Le BHD n°82 : Le choix de Sophie

Mes amies me disent que mes critères de sélections masculines sont trop élevées et qu’à ce rythme là, je vais rester seule longtemps…Peut-être ? D’ailleurs, d’après les statistiques, une femme met en moyenne 5 ans pour « refaire » sa vie après un divorce. Entre 3 et 10 ans si on prend les extrêmes. J’ai encore de la marge.

Le fait est que je sais à présent ce que je ne veux plus. De même, j’ai longtemps cru qu’une relation « à tout prix » était nécessaire à ma survie…Je suis, à présent, sûre du contraire.

Je commence juste à sortir de ma période « Prostrée-roulée-en-boule-sous-plaid-sur-canapé », alors, un peu de patience. J’ai compris la nécessité d’étudier et de décortiquer pourquoi la relation précédente n’avait pas fonctionnée avant de me lancer dans une hypothétique future relation amoureuse. Apprendre de ses erreurs, le béaba.

Toujours pleine de sollicitude, les copines vous disent d’avoir des relations, même sexuelles…Ouais, bon d’accord…Mais où est-il écrit que la quantité prime sur la qualité ? Je ne suis pas sûre du ou des résultats. Et puis, très franchement, je préfère faire pleins de choses avec le même homme que la même chose avec pleins d’hommes…Cette phrase, je l’ai empruntée à Sacha Guitry et transposée au masculin. Elle résume très bien ma façon de penser.

J’ai eu ma « relation pansement », celle qui vous fait dire qu’un « après divorce » est possible. Mais elle a eu lieu trop tôt et je suis retombée plus vite que la lumière dans mes travers, preuve s’il en est qu’il faut digérer et jeûner après une crise de foie (et de foi)…Quand j’ai compris mon erreur, j’ai fait comme Brutal dans la ligne verte, j’ai arraché le pansement d’un coup sec ! « Comme disait ma mère, faut l’arracher d’un coup, ça fait moins mal….Scratch !…Elle n’avait pas toujours raison, la pauvre ! ».

Et ce fut vrai. D’abord, c’est comme si j’avais tenté de soigner une incision en la cautérisant au fer rouge…Je vous laisse imaginer…Et puis, c’était une façon de donner le change devant tout le monde, prétendre qu’on est toujours dans la course ! Mais la course de qui ? De quoi ?

Aux pires instants de la séparation, j’entendais qu’il fallait laisser le temps au temps et j’étais incapable de le comprendre, j’avais cru qu’une partie de moi était morte à tout jamais. J’avais cru que « ce tout petit supplément d’âme, cet indéfinissable charme, cette petite flamme » qui fait que MOI, je suis moi avait disparu dans les couloirs d’un tribunal…Je viens juste de réaliser que non ! Ma flamme était seulement en veille profonde, elle est toujours là, prête à être ravivée…Wait and see !

VVB

Le BHD n°81 : Faustine et le bel été

Tandis que s’installent les premiers frimas de l’automne, je ne peux m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule pour jeter un tendre coup d’œil sur la saison précédente…

Cet été ne fut pas le plus ensoleillé de ces dernières années, mais qu’importe, il m’a apporté tellement de moments riches, heureux et délicieusement savoureux.

Ma grande et son chéri ont décroché leur licence et sont admis chacun dans le master de leur choix.

Ma « petite » Nini courageuse partie en Ecosse pour y devenir  jeune fille au pair …avec des débuts chaotiques…Mais ça, c’était avant.

Cet été, c’est aussi Daft Punk qui s’invite au défilé du 14 juillet et mon petit dernier qui gagne en autonomie en chevauchant sa première moto, m’apportant du même coup un lot de tracasseries toutes maternelles.

Bien évidemment, il y a toujours les moments de complicité, de rigolades, de partage et d’amitié avec ma « bande d’amies ». Le baptême de ma petite Sardine en fut un parfait exemple.

Il y aussi, cette femme bienveillante qui me masse soulageant mes douleurs et qui parvient à mettre une lumière sur tous les sujets qu’elle aborde.

J’ai eu l’incroyable chance de vivre des retrouvailles avec « ma chère famille parisienne », le bonheur très doux de revoir un enfant que j’ai mis au monde dans des circonstances particulières. Le fait de passer d’une correspondance de 6 ans à une amitié en direct-live ! Trop bien !

Mon passage ressourçant et obligatoire sur mon Ile, avec des balades méditatives sur la plage. Je suis devenue une « pro » dans le ramassage de verre dépoli…12 kilogrammes récoltés en une semaine. Je m’éclate et je dépollue. Et puis aussi des instants particuliers avec mon petit dernier avant que lui aussi ne parte pour réaliser ses rêves…

Un anniversaire avec mes amis tatoueurs et une demande en mariage, séquence émotion garantie !

Enfin, il y a les accords toltèques que je bosse dur ! La perfection est loin d’être atteinte, mais je relativise certaines situations, je ne prends plus les colères qui ne sont pas à moi, je m’allège !

J’essaie de tenir à distance les personnalités négatives, celles qui vous polluent l’esprit et le cœur comme une usine rejetant ses substances toxiques, blessant non seulement avec leurs mots, mais aussi avec leurs maux…Pas évident, cela demande une certaine discipline, mais là encore, j’apprends…

 

VVB

Le BHD n° 80 : La cuisine au beurre

Il est de notoriété publique que je déteste cuisiner ! A un point tel que j’essuie régulièrement les quolibets de mes proches de manière plus ou moins tendre…Il faut bien l’admettre. Je sais coudre, broder, tricoter, crocheter, faire de la déco, mais il semble que tous mes autres petits talents soient éclipsés à côté de ce qui semble être le plus grand défaut de la Terre…

Eh bien oui, je déteste cuisiner et je le revendique ! Je me surnomme volontiers « Madame Picard », autant prendre les devants quand il s’agit de moqueries…C’est moins douloureux.

Je hais cuisiner comme d’autres détestent faire le ménage, repasser, coudre, tondre la pelouse. D’une part, ce n’est pas pour autant qu’elles sont montrées du doigt et d’autre part, ce n’est pas pour autant qu’elles ne le font pas. Alors, par pitié, lâchez-moi les baskets et la toque (par la même occasion) sur le sujet. J’argumenterais en disant que personne n’est jamais mort de faim chez moi, pas même mes enfants durant les interminables voyages professionnels de leur père. Autre argument : je ne cuisine pas je fais à manger ce qui n’est pas la même chose.

Je suis fille, petite-fille et nièce de parfaits cordons bleus, mais je n’ai, hélas, pas attrapé le virus ! Je suis la seule à bosser dans le médical, la seule à avoir 4 enfants, la seule à fumer, bon, ben voilà, c’est mon signe distinctif ! Et puis, je suis toujours très honnête sur le sujet, j’ai un magnet qui trône sur mon réfrigérateur et qui dit : « J’embrasse mieux que je ne cuisine », comme ça, tout le monde est prévenu, pas de mystère.

Très peu pour moi de passer des heures aux fourneaux, vêtue d’un tablier, pour émincer, blanchir, éplucher, mitonner, mijoter et autres verbes culinaires. De toute façon, ce sera avalé en quelques minutes, alors à quoi bon s’échiner.

J’ai eu ma période où j’essayais de m’appliquer à faire de bons petits plats, les remarques quotidiennes  des enfants : « moi, je n’aime pas cette viande, moi, je n’aime pas les oignons, moi, je n’aime pas les carottes et moi, je n’aime pas la sauce » (et merde) ont eu raison de ma bonne volonté.

Sans compter qu’une fois, une de mes filles, un mercredi midi « purée-jambon » m’a lâchée cette superbe phrase : «  Maman, qu’est-ce que tu fais bien le jambon ! ». Preuve s’il en est qu’il n’est pas nécessaire de passer sa vie en cuisine pour être une super maman ! Tout est dit.

Je suis gourmande et j’aime déguster de bons petits plats, mais je peux aussi passer toute une semaine à survivre en mangeant le même plat surgelé, cela m’est égal. Je ne trouve pas que ce soit important.

Franchement, je rêve d’un monde futuriste où il suffira à la ménagère d’enfourner 2 gélules au four micro-ondes pour en ressortir un superbe poulet rôti entouré de légumes. Exactement comme Lilou dans le Cinquième élément. Mais il existe encore mieux : la « mange-machine » d’Eléa dans la Nuit des temps de Barjavel. Livre tant chéri dans mon adolescence. Cette machine possède les propriétés extraordinaires de calculer pour chaque individu ses besoins en calories et en nutriments. Le top du top !…Et tant pis pour la bienséance !

VVB

Le BHD n° 79 : Vendredi 13

Telle une Bridget Jones dans ses pires instants, mieux que Meetic, et jamais à court d’idées pour faire de nouvelles rencontres : le carton en bagnole !

Par contre, gros zéro pointé sur Tripadvisor !

Et en plus, je me suis cassée un ongle !

Ce vendredi, nous étions parties à cinq collègues pour une formation, quand, sur le chemin du retour, alors que nous étions quasiment à l’arrêt sur la rocade de Bordeaux à cause d’un bouchon, un type qui ne nous avait pas vues et qui n’a même pas eu la présence d’esprit de freiner, nous a violemment percutées à l’arrière ! L’avantage du choc à l’arrière, c’est qu’on n’a même pas le temps d’avoir peur ou de voir sa vie défiler…Avantage tout relatif tout de même…

Nous avons toutes gardées notre calme et fait ce qu’il y avait à faire : notre conductrice s’est laissée glisser jusqu’à la bande d’arrêt d’urgences, l’une a prévenue l’assistance, pendant qu’une autre prévenait la police et les secours, une autre a eu la présence d’esprit de faire des photos ! Trop fortes les filles ! Et puis, les pompiers sont arrivés, la police et nous n’avons plus rien décidé ! Nous avons fait déplacer 5 véhicules de pompiers, nous avons été emprisonnées dans d’horribles minerves  rigides et littéralement saucissonnées par des sangles « araignées »sur des planches de plastique dur. C’était un peu comme se faire capturer par Spiderman juste le jour où il est en surdosage de Viagra !Puis nous avons été chargées chacune dans des camions différents, 3 vers un hôpital et 2 vers un autre ! Je n’ai jamais autant donné mon âge, mon adresse, mon statut marital et mon numéro à autant d’hommes en si peu de temps. La barbe si je ne fais pas une touche !

Il m’a été particulièrement éprouvant de passer d’un côté à l’autre, d’être soignante et de devenir soignée, de maîtriser, de gérer et soudain de devenir une victime impuissante ! Je crois que les pompiers vont se souvenir de moi car j’ai fait l’animation aux urgences, une chieuse de première ! Je ne supportais pas d’être en contention, de ne pas pouvoir replier mes jambes, d’avoir la nausée. Je ne voulais qu’une chose, c’est qu’on m’enlève mes entraves, retrouver mon indépendance, aller fumer, être rassurée ! Tous ceux qui me connaissent un tant soit peu savent à quel point les pompiers qui m’ont prise en charge mériteraient d’être inscrits au Guinness des records. Avoir réussi à me faire rester presque 4h sans bouger, un exploit ! Nous sommes arrivées aux urgences aux alentours de 18 heures pour en ressortir vers minuit. Il a encore fallu attendre le taxi qui nous a rapatriées à bon port, chez nous ! Enfin ! A 1H du matin…

Les amies, les copines, les collègues qui s’inquiètent et qui vous appellent, la batterie du téléphone qui s’épuise et pas de chargeur ! Je promets en cet instant, que où que j’aille dorénavant, je l’emporterais !

En arrivant, la longue douche brulante pour détendre les muscles contractés, dans l’espoir que celle-ci efface aussi les souvenirs du choc…Le sommeil profond, réparateur, provoqué par les médicaments…

Le lendemain, la sensation d’avoir été piétinée par un troupeau d’éléphants et la constatation des stigmates devant le miroir impitoyable : un bleu énorme sur chaque mollet, le menton mâché, l’omoplate écorchée. Laver toutes mes fringues pour faire disparaître les traces, le ventre qui se serre en entendant une lointaine sirène de pompiers…Réaliser la chance que nous avons eu de ne pas finir encastrées dans la voiture que nous suivions. Des scénarios rétrospectifs parfaitement inutiles polluent mon esprit et tordent mon ventre…

Juste après mon divorce, sur le tableau noir de ma cuisine, j’avais inscrit : « Je veux faire du reste de ma vie le meilleur de ma vie ». Ce n’était que des mots. Cet accident résonne en moi comme un électrochoc. J’étais en léthargie, en marge de la vie. Cette dernière a d’ailleurs de bien curieuses manières de vous démontrer qu’il est temps de remonter sur le marchepied de son grand tourbillon.

Au lendemain de ce vendredi 13, je peux affirmer que cette maxime prend désormais tout son sens.

 

Je dédie ce billet à mes quatre compagnes d’infortune.

VVB

Le BHD n° 78 : Travelling arrière

Mes enfants préparent l’anniversaire de leur père, ses cinquante ans. Pour l’occasion, ils lui ont concocté un album photos retraçant toute leur vie…Bien qu’ayant pris moi-même une bonne partie de ces clichés, je n’apparais à aucun moment dans ce retraçage…Bien entendu, je comprends tout à fait qu’un portrait de moi serait parfaitement déplacé…Mais une ou deux photos de nous six…Même pas ! Je ne sais pas comment je dois le prendre ?….

Quand on feuillette de « vieux » albums, les souvenirs ressurgissent sans qu’on le veuille, parfois, on se souvient l’instant précis où l’on a appuyé sur le déclencheur, jusqu’à en ressentir l’émotion exacte 0 la seconde près…J’éprouve le sentiment étrange d’avoir vécu plusieurs vies dans la même vie…D’autres souvenirs remontent…

– Lorsqu’un de mes enfants me demandait : »Qui tu préfères de nous quatre ? », Je leur disais que je n’avais qu’un J, qu’une F, qu’une E et qu’un V, que chacun était un modèle unique, que l’amour d’une maman n’était pas un gâteau qu’elle partageait entre ses enfants, mais qu’une maman fabriquait un gâteau d’amour pour chaque enfant qu’elle avait et même un pour le papa…

–  Quand mon plus grand (il devait avoir 4 ans) a débarqué aux toilettes alors que j’avais mes règles et qu’il m’a dit : « Tu saignes, tu as mal ? », je lui ai expliqué que les mamans avait une poche dans leur ventre pour fabriquer un bébé et que s’il n’y avait pas de bébé, la poche faisait le ménage, que c’était du sang, mais que je n’étais pas blessée…

– Quand mon grand disait à ses sœurs : « Les filles, ça n’a pas de zizi », je lui disais que si, les filles ont bien un zizi, mais qu’il est caché à l’intérieur (nous ne sommes pas des êtres asexués), je nommais cela la foufounette, ce qui m’a valu un grand moment d’anthologie auprès d’une caissière à qui ma fille a déclaré : « Ben toi, tu as une foufounette, ben oui, t’es une fille, alors t’as une foufounette, comme ma sœur, maman et moi ! ». Je ne vous raconte pas l’œil noir de la caissière…

–  Quand ma petite Nini, qui n’était pas des plus satisfaite de débarquer à Mayotte, fan de tortues et de dinosaures, revenue de sa première rencontre avec les majestueuses tortues marines m’a dit : « Bon maintenant, on a vu les tortues, c’est dans combien de dodos qu’on s’en va ? », 700 ma chérie ! « Ca fait beaucoup ? », oui ma chérie, beaucoup…

-Quand mon petit dernier (4 ou 5 ans, à cet instant), à la table du petit déjeuner, me déclare : « Tu sais maman, je sais comment on fait pour péter plus haut que son cul (expression entendue de la bouche de ses frère et sœurs) ! ». Ah oui, on fait comment ? Réponse : « Ben faut péter à plat ventre ! »…CQFD !

C’est étrange les souvenirs, tout aussi étrange les méandres de la mémoire qui les fait ressurgir sans qu’on les ait appelés…Un peu comme la scène où Harry Potter essaie sa baguette chez Ollivander et que les tiroirs s’ouvrent d’un coup et de manière aléatoire…

Alors, que dire ? Même parfaitement invisible sur les photos, ces souvenirs vivent en moi, comme l’amour que je leur porte…

VVB

Le BHD n° 77 : Nids d’anges

Je ne saurais terminer cette petite série de billets d’humeur « professionnels » sans parler d’un sujet qui me tient à cœur.

Loin de la polémique sur les violences obstétricales et les projets de naissance, je confectionne des nids d’anges pour les bébés morts…C’est l’expression littérale de ma mamie quand elle évoque le sujet avec moi ou ses voisines…Pragmatique et terre à terre…

Non, je ne suis pas macabre encore moins lugubre et certainement pas une sorte de Morticia Addams. C’est juste que là, nous sommes dans la vraie vie, loin de ce qui se passe dans « Baby boom », la version « Harlequin » de ce qui se passe dans les maternités…

Il existe, tristement, malheureusement et douloureusement des couples qui vivent une interruption thérapeutique de grossesse, ou une mort fœtale in utéro. C’est un fait avéré et je n’ai pas le pouvoir de changer les choses. Ce que je peux faire, c’est coudre des nids d’anges. C’est une façon pour moi de rendre ces petits anges les plus beaux pour la seule et unique rencontre entre eux et leurs parents…

Les travaux d’aiguilles, je suis tombée dedans dès ma naissance avec ma petite mamie qui coud pour toute la famille. Dès que j’ai pu, je lui piquais ses chutes de tissus pour fabriquer des vêtements à mes poupées. Mon grand-père me surnommait affectueusement « ma Cousette ». C’est ma grand-mère qui m’a offert ma machine à coudre lorsque j’étais enceinte de mon premier. Bien que ne lui arrivant pas à la cheville en matière de couture, je n’ai cessé de faire des ourlets, des rideaux, de la déco, des cadeaux ou autres déguisements pour mes enfants.

Avant, dans notre équipe, certaines collègues généreuses tricotaient des nids d’anges pendant les heures calmes des nuits de garde. Cela leur ayant été reproché, elles ont arrêté. J’avais bien essayé de reprendre le flambeau, chez moi, cette fois, mais j’avais un rendement d’escargot qui me désespérait, même au crochet…Affligeant.

C’est tout naturellement en voyant ma grand-mère assise devant sa machine que l’inspiration m’est venue. J’allais les coudre ! Et me voilà entrain de fabriquer de petits sacs de couchage avec capuche, doublé, s’ouvrant d’un côté avec du velcro et de différentes tailles (car ces événements peuvent se passer à différents stade de la grossesse)…Alors, oui, moi, je fais des nids d’anges pour ces petits bouts de chou.

Une des gynécologues de mon équipe m’a fait parvenir ce poème de Jacques Salomé, il sera ma conclusion…

Il est venu au monde et je l’ai perdu avant même de le rencontrer, s’est lamentée cette femme. Je n’ai pas su lui répondre, à cette époque, ce que je sais depuis et que je sais aujourd’hui. Que certains bébés, certains enfants se « donnent la liberté » d’apparaître, de seulement apparaître dans la vie, pour insuffler l’envie à l’un de leur parent de naître enfin ou d’accéder à plus de vie dans leur existence. Certains enfants sont de passage pour montrer à l’un ou à l’autre de leurs géniteurs un chemin, pour témoigner d’un choix de vie à faire. Certains enfants, par leur mort subite, invitent…leurs parents à oser un changement qu’ils n’avaient pu envisager jusqu’alors. Certains enfants ont ce pouvoir de dire par leur présence furtive et leur disparition brutale : « Ose ta vie, toi seul la vivra ». Nous pouvons ainsi écouter et entendre le message secret envoyé par ces enfants dont la présence éphémère nous laisse à jamais si nous restons sourds à leur message d’espoir.

VVB

Le BHD n°76 : Les projets de naissance (entre raison et déraison)

 

Depuis quelques années, nous avons vu fleurir la mode des projets de naissance.

Mais qu’est-ce donc que cela ?

Les futurs parents sont invités à une réflexion sur la façon dont ils ont envie de vivre la naissance de leur enfant, son mode d’alimentation et leur séjour à la maternité. Ils doivent ensuite la rédiger et cela figure dans leur dossier médical.

Au départ, c’est une bonne initiative, car sur le fond, réfléchir à la façon dont on projette d’accueillir son bébé, c’est une démarche tant philosophique qu’intellectuelle.

Pour mémoire, je me permets de rappeler qu’en France, seulement 30% des femmes enceintes suivent une préparation à la naissance. Il y aura donc probablement 70% des femmes qui n’effectueront pas ce projet. Parmi les 30%, une forte proportion des projets seront simples, justes, pertinents et parfaitement réalisables.

Mais dans une faible proportion, c’est en désaccord total avec les valeurs de la médecine telle que nous devons la pratiquer…Contraire à l’éthique telle qu’on nous l’enseigne. Je n’ai absolument rien contre le fond, mais parfois, la forme me semble tout simplement incroyablement inadéquate…Voir même tirant sur la lubie égocentrique niant l’existence du petit locataire présent dans le ventre !

Je rappelle que l’issu de l’accouchement ne dépend pas du bon vouloir des soignants mais d’une somme de facteurs indépendants de leur volontés (de la leur et de celle des parents).Je rappelle qu’un couple écrit tout cela en dehors du contexte de la douleur des contractions, du contexte de l’urgence, du contexte de la peur. Tout peut devenir très différent le jour « J ».

Je suis convaincue qu’on devrait expliquer avant tout, ce que le « projet de naissance » n’est pas. Il n’est pas un scénario, ni un contrat garanti, ni une liste au père Noël, ni un pacte avec les dieux de l’obstétrique, et de cela il faut être absolument persuadé !

Personnellement, l’expérience me fait dire que les femmes qui se mettent la barre trop haute et qui sont incapables de faire confiance à l’équipe en acceptant de modifier leur projet, sont celles qui garderont les plus mauvais souvenirs de leur accouchement ou leur séjour. Coluche disait que « les gens qui n’ont pas d’enfants ont des principes et les autres ont juste des enfants ». C’est ô combien vrai ! Devenir parent, c’est accepter de s’adapter, et cela commence le jour de l’accouchement.

Est-ce qu’on demande aux équipes quels sont leur « projet » pour toute dame qui arrive ? Allez, je vous le donne : une dame propre, polie, avec une grossesse de déroulement normal, qui accouche à terme de manière spontanée avec un travail rapide, qui accouche normalement, qui ne saigne pas, avec un périnée intact et avec un bébé en bonne santé et qui tète comme un chef ! Vous trouvez cela risible ou politiquement incorrect…Je suis d’accord.

Pour tout un tas de situations, les gens pensent qu’ils n’ont que des droits, OK, mais ils ont aussi des devoirs, l’aurait-on oublié ? Lorsqu’on choisi une structure médicale, on accepte in fine les contraintes et les règles en vigueur dans celle-ci, dans le respect des recommandations médicales de l’époque. Quand on va chez le coiffeur, on n’exige pas de celui-ci qu’il nous lave les cheveux avec du sable et qu’il nous les coupe au chalumeau…

J’en suis arrivée à un stade où je ne veux plus les lire, ces projets…En effet, je crois qu’il est important de communiquer, d’échanger, d’expliquer, de conseiller, de respecter. Et très franchement je m’interroge sur le bien fondé de mettre ses « projets de naissance » dans les dossiers. Les parents devraient les garder pour eux, comme un texte dans un journal intime. Cela leur ouvrirait davantage de perspective, comme le droit de changer d’avis, sans éprouver aucune culpabilité. Ce que je me dis aussi, c’est que 70% des femmes n’en écrivent pas…Et que je me félicite d’écouter tout de même leurs désidératas…et d’essayer, au mieux d’y répondre avec compétence et bienveillance, tout en étant consciente et modeste que quoiqu’on fasse, on ne peut pas plaire à tout le monde.

 

VVB

Le BHD n°75 : Violences obstétricales

Depuis la polémique lancée autour des violences obstétricales par cette chère Marlène Schiappa, mon cœur de sage-femme est en souffrance grave. Je me sens meurtrie, agressée dans mon métier, dans mes compétences, dans l’essence même ce de que ma profession représente comme valeurs depuis que le monde est monde…Cette profession, pour mémoire, qui a été brûlée sous l’inquisition par qu’elle mettait tout en œuvre pour les femmes…Comment imaginer, une seule seconde, que je puisse infliger des violences volontaires à mes patientes, reléguant du même coups les docteurs Sims et Mengele au rang de gentils ?…

Depuis ce pavé dans la marre, au passage avec des chiffres complètement faux, un torrent de boue a déferlé sur les professions de gynécologues et sages-femmes. Opprobre et discrédit inacceptables !

Comme le disait Nicolas Boileau, « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Je me suis donc interrogée…Et quand on y réfléchie, on constate que la plupart des actes médicaux qui visent à prévenir, soigner, traiter, guérir, ont quelque chose de violent. Une pose de perfusion, c’est violent. Une suture de plaie, c’est violent. Une réduction de fracture ou de luxation, c’est violent. Etre hospitalisé et soigné dans un pays dont on ne parle pas la langue, c’est violent. Un forceps, c’est violent. Faire du massage cardiaque, c’est violent. Annoncer qu’il est trop tard pour la péridurale, c’est violent. Annoncer un cancer, c’est violent. Annoncer à un couple que le bébé qu’ils attendent est atteint de graves malformations et qu’il va falloir procéder à une interruption thérapeutique de grossesse, c’est violent. Faire prendre les comprimés qui vont mettre fin à cette grossesse, c’est violent. Faire des soins à un grand prématuré, c’est violent. Alors, on fait comment ? Expliquez-moi comment on joue la partie ? A quand les violences dentaires, les violences orthopédiques ? Et même, avec les 11 vaccins pour les bébés qui vont devenir obligatoires en janvier 2018, va-t-on parler de violences pédiatriques ?

Il me paraît essentiel de définir la notion même de violence ressentie par ces femmes et de replacer cette violence dans le contexte global de leur vie en générale. Chaque soignant pourrait vous dire que ce n’est pas les personnes qui vivent les pires drames qui gardent les plus mauvais « souvenirs » ou « vécus ».

Malheureusement, il arrive que les femmes n’aient ni la grossesse dont elles rêvaient, ni son issue, ni l’allaitement. La médecine et les soignants ne le décident pas non plus. Parler de violences obstétricales, c’est nier tous les facteurs qui font qu’un accouchement est « bien » ou « mal » vécu. Il y a, certes, des facteurs médicaux, mais il y a, aussi des facteurs psychologiques, familiaux, relationnels et environnementaux. Je rappelle pour mémoire que l’accouchement est quelque chose de violent à la fois par la douleur qu’il engendre mais également par l’explosion d’émotions qu’il provoque.

Je finis par me demander si le fond du problème de cette violence ressentie n’est pas la communication. Il y a ce qu’on pense, puis ce qu’on formule, ce que la patiente entend, ce qu’elle comprend et ce qu’elle retiendra au final dans le contexte émotionnel du moment… Et qui aurait pu être différent dans un autre contexte émotionnel.

Une autre conclusion me vient : c’est l’implication du gouvernement dans sa politique de soins : fermeture des petites maternités, gel des salaires, tarification des soins, des soignants malmenés, stigmatisés, essorés, rincés, lobotomisés par les charges administratives, croulant sous les heures supplémentaires, devant laisser ce qu’ils sont aux vestiaires tout en restant humains.

Tout ce que je sais, c’est que je ne connais aucun médecin, ni aucune sage-femme qui réalise une épisiotomie par plaisir sadique. Je ne connais que des soignants qui prennent à cœur leur métier et qui prennent soins de la santé des femmes et de leurs bébés.

VVB

Le BHD n°74 : 50 nuances de gris

 

Version 2 pour public averti.

 

Certaines facettes du travail de nuit sont aussi très compliquées à comprendre pour des collègues ou des cadres de santé…Et je ne parle pas du gouvernement…

Nouveau florilège de petites et grandes constatations, énervantes, ou pas :

– Tu sais que tu es de nuit quand une patiente a généreusement offert des douceurs pour toute l’équipe et qu’à ton arrivée, au mieux, il  en reste une ou deux qui se battent en duel dans la boîte, au pire, il te reste la boîte vide avec la carte, sympa les copines !

– Tu sais que tu es de nuit quand ton meilleur allié, c’est le café et ton pire ennemi, le sommeil qui t’arrive dessus quand tu ne le souhaites pas et qui ne vient pas quand tu le recherches désespérément…

– Tu sais que tu es de nuit quand tu connais bien ce phénomène de l’angoisse vespérale : les bébés qui pleurent quand vient la nuit, les patients qui se sentent seuls parce que les visites et la famille sont parties, parfois, la crainte de ne pas voir une nouvelle aube se lever…

– Tu sais que tu es de nuit quand on te rabâche que, non, la nuit du vendredi n’est pas sur le week-end…Alors, je t’explique, quand tu fais la nuit du vendredi, tu travailles de minuit à 7 ou 8 heures sur le samedi, et ensuite, tu vas faire un dodo récupérateur. Et, sauf erreur de ma part, le week-end, c’est bien samedi et dimanche, tu me suis…Ca fonctionne aussi pour les jours fériés, quand tu travailles de nuit, c’est celle qui fait la veille du jour férié qui travaille davantage sur le dit jour que celle qui est noté de nuit toujours sur ce même fichu jour…Exemple : si tu fais la nuit du 30 avril au 1è mai, tu fais 8h de jour férié…Alors que si tu fais la nuit du 1è mai au 2 mai, tu ne fais que 4h de férié ! Gnaf ! Capichi ? C’est juste des mathématiques.

-Tu sais que tu es de nuit quand tu subi la terrible loi des 10%. Je m’explique, tu as à peu près 10% de risques supérieurs à la population générale d’avoir un cancer, d’être en obésité, d’avoir des troubles du sommeil, d’être victime d’addictions (tabac, médicaments, alcool, drogues), de divorcer. Comme disait Richard Bohringer, « c’est beau une ville la nuit »…

– Tu sais que tu es de nuit quand la pénibilité du travail de nuit n’est reconnue que de 24h à 5h, alors que le code du travail définit le travail de nuit de 21h à 6h…Et que le compte pénibilité mis en place par le gouvernement a fait ardoise magique, on efface tout ce que tu t’es tapé d’années de nuits avant 2015…LOL !

-Tu sais que tu es de nuit (depuis trop longtemps) quand errer dans les couloirs vides d’un hôpital ne te fait pas trembler de peur.

Et malgré tout, tu continues…

VVB

Le BHD n°73 : La nuit tous les chats sont gris

Version 1, tout public:

Moi, dans ma p’tite auto, qui retourne au boulot en faisant le gros dos (retour de vacances : gardes de nuits du week-end), tout en écoutant la radio…Quand, là, à mes oreilles sidérées, encore un animateur qui sort le classique « Bon week-end à tous, version « Saturday night fever » et ensuite reposez vous bien, faîtes de beaux rêves ! Mon sang ne fait qu’un tour ! Monsieur, quel âge as-tu pour croire que quand tu fais dodo, tout le monde fait la même chose et que quand tu ne travailles pas, les autres en font tout autant ?

Je travaille de nuit, exclusivement de nuit, depuis de nombreuses années et ça me saoule que la plupart des gens n’y comprennent rien ! Mais là, c’est la goutte d’eau, une explication s’impose !

En France, la dernière enquête, en date de 2014, faisait état de 3,5 millions de personnes travaillant de nuit (à savoir entre minuit et 5h, définition légale). Les professions concernées majoritairement sont les soignants, les policiers, les militaires, les pompiers, les bouchers, les charcutiers, les boulangers, des techniciens et agents de maîtrise, dont plus d’un million de femmes. Alors, non, Monsieur de la radio, la nuit n’est pas réservée à ceux qui font la fête !

Je te propose donc un petit florilège des choses exaspérantes quand on bosse de nuit :

« Tu es toujours en vacances » ! Alors, NON, je ne suis pas toujours en vacances, simplement, je travaille 12 heures d’affilée, un week-end sur trois et les jours fériés, je peux aussi être rappelée sur mes repos pour un remplacement de dernière minute. Je ne travaille pas comme le quidam moyen du lundi au vendredi de 8 h à 18h, mais je fais aussi mes heures de travail, simplement, elles sont organisées différemment : des gardes, des repos et aussi des congés annuels.

« Oui, mais la nuit à l’hôpital, vous dormez » ! Alors, NON, nous ne dormons pas car il y a des patients qui nécessitent des soins, des gens qui entrent, des bébés qui naissent, des personnes qui meurent, des urgences, des consultations. Cela s’appelle : le service continu ! Par contre, la nuit, c’est personnel réduit à son minimum syndical.

« Tu gagnes hyper bien ta vie, parce que la nuit c’est payé double » ! Alors, toujours NON, car il se trouve que depuis presque 3 décennies, les gouvernements successifs et les syndicats n’ont pas jugé utile de revaloriser les primes de nuit et de week-end dans les hôpitaux…Notre prime de nuit s’élève ainsi à 1,07 euro de l’heure de 21h à 7h soit environ 10 euro, brut, bien entendu, pour une nuit. Les gens qui choisissent de travailler de nuit ne sont donc pas vénaux…Idem pour le dimanche, environ 76 euro…Oulala, mais que va-t-on faire de tout ce fric ?

« Et à midi, tu n’es pas encore debout » ? Alors, quand je suis entre 2 nuits, NON ! Si je finis ma garde à 8h et que grosso modo, je peux me mettre au lit vers 9h, j’ai besoin de davantage de 3 h de sommeil pour réattaquer une nouvelle nuit de 12h. Franchement, est-ce qu’une personne lambda travaillant du lundi au vendredi de 8h à 18h se couchant chaque soir vers 23h se réveille chaque matin à 2h ? Je ne le pense pas…Alors, moi, c’est pareil !

Je me souviens, avec tendresse d’une me mes petites voisines (Eléonore) qui devait avoir 7 ans, environ. Elle trouvait absolument magique que pendant son sommeil, moi, je serais éveillée entrain de mettre des bébés au monde…Si c’est à la portée d’une enfant, ce devrait être compréhensible pour des adultes…Enfin, il me semble.

Voilà, Monsieur de la radio, j’espère avoir éclairé ta lanterne et tes neurones. N’oublie pas d’aller au dodo après Nounours, Nicolas et Pimprenelle, juste après le passage du marchand de sable !

Je te souhaite une bonne nuit, pleines de beaux rêves, moi, je vais bosser !

VVB