Le BHD n°128 : Une araignée au plafond

Avoir une fille, une sœur, une mère malade psychiatrique, c’est « comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber »…Vous voyez, cette grande roue du jeu du millionnaire, ben dans ma famille, c’est la roue de la lubie…Tirages pluriquotidiens…Sans oublier les jackpots…

Je vous livre, sans filtre,  certains actes et propos de ma mère : elle harcèle au téléphone tout son répertoire. Elle va adopter une tortue, ou plutôt un perroquet, ah non, une petite africaine, ou finalement un chat. Elle va remplacer Juppé et bosser avec Macron. Elle est sur un gros projet financier qui va nous obliger ma sœur et moi à démissionner de nos postes actuels pour bosser à ses côtés…

Nous sommes, tous, fatigués, excédés, désemparés…Ma sœur dit qu’elle nous aspire littéralement le cerveau, et c’est carrément ça ! Je ne vous dirais pas les propos injurieux, calomnieux, voire même libidineux et méchants dont elle peut nous abreuver…

J’ai eu la riche et inutile idée d’appeler son médecin traitant pour lui demander son aide, lui expliquer la situation, connaître les potentielles solutions à envisager devant ce vent de folie…J’en suis encore contrite et sur le cul !Voici ce qu’il m’a dit : « votre mère est euphorique, elle n’est pas consciente de sa maladie, vous devez faire preuve de patience »…Euh, comment dire…Lorsque je lui décris tous les faits et gestes de ma mère, il ose argumenter qu’il ne s’agit pas d’un délire puisqu’elle garde contact avec la réalité ? Pardon ? Donc, quand elle dira qu’elle va bosser avec Louis XIV, là, on ne sera plus dans la réalité, et, enfin, nous pourrons prendre les mesures qui s’imposent ? Il ose prétendre qu’il la surveille de près…Une consultation mensuelle de vingt minutes maximum, effectivement, c’est de la surveillance rapprochée…N’est-ce pas un non sens de dire dans la même phrase qu’elle n’est pas consciente de son état tout en étant dans la réalité ? Je ne suis pas médecin, encore moins psychiatre, mais à quel moment prend-on en compte l’enfer que vit l’entourage d’une personne comme elle ? Sa conclusion finale : délire hypomaniaque…Mais, on attend, on fait la politique de l’autruche, son traitement va sûrement finir par devenir efficace…

Quand je vois tout le mal qu’elle est capable de faire en étant confinée chez elle juste avec un téléphone… Je peux dire que je suis super heureuse qu’elle n’ait pas voulu poursuivre sa rééducation pour son genou et qu’elle ait toujours refusé de surfer sur le web ! Si je puis dire, cela limite considérablement les dégâts…Mais pas les dommages collatéraux…

Je me souviens de la devise que nous avons ma sœur et moi…Il vaut mieux en rire qu’en pleurer…L’humour, ça masque la souffrance, ça permet de garder une certaine dignité et de prendre de la distance sur une situation où l’acceptation est la seule alternative…

VVB

Le BHD n°127 : Pas de bras, pas de chocolat !

Depuis une semaine, je tente une expérience complètement nouvelle pour moi. Je développe de nouvelles connexions cérébrales en utilisant seulement mon bras mineur (enfin à 98%). Chaque petite chose du quotidien devient un défi à relever et je suis en passe d’inventer de nouvelles disciplines olympiques : le fosbury du linge sur le fil, le « mettage » de culotte ou de soutien-gorge, l’enfilage de chaussettes à une main. Je vais devenir une adepte zen en pratiquant de menues tâches en pleine conscience : se brosser les dents, se moucher, plier et ranger du linge…Si, si, de la main gauche quand on est droitière exige une très grande concentration ! Chaque fois que je prends ma douche, me lave les cheveux ou m’habille, j’ai l’impression de sortir victorieuse d’une épreuve de Koh Lanta ! Je mise tout sur ma beauté intérieure et prends mes distances avec le Glamour…Ouais, en même temps, va séduire en pantalon à taille élastique et coiffée comme l’as de pique…

Je travaille mon sens de l’équilibre et m’exerce au contorsionnisme chaque fois que j’enfile mon attelle « coude au corps », cette amie intime et collante qui ne me quitte pas, même pour dormir, pour une durée minimum de trois semaines…Je serais bientôt championne de Body shake.

Vous supputez bien si vous avez deviné que j’ai, enfin, fait réparer cette aile blessée qui me faisait tant souffrir depuis deux longues années maintenant. Je n’ai pas lésiné sur la qualité du chirurgien. Poussée par la ténacité bienveillante de maman Sardine et de mon oncle, l’opérateur n’est rien moins que le grand ponte de toute la région…Mazette, rien que ça ! Je peux sans trahir le secret médical vous révéler une partie du diagnostic. J’avais une méga bursite. Donc, ce n’est pas un scoop, je suis une femme qui a des couilles ! J’ignorais simplement qu’elles étaient légèrement ectopiques. Pour l’instant mes suites opératoires sont proches de la perfection. Je suis chouchoutée, choyée, entourée, que ce soit par ma sœur, ma tante ou mes amis.

Ma sœur a pris spécialement des jours pour veiller tendrement et efficacement sur moi au retour du bloc et ces tous premiers jours où j’étais zombie sous morphine. Ma tante me concocte affectueusement de bons petits plats. Mon réfrigérateur n’a jamais été aussi plein. Et si j’ai le malheur de lui dire que j’avais fait une razzia chez Picard avant le jour J, elle me rétorque gentiment que, vu son âge, elle n’a pas d’ordre à recevoir. Mon oncle, avec sa générosité habituelle joue tantôt les chauffeurs tantôt les commissionnaires. Mes amis m’envoient des messages prévenants, bienveillants, drôles, moqueurs…Tout ceci, je l’affirme, contribue énormément à la convalescence.

Ce qui est délétère à la guérison, en revanche, c’est apprendre à ma dernière garde que je n’aurais pas de remplaçante. Malgré la maladie professionnelle, malgré l’arrêt long et programmé, les restrictions budgétaires vont pénaliser mes collègues. Je suis outrée, en colère et impuissante. Sans pour autant être coupable de quoique ce soit, je me sens responsable…

Les directions des hôpitaux se moquent éperdument de la santé physique et mentale de leurs agents. Nous ne sommes que des pions traités avec le plus grand mépris dans une indifférence totale.

Je réalise ma chance. Mon handicap n’est que temporaire. J’entends qu’il le reste, vraiment. Mon kinésithérapeute m’a bien fait comprendre l’intérêt sur le long terme d’une récupération progressive et totale d’une articulation  aussi importante que celle de l’épaule. C’est tout mon avenir que je joue, ça donne forcément à réfléchir…

La leçon est apprise et intégrée. Je m’en excuse dès à présent auprès de mes collègues. Mais, qu’on se le dise, je ne sacrifierais ni ma prochaine levrette, ni mon prochain salut de reine, ni même mon baptême de paramoteur sur l’autel des heures supplémentaires ! Je ne reviendrais que lorsque je serais guérie à 100% !

VVB

Le BHD n°126 : L’envol du Crapaud

Au royaume des mères, j’évoluais déjà sur des œufs avec mes notes catastrophiques en « coolitude », bons souvenirs, petits plats et bien entendu, éducation. Voilà maintenant que je prends un beau zéro pointé en choix de petit nom affectueux pour enfant ! Où est-ce que j’ai bien pu pêcher ce terme de « Crapaud » pour désigner mon p’tit dernier, et ce, alors même qu’il était encore tout humide de liquide amniotique, à l’instant même où je le serrais dans mes bras pour la première fois ? Prémonition ? Prédiction démoniaque ?

Rationnellement, on ne peut nier qu’un crapaud ne vole pas, quant à s’envoler, on imagine déjà le tour de force…Le phénomène est loin d’être aisé. Version cinéma cela pourrait donner : saison 3, épisode 22, séquence 67, scène 44. Version texte de loi, cela serait : dans le code machin truc, article 22351, section 14312, alinéa 7B, modifié par le journal officiel de l’an de grâce 2018…

Résumé des quatre dernières semaines : un petit Crapaud avait le fervent souhait de devenir apprenti menuisier chez les Compagnons- Premier coup de théâtre, plus de patron, plus de rentrée. De là, embarquement dans une royale galère, y ramer (quasiment seule)-Retrouver miraculeusement un nouveau patron-Accomplir toutes les formalités et tous les achats nécessaires-Embauche du Crapaud- Une semaine de travail-Apocalypse Now-« Ce n’est pas ce que je veux faire ! », « Je veux aller en seconde au lycée »-Abasourdissement général !-Passer tout un week-end à écouter, comprendre, accepter, soutenir-Se dire qu’à quinze ans, on a le droit de se tromper, que c’est SON choix, SA vie, SON avenir-Découvrir la frontière ténue entre obliger et encourager- Repenser à une maxime chère au cœur de  son père :  « C’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur »- A ce dicton de ma grand-mère : « Chaque jour sur le métier remettez votre ouvrage ».

Attaquer le problème à bras le corps : action-réaction-formalités-reformalités-déformalités« Faire et défaire, c’est toujours travailler ».

Je me suis sentie entre la maman kangourou qui bondit et rebondit au milieu d’un capharnaüm innommable et le fétu de paille bringuebalé au grès du vent par les choix de mon Crapaud. Je fus littéralement noyée sous les formalités et les attaques de colère d’un père peu enclin à accepter le choix en question !

Le Crapaud a finalement pris le chemin du lycée après un mois de flottement. Si tout va comme sur des roulettes nouvel essai d’envol dans trois ans après obtention du baccalauréat. Je n’aurais pas les félicitations du jury, il n’empêche que je me sens victorieuse d’avoir aplani et écrasé toutes les difficultés qui se sont dressées devant nous. Je peux dire, en toute modestie, que j’ai décroché une maîtrise en résolutions de problèmes et un doctorat ès « c’est kiki la plus balèze, ben c’est maman », et toc !

VVB

Le BHD n°125 : Mémoire sélective

Je me demande parfois si le mieux ne serait pas d’adopter la clairvoyance du cynique, mais néanmoins très pragmatique Docteur House quand il dit que « tout le monde ment ».

En effet, je me penche aujourd’hui sur la notion de mémoire sélective.

Je ne vais pas m’appesantir sur tous les différents types de mémoires qui ne feraient, justement, qu’alourdir et noyer mon propos. Le sujet du jour étant : comment notre mémoire arrive à nous jouer des tours sur nos propres souvenirs, que d’ailleurs, on appelle pompeusement une distorsion de la mémoire !

Dans la série Unforgettable, l’héroïne Carrie Wells est atteinte d’hypermnésie, c’est-à-dire que son cerveau fonctionne comme un lecteur DVD capable d’enregistrer la moindre information autour d’elle et qu’elle peut, quand elle le souhaite, ressortir cette même information absolument intacte. Ce don (ou cette calamité) ne concerne que de rares personnes dans le monde. Pour tout le reste de l’humanité, le fonctionnement de la mémoire est très différent quoique bigrement complexe. Heureusement, sinon notre pauvre cerveau exploserait par saturation. Malheureusement, nous avons tous une mémoire sélective.

Alors, pour reprendre la formule chère à Michel Chevalet, « comment ça marche » ?

Une base simple : le cerveau doit être en bon état de marche, ainsi que toutes les capacités sensorielles. Les complications arrivent quand les émotions s’en mêlent (ou s’emmêlent). Nos émotions, les petites vicieuses, sont des catalyseurs de la mémoire. Elles en facilitent, ou au contraire, en perturbent le stockage. Elles peuvent utiliser des stratégies pour nous rendre certains souvenirs plus « acceptables » pour notre petit égo. Un optimisme retiendra parfaitement les événements positifs et de manière détaillée, tandis qu’un dépressif aura tendance à ne retenir que les souvenirs douloureux le concernant. Le processus devient hautement épineux si je vous dis que qu’il existe, ensuite, plusieurs façons d’évoquer un souvenir. Il peut se rappeler tout seul à nous et, involontairement, ou nous devons faire l’effort de le rechercher de manière consciente dans les dédales de notre mémoire. Dans ce cas, l’individu se retrouve littéralement pris en sandwich entre les événements tels qu’ils se sont réellement passés et la signification qu’il veut leur donner pour que ça colle avec les émotions qu’il ressent au moment même où il l’évoque…Son passé, son présent et son avenir jouent tous un rôle sur la manière dont il va faire ressurgir le souvenir…Tout le monde suit ?

Alors pourquoi je vous raconte tout ça ?…Parce qu’entre ma mère et son cerveau ravagé par les mites, dont tous les souvenirs la mettent sur un pied d’estale et un certains nombres de personnages pour le moins malveillants qui instillent et martèlent des souvenirs erronés à mes enfants dont ils font leur réalité…Je me demande si je ne tourne pas dans Matrix, ou si toute l’humanité n’est pas dans un sac à main d’alien depuis le début. Je suis devenue mauvaise fille et mauvaise mère…Je pense que le niveau de l’anguille sous roche est largement dépassé pour atteindre celui nettement supérieur du « baleine sous gravillon »…

Visiblement, si vous me permettez l’expression préférée de ma sœur, « je n’ai pas le cul sorti des ronces »…

 

Si la mémoire vous questionne :

https://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2009-3-page-11.htm

VVB

Le BHD n°124 : Daktari

Peu de vous doivent se souvenir de cette vieille série qui passait dans les années 70. Elle se passait en Afrique et racontait les aventures d’un vétérinaire. Il y avait Paula, le lion Clarence (qui louchait) et le singe Judith. Pendant des années, j’ai eu envie de devenir vétérinaire, de découvrir l’Afrique, de faire des safaris pour avoir tout le loisir d’observer toutes ces animaux incroyables dans leur milieu naturel…La vie et mon compte en banque en ont décidé autrement. Je pratique néanmoins le safari urbain, c’est ainsi que j’ai nommée cette activité que je ne peux m’empêcher de pratiquer pour peu que je sois à la terrasse d’un café, au restaurant. Disons pour faire simple, dès que je suis dans un espace public.

Immédiatement, je précise que je suis tout simplement dans l’observation et non dans le jugement, que je suis spectatrice active et non une passante passive. Je ne suis pas pour autant Gisèle des Vamps ou l’un des deux vieux au balcon du Muppets Show…

Je cherche à comprendre qu’elles peuvent être les interactions sociales d’un groupe. Je tente de découvrir la relation qui peut exister entre deux ou plusieurs personnes : couple naissant, couple aguerri, bande de potes. J’essaie de deviner leurs émotions et leurs sentiments en observant leurs mimiques, leurs intonations de voix, leurs postures, le langage corporel, le non verbal.

Je n’espionne pas et ne cherche pas à entendre les conversations, je ne considère pas que ce soit une forme de voyeurisme déplacé puisque ce n’est personne en particulier que je regarde. D’ailleurs, c’est toute la différence entre voir et regarder, la première action est passive, la seconde est active.

Scruter le visage d’un enfant, se dire qu’il ressemble trait pour trait à sa mère ou à son père…Se dire, tiens, telle personne respire le bonheur, celle-ci est tellement triste, cette autre a dû passer une mauvaise journée…

Je fais la même chose au boulot, j’aime deviner le département, la région, le pays d’origine d’après le nom de famille, le prénom, les accents, les expressions verbales, les imprimés des vêtements. Je trouve important de redonner une identité culturelle à la personne que j’aie en face de moi, ça me permet de comprendre ce qu’elle peut ressentir, comme la tristesse de se sentir éloigné de sa famille, de sa mère, de ses sœurs à un moment particulier de sa vie où elle aimerait partager des « choses de femmes »… J’adore demander la signification d’un prénom, pourquoi ce choix est motivé, comment se prénomment les frères et sœurs…Je trouve toujours ses échanges particulièrement enrichissants intellectuellement et émotionnellement…Et puis, cet aspect un peu Darwinien de ma personnalité m’a encore enseigné une chose…C’est que l’on peut en apprendre beaucoup sur soi-même en observant les autres…

VVB

Le BHD n°123 : Diviser pour mieux régner

 

Je souhaite évoquer aujourd’hui un concept vieux comme le monde, dont je situe le début probablement à l’ère Néanderthalienne…Il s’agit comme l’indique le titre du célèbre « diviser pour mieux régner ». D’après moi, nos vieux aïeuls ont eu l’idée d’inventer, à la base, le « séparer pour mieux bouffer » après de longues heures d’observation des prédateurs…C’est toujours grâce à l’observation que de petits être nuisibles qui ne pouvaient accéder au statut de mâles ou femelles alpha, probablement pour des raisons de forces physiques, en ont détourné le but. Ce qui au départ était une nécessité pour survivre, a évolué au fil du temps et au fil de tous les perfides et tordus de notre espèce pour être ce qu’il est devenu aujourd’hui ! Malheureusement, quand on constate avec quelle facilité il est simple à utiliser et avec quelle puissance il fonctionne, on se dit que ce serait dommage que tous les pourris de ce monde n’osent pas en abuser.

Car voyez-vous, ceci fonctionne tout aussi bien au niveau gouvernemental et politique, qu’au niveau managérial dans les entreprises de tout bord, mais également, dans le cercle intime familial…

Prenez une personne peu scrupuleuse, avec peu de valeurs, de qualités, de charisme. Pour en arriver au plus hautes marches du pouvoir, et jouir d’une certaine gloire, elle n’a d’autre choix que d’écraser les autres, de les faire se disputer, devenir jaloux les uns des autres, être manipulatrice, perverse, promettre des miettes, épuiser les patiences et les bonnes volontés. Chaque fois qu’elle gravit un échelon, elle en éprouve une jouissance extrême et monte d’un cran dans son désir de pouvoir. Plus elle divise, plus elle a du pouvoir, plus elle a du pouvoir, plus elle jouit !

Dans mon petit crâne de piaf, je me suis interrogée de manière mathématique : comment se fait-il que des dizaines, des milliers ou des milliards d’individus (en fonction de la sphère où exerce notre pervers) ne se rallient pas pour détrôner l’ignoble personnage ? Même la sexologue que je suis, ne peut se résoudre à se dire que toute l’humanité a développé un gout immodéré pour la sodomie. Pourquoi ne pas appliquer tout bonnement la maxime « l’union fait la force » qui est la devise de plusieurs pays (Belgique, Bulgarie, Angola, Bolivie, Haïti, Andorre…). Mais, oups, j’avais oublié, nous sommes en France, le pays champion toute catégorie de la contestation…Parce que pour râler, ça râle ! Mais quand il s’agit de chopper le mollet et de ne plus le lâcher, ben là, y’a plus personne…Pourtant, sauf erreur de ma part, s’unir est une méthode qui fonctionne et qui a fait ses preuves : en 1936 (les congés payés), en 1968 (tout le monde connait), en 1945 (le droit de vote des femmes), en 1975(le droit à l’avortement)…

Alors pourquoi les gens ne s’unissent pas ? Par facilité, la flemme de chercher l’info, de communiquer ? Par égoïsme, parce que notre société est dominée par l’individualité ? Par peur, celles des représailles ou de perdre certains minuscules avantages ? Je n’ai pas la réponse !

Je me dis bêtement que quand « tous les gars du monde veulent bien se donner la main », ça permet de renverser les tyrans de tous horizons quels qu’ils soient : dirigeants, cadres, agent familial toxique et pathogène, Weinstein ou Monsanto et j’en passe…Mais bon, je suis d’une naïveté parfois, qui frise l’espoir d’un monde meilleur…

VVB

Le BHD n°122 : Tous les cris les SOS

 

« Difficile d’appeler au secours/Quand tant de drames nous oppressent/Et les larmes nouées de stress/Etouffent un peu plus les cris d’amour/De ceux qui sont dans la faiblesse/Et dans un dernier espoir/Disparaissent ». Daniel Balavoine.

Depuis mercredi dernier, la mère que je suis est révoltée, indignée et en stress maximum.

Mon petit Crapaud d’amour, la chair de ma chair vit un véritable cauchemar, un événement bien trop dur à porter quand on a quinze ans et qu’un chef d’entreprise pour le moins irrespectueux, indélicat, pour ne pas tout simplement dire un parfait connard (pardon, la colère m’égare) vient d’anéantir, d’un coup d’un seul son rêve le plus cher depuis qu’il a huit ans !

Il se trouve que mon fils veut devenir menuisier chez les Compagnons du devoir.

A huit ans, son père et moi l’avions emmené au village du vieux Bournat dans le Périgord où il avait découvert plusieurs métiers manuels. C’est depuis ce jour qu’il veut être Compagnons. Au début, il voulait être forgeron, puis il s’est mis à faire des recherches, à regarder des vidéos et des reportages. En grandissant, ses choix ont évolués. Il hésitait entre chaudronnier, charpentier et menuisier. Ce n’est qu’après avoir effectué des stages en entreprises, y compris sur ses vacances scolaires que son choix s’est précisé. C’est un enfant particulièrement mature pour son âge, il est déterminé, courageux et motivé…Et je refuse l’idée qu’il ne puisse pas devenir ce qu’il souhaite être !

Mercredi dernier son « patron » s’est désisté sans autre forme de procès et il n’a pas pu faire sa rentrée qui était prévue le samedi. Dans cette organisation, c’est simple, pas de patron, pas de rentrée. Depuis, nous remuons ciel et terre pour lui trouver une place pour son apprentissage. Les coups de téléphone s’enchaînent avec les mails, les recherches sur internet, les visites chez tous les menuisiers du coin, les dépôts de CV…

Vu son âge, mon petit Crapaud ne peut rester sans être scolarisé et c’est la mort dans l’âme qu’il faut envisager le plan B du retour au lycée…Qui ne peut se faire à présent sans l’avis d’une commission de l’inspection académique…Bravo l’administration française et ses méandres tortueux, on marche carrément sur la tête !

Certains des interlocuteurs que j’ai eus, et qui, au passage, ont l’âge d’être mes enfants se sont permis de me dire que je suis une mère surprotectrice… Je veux bien l’admettre. Mais, serais-je encore une mère si je n’utilisais pas toutes mes ressources et toute mon énergie pour aider mon fils à accéder à son rêve le plus cher ?

Serais-je encore une mère digne de ce nom, détentrice de la médaille de la famille, qui plus est, si je ne me battais pas pour LUI ? Pourrais-je encore me regarder en face dans un miroir si je n’étais pas absolument convaincue d’avoir tout tenter pour l’aider ?

A quoi servirait-il d’avoir un blog et d’être rédactrice dans un magazine si ce n’est pour une fois, servir les intérêts d’une personne aussi chère à mon cœur et l’essence même de ma vie ?

Aussi, j’en appelle à vous tous, si vous avez dans vos connaissances un menuisier dans un rayon de 30 kilomètres autour d’une prévôté, contactez-moi en message privé et partagez à tout vos contacts…

Merci pour LUI…

VVB

Le BHD n°121 : Thelma sans Louise

Je m’en vais vous conter ma petite épopée personnelle et insignifiante de la semaine. Beaucoup moins glamour et exotique que le film, mais avec une fin plus marrante.

Il y a quatre ans, lorsque j’ai quitté mon domicile, n’emmenant que le strict minimum dans le but de me créer de nouveaux souvenirs dans un univers tout neuf, je me suis offert un majestueux et confortable canapé d’angle. Il est grand et large, en tissu gris clair, gris foncé (rien à voir avec Goldman) et rouge profond…Il n’avait plus de beau que le nom car devenu crado par l’usage intensif de tous les membres de cette famille, y compris Yumi, notre petite chatte bonzaï aux griffes acérées.

Depuis le début de l’été, je grimaçais constatant les ravages du temps, ne voyant plus que des traces d’ADN et autres tâches propres (c’est drôle) à réjouir la police scientifique.

Je m’étais renseignée auprès de mon pressing habituel, mais un devis prévisionnel de près de 200 euro avait refroidi mes ardeurs.

Sous l’impulsion d’une collègue bricoleuse et bien plus audacieuse que moi, me voici entrain de tenter un essai lessive sur les petits coussins décoratifs…Test concluant et passé brillamment !

Et, c’est ainsi qu’un matin dès l’aube (Euh, non, ça c’est Victor Hugo), je décide d’attaquer mon canapé par la face nord. Composition : 9 gros coussins formant le dossier et 2 immenses coussins formant l’assise. Pour les premiers, ce fut bien sûr de la rigolade avec, tout de même, un soupçon de patience.

La chevauchée non fantastique commence avec les fameux deux gros pépères qui, avec leurs immenses fermetures éclairs parcourant leur échine, avaient pourtant l’air inoffensif. Que nenni !

Je découvre que des petits « bitoniaux » maintiennent le tissu pour davantage de classe. A priori, la classe a un prix, celui de me retourner un ongle et de m’ouvrir un doigt. Le hic, c’est que je dois les découdre tout en réfléchissant au remontage…Au bout de 15, j’ai la technique et  vaincu le number one…Passage au petit frère pour me rendre compte que les concepteurs ont choisi des systèmes d’accroche différents…Je crois que l’on appelle ça la loi du « tout pour faire chier »…

Phase une réussie, maintenant, le plus facile, la lessive…Enfin, presque !Parce que quand tu sors le truc pour te rendre compte que les tâches sont ressorties et que c’est encore pire, tu utilises du savon et tu recommences l’opération jusqu’à épuisement et en pensant au sketch d’Elie Kakou…Dix lessives plus tard, fin de la phase deux, tout est parfaitement impeccable. Ô joie indescriptible ! Passage à la phase trois du remontage. Et c’est là que tu te demandes comment ils ont fait pour construire des pyramides et des cathédrales… La patience n’étant pas la mère de mes vertus, me voici pestant, rageant, gesticulante, suante et transpirante, ayant la sensation de devoir enfiler un préservatif sur un pénis trop mou et l’horrible impression de faire du rodéo sur un de ces taureaux mécaniques…Après deux heures de lutte acharnée contre mes montures récalcitrantes, et avoir rentrer tous les petits fils un à un en prenant des positions du Kâma-Sûtra, me voici enfin fière de contempler mon œuvre avec cette satisfaction hautement gratifiante du travail accompli (bien qu’étant un brin échevelée)…

Mon canapé a retrouvé sa splendeur du début et moi, je peux le dire en me vautrant dessus :  « Poltronesofà, artisan de la qualità, et voilà » !

VVB

Le BHD n°120 : Ne rien attendre et tout espérer…

En ce moment, je tente de cultiver l’art subtil et périlleux qui consiste à « ne rien attendre et tout espérer »…Ben, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas facile…Je me sens comme un funambule oscillant son pendule au-dessus du vide et peinant à garder l’équilibre pour ne pas se vautrer…

En tout premier lieu, avec mes enfants. Je renonce petit à petit et un à un à comprendre leurs attitudes envers moi. J’en souffre, c’est une réalité ! Ils construisent maintenant leurs vies en dehors de moi. Ils ont leur propre vérité sur les manquements réels ou supposés de mon rôle de mère. J’ai ma conscience pour moi, même si actuellement, elle ne pèse pas plus lourd qu’une plume dans la balance…Je patiente, attendant et espérant le jour où ils seront eux-mêmes parents…Parfois, ils doivent penser que je me désintéresse d’eux ou que je ne m’investis plus (pas de supposition, mais un peu tout de même). Seulement voilà, quand on prend « un tir » chaque fois qu’on ouvre la bouche pour donner son opinion, la meilleure solution, c’est le repli tout court et le repli sur soi-même…

« Le lâcher-prise c’est avoir suffisamment confiance en ce que nous sommes pour ne pas nous épuiser à avoir raison à tout prix…C’est ne pas chercher à être cru ou compris, même par ceux que l’on aime…C’est ne pas exiger de résultat de nous ou des autres…C’est ne rien attendre (Auteur inconnu)

Dans mon cercle relationnel, aussi, j’observe et reste spectatrice muette devant l’opportunisme de certaines personnes, devant le négativisme d’autres et je prends conscience que je peux tout simplement m’éloigner et me tenir à distance. Un peu d’écrémage est salutaire, se recentrer sur les relations qui en valent la peine et laisser partir les autres…

« La vraie richesse est de ne rien attendre des autres, la vraie liberté est de ne rien devoir à personne » (Yasmina Khadra).

Et puis, il y a l’amour… C’est d’ailleurs dans ce domaine que je patauge le plus et où ce foutu exercice est le plus difficile. Je me fais carrément la quadrature du cercle et mon cerveau (ou mon cœur) brûle et se consume en essayant de garder une distance équilatérale entre ces deux maximes : « Ne rien prévoir sinon l’imprévisible, ne rien attendre sinon l’inattendu » (Christian Bodin) et cette autre de Gustave Flaubert, « Il faut toujours espérer quand on désespère, et douter quand on espère »…

Manifestement, dans le cas présent, il ne s’agit plus de funambulisme mais de gymnastique, le grand écart facial…Parce que flûte, j’attends l’homme de ma vie et j’espère l’amour…Quitte à m’en faire cramer les neurones…

VVB

Le BHD n°119 : Bon diable de rue, mauvais diable de maison

Ce dicton, héritage de la mère de ma tante, résume à lui seul ce qu’est la maladie bipolaire…Maladie dont est atteinte ma mère du plus loin que je me souvienne.

Quiconque n’ayant jamais vécu avec un proche atteint d’une maladie psychiatrique ne peut qu’avoir une vision floue et approximative du quotidien avec notre mère. Le misérabilisme n’est pas la spécialité de la maison, je vais tout de même tenter de vous dépeindre le tableau…

Autrefois, on l’appelait la PMD, et non, il ne s’agit pas de l’acronyme d’un nouveau groupe à la mode, mais de la psychose maniaco-dépressive. Je pense qu’on pourrait aussi nommer cette maladie la grande illusion car une personne bipolaire peut avoir une vie qui s’apparente à celle de la majorité de la population générale : vie de famille, vie sociale, amis, vie professionnelle. De l’extérieur, tout semble bien se passer car le bipolaire donne le change et l’illusion que tout va bien dans le meilleur des monde…Le patient enchaîne les accès maniaques et les accès dépressifs, de manière plus ou moins rapide et plus ou moins importante selon l’individu qui n’a absolument aucune conscience du caractère pathologique de ses troubles et qui perd contact avec la réalité ( source Wikipédia).

Cette maladie est donc, à mon sens beaucoup plus terribles pour les intimes qui vivent l’enfer de l’intérieur. Imaginez quelqu’un avec une humeur aussi labile que les montagnes russes les plus vertigineuses du monde, ou alors imaginez une succession de « Kinder surprise » à ouvrir avec tantôt une belle surprise, tantôt une terrifiante.

Ma sœur et moi avons tu le phénomène pour la protéger, par honte, par pudeur, pour éviter le « quand-dira-t’on » depuis notre enfance…Mais là, il est temps de déchirer le voile…Le médecin prétend qu’elle est en « plein virage maniaque », la belle affaire, il ne la voit qu’une vingtaine de minutes par mois, il n’est pas « au front »…

Voilà comment ça se passe : phase mégalomaniaque avec  le même thème récurrent depuis toujours : le pouvoir et l’argent (une sorte de Don Salluste). Elle échafaude des projets grandioses qui devraient être réalisés au moment même où ils lui sortent de la bouche. Elle ne supporte pas la moindre petite contrariété, devient très vite ordurière (euphémisme). Elle joue parfois la carte des larmes de crocodile pour obtenir dans la seconde la réalisation de ses petits caprices. Elle rabâche toujours les mêmes souvenirs, les embellissant ou les modifiant pour en être le personnage principal. Elle est insomniaque et par conséquent passe sa vie au téléphone à emmerder (passez-moi l’expression) toutes les personnes dont les noms lui viennent à l’esprit. Le mot harcèlement n’est pas trop fort.

Même pour les familiers (collègues et amis), il est impossible de deviner la bipolarité. Madame joue son rôle. Elle est joviale, volubile, mais extrêmement superficielle. Elle plaisante beaucoup, semble à l’aise en toutes circonstances…LOL ! Tenter de vous opposer à elle et vous verrez Hulk apparaître !

Je suis la première à dire que personne ne peut soupçonner ce qui se passe dans les chaumières une fois la porte fermée…Alors, dans une société où l’on ne cherche pas vraiment à connaître l’autre, je vous laisse deviner dans quelle indifférence générale ma sœur et moi traversons ce charmant enfer…Parce que, j’allais oublier, il n’existe pas que les phases maniaques, il y a aussi la dépression, la perte de capacité d’effort et d’initiative…Sans oublier la « dysphorrée », petit terme très sympa désignant une humeur nuisible et incessible avec en prime des colères agressives et des distributions de baffes ou d’insultes humiliantes et choquantes…

Heureusement qu’elle a délégué notre éducation à d’autres membres de la famille, parce que très franchement, en France, on ne prend pas en considération la difficulté des proches à vivre avec un parent psychiatrique, parent au sens large, bien entendu…

J’ai mis des années à me détacher de ses paroles blessantes, à réaliser que toutes les mères n’étaient pas comme elle, que nous vivions en dehors de la normalité et qu’un « autre chose » était possible…Ma souffrance actuelle, c’est que ma sœur puisse être atteinte, encore maintenant, par les paroles d’une personne comme elle…

Et, comme Desproges, je ris quand j’entends que tous les enfants naissent égaux…

VVB