur et l’intime 3

UnknownLa pudeur, l’intime et la relation à l’autre

Selon une authentique définition du dictionnaire (un Larousse de 1989, certes…), la pudeur serait reliée à la décence. Or la décence est un terme, au mieux suspect, au pire profondément oppressif. Dans le monde entier la décence a infériorisé et cloîtré les femmes, elle les a lapidées et grillagées. Aujourd’hui, la société occidentale en accepte une définition plus souple, même si elle demeure une valeur plutôt conservatrice. Mais qu’en est-il de la pudeur ? Doit-on connoter ce terme de la même façon ? La pudeur est-elle une invention de la société conservatrice, par opposition à la simple nature ?
Dans notre société en mal d’idéologie et se raccrochant à sa dernière utopie, la transparence généralisée, la pudeur et l’intime sont irrémédiablement rattachés à la honte. Et cette honte nous semble la pire de toutes : celle du corps. Qui a-t-il d’ailleurs de plus honteux que le fait même d’avoir honte ? La revendication d’un espace privé est elle-même hautement suspecte : on n’ose imaginer les horreurs qui s’y déroulent. Ou l’on imagine au contraire, ce qui est encore pire, qu’il ne s’y déroule rien, parce que l’intime dissimulerait la honte ridicule des corps empêtrés dans la décence et châtrés par la pudeur.
Tout cela serait fort triste si un tel discours n’était un peu trop imprégné d’idéologie moderne pour être crédible. Ah, la pureté de la transparence universelle et de la communication sans limite… Mais revenons un peu à la réalité. Car, oh surprise, nous sommes forcés de constater que nous ne ressentons pas tous les impératifs et les interdits de cette sournoise utopie.
La vie privée est en effet une liberté fondamentale qui s’accommode mal de l’idéal de transparence. Bien des idéologies l’ont tenté, la plupart répressives, et il est assez étonnant de constater que, malgré cela, nous sommes toujours béats d’admiration devant ses avatars.
Méfions nous donc de la société translucide et sans tabou, sans pudeur ni fausse honte que l’on nous promet…


De la pudeur qui protège et du voyeurisme qui viole l’intime

Définitions et précisions…
Les concepts de pudeur, de voyeurisme ou d’exhibitionnisme sont d’abord historiques et sociologiques. Toutes les sociétés ne les reconnaissent pas de la même façon, mais la plupart ont en commun d’avoir construit un système de tabous autour du corps et de ses manifestations : l’alimentation et le sexe. La honte, quant à elle, est culturelle et également historique dans l’acception que nous en avons. Elle est une construction occidentale à partir de la morale religieuse qui nous a guidé pendant des siècles. Mais la honte, telle que nous la définissons aujourd’hui, est aussi une conception très récente dont l’origine est à rechercher dans le puritanisme du XIXè siècle. En effet, les tabous au sens primitif ne suscitent pas la honte mais la peur, une somme d’interdits mystérieux émanant de forces supérieures. 


La pudeur est un sentiment naturel qui nous protège
Lorsque nous définissons la pudeur, nous faisons fréquemment appel à la honte, et en particulier à la « honte du corps ». Mais cette analogie est fausse car la pudeur n’est pas la pudibonderie. D’abord parce que celle-ci ne s’applique pas qu’au corps, ensuite parce qu’elle n’est ni un sentiment ni un comportement absolu. En effet, la pudibonderie cache le corps et ne le montre qu’avec honte et réticence, quand la pudeur se dévoile volontiers en certaines circonstances : la confiance ou l’amour. La pudeur est le sentiment naturel qui protège l’intime de l’autre, celui qui nous est étranger ; elle est la manifestation du besoin ontologique d’un espace privé pour s’épanouir. Car l’intime est ce qui touche au cœur de la personne, de son identité. Se « dévoiler corps et âme » est un geste qui n’a rien d’anodin : nous sommes soumis au jugement de l’autre, nous lui accordons notre confiance, nous nous fragilisons. D’ailleurs, pourquoi parlerait-on de « viol de l’intimité » si celle-ci n’était qu’un caprice dont on se libère aisément ?
La pudeur n’est rien d’autre que le sentiment naturel qui nous pousse à nous garder de l’autre-étranger, en lui cachant notre fragilité. Les vêtements semblent protéger un corps nu des coups et des atteintes physiques, les banalités que nous laissons échapper dans la conversation dissimulent notre personnalité.
Le voyeurisme est la violence qui passe outre la pudeur . Elle ne peut être acceptée que lorsqu’elle répond à l’exhibitionnisme (qui n’est pas, soit dit en passant, inconciliable avec la pudeur, les deux pouvant s’exprimer chez le même individu à des moments différents). Sans l’exhibitionnisme, le voyeurisme est violence, il est viol. Car la pudeur s’exprime aussi bien moralement que physiquement : lire un journal intime malgré son auteur est le viol caractérisé d’une personne qui s’était « dévoilée », et donc fragilisée. Par ailleurs, l’expression « se mettre à nu » n’évoque guère la facilité. On sent au contraire derrière ces quelques mots la notion d’ épreuve, de cadeau aussi, fait à un être digne de confiance. 


La libération sexuelle et la société transparente : sus à la pudeur honteuse !

Si nous ne nous dévoilons pas naturellement, cela veut-il dire que nous avons encore quelques carcans culturels à faire tomber ? Peut-on sérieusement se plaindre de censure à ce niveau ? Apparemment oui, puisque certains le font, au nom d’un bon vieux credo soixante-huitard remis au goût du jour : la nature est transparente, la nudité est naturelle, et la pudeur n’est que honte du corps.
De fait, la génération 70 a effectivement libéré la société de ses carcans moraux et porté un coup fatal à la pudibonderie traditionnelle. Là où elle s’est pourtant fourvoyée, c’est qu’elle a confondu « pudeur » et « pudibonderie », et a versé abondamment dans un idéal de transparence naturelle, mâtiné de communautarisme et d’idéal communiste. Conséquence : ce qui était la réaction logique de provocation d’une jeunesse éduquée dans un carcan moral, s’est transformé en idéologie. L’idée était simple : libérés et se confondant à nouveau avec la nature, ni le corps ni l’esprit n’avaient plus aucune raison de se cacher. Sus à l’obscurité de la honte : la transparence naturelle était seule signe de pureté…
Tout cela était bel et bon, mais comment se fait-il que cette génération d’éclairés n’aient pas su maintenir ce mode de vie qui, étant si naturel, aurait du perdurer tout aussi naturellement ? Autrement dit, pour poser la question de façon plus limpide (telle qu’elle me l’a été rapportée) : « Pourquoi les Babs ont-ils cessé de se promener à poils ? ». Parce qu’il s’agissait alors d’une tendance de la société, et nullement d’un pseudo « état de nature » qui n’a jamais existé dans la société occidentale.
D’avoir confondu pudeur et pudibonderie, la libération sexuelle s’est fourvoyée. De son héritage mitigé naîtra la société du voyeurisme, corollaire incontournable et peu glorieux de la transparence et de la communication universelle. Si elle avait joué le rôle qu’elle prétend avoir eu, elle aurait au contraire offert à la pudeur un espace d’intimité ou la sexualité et la relation à l’autre auraient pu réellement s’épanouir, en toute liberté.
30 ans plus tard la transparence est toujours de mise, mais elle a simplement été récupérée par le marketing, en même temps que le sexe. Nulle trace, certes, de pudeur-honte, mais une banalisation institutionnalisée du voyeurisme. La sexualité s’expose, puisqu’elle est naturelle, et l’omniprésence médiatique de l’érotisme est sensée attester des progrès incontestables de la société occidentale en matière de mœurs.


L’importance de l’intime dans la relation à l’autre


De la nature à la société humaine : la place de la pudeur

La nature, certes, ne connaît ni honte, ni pudeur, ni intimité. Mais demandons-nous pourquoi. Les animaux s’accouplent ouvertement parce qu’ils n’attachent à cet acte aucune autre signification que celle de la reproduction. Ils n’ont pas le pouvoir de se « dévoiler » comme nous le faisons, ils n’attachent pas de sentiment, de sens à cela. Nous sommes humains parce que, justement, nous ne nous « accouplons » pas mais nous « faisons l’amour » (d’accord, pas tout le temps, mais le plus souvent quand même…).
Depuis que les sociétés se sont formées, les hommes ont tout de suite attaché à l’acte sexuel une signification spéciale, mystérieuse, souvent religieuse. Lorsque nous rencontrons quelqu’un, nous parlons encore fréquemment de « magie » pour qualifier ce courant mystérieux. A cette personne choisie nous attachons du prix, nous lui accordons notre confiance et, pour être nous-même, nous avons besoins d’intimité. La pudeur laisse alors tout naturellement sa place à la confiance. Moins la relation porte de sens et de communication entre deux être, plus elle est sexuelle (au sens d’ « instinctive »), et moins cette intimité sera nécessaire. La

Sexualité banalisée, l’intime inutile et la magie envolée…
Suivant ce raisonnement, la banalisation, la médiatisation de la sexualité n’élèvent pas franchement l’humanité, et le retour à la nature n’est pas exactement un progrès.
Le sexe, débarrassé de l’intime, se trouve du même coup libéré de son poids émotionnel ; il devient aussi naturel et vide que l’accouplement animal. Saluons cet authentique progrès de la société transparente et la victoire de la nature sur la pudeur (non pas comme protectrice de l’intimité, mais toujours comme marqueur de honte). Au passage, demandons-nous pourquoi les Occidentaux, quand ils ont découvert qu’ils étaient des individus et non une stupide masse animale, ont mené leur premier combat dans le but de se ménager un espace de libertés privées.
La banalisation casse aussi irrémédiablement le mystère primitif qui pouvait encore être associé à l’acte sexuel. Or l’érotisme a besoin de conserver une part de cette magie, et quelques uns de ses voiles, pour être en mesure de se renouveler continuellement. Au lieu de cela, chacun de nous baigne depuis toujours dans toutes les formes imaginables de représentation et d’exploitation commerciale du sexe : du panneau publicitaire au film, en passant par les journaux, Internet et l’ensemble des médias. Que reste-il de la magie ? L’impression que nous n’avons plus rien à voir que nous n’ayons déjà vu, rien à faire qui n’ait déjà été fait. Une relation ne peut plus porter l’illusion qu’elle est unique : elle ne fait que reproduire des schémas déjà reproduits par des millions, des milliards de nos semblables. Et ce qui est banal, malheureusement, n’a guère de prix. La banalisation, qui n’est pas la libération, n’est donc pas exactement un progrès pour l’humanité…


Quel est le sens de la société du voyeurisme ?
La pudeur n’a naturellement pas disparu, puisque nous revendiquons toujours un espace privé pour notre intimité, mais le voyeurisme et l’exhibitionnisme n’en sont pas moins de plus ne plus développés. Il y a une volonté avide d’entrer dans l’intimité de l’autre : par le cinéma, la télévision, la web cam , Internet, etc. Le voyeurisme est une attitude normale pour une société qui se veut transparente. Du reste, il n’est même surtout pas reconnu comme tel. La pudeur, elle, ne devrait pas avoir de place pour s’exprimer. Elle se manifeste pourtant parfois, et ce par un rejet, un refus, partagé par beaucoup d’entre nous (je l’espère en tout cas…), de se laisser transformer en voyeurs. Nous éteignons la télévision devant « Adam cherche Eve », et n’apprécions que modérément le caractère érotique des panneaux publicitaires de 3 mètres sur 5. Le téléfilm du mercredi soir nous interpelle. Quel est le sens de montrer les ébats d’un couple, filmé sous tous les angles possibles, afin d’être certain que le téléspectateur ait bien compris ce qui se passait sous ses yeux ? Si la scène se veut à caractère érotique, ce qui n’est même pas le cas, puisqu’il ne s’agit que d’une simple expression d’un voyeurisme institutionnalisé et banal, un jeu de suggestions et de dévoilements n’aurait-il pas été plus fort ?
Ce rapport de voyeurs à exhibitionnistes, qui caractérise la société de la transparence, aurait une autre interprétation complémentaire. L’idéal de la communication universelle ne s’est en effet pas construit à partir de rien, mais a profité du terreau fertile du désespoir individualiste du citoyen moderne. Expulsé volontairement de toutes ses communautés traditionnelles (famille, religion, etc.), l’homme moderne et occidentale se découvre tout à coup seul et en mal de relationnel. Il est désireux de « partager » avec autrui, et s’attache à créer des liens en voulant à tout prix partager son intimité et rentrer dans celle de l’autre. Dans cette situation, toute pudeur est oubliée puisque chacun veut au contraire se mettre à nu, avide des relations de confiance que cela implique. En ce sens, la téléréalité est stupéfiante des réalités sociales et sociologiques qu’elle met en évidence : tout le monde se dévoile à tout le monde, et les malheurs communs créent des communautés relationnelles. L’exhibitionnisme du plateau de télévision fait écho au voyeurisme du salon, de l’autre côté de l’écran.
Paradoxalement, la société du voyeurisme n’aurait donc pas éradiqué la pudeur, elle ne la ressentirait simplement pas, tout à son désir débordant de partager son intimité et celle d’autrui : l’impudeur moderne serait-elle simplement une quête d’amour ?

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La pudeur et l’intime 2

jugtParisLe mot latin « pudor » signifie « honte »

L’humoriste américain, Samuel Langhorne Clemens, mieux connu sous son pseudonyme littéraire “Mark Twain » (1835-1910) disait que la « pudeur était née avec la découverte du vêtement » mais, il ajoutait que les « L’habit fait l’homme et que les personnes nues ont peu ou pas d’influence sur la société. »
La pudeur concerne habituellement le corps et surtout le sexe. On a longtemps enseigné aux enfants, notamment aux filles qu’elles devaient cacher leur corps et en avoir honte.


Les autorités religieuses et sociales tombent d’accord pour contraindre les jeunes à la chasteté avant le mariage, chaque geste ou parole qui pourrait être compris comme ayant une signification sexuelle est potentiellement un péché que la pudeur doit arrêter avant qu’il ne soit commis. 

Ainsi, la pudeur est-elle directement liée au plaisir sexuel et à la transgression des tabous. « la pudeur est la conception la plus raffinée du vice, elle parachève l’hypocrisie des sentiments” disait l’écrivain français Maurice Dekobra. En d’autres termes, la pudeur serait essentiellement une ruse de femme destinée à exacerber le désir de l’homme. De nos jours, cette conception assurément machiste semble bien démodée et au lieu de parler de pudeur, l’on préférera utiliser des expressions comme « la dignité humaine », “le respect de soi”, etc… 


La répression sexuelle n’est pas morte, mais doit être plus équitablement partagée entre les hommes et les femmes… Mère Térésa accusait le « manque de pudeur » d’être à l’origine de la décadence du monde. 


En résumé, la pudeur est une frontière qui sépare ce qui peut être montré de ce qui doit être caché. Il s’ensuit naturellement que cette limite n’est pas la même pour tout le monde, tout dépend de la culture, de la religion, des habitudes sociales… Et des croyances de chacun de nous…à suivre

“ faible serait l’attrait de la connaissance s’il n’y avait tant de pudeur à vaincre pour y parvenir” écrivait Frederic Niestzche dans son ouvrage Par delà le Bien et le Mal

TiPredateurUn territoire privé

L’intimité peut être considérée comme un territoire où s’assouplissent les règles de la pudeur: la vie privée. Cet endroit concerne à la fois la vie de famille, la vie de couples, et la vie individuelle, ce que l’on fait et pense quand on est certain que personne ne regarde…
La vie sexuelle est fortement liée à l’intimité. Habituellement les gens n’exhibent pas leur comportement sexuel, ils s’efforcent au contraire de choisir un endroit tranquille pour faire l’amour. Pour jouir pleinement de la sexualité, l’intimité est indispensable, d’une part, elle permet de se détendre suffisamment pour que l’excitation sexuelle se manifeste, d’autre part, elle facilite l’orgasme . Quand l’intimité manque, homme peut perdre son érection, et la femme son désir sexuel, le plaisir est exclu pour l’un comme pour l’autre…

Parfois accessible à des témoins 
La question de l’intimité peut aussi prendre place dans une perspective historique et sociale. Le Roi Louis XIV, comme ses prédécesseurs, était censé « honorer » son épouse devant témoins, probablement ceux-là mêmes qui assistaient à la naissance des princes.
Tout au long des siècles, seuls les plus riches pouvaient posséder une maison, une chambre à coucher privée représente encore un luxe inaccessible pour bon nombre de gens à travers le monde.
Dans quelques cultures traditionnelles on permet à une femme de répudier son mari si elle apporte la preuve de son impuissance sexuelle, ainsi, des témoins représentant l’autorité religieuse ou juridique assistent-ils aux rapports sexuels…

Par définition échappant aux censeurs
L’intimité est aussi liée à la liberté individuelle. Ce qui se passe dans la vie privée échappe au censeur, ce qui rend tout intimité suspecte. Les systèmes totalitaires ne peuvent tolérer l’existence d’espaces privés hors de tout contrôle, la plupart de religions font croire à leurs fidèles que l’oeil d’un dieu scrute leurs faits et gestes, les privant ainsi de toute intimité, mais s’ils sont honnêtes et purs que pourraient-ils vouloir cacher?

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La pudeur et l’intime

titian_venus_mirrorQuelle est la place de l’intime aujourd’hui à l’heure du « selfie »? L’oeil de la web cam, celui de la vidéo surveillance capture chaque instant de notre vie… Entre le pouvoir du “look” et le fallacieux idéal de transparence, ne serions-nous pas piégés dans un dilemme dont ne sort gagnant que le voyeurisme? Si je m’abrite, c’est que je cache quelque chose, mais si je me montre, j’encours le jugement des autres, on montre du doigt mes “vices”; les péchés que les chrétiens disent capitaux focalisent la réprobation bien pensante. Il ne faut donner à voir que la vertu, et déguiser le reste… Celui qui revendique l’intimité semble ainsi vouloir se soustraire au contrôle vertueux…
Or, avec un peu d’habitude, on oublie qu’une fenêtre sur soi est sans arrêt ouverte laissant Big Brother ou Big Mother s’y rincer un oeil inquisiteur propre à froisser notre pudeur. Justement, qu’en est-il de cette pudeur? N’est-elle pas trop souvent confondue avec la pudibonderie? La honte du corps, la honte d’avoir honte se conjuguent et ordonnent au nom de la “décence”, “cachez ce sein que je ne saurais voir” disait Tartuffe de Molière, les siècles ont passé que les hypocrites et autres donneurs de leçons ont traversé sans le moindre accroc…
L ’amour ne s’accommode pas du manque d’intimité: manque de place, promiscuité,manque de temps… Si tout se passe sous le regard du groupe, le plaisir du corps n’a pas sa place. Faute d’intimité on ne peut nouer les liens de la sensualité partagée. Apprendre à se passer d’intimité, c’est abandonner aux autres le droit de décider ce qu’on fait de son corps…
Les pratiques sexuelles ne s’exposent pas, on condamne celui qui montre ses organes sexuels, et se masturbe en public…
Certains idolâtres de la nature vantent la “vertu” des singes censés détenir les prémisses de la morale humaine, mais se gardent bien de citer en modèle le comportement sexuel de certains primates qui copulent avec ardeur pour résoudre les tensions, tandis que d’autres se masturbent joyeusement en regardant…à suivre

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