Le BHD n°109 : Un homme, une femme

La dernière fois que j’ai séjournée sur ma chère île, je m’étais promis de me rendre sur la tombe d’un couple d’amis…Je n’ai pas pu franchir la grille du cimetière…A mon corps défendant, je ne vais jamais, non plus, sur celles de mon papi et de mon père. Je comprends que ce soit tout un symbole pour certaines personnes, mais je ne peux pas. Chaque jour, je vois une petite mamie toute courbée partir sur la tombe de son mari avec son petit arrosoir…Non, décidément, je ne peux pas, ni le veux, d’ailleurs. Je n’ai absolument pas besoin de contempler un bloc de granit pour penser à mes proches disparus. J’ai d’autres rituels, d’autres manières de maintenir mes souvenirs d’eux. Je les enseigne à mes enfants pour qu’ils puissent rester éternels : des photos, leurs allocutions et expressions verbales favorites, leurs drôles de petites manies et tout ce qui faisait que je les aimais…

A chacune de mes visites sur Oléron, j’ai un rituel, je passe toujours devant la maison de mes amis disparus…Le portail fermé est déjà, à lui seul, une forme de deuil que je dois encaisser à chaque fois. Les herbes folles me font mal…

Pierre et Claudine étaient des gens extraordinaires, aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, ils faisaient partis de mon paysage estival. Je crois qu’il formait le couple le plus uni que j’aie jamais rencontré. Pierre n’était pas un insulaire, il était ébéniste de formation. Il a connu Claudine lors d’une mission professionnelle. Cette rencontre a scellé son destin pour toujours. Elle était fille d’ostréiculteur. La légende raconte que lorsqu’il a demandé la main de Claudine, le père de celle-ci lui aurait déclaré : « Si tu veux ma fille, il va falloir prendre la mer ! ».

C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à la tête de l’entreprise familiale, main dans la main aussi bien sur l’océan que sur la terre ferme.

Elle était volubile, il était discret. On aurait dit qu’ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, leurs âmes étaient connectées.

Elle aurait pu être ma grande sœur, elle me laissait piocher dans ses lectures, elle écoutait mes doutes, mes espoirs d’adolescente, puis de toute jeune femme et, ensuite, de femme…

Je me souviens quand on lui a diagnostiqué une espèce de saloperie de maladie dégénérative, je me souviens de son handicap, je me souviens de son départ…Tels des inséparables, Pierre n’a pas été long à la rejoindre…Et je veux croire que leurs âmes sont encore unies telles qu’elles l’ont toujours été de leur vivant…

VVB

Le BHD n°108 : Vide maison

Nous allons bientôt commencer le sixième mois d’hospitalisation de ma mère et je peux affirmer sans aucune prétention que, depuis tout ce temps, je n’ai pas ménagée ma peine pour venir à bout du merdier allégrement réparti sur les 300 mètres carrés de sa chère maison !

Quand ma sœur est venue trois semaines, nous avons commencé par les tours de déchetterie, puis l’association des Paralysés de France…Je ne vous dirais pas le nombre de tours, je crois que ce serait indécent…Ma mamie nous serine sans arrêt qu’il y a « beaucoup de choses de grandes valeur »…Peut-être, à une époque lointaine…Mais ce n’est, hélas, plus le cas.

J’ai passé 3 semaines à nettoyer et trier des bouteilles dans une cave de 9 m2, j’ai listé tout le vin avec mon grand et l’ai communiqué à des sites spécialisés…Pour au final apprendre que tout le vin de mon père était sans valeur et aurait dû être bu depuis des lustres…Quand je pense à toutes les fois où il nous a servis de la piquette…J’ai les nerfs !

J’ai passé tout autant de temps sur un seul placard de 3m3 bourré de photos et d’albums…Mon père avait jusqu’à 5 exemplaires de la même photo…Mais pourquoi ?

Ensuite, j’ai passé 2 mois à préparer un vide-maison qui s’est passé le week-end dernier. Pour l’occasion, une équipe de choc est venue en renfort : ma grande, mon petit, Pascal et Sylvie (un couple d’amis de ma frangine) et, pour finir, ma sœur (qui a eu la « bonne idée » de se casser le poignet, un doigt et des côtes, sans parler des ecchymoses multiples et variées…).

Deux jours de boulot intensif, de coups de téléphones, même une dame qui voulait me ramener des affaires de chez elle (ah, ben ça, je ne fais pas !). La maison étant en vente, il a aussi fallu jouer les agents immobiliers… Ce fut aussi l’occasion de franches rigolades, de repas sympathiques et bien arrosés, avec du vin acheté (LOL).

Il reste de gros meubles qui ne sont pas partis, des gens qui doivent s’organiser pour venir chercher ce qu’ils ont choisis, mais, toute notre équipe est plutôt fière du résultat.

Et, à l’heure où j’écris ces lignes, je peux vous dire…C’est qui la plus balèze ? C’est tata Mayonnaise, parce que si j’ai dû écourter ma journée sur Oléron, ce soir, tout le garage est vide, vous avez bien compris, vide ! J’ai reçu en début d’après midi l’appel d’une association qui voulait des dons pour une braderie le week-end prochain…Je crois qu’ils ont été servis ! 3 remorques et 3 voitures utilitaires pleines ! Yes !

Il reste encore quelques pièces et des choses que j’ai mises de côté pour donner aux amis et aux potes, mais franchement, je suis heureuse et soulagée.

En refermant la porte ce soir, je n’ai pu m’empêcher de penser à un passage du Père noël est une ordure…Quand Zézette demande : « Monsieur Pierre, est-ce que je peux prendre les coquilles d’huîtres ? »…Et qu’il répond : « Tant que ça fait plaisir et que ça débarrasse »…

VVB

Le BHD n° 107 : La 344ième…

Il se trouve que dans ma jeunesse, j’ai eu recours à l’IVG…Je venais de rencontrer celui qui serait un jour mon mari et je venais de me séparer d’un homme qui ne voulait absolument rien construire avec moi, l’idée du mariage et des enfants lui filait des crises d’urticaire et de plus, il se payait le luxe d’avoir des aventures de droite et de gauche, s’imaginant bêtement que je ne m’en doutais pas. Je prenais, bien évidemment, la pilule. Après une rupture houleuse, il m’a adressée une lettre dans la quelle il disait que s’il m’avait mise enceinte, jamais je ne serais partie…Là, j’ai eu comme un déclic…Les symptômes bizarres que j’éprouvais depuis quelques semaines, c’étaient ceux d’une grossesse…Processus enclenché, les délais étaient encore bons. Je ne voulais pas commencer une nouvelle histoire d’amour avec un fardeau qui n’avait rien à y voir…Attention, je ne cherche absolument pas à justifier mon geste, j’explique simplement. Les femmes doivent gérer environ 40 années de contraception, et rien que ce fait, il y aurait matière à ruer dans les brancards…C’est encore à nous de gérer les potentielles tuiles qui se mettent sur notre route. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance, de pouvoir bénéficier d’un avortement, de pouvoir décider de ma vie…Ce n’est pas un choix que l’on exécute de gaité de cœur…D’ailleurs, ensuite, il a été nécessaire que je reçoive des traitements pour être enceinte de mes deux premiers enfants…Lutte du corps et de l’esprit qui ne pardonne pas, sûrement, un geste contraire à la nature première de la femme. Enceinte sous pilule et infertile…Un comble ! J’ai eu honte pendant plus d’une décennie, mais de quoi, au juste. D’avoir été trahie par un homme, par ma contraception, ou les deux ? Pas de mon choix, en tout cas.

 

En 1971, est paru le manifeste des 343 salopes. Ces femmes reconnaissaient s’être fait avorter pour défendre le droit à l’avortement…Et ce n’est que le 26 novembre 1974, après une brillante intervention de Simone Veil à l’Assemblée nationale que la loi sera promulguée…Le 17 janvier 1975…

En France, un tiers des femmes ont recours à l’IVG au moins une fois au cours de leur vie.

Il suffit malheureusement d’ouvrir la page Google aux actualités sur l’avortement pour se rendre compte que les droits des femmes sont précaires en ce domaine, même lorsqu’il s’agit de l’interruption médicale de grossesse…Argentine, Irlande, Salvador, Pologne, Italie, Belgique, sans parler des Etats Unis et des pays où la religion l’interdit formellement…

En France, en ce moment, le HCE (Haut Conseil à l’Egalité) appelle à faire de la Constitution un texte garant de l’égalité hommes/femmes via 9 recommandations de modifications. Notamment, garantir comme droit fondamentaux le droit à l’avortement et à la contraception, le droit à une vie sans violence sexiste et sexuelle, le droit de bénéficier à égalité des financements publics. Première lecture à l’Assemblée et au Sénat prévue le 9 mai…Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser aux paroles de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

 

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_rapport_constitution-garante-v4.pdf

 

https://www.nouvelobs.com/societe/20071127.OBS7018/le-manifeste-des-343-salopes-paru-dans-le-nouvel-obs-en-1971.html

VVB

Le BHD n°106 : Musique, Maestro !

 

Il n’est un secret pour personne que je chante faux et que je n’ai pas la chance d’avoir l’oreille musicale…Ce que je regrette, car j’adore tout de même pousser la chansonnette…Je le fais, mais je réserve ça à l’habitacle de la voiture où lorsque je suis seule à la maison. J’ai déjà tenté de chanter au boulot…Mais ça donne des envies de meurtres à mes collègues…

Je ne sais pas si certaines ou certains d’entre vous connaisse ce film, Professeur Holland, avec l’excellent Richard Dreyfuss, dans lequel il écrit une œuvre musicale magistrale tout au long de sa carrière, avec beaucoup de difficultés dues aux aléas de sa propre vie quotidienne…

Bref, j’ai tout de même la singularité d’associer des gens ou des événements particuliers de ma vie à des chansons…Habitude étrange…Ainsi, si la vie était une symphonie, je crois que la mienne ressemblerait à ceci…

Tout d’abord, ma chanson, celle qui parle de moi, c’est Ella elle l’a de France Gall (bien que je ne sois ni noire, ni chanteuse). Sensualité d’Axelle Red pour mon ex-mari et Là-bas de Goldman pour tous ses départs en mission…A croire que cette chanson avait été écrite pour nous…Mon premier amour, Week-end à Rome d’Etienne Daho, Aux sombres héros de l’amer et Noir Désir pour un autre amoureux…Mon grand frère de cœur est indissociable de Dire Straits et Money for nothing.

Mes enfants…La grange de ZZ top c’est mon grand, pour son énergie et ses excès. Ma grande, c’est Abba et Mama Mia parce qu’elle est une grande fan et que c’est un excellent souvenir mère/fille. Ma petite, c’est la musique du Dernier des Mohicans parce qu’elle est forte, déterminée, courageuse et parfois emmurée dans le silence de ses colères. Mon petit Crapaud, c’est la comptine une Souris verte pour toutes ces fois où je lui ai chantée afin qu’il s’endorme…Il y a aussi Africa de Toto pour nos délires en voiture…

Ma bonne humeur s’accompagne d’un Amour à la plage de Niagara. J’entends toujours Thunderstruck d’ACDC lorsque je contemple mes tatouages…

Je n’oublie pas Sangria gratuite qui m’évoque forcément toutes ces formidables soirées et nuits paloises avec mes amis et potes, je pense en particulier à la TranshumanceLes Moutons de Matmatah m’emmènent invariablement en Bretagne et me donnent envie de danser celtique…

Il reste encore, merci de ne pas se moquer…Je vais t’aimer de Sardou et cet espoir fou qu’un homme  la chante juste pour MOI…

Je m’aperçois depuis quelques temps que je m’étais beaucoup privée de musique depuis ma séparation, crainte d’entendre une mélodie qui réveille de douloureux souvenirs…

Une réplique d’un Indien dans la ville s’impose à moi : « Au début, tu as toujours l’image devant les yeux mais elle s’éloigne petit à petit. Puis un matin, tu te réveilles, tu vois la vie devant toi. Puis il y a cette image en plein milieu. Et elle est belle dans le paysage, ça s’appelle un souvenir ».

Ne me demandez ni pourquoi, ni comment, un nouvel air vient de s’accrocher à ma partition, il s’agit de Musica è d’Eros Ramazzotti et Andréa Bocelli…Le début d’une nouvelle ère…

VVB

Le BHD n°105 : Des mots, rien que des mots

Baobab : J’adore le mot. Je trouve qu’il résonne comme une formule magique sortie tout droit de Poudlard. J’admire l’arbre, sous toutes ces formes, parfois tortueuses et inquiétantes. Il paraît mort et incroyablement triste en fin de saison sèche. Mais dès que les premières pluies arrivent, il retrouve toute sa majesté, sa splendeur, comme si la sécheresse n’avait jamais existée. Je me sens comme un baobab…J’attends…

 

Déforticilisation : un mot qui claque et qui pète…A condition de le prononcer correctement et sans bafouiller. Je l’ai appris lors de mes études de « sexo ». Une fois qu’on en connait le sens, il reste tout de même très difficile à replacer dans une conversation courante…Il s’agit de la raréfaction des poils de culs après la ménopause, une sorte de dépilation due à l’âge…Avouez qu’après avoir passé des années à s’épiler, c’est un comble.

 

Sérenpidité : c’est le fait de trouver « autre chose que ce que l’on cherchait ». Cela rejoint pour moi cette parole de sagesse du Dalaï Lama : « Rappelez-vous que le fait de ne pas obtenir ce que vous désirez est parfois un merveilleux coup de chance ». Entre coïncidences et synchronicités, je patiente pour découvrir ce que l’avenir me réserve de beau et de merveilleux…

 

Epigénétique : j’en ai déjà parlé, il s’agit de l’influence de notre environnement sur notre capital génétique. Je regrette juste que ce phénomène ne soit pas davantage évoqué dans les médias à destination du grand public. Cela prouve bien, une fois n’est pas coutume, que l’important n’est pas les cartes que l’on reçoit à la naissance, mais ce que l’on en fait par la suite.

 

Assertivité : c’est la capacité à exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres. C’est aussi le refus d’avoir recours à certains comportements : la domination par la force ou par la ruse, la soumission (fuite ou abandon) et les manipulations mentales. C’est également l’art de faire passer un message difficile sans passivité et sans agressivité (source Wikipédia). Il y a une quinzaine d’années, excédée par le comportement de certains collaborateurs irrespectueux, j’avais suivi une formation pendant laquelle j’ai appris une réponse à faire à un homme insultant…Je n’ai pas encore réussi à m’en servir…C’est presque devenu un fantasme…C’est pouvoir dire : « A chaque fois que vous faîtes ça, ça m’excite ! ».

VVB

Le BHD n°104 : Le cri de la mouette

Durant plus de 25 ans, je fus une sage-femme de salle (comprenez salle de naissance ou salle d’accouchement), c’était ma vie, mon univers. J’y vivais du stress, du bon comme du mauvais, mais je m’y épanouissais, je faisais ce pourquoi j’étais faite comme une accro à l’adrénaline, agir dans l’urgence, stimuler mes neurones et ma réactivité, mon poste de prédilection ! Et surtout, j’y vivais ce moment unique en tous, celui qui me faisait vibrer plus que tout…Une petite tête montant sur un périnée et quelques efforts plus tard…La venue au monde d’un petit être tout neuf ! Sublime but ultime de ma vie professionnelle.

De l’énergie, j’en ai donnée sans compter. C’était tous les jours ou presque la finale des jeux olympiques. Ma grande spécialité : la rotation manuelle de la tête fœtale pour éviter un forceps à mes patientes (évidemment quand la nécessité l’obligeait, je ne voudrais pas être accusée de violences obstétricales).

Un jour, une première blessure est survenue, mais pas d’arrêt, sinon, les copines doivent vous remplacer sur leurs repos et ce n’est pas acceptable, c’est même carrément inconcevable.

D’autres accouchements difficiles se sont présentés: procidence, dystocie des épaules, des manœuvres particulières qui demandent force, dextérité et énergie.

Et enfin, le 20 octobre 2016, le geste de trop, épaule droite en vrac (mon bras principal) avec même des paresthésies de la main jusqu’au visage…

Je me sens comme une mouette à qui on aurait sectionné les rémiges. Je peux toujours voir l’océan, sentir les embruns, le vent, être sur le sable…Mais je ne peux plus survoler la mer, suivre le rythme des marées. J’ai perdu l’essence même de mon être profond…Professionnel, j’entends.

J’ai mis des mois à accepter l’inacceptable…

J’ai vécu avec une douleur intense tant physique que psychologique. Les examens médicaux se sont enchaînés et enfin, le rhumatologue qui ne comprenait pas pourquoi j’avais attendu si longtemps pour venir le voir : mon presque sauveur ! Plusieurs infiltrations, la petite bataille juridico-administrative pour me faire reconnaître en maladie professionnelle, parce que, tout de même, je n’ai pas fait ça en faisant des crêpes ! Tant que, selon la formule consacrée, la mère et l’enfant vont bien, personne ne se demande si la sage-femme va bien…Je ne regrette pas ce que j’ai fait, ce serait à refaire, je ferais mon devoir en conscience…

Vendredi dernier, nouvelle consultation chez mon chirurgien orthopédiste préféré. Préféré parce qu’il m’a fait entendre que ma vie professionnelle n’est qu’une partie de ma vie et que la « salle » n’est qu’une partie de mon boulot. Le verdict est tombé comme un couperet : ma tendinite chronique de la coiffe des rotateurs évolue défavorablement, l’intervention est la seule option !

J’ai failli fondre en larmes…Je ne l’ai pas fait. J’ai un délai, jusqu’en janvier, dernier carat, sinon mes autres tendons vont souffrir et je suis trop jeune pour baisser les bras ! Positivons, la bonne nouvelle dans tout ça c’est que je sois trop jeune !

VVB

Le BHD n° 103 : Rat de bibliothèque

Une amie m’a offert pour noël  un livre en me disant que je me retrouverais dans l’univers des « Harry Potter ». Je n’avais pas eu le temps de m’y plonger, occupée par dessus la tête avec ma mère.

J’y suis tombée depuis une semaine et je suis presque à la fin du tome deux, le prochain m’attendant patiemment sur ma table basse. Je dois me raisonner pour manger et dormir tellement je suis passionnée…Cela m’a rappelé la petite fille puis l’adolescente toujours le nez fourré dans un livre. Je crois que cette passion ne m’a jamais quittée depuis le CE1 où je dévorais mon livre de lecture pendant les week-ends et les vacances scolaires, pressée de connaître la suite de l’histoire d’Amadou le Bouquillon…

La lecture fut un moyen d’échapper à ma vie réelle peuplée le plus souvent par les disputes de mes parents biologiques. Je me réfugiais dans les toilettes seul endroit où je pouvais avoir de l’intimité et d’où on ne me demandait pas de sortir (il n’y avait pas encore de portable). Ensuite, j’ai découvert une meilleure cachette : la niche du chien, lui roulé en boule et moi la tête sur son dos avec une lampe de poche. Mon univers était celui des  Jojos lapins, du Club des cinq, des Alice, des Sœurs Parker, des histoires de la Comtesse de Ségur. Quand la puberté est apparue, je me suis lancée dans les Harlequin, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Une amie d’Oléron me prêtait en cachette tous ses livres. Au collège, ma carte de bibliothèque était la plus remplie. Je relisais même mes ouvrages préférés. Découvrant qu’un centre social associatif avait ouvert ses portes au bout de ma rue, j’ai pris une carte d’adhésion pour assouvir mes neurones. Le lycée fut moins drôle avec des lectures contraintes pour découvrir les « grands auteurs classiques » : Voltaire et Rousseau ne m’ont guère réjouie, ni Balzac. En revanche, Victor Hugo, Alfred de Vigny, George Sand, les sœurs Brontë furent merveilleux à découvrir et sont toujours dans ma mémoire…Jane Eyre…Je suis fan inconditionnelle…Je réussis, malgré tout, à caser Barjavel, expérience magique et fabuleuse. Je reste toujours aussi surprise qu’aucun de ses romans n’aient été portés à l’écran…

Les études(les ouvrages médicaux ne sont pas ma tasse de thé) et ma vie de mère m’ont écartées de la lecture. De celle que je souhaitais. J’ai pris un réel plaisir à faire la lecture à mes enfants : les histoires du père Castor, celles de l’école des loisirs, prendre des voix différentes selon les personnages, de petits moments de bonheur intense de maman. J’ai d’ailleurs transmis le virus des livres à ma plus grande fille.

Lorsqu’ils ont grandi, j’ai enfin pu renouer avec mes très chers livres. Je me souviens précisément quand : Nous étions en vacances chez mes beaux-parents et un petit cousin ne voulait pas partir se balader avec les autres, il voulait finir son bouquin et je devais rester avec ma troisième qui faisait sa sieste…Il m’a prêté le premier tome…C’était Harry Potter…Je l’ai dévoré dans la journée et je n’ai pas dormi de la nuit pour finir le second…J’avais remis le doigt dans l’engrenage…Pur bonheur, pure délectation…La lecture m’avait cruellement manquée.

Quand on grandit dans une famille qui n’est ni aimante, ni affectueuse, ni bienveillante, la lecture se révèle une véritable ressource d’étayage. Au-delà des connaissances, elle m’a permis de découvrir toute la palette des sentiments et émotions, un vocabulaire riche, de pallier aux carences, de devenir, le temps d’une histoire une héroïne… Elle m’a donnée « des racines et des ailes ».

VVB

LE BHD n° 102 : Les promesses de l’ombre

J’adore ce film, d’une part parce qu’il raconte l’histoire d’une sage-femme, d’autre part parce qu’on y voit le très beau Viggo Mortensen dans son plus simple appareil…Mais je m’égare…

Je reviens sur l’avenir de mes jeunes consœurs et pire encore sur tous les jeunes qui envisageraient de s’engager dans la voie de devenir sage-femme et je leur dirais de changer de cap illico presto !

Voici le troisième quinquennat où l’on nous promet monts et merveilles pendant la campagne…Et après, plus rien ! Il faut dire qu’un groupe de 30 000 personnes, ce n’est rien, ça ne pèse pas dans la balance…Et pourtant, nous avons été présentes, de près ou de loin, à chaque naissance de tous les membres du gouvernement…Un de mes slogans préférés des nombreuses manifs auxquelles j’ai participées est : « On vous a tous vus tout nus, on vous a tous tenus dans nos bras »…Mais c’est oublié ! Ça commence tôt l’Alzheimer chez les parlementaires…Même Jospin qui avait pourtant une mère sage-femme et militante, n’a pas levé le petit doigt pour nous…Il faut dire que nombres de parlementaires sont des hommes médecins…Vous avez dit « société patriarcale », je crois que nous avons ici un exemple criant de sexisme, et oui, j’ose le dire !

Cette chère Marisol Touraine nous a confondues en son temps avec des aides-soignantes… Sans commentaire !Puis, elle a refusé que nous devenions, enfin, après des décennies d’espérance, praticiens hospitaliers SF, un statut que nous devrions avoir depuis Kouchner(Il a été à un poil de nous l’accorder)…Par contre, elle a su ajouter à nos compétences le suivi gynécologique des femmes tout au long de leur vie génésique  ainsi que le droit de pratiquer les IVG médicamenteuses…Bonnes à tout, bonnes à rien ! Il a été établi que nous serions praticiennes de premier recours…Eh ho, est-ce que quelqu’un est au courant ? A par nous, visiblement non ! Ah, mais j’oubliais, pour nous, ce terme de « praticienne »…C’est le mot tabou ! Attention, jamais, ô grand jamais nous n’avons voulu devenir « calife à la place du calife ». Nous ne sommes pas médecins, nous n’avons jamais voulu l’être. Mais tout de même quand on sait que pour la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie), les accouchements pratiqués par les sages-femmes hospitalières apparaissent comme étant réalisés par des médecins et que cela rend nos actes invisibles…Il y a de quoi éprouver une colère légitime. Cela devait changer après la grève de 2013, mais pas de nouvelles…Dans le cas présent j’émets le doute raisonnable que ce soit synonyme de bonne nouvelle. Je n’ai parfois plus la force de partir à la pêche aux infos.

Finalement, entre le Moyen-âge et le XXIe siècle la progression fut la suivante : sous l’inquisition, nous étions condamnées au bûcher pour sorcellerie. A présent, le bûcher subsiste sous d’autres formes plus vicieuses : chômage, précarité, salaire minable, mobilité…Ce qui est retors, malsain, insidieux et au final, bien plus cruel…La mort est plus lente ! Plus douloureuse, aussi…

Combien de siècles encore les sages-femmes devront-elles attendre que l’ombre des promesses devienne les promesses qui sortent de l’ombre ?

VVB

 

 

Le BHD n°101 : Profession de foi

 

Oserais-je dire que j’ai mal à ma profession, oui ! En ce jour où démarre des actions de grève sur tout le territoire, oui !

Hier encore, je discutais avec des collègues et copines : de plus en plus nous venons travailler avec la boule au ventre, certaines pleurent même dans leur voiture avant de se rendre au vestiaire…C’est insupportable, intolérable…Et personne n’entend, personne ne comprend.

Je suis militante, je fais partie de plusieurs groupes de sages-femmes, de forums de discussions…Les discours sont unanimes ! Nous sommes pressées, essorées, contraintes. L’augmentation du numérus clausus en vue de pallier au manque de gynécologues de ville nous a été plus que préjudiciable. Il existe un taux de chômage énorme dans la profession. Les CDD pourris d’un mois renouvelable ad vitam aeternam sont légions. Mes jeunes collègues entendent régulièrement « que si elles ne sont pas contentes, il y a « d’autres CV sur le bureau »…Insoutenable ! Elles sont payées au lance pierre, 1400 euro brut après avoir fait 5 années d’études supérieures et pour avoir la responsabilité de deux vies à chaque accouchement, de qui se moque-t-on ? Profession médicale à compétences définies…Profession médicale mon cul ! Ah, quand il s’agit des tribunaux, c’est oui ! Mais quand il s’agit d’être reconnues par nos confrères médecins, pour les budgets de formations continues ou bien encore pour se faire sucrer des jours de RTT, alors là, bizarrement, nous sommes classées personnel non médical ! La profession cul entre deux chaises par excellence ! Jamais dans la bonne case ! Nous sommes dans ce qui s’appelle une niche professionnelle (notre métier est ultra spécifique) ce qui signifie que pour changer de voie professionnelle, nous devons reprendre entièrement, ou presque, un nouveau cursus scolaire.

Et moi, je les vois toutes ces consœurs qui veulent changer de profession, faire autre chose pour ne plus être en précarité, plus ne plus être soumise à la mobilité, pour pouvoir se construire une vie privée, mais aussi une vie privée de cette profession qu’elles avaient choisi avec amour, force et conviction ! Et tout ceci me fait mal et me bouleverse…Si une profession a bien à souffrir depuis des siècles de sexisme, c’est celle-ci. (Pour celles que ça intéresse, je vous invite à lire « l’accouchement est politique » de Laetitia Négrié et Béatrice Cascales). Nous avons aussi été dénigrées par les récentes polémiques autour des « violences obstétricales », ça laisse des traces !

Moi la première, demain, on me propose un autre boulot avec le même salaire, je quitte la FPH dans la seconde ! Nous n’en pouvons plus des tâches administratives sous lesquelles on nous ensevelie, d’être traitées comme de vulgaires pions, d’être rappelées sur nos repos, de ne pas avoir nos plannings en temps et en heures, de ne jamais avoir nos vacances selon nos choix au détriment de notre vie privée, d’avoir un salaire en dessous du niveau de nos compétences. Nous n’en pouvons plus du manque de reconnaissance, du manque de respect non seulement en tant que professionnelle, mais également en tant qu’individu.

Quand j’ai commencé d’exercer, l’âge de la retraite était fixée à 55 ans, il est maintenant à 62 et ne cesse de reculer…Je me vois bien courir pour une urgence vitale à cet âge…Serais-je encore efficace ?

Chacune de nos grèves et revendications sont bien accueillies par le public, mais ne mènent nulle part parce que nous sommes réquisitionnées et que le boulot continue d’être fait, nous sommes transparentes. Dernièrement, on nous reproche même la baisse de la natalité…Ben voyons…

Je crois que la seule chose qu’il nous reste, encore, envers et contre tous, malgré la lassitude grandissante et étourdissante, c’est l’amour de notre profession, mais pour combien de temps encore ?….

VVB

Le BHD n°100 : Cent patates !!!

Mon centième billet d’humeur ! Tout à fait incroyable quand j’y pense !

Voilà déjà un peu plus de deux ans que je me suis mise à coucher mes émotions et mes humeurs sur le papier…Et à les partager avec vous…Certains d’entre vous  sont de parfaits inconnus, certains sont des amis proches et fidèles…

Un grand merci à tous ceux et toutes celles qui me lisent, qui commentent, qui partagent, à tous ceux et toutes celles qui m’ont soutenue dans les heures les plus sombres, qui m’ont redonnée le sourire, qui m’ont fait rire, qui m’ont emmenée danser, boire un verre ou un café.

Je vous confie mes doutes, mes joies, mes peines et mes colères, sans oublier mes espoirs et mes rêves.

Bien sûr, mes billets ne sont qu’une petite partie de ma vie et oserais-je dire de ma personnalité, mais c’est une véritable thérapie par l’écriture. Ils m’aident à me relever, à analyser, décortiquer, comprendre, me faire évoluer (dans le bon sens du terme), à devenir une meilleure personne que celle que j’aie pu être par le passé. Grâce à eux, j’ai crevé des abcès purulents, j’ai évacué ma colère, je l’ai transformé en quelque chose de positif. J’ai pris conscience de ma valeur, du sacré et du divin qui résident en chacun de nous et je ne parle évidemment pas du côté théologique de la chose.

Pour ce centième billet, je voulais quelque chose de léger et de pétillant comme une coupe de champagne et trinquer avec vous de mon bonheur à être lue…Un de mes billets a été consulté plus de 60 000 fois, c’est absolument incroyable, formidable et même un peu …jouissif.

Mais je ne peux pas parler que de moi alors que nous venons de perdre un de nos plus grands génies contemporains, un être solaire que rien ne prédestinait à une vie aussi exceptionnelle.

A lui seul, il est la preuve vivante que le handicap n’est pas une fatalité, il a aimé, il a été aimé, il a eu des enfants. Sa volonté de vivre, son intelligence hors normes, sa réussite, la beauté de son âme, sa force resteront des exemples pour l’humanité toute entière. Je veux bien entendu parler de Stephen Hawking. Si vous ne l’avez déjà fait, je vous invite à découvrir le film retraçant sa vie : «  Une merveilleuse histoire du temps » avec Eddie Redmayne qui endosse le rôle de manière bluffante et époustouflante ! Pas de panique, il n’est pas nécessaire d’être diplômé d’Oxford ou astrophysicien pour le regarder…Quelle leçon de vie…

J’emprunterais donc ses mots pour conclure aujourd’hui : « Cet univers ne serait pas grand-chose s’il n’abritait pas les gens qu’on aime ».

VVB