Modifications corporelles: le piercing

Guerrier de Papouasie

Le piercing ou plus exactement “body piercing” désigne à la fois le procédé: percer la peau, le résultat et l’objet bijou mis en place. De nombreuses sociétés traditionnelles pratiquent le piercing, notamment du nez, des oreilles ou de la lèvre, pour des raisons le plus souvent ornementales, pour reconnaître la personne en tant que membre de la communauté, ou dans des perspectives magiques ou initiatiques… Le piercing s’accompagne souvent d’autres modifications corporelles, peintures rituelles, scarifications, tatouages…

Jeune femme Masaï

Aujourd’hui dans le monde occidental, le piercing est devenu une mode. Pourtant, il a longtemps été considéré comme un indice de marginalité. Les marins portaient un anneau dans le lobe de l’oreille, l’imagerie populaire représente toujours le pirate avec cette parure. De même les gens du voyage, éternels proscrits, arboraient-ils des boucles d’oreille.  La réprobation culturelle envers le piercing prendrait, selon Jacques Berlioz, Directeur de recherches au CNDS, son origine au Moyen âge. La religion chrétienne interdit formellement toute modification du corps que l’on considère comme une création divine, donc sacrée. En 1299, Le pape Boniface VIII interdit de démembrer le cadavre des suppliciés, et les châtiments mutilants sont rares. On n’hésite cependant pas à percer la langue des menteurs ou des parjures…

Jacques Berlioz cite l’historien de l’art, Denis Bruna, qui analyse le tableau de Jérôme Bosch “le portement de la Croix” (1564, Musée de Vienne) et souligne la présence de personnages arborant sur leur visages divers bijoux, anneaux, chaînettes, broches et autres pendentifs. Ces personnages, une sage femme incrédule, un vieillard lubrique, des infidèles, des noirs, représentent autant d’ennemis de la religion… Au moyen âge, il est fréquent que certaines catégories sociales, ethniques ou professionnelles soient tenues de se rendre visibles par des marques d’infâmie: tissu à rayures pour les bourreaux, robes vertes pour les prostituées, anneaux d’oreilles pour les femmes juives, etc.

Cependant, le piercing n’a jamais totalement disparu au cours de l’histoire, et la boucle d’oreille a été de nouveau très à la mode à partir du XVe siècle. Certains rois de France, tel Henri III en ont porté ostensiblement ou fait porter à leurs proches. L’idée de mutilation a disparu laissant place au désir de parure…

Le piercing  fait un retour en force depuis les années 80, le mouvement punk. Il symbolise alors la rébellion et la revendication d’utiliser son corps à sa guise, quitte à le mutiler. Aujourd’hui la pratique s’est banalisée. Il faut savoir que jusqu’à une époque récente, la législation française l’interdisait car toujours considéré comme une mutilation corporelle; le piercing des oreilles était toutefois toléré.

Ce sont généralement des jeunes qui se font poser un piercing, on peut comprendre cela comme une conduite d’affirmation de soi, de provocation, de volonté d’appropriation de soi à travers la modification corporelle. Le piercing oblige à effectuer des soins d’hygiène, une fois effectué, il faut souvent plusieurs semaines avant que la cicatrisation soit complète, ensuite il faut continuer de faire attention à l’état de propreté du piercing. Le piercing rend le corps plus présent à la conscience, et c’est probablement un de ses plus secrets avantages. 

Porter un piercing c’est être aussi une marque d’affiliation qui permet d’afficher son appartenance à un groupe de référence.

Dans d’autres cas, le piercing symbolise une appartenance affective et ou sexuelle.

Le sens du piercing, comme celui du tatouage dépend aussi de sa localisation sur le corps qui détermine qui pourra le voir. Les piercings intimes sont rarement portés et demandés par les très jeunes, mais bien davantage par des personnes qui assument leur sexualité avec ses choix personnels.

Les piercings génitaux

Les piercings génitaux de la femme sont réalisés au niveau du capuchon du clitoris, qui peut être percé sur un plan horizontal ou vertical, les grandes et les petites lèvres. La grande majorité des professionnels refusent de percer le clitoris car, outre la douleur provoquée par l’intervention, on risque une perte totale ou partielle de la sensibilité clitoridienne.

Le piercing génital féminin apparaît comme une affirmation de l’identité personnelle: le corps est un terrain d’expression de soi, porteur de marques volontairement décidées, le piercing témoigne, raconte, donne à ressentir.  Des raisons esthétiques sont souvent invoquées, mais, pour le piercing du capuchon du clitoris, beaucoup cherchent à améliorer la qualité de leurs sensations. Porter un piercing génital c’est aussi une affaire de “propriété” et “d’appartenance”.  Le piercing représente un moyen de revendiquer la “propriété” de son corps dans ce qu’il a de plus intime et par là même se libérer de l’emprise masculine. Mais le contraire existe aussi car le piercing peut être un signe d’appartenance.

Prince Albert

Le piercing génital masculin le plus connu est le Prince Albert. La légende raconte que l’époux de la Reine Victoria s’était fait poser un tel bijou afin de pouvoir fixer son pénis le long de sa jambe pour le dissimuler lorsqu’il portait les pantalons très moulants et la redingote ouverte à la mode à cette époque. D’autres sources affirment que le Kama soutra fait lui aussi référence à ce genre de bijou . Bien que le résultat soit assez impressionnant, la pose d’un Prince Albert n’est pas nécessairement très douloureuse selon les témoignages, les professionnels du piercing, quant à eux affirment que le Prince Albert cicatrise et guérit rapidement. 

Le Piercing dit apadravya est une tige qui traverse verticalement le gland et passe par l’urètre. Il existe d’autres sortes de piercing: Ampallang, Afada, Guiche, etc…

Si le port d’un tel bijou modifie les sensations, il ne semble cependant pas les améliorer de façon importante ni pour le porteur ni sa (son) partenaire…

Le piercing du téton

Les hommes comme les femmes choisissent parfois de porter un piercing des tétons. Selon les perceurs, l’une intervention provoque une douleur très vive, mais de très courte durée. Ce piercing est à la limite de l’intime, la femme peut choisir de le dévoiler à la plage, de le laisser deviner sous un vêtement léger ou de le garder secret.  Une fois cicatrisé, ce piercing peut être une source de sensations agréables, mais, chaque cas est particulier. 

Le pouvoir érotique, la recherche de sensations sont les principales motivations, la crainte de la douleur ne fait pas obstacle, mais représente quelque fois le “prix” à payer pour s’offrir une allure plus “sexy”….

Les modifications corporelles comprennent aussi d’autres pratiques comme le branding ou marquage au fer rouge, les scarifications, et l’implantation de petits éléments sous la peau. Il s’agit du “body art”. Apparu dans les années 70 en Californie, la mise en scène de ces pratiques donnait lieu à des spectacles souvent assez sanglants. Si la tatouage et le piercing sont clairement compris et généralement bien acceptés,  les autres pratiques du body art restent largement minoritaires.

REF: Denis Bruna, Piercing. Sur les traces d’une infamie médiévale, Paris, Textuel, 2001. Michel Pastoureau, Rayures : une histoire des rayures et des tissus rayés, Paris, Le Seuil, 1995. Agostino Paravicini Bagliani, Le Corps du pape, Paris, Le Seuil, 1997. Aglaja Stirn Body piercing: medical consequences and psychosocial motivation, The Lancet 2003; 361, 1205-15, Francfort Jacques Berlioz Le « piercing » aussi a une histoire, L’histoire N°259

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Auteur/autrice : Patrice Cudicio

Médecin

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