Sexualité et mariage. Font-ils toujours bon ménage ?

La sexualité à l’épreuve de l’engagement.

Le sexuel devient de plus en plus l’acte fondateur du couple marié et l’élément primordial à sa survie, alors qu’il y a seulement quelques décennies, il n’en était qu’une conséquence et ne constituait pour l’essentiel qu’un devoir matrimonial. Pourtant – et paradoxalement pour certains – à la lune de miel si prometteuse en délices et plaisirs, se substitue une lune de fiel où ardeur et désir sexuels font dramatiquement défaut. Est-ce la peur de l’engagement juré devant l’autel qui tétanise et anéantit leur libido ?

La vie sexuelle du couple s’articule habituellement autour d’un certain engagement affectif liant explicitement ou plus implicitement les partenaires. Or, pour certains, le terme « engagement » résonnerait avec contrainte, obligation voire emprisonnement. Ainsi, bien qu’ils s’engagent l’un envers l’autre officiellement par le truchement des liens du mariage, ils s’en désengagent inconsciemment en se défilant sexuellement. Leur frayeur de s’engager empoisonne sournoisement l’intimité de leur couple et laisse maints troubles sexuels prendre les devants et envahir la scène de leurs ébats. 

Danielle et Henri font partie de ces couples incapables de s’investir sexuellement dans leur engagement à l’autre. Mariés depuis six mois, Henri est un fonctionnaire âgé de 38 ans et possède beaucoup de temps libre tandis que Danielle est architecte et enchaîne projet sur projet, sans répit. Son rythme effréné de travail l’amène à se rendre sur les chantiers dès le petit jour pour ne rentrer qu’à la nuit tombée, et parfois même plus tard. Henri, quant à lui, s’occupe des courses et vaque à ses diverses occupations. Quand Danielle rentre épuisée d’une journée stressante de travail, le dîner est prêt et Henri l’attend docilement, fidèle au poste. Pourtant, quand dans la soirée, Danielle exprime le désir de faire l’amour, Henri bien que frais et dispos s’esquive la plupart du temps. Tous les prétextes sont bons : un genou qui fait mal après un match de foot, une douleur au dos, une émission à la télé. Même quand il se laisse convaincre ou qu’il cède à la pression de son épouse, les érections sont souvent absentes au rendez-vous. Désemparée et excédée, Danielle envisage la rupture.

La sexualité est un engagement en soi

Le déroulement du rapport sexuel place systématiquement ses protagonistes dans « l’ici et le maintenant ». Donc un positionnement dans le moment présent nécessaire au plaisir sexuel. Par ailleurs, cette disponibilité sine qua non à la jouissance des partenaires quand ils font l’amour se marie mal avec leurs projections dans l’avenir. Et pourtant, qui dit « faire l’amour » sous-entend bien un certain engagement qui unit les deux amants, qu’il s’agisse d’un engagement physique ou psychique, sentimental ou émotionnel, relationnel ou social. L’acte sexuel s’inscrit ainsi presque toujours dans une trajectoire de vie, dans un projet futur. Sans oublier que la sexualité exige des ses acteurs un vrai don de soi et une union à l’autre répété à chaque rencontre. L’on comprend donc que toute crainte de l’avenir et de l’engagement qu’implique la sexualité peut perturber son déroulement dans l’instant T présent. Saboter sa relation intime à l’autre revient donc à refuser inconsciemment cet engagement implicite. 

« Je suis mariée depuis maintenant près de 6 ans, explique Loubna, 33 ans, franco-libanaise. Avant le mariage, tout se passait très bien entre nous. Nous n’avions pas attendu de nous marier pour consommer, et ce fut sans regrets. Nous avions une bonne entente sexuelle et nous étions tout deux satisfaits. Avec le mariage, Nous avons vécu beaucoup de problèmes de couple sans pouvoir vraiment communiquer. Ce manque de dialogue a causé beaucoup de frustrations, spécialement pour mon conjoint, Hassan.  Il a eu le sentiment de ne pas avoir le contrôle dans notre mariage et que finalement j’avais toujours le dernier mot. Au lieu d’en parler, il a accumulé cette frustration et a progressivement décidé de nous priver de sexe… Je ne crois pas que cette décision fut consciente, cet éloignement s’est installé insidieusement.  Malheureusement, à chaque fois que j’essayais de lui en parler, il explosait et me faisait des reproches. Et ceci dure depuis !  Dernièrement, nous avons finalement eu une bonne discussion ou plusieurs choses se sont révélées…et il m’a exprimé le désir de vouloir poursuivre ce mariage. Malheureusement, je commence à perdre espoir et à penser que je suis la seule à faire des efforts. Selon mon conjoint, il n’a pas de problème d’attirance mais ça fait tellement longtemps que le sexe ne fait plus partie de notre vie qu’il dit ne pas être en manque, alors que pour moi c’est totalement différent. En plus, il semble être sur la défensive chaque fois que j’essaie d’aborder une discussion portant sur le sexe et sur son désir sexuel. Je ne sais pas si nous pourrons surmonter ce cap et réussir à avoir une vie de couple normale… je doute fort que ça soit possible mais j’aimerais vraiment trouver la solution miracle car nous nous aimons quand même…. Bien sur, pour les quelques personnes a qui j’en ai parlé, c’est cause perdue !  …  Jusqu’a cette date, je ne l’ai pas trompé et je ne crois pas qu’il l’ait fait non plus… mais je suis totalement insatisfaite.  Je suis en âge de vouloir des enfants et je crains de passer à côté si ça continue comme ça… de son côté, je ne comprends pas que se soit un si grand blocage et que ce soit si difficile de changer, s’il le veut, et de retrouver un désir sexuel pour moi !!….. »

Les engagements sous-tendus par la sexualité

Nombreux sont ceux qui, tel Hassan, réussissent à se désengager d’une union mal assumée par le biais d’un désistement sexuel, comme si symboliquement, sans relation sexuelle, le « contrat » de mariage n’était plus valide. Si cela est paradoxalement vrai légalement, puisque l’on peut obtenir un divorce pour non-consommation, souvent, les conjoints impliqués dans ce scénario de sabotage n’en sont pas conscients, bien au contraire, ils revendiquent leur amour et la légitimité de leur mariage. 

Mais quelles formes d’engagement sous-tend la sexualité ? A travers la crise que traverse Loubna et Hassan, nous pouvons relever les trois formes d’engagement imposés par la sexualité : érotique, relationnel et génital.

 « Nous sommes mariés depuis maintenant trois ans, nous raconte Marie-Josée, 36 ans. Nous avons un rapport sexuel par mois, parfois tous les deux mois. Il en a toujours été ainsi depuis notre mariage. Pourtant, avant de nous marier, nous flirtions beaucoup plus fréquemment.  Au début, je pensais qu’il fallait prendre patience. J’avais des problèmes familiaux, et j’étais peu démonstrative. Je lui parlais de mon manque, bien sûr, mais il était timide et avait du mal à parler de ce genre de chose. Avec les années, cette routine sexuelle s’est installée. J’ai décidé de prendre les choses en main et de pimenter notre relation. Malheureusement, c’est toujours à mon initiative : lingerie sexy, jeux de rôle, dîner aux chandelles ou bains agrémentés de pétales de roses… Lorsque nous avons des rapports, cela se passe bien, même s’ils peuvent être un peu douloureux pour moi au début. Mais je me sens très frustrée. J’en parlais tellement pendant une période, que ça déclenchait chez lui des pannes à répétition et qu’il a fallu qu’il prenne des produits érectiles pour arriver au bout de l’acte. La patience et l’amour sont venus à bout de ce problème mais le nombre de rapports est resté le même. C’est l’homme de ma vie, je l’aime. À part le sexe, notre relation est parfaite, c’est vraiment la seule chose qui me manque. Je n’ai jamais eu besoin de faire autant d’efforts avec mes précédents partenaires, ils avaient toujours envie de moi. Il y a eu une période où j’ai douté de moi, me disant que je n’en faisais pas assez, que je n’étais pas assez jolie, pas assez sexy. Nous en parlons avec beaucoup plus de liberté à présent, il me désire, me trouve sexy, mais il est fatigué : pour lui, c’est un effort. On pourrait croire qu’en vacances, nous aurions plus de rapports mais non, pas du tout. J’essaie de faire sans. J’espère qu’avec le temps, je n’irai pas chercher ailleurs ce manque de passion et de désir. Il est conscient de ça aussi ; c’est comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il ne veut pas me perdre pour ça, je ne veux pas le quitter. Je m’y résous car nous nous aimons et c’est ça qui compte. Mais jusqu’à quand ? »

Un engagement érotique

L’érotisme est un engagement ludique fondé sur l’excitation, qui est essentielle à la poursuite du rapport sexuel. Cette dimension érotique de la sexualité, fortement connotée dans l’imaginaire de nouveauté, de passion et de levée de l’interdit, est l’apanage des ébats fougueux propres aux amours naissantes. Les couples mariés s’en rappellent souvent avec nostalgie comme témoin de leurs élans endiablés dans une liberté insouciante, en l’absence des responsabilités pesantes du mariage. Liberté qui selon eux est perdue à jamais depuis leur entrée dans le monde des adultes responsables. Cet essoufflement de l’érotisme conjugal sème souvent la graine de la discorde dans le couple comme dans le cas de Loubna et de Marie-Josée. Quand cet engagement des sens fait défaut, les corps s’éloignent et les plus lésés se réfugient dans leurs fantasmes et la fissure qui n’était que fêlure au début s’approfondit… jusqu’à ce que les cœurs chavirent à leur tour.

Valérie 28 ans, et Bernard, 38 ans, sont mariés depuis deux ans. Depuis leur mariage, leurs rapports sexuels se sont faits de plus en plus rares, puis inexistants. Après un an d’abstinence, ils ont décidé de suivre une sexothérapie.

« J’ai toujours eu du mal à me laisser aller dans le désir, à l’écouter et à l’exprimer, se confie Valérie. Mais après le mariage, cela s’est aggravé au point que je ne voulais plus du tout faire l’amour. Nous avons essayé d’en parler mais, comme on ne trouvait pas de solutions, nous nous sommes résolus à aller consulter une sexothérapeute. Pendant près d’un an, nous avons eu une séance tous les quinze jours. Nous avons commencé par parler de nos peurs, de ce qui n’allait pas, dans notre sexualité mais aussi dans les situations quotidiennes. Au début, ç’a été difficile, puis, au fur et à mesure des séances, j’ai réussi à m’exprimer avec plus de confiance et de liberté face à Bernard. Après le travail des mots, nous sommes passés à celui du corps, avec des massages, de simples effleurements ou des caresses plus sensuelles. L’étape la plus difficile a été d’observer le sexe de l’autre de façon très anatomique. Jamais je ne m’étais autorisé une telle chose ni n’avais laissé un homme m’ausculter de la sorte ! C’était comme si j’étais “nue” devant lui pour la première fois. Cette thérapie m’a permis de dire ce que je ressentais. Elle m’a libérée : en apprenant à dire mes envies et mes sensations, j’ai appris à identifier mon désir. Si je n’ai pas envie, j’ose le dire. Mais si j’ai “envie d’avoir envie”, je sais, et mon conjoint également, comment m’y prendre. Je sais de quels préliminaires, de quelles caresses j’ai besoin. En fait, la thérapie n’a pas augmenté mon désir, elle m’a appris à y accéder à travers ma relation à l’autre. »

Bernard quant à lui nous raconte sa version des faits : « Après le mariage, nous n’avons pas eu de relations sexuelles pendant un an. Je l’ai très mal vécu. Je pensais que si elle ne voulait plus de moi, c’était ma faute, que je m’y prenais mal. J’essayais de m’adapter à ce que je croyais être ses envies. Mais ça ne marchait pas davantage. Quand elle m’a proposé de voir une sexothérapeute, je n’ai pas hésité parce que je voulais vraiment que l’on retrouve une sexualité normale. Pour moi, c’est le fait d’avoir repris contact par la parole qui a été capital. De séance en séance, j’ai réappris à l’écouter, à entendre ses envies, ses gênes, ses désirs. Oui, je crois que le travail s’est davantage fait au niveau de la tête que du corps. Qu’est-ce qui fait que l’on soit arrivé à cette situation ? Pourquoi m’évite-t-elle ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à lui en parler ? Comment est-ce que je dois interpréter ses comportements ? J’ai trouvé des réponses à toutes ces questions. Cela m’a aussi aidé à mettre des mots sur ce que je ressentais, ma culpabilité, ma honte… Chaque fois que l’on ressortait d’une séance, on avait des tonnes de choses à se dire. En fait, le travail continuait à la maison. Aujourd’hui, tout n’est pas réglé, et ce n’est pas parce que l’on a fait une thérapie que l’on va se mettre à faire l’amour tous les jours et indéfiniment. En revanche, on ne s’évite plus, et on sait que l’on peut parler de nos envies ou de nos refus sans redouter les conséquences. Bien au contraire. Avec cette thérapie j’ai appris à parler en profondeur, pas seulement de sexualité mais de moi, de mes peurs, de mes envies, de mes projets… Prendre le temps de se montrer en toute liberté dans la parole est une manière très efficace d’exciter le désir. L’intimité que l’on retrouve dans la discussion en tête à tête donne envie de se rapprocher davantage l’un de l’autre. »

Un engagement relationnel

Les rencontres charnelles entre deux amants, cet échange de liquides mais aussi de lâcher prise et d’émotions, viennent compléter la communication verbale et explicite du couple. Ainsi l’on peut exprimer son amour ou au contraire son désamour, ses craintes et ses angoisses, sa confiance ou son insécurité, son positionnement dans le couple, par la manière dont on fait l’amour et via l’intensité de notre investissement personnel dans l’acte. Le dialogue continue donc et se traduit à un autre niveau, plus implicite, plus physique que l’on appelle le langage non verbal. De plus, faire l’amour c’est aussi s’inscrire dans une relation à l’autre et accepter d’introduire cet autre dans sa vie. Cette insertion se fait par le biais de ce langage corporel mais aussi grâce à la parole, si précieuse à l’épanouissement sexuel. La morale que l’on pourrait retenir de l’histoire de Valérie et Bernard se résumerait bien en deux mots : reprendre contact.

« Cela fait 2 ans et demi que je suis mariée, nous explique Michèle 32 ans. Sexuellement tout allait bien dans notre relation au début. Même si je n’avais pas spontanément envie de faire l’amour avec lui, j’arrivais finalement à prendre beaucoup de plaisir pendant nos rapports. Depuis que nous avons décidé d’avoir un enfant, je n’ai plus aucune envie ni aucun plaisir durant les rapports sexuels, et c’est une corvée pour moi. Nous en parlons beaucoup et il semble comprendre ce qui m’arrive même s’il continue à avoir très envie de moi. Nous sommes allés consulter un sexologue, mais celui-ci nous a beaucoup déçu en nous disant que je n’avais pas envie de faire l’amour parce que je n’assumais pas mon désir d’enfant. Seulement ce n’est pas aussi simple car j’ai réellement envie d’avoir un enfant, et pour moi ces relations qui me donnaient beaucoup de plaisir avant me manquent, même si je n’en ai plus envie.

Un engagement génital

Derrière tout acte sexuel se cache le désir – ou la crainte – d’une grossesse. Il suffit de réfléchir à la capacité reproductrice d’une simple pénétration sexuelle afin de cerner l’ampleur de l’angoisse qui peut l’accompagner. Toute grossesse, désirée ou appréhendée, marque le début d’un changement, d’un chamboulement du quotidien inévitable. Le désir peut donc, terrorisé par une telle éventualité, prendre ses jambes à son coup et disparaître de la vie du couple. Le mariage est déjà un tel engagement en soi, qu’il est plus sage de ne pas en souder définitivement les liens par la naissance irréfléchie d’un enfant. Michèle et Loubna expriment toutes deux ce désir d’enfant se heurtant à l’absence de désir sexuel dans leur couple. Problématique sur laquelle leur couple respectif devrait se pencher.

« J’ai 32 ans, et je viens de me séparer de mon conjoint avec lequel j’étais mariée depuis trois ans et demi. Caroline prend une profonde inspiration, semble prendre son courage à deux mains afin de continuer : Le divorce est très difficile à gérer car je l’ai quitté malgré l’amour que je lui portais. La vie en couple m’était devenue insoutenable et mon quotidien un cauchemar. Depuis notre mariage, mon mari a perdu sa libido. Cela a commencé par des rapports très longs qui ne se terminaient jamais c’est à dire sans éjaculation puis par l’abstinence totale. Malgré la rupture je continue de me remettre en question, mais je n’ai pas réponse et lui non plus d’ailleurs. Avec la frustration, j’ai commencé à être attirée par d’autres hommes pour me rassurer. Je ne l’ai jamais trompé, je l’aimais trop pour ça, mais j’ai décidé de me séparer de lui. Je me sentais piégée et n’en pouvait plus de souffrir, de ne pas trouver de solution, de ne rien comprendre, de passer mes nuits à attendre qu’il me touche, à pleurer, à croire que mon corps le dégoûte, à avoir l’impression de n’être plus une femme. Je souffre encore aujourd’hui beaucoup de son absence. J’ai appris il y a quelque temps par ses amis proches que son problème n’était pas d’aujourd’hui et qu’avec toutes ses partenaires, le problème s’était posé. En fait, aucune de ses anciennes relations n’ont abouti pour cette raison-là. Or, nous n’avions jamais eu de rapports sexuels avant le mariage comme je désirais préserver ma virginité. Souvent j’ai essayé de discuter de ça avec lui, il disait me comprendre, me disait qu’il m’aimait mais qu’il ne comprenait pas pourquoi il n’y arrivait pas. Tous ses amis me disent qu’il a un problème et qu’il préfère se rassurer comme ça plutôt que d’aller consulter un spécialiste. »

Les risques de l’engagement : une liberté en péril

L’un des freins les plus fréquents à l’engagement est la hantise de se retrouver privé de sa liberté. Liberté de « mener sa barque » comme on l’entend sans entraves ni obstacles dressés par un tiers ou par une famille. C’est ainsi que certains fuient cet engagement par des échecs répétés même après un mariage. La fin justifiant les moyens, tout symptôme sexuel pourrait servir d’alibi à l’inconscient pour se défaire de l’engagement et des dangers qu’il recèle. Or la vraie liberté, dans le sens adulte du terme, n’est point de « faire ce que l’on veut » mais bien au contraire de « vouloir ce que l’on fait », en d’autres termes d’assumer ses choix dans ses défaites et ses réussites. 

Karine, âgée de 39 ans, est secrétaire et son époux Pascal, âgé de 44 ans, agent SNCF. Du fait des absences répétées de Pascal, Karine a décidé de laisser les reproches prendre le dessus sur leur sexualité : « Je lui en veux pour tant de choses que je n’arrive pas à lui pardonner. Il suffit qu’il y ait un petit incident qui me contrarie, je m’énerve, je ne peux plus lui adresser la parole, ni le laisser parler. Encore moins faire l’amour. Il m’insupporte. Et il en est responsable : il n’est plus le même depuis notre mariage. Il a beaucoup changé. Tant de manies que je ne tolère plus. Par exemple, il refuse de se raser et ça m’exaspère. J’ai beau le lui répéter mais il fait la sourde oreille. Pour moi, un homme devrait être propre, bien coiffé et surtout bien rasé. D’ailleurs mon père fut toujours irréprochable ! »

L’engagement réveille aussi les images infantiles

Certaines personnes telle Karine se refusent de quitter le monde qui a peuplé leur enfance, avec ses règles rassurantes, ses rituels sécurisants, même s’ils ont franchi le cap de l’age adulte. Ils n’interagissent pas nécessairement sur un mode infantile avec les autres mais ont besoin de leurs repères d’enfants transmis par leur famille d’origine afin de se sentir en sécurité et en équilibre… De ce fait, l’engagement vers un autre, que la sexualité implique, est grandement perturbant et déstabilisant car éloigné des repères connus. Ils tentent alors de réinstaurer et d’imposer au sein de leur conjugalité leurs repères familiaux …

Les répercussions sur la vie sexuelle 

La crainte de l’engagement peut ainsi avoir un profond impact sur le désir et la vie sexuelle du couple aboutissant à maintes difficultés et dysfonctions sexuelles… L’un des principaux risques et dangers impliqués par l’engagement qu’est le mariage serait l’éventualité d’une grossesse malgré un bon usage des méthodes contraceptives, surtout si la méthode utilisée implique une haute probabilité d’échec tel un retrait (ou un calcul de dates pour les plus religieux !). Fuir ou faire échouer inconsciemment sa capacité reproductrice et donc l’acte sexuel en lui-même reste le moyen le plus efficace pour préserver un équilibre au sein d’un engagement contraignant.

S’engager pour le meilleur non pour le pire

De prime abord, le concept d’« engagement » évoque pour beaucoup un emprisonnement ou un devoir : tout choix impliquerait une notion d’obligation qui contraindrait de se soumettre afin de maintenir intact ce qui spontanément tendrait à se développer, à muer… On en déduit qu’une telle perspective n’emballe point, et que la stabilité à gagner ne fait pas le poids face aux sacrifices nécessaires à la survie de l’engagement… Pourtant, il est possible de s’engager envers l’autre, différemment, sous un autre point de vue. Tels Bernard et Valérie, nous pouvons tous envisager de nous engager avec l’autre et non contre l’autre, et de chercher ainsi avec cet autre des solutions aux divers obstacles rencontrés. Il s’agit aussi de se rappeler que « s’aimer pour la vie », ne veut pas nécessairement signifier s’enchaîner « pour toute une vie » mais peut ouvrir sur la notion se « s’aimer par amour » afin de vivre plus et mieux à deux, dans une recherche constante de qualité de vie et non de quantité. Il nous est donc possible de nous engager ensemble dans un parcours d’épanouissement et de découverte de soi et de l’autre. Afin de pouvoir au final s’ouvrir à une sexualité enrichissante et source de vie. 

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SEXUALITÉ ET NATALITÉ

Le sujet est à la mode sur pratiquement tous les médias depuis l’allocution présidentielle. 

La France, à l’instar de la plupart des pays européens, constate une baisse importante de la natalité. Si elle n’est pas encore responsable d’une baisse de la population, car compensée jusqu’à présent  par l’immigration et la diminution des décès, elle n’est plus à même d’assurer une renouvellement de la population.

Explications

N’étant ni démographe, ni statisticien, ni sociologue, mais observateur depuis plus de 30 ans de la sexualité française, je constate néanmoins une modification importante de la sexualité.

Nous sommes passés en quelques années d’une sexualité procréatrice à une sexualité récréative.

Il y a une cinquante d’années, la finalité de la relation était la construction d’un couple, voire d’une famille. Le plaisir sexuel très inconstant, surtout chez la femme, était la cerise sur le gâteau. Il n’était jamais évoqué comme un but dans la relation. Il est vrai que la contraception était rare, puisque la pilule venait juste d’être inventée.

Si 1968 évoque pour les générations actuelles une liberté  qui n’était pas que sexuelle, les changements étaient en cours. Les universités ont vu de plus en plus de jeunes femmes sur leurs bancs. Emancipées, elles ont privilégié, à juste titre, leurs études, leur formation, plutôt qu’une vie de couple. La contraception orale leur permettait d’avoir une vie sexuelle comparable à celle des hommes. Le changement de partenaire était relativement fréquent, et le premier était rarement celui qu’elles allaient épouser, retardant ainsi leur première grossesse. «  Le bon amant » n’était pas suffisamment fiable, donc sécurisant. On sait que la fécondité diminue avec l’âge.

Ces changements de comportements, d’abord limités aux milieux urbains, et surtout universitaires, se sont progressivement diffusés via les médias à l’ensemble du territoire. 

Aujourd’hui, les réseaux sociaux n’on fait qu’amplifier le phénomène.

Que l’on soit pour ou contre, la sexualité récréative est devenue, aujourd’hui, une des principales motivations sociétales. Ce n’est que dans un deuxième temps que le désir d’enfant survient, mais souvent un peu trop tard, la fécondité déclinant avec l’âge. D’où le recours de plus en plus fréquent à la PMA.

On constate aujourd’hui que le sexe est devenu un produit de consommation, et par extension l’individu, porteur de ce produit. Il est donc « normal » de rechercher le bon produit correspondant le plus possible à son idéal.  Il est évident qu’on ne peut généraliser à l’ensemble de la population occidentale, mais…

Il y a bien sûr bien d’autres éléments qui entrent dans cette diminution de la natalité, mais les changements dans la finalité de la sexualité jouent très probablement un rôle important.

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Les mots d’amour

1)      Est-il important de se parler durant l’acte sexuel, d’exprimer ses envies, son plaisir, où à l’inverse, le langage des corps se suffit à lui-même ?

Tout dépend des références sensorielles ! Si vous privilégiez la parole pour vous exprimer alors vous ressentez le besoin de parler en faisant l’amour. Si la vue est votre sens de référence pour communiquer, alors vous devrez donner à voir à votre chéri ce que vous voulez qu’il comprenne, et si les gestes, les mouvements, bref tout ce qui touche aux sensations représente votre meilleur moyen d’expression, alors vous ne ressentez pas nécessairement le besoin de parler.

L’amour fait partie de l’intimité du couple, peu à peu se construisent des codes de communication, de comportement, les mots peuvent en faire partie.Ensuite, il y a aussi l’histoire personnelle de chacun, quand on apprend à communiquer surtout en échangeant des mots, cela formate aussi le comportement amoureux. Voilà pourquoi on ne peut pas affirmer qu’il est toujours important de se parler, l’important c’est de se comprendre. Il ne faut pas oublier non plus que le sexe est un organe de communication, du moins si on a su évoluer vers un niveau relationnel de sa sexualité. 

2)      Que peut-on dire des couples qui ont besoin de se rassurer en se disant des mots doux durant l’acte, mais qui ne s’en disent pas forcément en dehors ?

Des rituels de couple ne sont pas rares, la relation amoureuse devient le cadre d’échange de paroles, de mots doux, de réaffirmation de l’engagement mutuel. Beaucoup de gens ont besoin d’un certain niveau d’émotion pour arriver à s’exprimer. En outre, dire « je t’aime » à un moment intense compte sans doute davantage pour certains que s’ils prononçaient cette affirmation à un moment plus neutre… Pour certains couples, c’est important de se choisir en permanence, rien n’est jamais définitivement acquis à commencer par les sentiments et surtout le désir. Ces couples naviguent sur une vague de séduction qui leur permet de garder intact tout l’attrait de leur relation : chaque moment ensemble est précieux, et mérite qu’on s’y investisse… Il y a aussi une valeur ajoutée dans la répétition de ces formules magiques, ce sont des déclencheurs pour l’excitation, le désir, et chaque fois que ces formules sont prononcées, c’est comme si c’était la première fois : chaque moment est unique !

3)      Certains témoignages indiquent que beaucoup de couples aiment instaurer un rapport de soumission avec les mots, et prennent du plaisir en entendant des mots très crus ? est ce que cela est le signe d’un  « problème » ? cela va-t-il forcément rejaillir sur le quotidien du couple ? et pourquoi a-t-on besoin aussi d’être vulgaire parfois durant l’acte ?

Certains couples raffolent de la salade de crudités, l’amour n’est pas toujours un conte de fées en blanc et rose, loin s’en faut. Il ne faut pas voir dans ces propos de volonté de soumission mais bien plutôt une recherche d’excitation assortie d’un petit frisson, teinté de l’attrayante frayeur de l’incorrect ou de l’interdit. Plus le décalage est important entre la personne dans la vie réelle et les mots qu’elle prononce et plus l’effet s’accroît. Le cinéma et la littérature ont largement fait usage de ce clivage. Certains couples inventent des scénarii fantasmatiques, cela fait partie de leur créativité érotique, de leur intimité, sans que cela rejaillisse sur leur vie quotidienne.

4)      A l’inverse, ne pas parler du tout et jamais est-il signe d’un problème de communication au sein du couple, même si les rapports sont satisfaisants pour les deux personnes?

Il n’y a de véritable problème que si les attentes de l’un restent insatisfaites, incomprises. Il s’agit d’éviter de confondre ce qu’on veut dire avec la forme pour le faire, deux personnes qui s’aiment sont capables de comprendre que leur mode de communication puisse différer, et de faire quelques efforts pour aller vers l’autre au lieu de s’enfermer dans une frustration permanente qui culpabilise le (la) partenaire.

Quelques témoignages commentés

« j’ai demandé à mon compagnon de me dire des choses douces lorsque nous faisons l’amour comme par exemple ce qu’il pense de moi et il m’a dit je ne parle pas quand je fais l’amour! Est ce que je peux le faire changer d’avis ? »

Au lieu de lui demander de dire ce qu’il pense, pourquoi ne pas lui demander tout simplement « dis moi que tu m’aimes… »

« j’ai très envie que mon partenaire me dise des choses très cochonnes durant l’acte, comme « tu aimes ça, salo** » etc, mais je n’ose pas lui demander. Moi de mon côté, je tente quelques : prends moi plus fort, fais moi mal, mais il ne réagit pas vraiment »
.

Oui, c’est très difficile parfois de demander ce genre de choses, surtout si on redoute que le partenaire n’en comprenne pas la dimension ludique. Le risque d’être incomprise suffit à inhiber la requête.

« mon mari et moi ne nous disons rien durant l’acte. J’avoue parfois que cela m’angoisse. J’aimerais dire des choses mais je n’y arrive pas. Rien ne sort. »

Beaucoup de femmes ressentent ce sentiment de solitude et d’angoisse en faisant l’amour parce que l’acte n’est pas vécu dans une perspective de communication. L’acte sexuel semble dépourvu de sens, les échanges y sont limités au contact et c’est certainement insuffisant pour celle qui voudrait aussi y mettre son cœur.

« j’aime insulter ma femme pendant l’amour, et elle aime ça aussi. Je ne sais pas comment c’est venu, mais ça nous plait ! peu importe si cela traduit quelque chose de malsain, nous on s’en sort très bien comme ça ! »

Oui, cela fait partie d’une culture intime qui en l’occurrence n’a rien de malsain. Jouer un personnage qui tient des propos grossiers peut aussi avoir un effet désinhibiteur…

« ça ne me viendrait pas à l’idée de traiter ma femme de sale chienne, ou d’autres choses de ce genre ! je trouve que ça renvoie aux films x et ça ne traduit pas de l’amour, mais de la bestialité ; en revanche, j’aime lui sussurer des mots doux, et elle aussi »

Bien sûr que les insultes sexuelles renvoient aux films X, à des pratiques dites « cochonnes », bien sûr que cela n’entre pas dans l’univers érotique de tous les couples. Le critère majeur c’est le respect de l’autre…

« j’aimerais pouvoir dire à mon homme ce qui me plait, ce dont j’ai envie pendant qu’on fait l’amour, mais j’ai un blocage ; Alors tout ce que j’arrive à dire, c’est : c’est bon, oui encore ! »

Serait-elle partante pour demander à son homme ce qui lui plaît et l’excite ? 

« ma femme et moi on ne se dit rien, et j’avoue que ça me plait comme ça ; c’est un moment justement ou les mots ne servent plus à rien. Les regards, les caresses, suffisent à faire passer le message. Cette tension silencieuse m’excite »

 Comme quoi les mots ne sont pas nécessairement les meilleurs moyens de communiquer…

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Disputes dans le couple: un mal qui nous fait du bien!

Pas une saison ne passe sans qu’on nous rebatte les oreilles à propos des disputes dans le couple. Et la période de Noël en est souvent une source. Pour les uns elles sont nécessaires voire indispensables pour la santé de la relation, pour les autres elles sont une preuve de son «bon» fonctionnement . Gare à ceux qui évitent les prises de bec, haro sur le non-dit, dénonçons à qui mieux mieux les imprudents pacifiques capables de déployer toute leur diplomatie pour éviter l’explosion.

Gardons nous cependant de mettre toutes les disputes dans le même sac, certaines sont positives, constructives, d’autres mauvaises et dévastatrices. Qu’est-ce qui fait la différence? Pour y voir plus clair dans ce monde de discorde disons plutôt que la dispute se comprend soit comme un mode de résolution de tensions, soit comme un fonctionnement relationnel en soi.

Le premier modèle

Le premier modèle pourrait être une métaphore de l’orgasme, la tension monte,  puis se résout dans un déluge de mots, d’interpellations, et parfois d’insultes, puis, quand chacun a vidé son sac, l’apaisement survient naturellement, et la réconciliation sous la couette vient conclure, jusqu’à la prochaine fois. Le cycle peut donc redémarrer, c’est pourquoi on a tendance à croire que la dispute remet les compteurs à zéro et peut donc en ce sens être salutaire.

Le second

Quand la dispute devient un mode relationnel, une sorte de convention de couple, elle est permanente, l’un ne s’adresse à l’autre que sur le ton de la colère et vice versa, à la manière d’adversaires sur un ring de boxe. La violence s’installe peu à peu, mais la dispute n’aboutit à rien d’autre que d’augmenter la souffrance, et l’ampleur du désastre. Certains mots, certains gestes sont irréparables pour le couple et pour l’entourage. Les disputes du couple font souffrir les enfants, et les marquent durablement en leur inculquant un modèle qu’ils auront plus tard tendance à reproduire. 

On peut toutefois s’étonner que le couple dure. Pierre Desproges disait que dans un couple «il y en a toujours un qui pleure et l’autre qui s’emmerde…» Est-ce à dire que les couples qui ne se disputent pas vont mal? On a tous en tête le couple où l’un des deux domine et l’autre subit; cette structure n’apporte peut-être pas le bonheur conjugal, mais garantit une certaine stabilité tant que le dominé ne se rebiffe pas. Dans ce type de couple, il n’y a pas de dispute car l’un des deux abdique avant, soit qu’il n’ose pas s’exprimer, soit qu’avec perversité, il laisse l’autre aller à l’erreur ce qui lui permet de progresser un peu plus sur  l’échelle du «martyrat», et de savourer les échecs de l’autre comme une vengeance secrète .

Illustration

Claude et Hélène sont mariés depuis 20 ans, leur couple est uni, solidaire, aimant mais pas sans nuage, Hélène explique: « quand nous ne sommes pas d’accord, une explication est nécessaire, on met cartes sur table, on s’écoute mais surtout on cherche une solution ensemble, je crois que c’est ça qui fait que notre couple dure.» Claude ajoute: « c’est juste une question de respect et de confiance.»

Ces deux mots font en effet la différence: respect et confiance permettent de s’attaquer aux divergences et non à l’autre, il s’agit bien en cas de désaccord de s’en prendre au problème et seulement au problème.

Achille et Marie ont un point de vue différent, Marie témoigne: « moi je suis très spontanée, quand quelque chose ne va pas, je le dis tout de suite, et même souvent je le crie, on se dispute de temps en temps et là on y va carrément. Après on s’aime encore plus.» «Une bonne dispute de temps en temps ça nous remet les pendules à l’heure» conclut Achille, mais il précise: «au fond, c’est possible parce qu’on ne se dispute pas très souvent, et que sur des bêtises, finalement sans importance, je pense que si nous avions un vrai problème, on en discuterait sérieusement…» 

Les disputes sans conflit seraient donc le modèle à suivre, alors pourquoi se disputer quand on peut se contenter de se chamailler?

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À quoi sert le rapport sexuel: Apaiser ses pulsions?

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Comme il est précisé dans l’ouvrage dont cet article est extrait, il existe différents niveaux de la sexualité, distinguant le pulsionnel lié au climat hormonal, le compulsif en rapport avec une quête égo-centrée du plaisir et le relationnel qui correspond à un épanouissement harmonieux. 

Il est en effet possible d’avoir des rapports sexuels, qualifiés également de récréatif, dans le but d’apaiser ses pulsions, ses tensions. Cela équivaut à se masturber en utilisant le sexe de l’autre. L’enjeu consiste à être le plus efficace possible pour atteindre la jouissance rapidement et complètement. 

Beaucoup de femmes croient que les hommes ont des besoins sexuels importants et qu’il faut donc les assouvir régulièrement, faute de quoi, ils vont chercher à les satisfaire ailleurs. Et dans le même temps, beaucoup d’hommes croient la même chose puisque cette explication n’est que très rarement contestée.

Désillusion

L’échec de cette sexualité se manifeste dans l’infidélité, l’errance permanente à la recherche d’un (e) partenaire mieux adapté (e) à ses propres désirs. Quand l’acte aboutit à de l’insatisfaction, ou que le désir se heurte au refus de coopérer, la responsabilité de l’échec incombe toujours à celui (celle) qui s’oppose. Le plus demandeur ou la plus motivée peut laisser croire que sa vie sexuelle est riche et variée, en réalité, l’implication sentimentale restant très faible généralement par crainte d’attachement durable, les gratifications réelles le sont aussi. 

Clotilde 28 ans témoigne

« Je vis avec mon ami depuis trois ans, mais je pense que nous allons bientôt nous séparer. Même si j’ai des orgasmes quand nous faisons l’amour, je me sens insatisfaite, je ne l’aime plus. Il connaît la «mécanique » de mon corps, mais ça ne me suffit plus. Il ne fait pas attention à moi, j’ai l’impression d’être un objet, on ne communique plus. Il dit que le sexe ça n’a rien à voir avec les sentiments. Même si « ça marche » moi je n’y trouve pas mon bonheur… »

Le plaisir qui conduit à l’insatisfaction n’est pas une situation inhabituelle. Dans cet exemple, le sens de l’acte sexuel diffère entre les partenaires. Clotilde a l’impression que son ami ne s’occupe pas d’elle en tant que personne, il prend son plaisir, lui donne une jouissance qui n’est le plus souvent que clitoridienne, mais une frustration s’installe, elle se sent terriblement seule. Son ami considère l’acte sexuel comme un moyen de satisfaire un besoin élémentaire et non comme une manière d’échanger des sentiments, des émotions à travers la sensualité. C’est un marché de dupe…

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Sexologie magazine vous emmène aux confins de vos fantasmes :

Que révèlent nos fantasmes?

Ils révèlent que l’on a su développer une sexualité récréative. Une sexualité exclusivement reproductive ne permet pas de les produire, sauf à qualifier de fantasme un désir d’enfant. Ce qui explique en partie l’absence de ceux-ci chez certaines populations féminines. Quelques études récentes semblent montrer leur absence chez les asiatiques! (à vérifier)

Jusqu’où peut-on aller ?

Le discours sur la sexualité semble de plus en plus libéré et affranchi de toute contrainte, de tout tabou. Or, le mot « fantasme », bien que souvent prononcé dans nos discussions, reste entouré d’un halo de mystère et de pudeur. Ainsi, certains taisent avec honte le contenu de leurs fantasmes, craignant de choquer leur partenaire ; d’autres redoutent la perte de contrôle et la dégringolade dans un monde de vices et de perdition. Mais qu’en est-il réellement de nos fantasmes ? Diffèrent-ils entre un homme et une femme ? Faut-il les partager ? Et surtout, leur réalisation comporte-t-elle un risque ?

Un inconnu vous hèle de son taxi et vous embarque dans les ténèbres, une fois repu, il vous confie à son chauffeur… Un beau brun au regard ténébreux qui vous fait découvrir une nouvelle facette de la vie nocturne romaine… dévergondée et décadente… et vous goûtez pleinement à ces délices quand votre conjoint se met en mode ronflements et vous ramène à l’amère réalité… Mais lui au fait ? De quoi rêve-t-il bien lové dans les bras de Morphée ? Est-il dans le même club échangiste que vous ou ordonne-t-il à sa secrétaire de lui prodiguer une gâterie sous le bureau tandis qu’il est en réunion ? Or, nous le savons tous, notre quotidien ne se déroule pas tout à fait – voire pas du tout –  de la sorte… Nos fantasmes cependant, ces douces « caresses de l’esprit » pilotées par notre inconscient, cette faculté de notre imaginaire à nous plonger dans notre cinéma érotique intérieur, réussissent quand tout échoue à booster notre désir et pimenter notre vie sexuelle, un peu trop routinière. Ils nous ont accompagné depuis notre adolescence, nous aidant à surmonter les déceptions en palliant à nos manques. Or notre éducation souvent imprégnée de religion s’est construite sur le postulat que la sexualité, surtout féminine, est de nature dévorante et surtout impossible à assouvir. Cette croyance basée sur la peur et la culpabilisation du plaisir, bride par ses interdits notre imagination et limite notre capacité au fantasme. Pourtant, fantasmer, tout comme rêver, est une faculté saine et naturelle de l’esprit ayant pour but de nous permettre de garder un certain équilibre à condition de ne pas se réfugier en permanence dans cet univers imaginaire et  dans la fuite de l’autre et de certaines réalités. Ainsi, normalement, tout le monde aurait des fantaisies secrètes même s’ils en n’ont pas conscience, de même que tout le monde rêverait même si certains ne s’en rappellent pas. Il n’y a pas de règle en la matière. Rien n’est obligatoire. Mais le fantasme est non seulement un facilitateur d’une sexualité récréative, mais aussi le meilleur moyen de se connaître et d’avoir du plaisir. Nous passerons au crible les fantasmes les plus fréquents des hommes et de femmes à l’aide de vos précieux témoignages.

Grande et blonde, Cynthia 23 ans, étudiante en philosophie avoue sa grande timidité et les envies secrètes qui se cachent derrière sa pudeur : 

« Je suis du genre timide. Même avec mon fiancé, je n’accepte de faire l’amour qu’une fois la lumière éteinte. Une fois déshabillée je me glisse passivement sous les draps et je le laisse faire le reste dans l’obscurité. Ce qui m’exciterait vraiment c’est de complètement changer de look. Dans mon fantasme, je m’achète une perruque rousse, très courte, avec une frange. Je porte un manteau noir en cuir  et des cuissardes cloutées aux talons aiguilles. En dessous, j’ai des bas résilles, un porte-jarretelles, un string en cuir et un soutien-gorge aux bonnets fendus. Mon homme m’attend dans le salon. Je mets une musique sensuelle, ma préférée : « you give me fever de Madonna », et je commence à danser langoureusement en déboutonnant lentement mon manteau. Quand je sens qu’il est à l’apogée de l’excitation, je l’immobilise sur un siège, lui arrache sa chemise et ses vêtements et le titille jusqu’à ce qu’il hurle de plaisir…On finit par s’aimer de façon fusionnelle et sauvage!…Soupirs…si seulement j’osais lui en parler… »

Motus et bouche cousue

Ils ont beau faire partie de notre vie sexuelle, ils symbolisent non seulement notre liberté et notre imaginaire érotique, mais aussi nos tabous. Ce « rêve de l’esprit, commun à tous les hommes et à toutes les femmes » reste souvent enfoui dans notre jardin secret car en parler reste toujours très difficile. Et d’ailleurs, faut-il toujours en parler ? 

« C’est impossible, continue Cynthia, bien qu’on soit très proche et qu’on se confie tout, je suis toujours incapable de lui avouer ce fantasme. Ça le frustre et moi aussi car je suis certaine que notre vie sexuelle en pâtit »

Sans doute, mais Cynthia est loin d’être seule dans ce cas. Pourtant, 60% des hommes et 47% des femmes avouent en avoir et même monter au septième ciel en y ayant recours. S’ils sont soigneusement tus, c’est par peur de choquer l’autre ou d’être taxé d’anormal ou de pervers. Et puis, il faut avoir aussi une immense confiance en soi et en l’autre, car un fantasme n’est pas nécessairement un désir de passage à l’acte. D’où ce décalage entre les hommes et les femmes, les premiers considérant à 60% que la réalisation des fantasmes est une bonne chose, alors qu’en général, les femmes préfèrent les garder en l’état.

« L’idée, en fait, a dû me venir dès que j’ai rencontré Elise, se confie Gérard, 41ans. Ou plutôt me traverser l’esprit… Moi je vivais à Paris, elle à Lille avec sa sœur. Et dès le premier week-end que j’ai passé chez elle, j’ai rencontré Lisa, sa jumelle. Deux beautés magnifiques : même allure, même douceur, même façon de parler. Et, surtout, tellement complices … J’étais troublé, par cette ressemblance et ce lien fusionnel. Pendant deux ans, nous nous sommes donc croisés régulièrement tous les trois, sans la moindre ambiguïté. Puis Elise s’est installée avec moi, à Paris. C’est au cours d’un week-end que Lisa passait chez nous que mon univers fantasmatique a secrètement basculé. Ce soir-là, on l’avait invitée chez  nous en compagnie de son petit ami. Dès le début du repas, il y avait quelque chose d’électrique dans l’air. Lui, très beau mec, elles, divinement sexy ; la lumière tamisée ; les vapeurs de champagne pour couronner le tout… Bref, sans que personne n’aborde le sujet, un feeling érotique s’est lentement distillé entre nous. Dans mon esprit, il était clair que j’aurais aimé qu’il se passe quelque chose. Et j’attisais le feu. Mais en même temps, pour moi, on était dans le fantasme absolu, le tabou, et je n’imaginais pas que cela puisse aller plus loin qu’un petit jeu…Fantasme que vous avez sans doute deviné: On commence à flirter, chaque duo de son côté, en échangeant des regards. Puis, comme deux aimants, Elise et Lisa tombent dans les bras l’une de l’autre. Nous, les hommes, sommes spectateurs. Plus tard, nous nous mélangeons tous les quatre, et je m’imagine le corps de Lisa contre le mien. Evidemment faire voler un tel tabou en éclats n’est possible que par la fantaisie et le fantasme. Je ne franchirai jamais un tel interdit. Ce soir-la, ce fantasme s’est imposé spontanément à moi. Et je soupçonne le reste du groupe d’avoir vécu la même fantasmatique que moi. Bien que ne nous soyons contentés de quelques bisous et caresses chaque couple de son coté, nous étions tous comme transcendés, exaltés. Chaque duo s’est ensuite retiré dans une chambre. Entendre leurs soupirs et halètements à travers les cloisons a donné un tel coup de fouet à mon désir que j’étais super excité. Je me souviendrai toujours de cette nuit unique où j’ai gouté à la puissance érotique de mon imaginaire. Imaginaire que je n’ai jamais confié à Elise, et ne le ferai jamais. Bien qu’elle aie, elle aussi, savouré cet instant magique, y mettre des mots serait nommer l’innommable, l’inconcevable et fracasser nos vies. A mon avis les fantasmes contribuent à la richesse de notre monde intérieur.  Tels nos rêves, leur sens nous échappe, le sens d’un contenu que nous ne choisissons pas consciemment. Contenu qui n’a pas de place dans le monde réel et qui s’appauvrirait atrocement s’il venait à se concrétiser… »

Fabienne, quant à elle, 26 ans, raconte :

 « J’ai vécu un coup de foudre pour un collègue, un homme très grand, très musclé, très viril. Et sa virilité déclenchait en moi une extrême féminité. Il m’inspirait des fantasmes incroyables. J’avais envie qu’il m’admire, me reluque…J’ai donc fait de petites tentatives afin qu’il me confie ses propres fantasmes. Il m’a avoué alors en me fixant droit dans les yeux qu’il était prêt à me mater mais à une condition : habillée d’une guêpière en m’amusant avec une fille…Je me croyais prête à tout pour le satisfaire, j’ai donc acheté la guêpière avec une excitation mal dissimulée. Il s’était mis d’accord avec une de ses copines. Une fois chez lui j’étais au comble de l’excitation et du malaise en même temps, j’ai bloqué, impossible. La fille était de trop et ce jeu ne m’amusait que dans l’imagination… »

Fantasmes féminins et masculins se rejoignent-ils ? 

Il est bien évident que quelques différences notoires existent entre les imaginaires féminin et masculin. Nous ne fantasmons pas de la même façon et pas toujours dans le même but. La femme utilisera souvent son fantasme pour s’exciter juste avant ou au moment de la relation, voire au moment même de l’orgasme. L’homme, lui, le vivra très en dehors de la relation, et son objet sera beaucoup plus immédiat, moins construit, moins imagé.

Par ailleurs, on a tendance à oublier que le mot fantasme a vu le jour avec la psychanalyse, pour laquelle il traduisait l’expression d’un manque inconscient. Or ces scènes idéales, que nous nous projetons les yeux clos, nous les bâtissons à partir de notre personnalité et de notre histoire, parfois très archaïque. Il n’est donc pas étonnant de constater que les fantasmes masculins sont généralement centrés sur la puissance (pour contrebalancer l’angoisse de castration) et ceux de la femme sur la relation (en écho au complexe d’Œdipe). Globalement, les femmes se racontent plus souvent un scénario amoureux, tandis que les fantasmes masculins rarement aussi élaborées que ceux des femmes et surtout bien plus visuels, s’attardent sur un bout de peau, une cuisse, un sein, un sexe…Ainsi, l’univers fantasmatique masculin relève d’une affirmation de sa puissance sexuelle (être avec plusieurs femmes), d’une composante agressive (soumission d’une partenaire pas vraiment consentante), de l’exhibitionnisme, de l’érotisme buccal… Chez la femme, l’on retrouve le plus souvent la personnalisation du partenaire (scènes romantiques), la séduction (être désirée par plusieurs hommes ou par une autre femme) et la déresponsabilisation du plaisir (subir et être maîtrisée permettant de s’autoriser la jouissance). L’on en déduit que si l’homme aime voir et agir, la femme se satisfait dans la durée et dans l’émotion qu’elle a besoin de sentir autour d’elle. On note que les fantasmes les plus fréquemment retrouvés chez les femmes sont des fantasmes masochistes de soumission et de viol. C’est que ce type de fantasmes a deux fonctions : il permet de déresponsabiliser la femme quant au fait d’être coquine puisque dans la soumission on lui impose de l’être ; elle a tellement à lutter pour être respectable dans la société que parfois, même dans l’intimité, elle a du mal a laisser tomber le masque. Un tel fantasme lui permet de se laisser aller. Pour en revenir au fantasme de Cynthia (cf. 1er témoignage), il va lui servir à “s’érotiser” en prenant pour modèle l’archétype de la séductrice déguisée avec des accessoires fétiches. Elle qui  rêve d’un corps à corps amoureux sans pouvoir oser l’exprimer et qui cache son désir sous les draps, dans le noir en laissant à son partenaire l’entière responsabilité de la sexualité du couple, son fantasme lui permet d’accepter son corps, de découvrir ses sens et d’accepter enfin d’être désirée et désirante.

Enfin, les fantasmes de sexualité de groupe et les fantasmes homosexuels sont ceux qui reviennent le plus souvent, pour les deux sexes. Ainsi, quand un couple rêve d’ouvrir son duo à d’autres bras, c’est une manière d’introduire une sorte d’amant ou de maitresse idéal(e) qui devinerait nos désirs les plus secrets et qui correspondrait à un certain idéal érotique.

Certains prétendent ne jamais fantasmer. Est-ce possible ?

« Je n’ai jamais eu de fantasmes, explique Maya, ou alors ils surgissent pendant mon sommeil et tout comme mes rêves, je ne m’en souviens jamais. Mon partenaire se plaint de mon manque de créativité lors de nos ébats amoureux. Pourtant je prends du plaisir lors de chacune de ses initiatives… Pour ma part, il me semble que je n’ai aucune fantaisie… » 

Maya énonce clairement une problématique dont se plaignent de nombreuses femmes. En fait, chacun de nous a un sommeil jalonné de rêves, mais ne s’en souvient pas nécessairement. Cela s’applique aussi pour les fantasmes: tout le monde en a mais pour des raisons diverses et personnelles, certaines personnes en sont moins conscientes que d’autres. Evidemment, stimuler et user de leur imaginaire leur est moins aisé par la suite. Lire des livres, regarder des films, en s’attardant sur les passages érotiques et noter ses émois, ses réactions, sont d’autant de moyens de nourrir son imaginaire. Il faudra accepter ensuite ces sensations afin d’appréhender ce qui les déclenche. La prochaine étape étant de repasser ces stimulants autoérotiques pendant le rapport amoureux, afin de ré expérimenter ce plaisir. Néanmoins, fantasmer n’est point une obligation, juste un atout.

Judith, 23 ans, étudiante en médecine, est de celles qui ont osé  franchir le pas :

« Nous étions très jeunes. Nous vivions tous les deux chez nos parents, et les opportunités de faire l’amour étaient encore rares. Un samedi après-midi, nous avions décidé d’aller voir un vieux film dans un petit cinéma de Versailles, la salle était quasiment déserte. Nous nous sommes installés au dernier rang. Le film n’étant pas passionnant, j’ai décidé d’égayer un peu tout ça. Et j’ai commencé à caresser David. Bien sûr, il a été surpris mais ravi ! Puis, de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à faire l’amour dans cette salle obscure. Nous faisions attention à ne pas faire trop de bruit pour que le son couvre nos ébats. Mais j’étais quand même stressée à l’idée qu’on puisse nous découvrir ! Avec le recul, cela reste un bon souvenir, mais je me rends compte que c’était un plan assez facile. Je ne suis pas du genre à prendre trop de risques ! »

Camille, 35 ans a fait de même en allant au-delà de ses tabous :

 « J’ai toujours rêvé d’être réduit à l’état d’homme-objet. De n’être qu’un corps pour une femme… Pas de sentiments, pas de caresses. Etre juste utilisé. J’ai eu un nombre impressionnant de petites amies, mais aucune d’entre elles ne se prêtait vraiment aux jeux sexuels. Sauf, il y a cinq ans, Liliane, avec qui j’étais marié depuis deux ans et avec qui je parlais souvent de ces choses-là… Un matin, j’ai donc osé. Je lui ai simplement dit : ‘Utilise-moi !’. Elle m’a immédiatement attaché avec deux ceintures et deux foulards aux pieds du lit. Puis elle a joué avec mon sexe, ma langue, ma bouche… Elle se donnait du plaisir avec mon corps et ça m’excitait. Mais au fond, j’étais déçu. Mon fantasme n’est pas d’être utilisé comme un godemiché. J’aurais voulu plus de sensualité, plus de magie. Mais c’est peut-être la limite de tout fantasme. La réalisation est rarement à la hauteur de ce qu’on en attendait. »

En parler, oui mais…

Ainsi, d’autres comme Judith et Camille ont pris l’initiative et le risque d’en parler à leur partenaire. Dans le cas de Judith, il est toujours plus aisé de se livrer en pleine action, l’état de détente et de lâcher prise que favorise le coït permet de faire sauter les verrous de l’inconscient et de l’imaginaire parfois même à notre insu. D’ailleurs de plus en plus d’hommes se plaignent que leurs partenaires ont des fantasmes trop assumés, trop exprimés, et qu’elles leur en fassent part en employant des mots trop crus. En quelques années, l’équilibre s’est profondément modifié, tant en paroles qu’en actes. Il reste donc délicat d’en parler. Et certaines précautions sont de mise.

D’abord, prendre le temps de trouver un langage commun est nécessaire. Puisque hommes et femmes n’usent pas tout à fait du même vocabulaire, l’apprentissage et la mise en place de la communication doit se faire en douceur. En effet, le fantasme est un sujet délicat qu’on ne peut révéler à l’autre de façon trop crue et abrupte. C’est le moi le plus intime de chacun qui est mobilisé. Etre trop direct ou trop technique risque de rebuter l’autre et de l’inhiber. Le dialogue est alors interrompu et sa reprise difficile. Permettre un échange progressif, respectueux de l’autre est nécessaire. C’est une aventure que l’on vit à deux, à mesure que les liens se tissent et que la confiance se met en place. D’insinuations en allusions, le passage d’un imaginaire à l’autre se fait graduellement. La construction d’un univers fantasmatique commun requiert patience et prudence et surtout le respect du rythme de l’autre. Un faux pas, une parole précipitée et la magie n’opère pas. Inversement, quand le jeu est enclenché, un mot va en entrainer un autre jusqu’à ce que la parole ne suffise plus. À deux, la puissance érogène du fantasme risque de s’étioler. On va vouloir concrétiser … Et pour tenir le coup du passage à la réalité, avec ses risques de désillusions, il faut savoir préserver son intégrité. Sans oublier qu’à son tour, un fantasme en enclenche un autre. Le dérapage et l’escalade constituent de véritables dangers. Il faut être à la hauteur du jeu et être conscient des risques. Et surtout ne pas dépasser ses propres limites.

L’histoire de Clara 31 ans et Eric 53 ans :

Clara est une jeune femme ambitieuse, ayant monté sa propre agence d’hôtesses d’accueil. Elle a un coté rebelle qui n’est pas pour déplaire aux hommes. Mais surtout, très sexy, elle n’hésite pas à user de ses charmes afin d’établir des contacts précieux pour son business. Elle rencontre Eric, de 22 ans son ainé, célibataire endurci, dragueur et hyper médiatique.

«J’ai tout fait pour qu’il me repère, sa réputation d’homme fatal m’excitait, j’avais envie qu’il tombe dans mes bras et j’ai réussi. La première fois, on a fait l’amour dans son bureau. C’était troublant parce qu’il avait éteint les lampes et que l’espace était seulement éclairé par les décorations de Noel de l’avenue qui nous plongeaient dans des lumières multicolores ou dans l’obscurité. J’avais l’impression d’être dans un bar ce qui ajoutait à mon excitation. On s’est revu plusieurs fois  avant qu’il ne me demande de le retrouver un soir vêtue uniquement de mon long manteau noir avec rien au dessous. Intriguée, j’ai obéi. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me laisse une demi-heure poireauter au bas de son appartement, dans la rue, dans cet accoutrement, avant qu’il ne m’ouvre la porte d’entrée de l’immeuble. A peine ai-je franchie le pas de sa porte, fatiguée et frigorifiée qu’il me prit dans ses bras pour me faire longuement l’amour. Ce fut une nuit très forte en émotions. Nos petits jeux qui nous plaisaient autant l’un qu’à l’autre (moi plus chavirée par l’inconnu que part le plaisir, je dois l’avouer), ont atteint leur paroxysme. En réalité, je tombais amoureuse et Eric, l’indomptable, s’attachait à moi, enfin, surtout sexuellement. Chez lui, cela devenait une obsession, je n’étais pas très bien, mais j’avais peur de le perdre. On ne faisait plus jamais l’amour classiquement. Il y avait toujours un préambule ou même des tierces personnes. On a fini par des parties fines avec des couples qui partageaient les mêmes fantasmes. J’avais l’impression que je tombais bien bas. D’être une prostituée en quelque sorte. Je ne tolérais plus cette situation et n’y prenait plus aucun plaisir mais en même temps, je ne pouvais me passer de lui, alors je continuais. Un jour, un ami nous a proposé de passer un week-end organisé pour des couples dans une villa. Au programme, ripailles et orgies. La proposition m’a laissée muette. Je prétextais un malaise et m’éclipsait. Le lendemain, je n’ai pas répondu au téléphone et puis le soir venant, j’ai craint qu’Eric ne vienne frapper à ma porte, alors j’ai composé son numéro… J’ignore ou j’ai puisé le courage pour lui avouer que j’étais à bout de forces, que je ne voulais plus jouer. Je savais qu’il tiquerait à ces mots, il a raccroché avec un « tu vas le regretter, tu peux dire au revoir à tes ambitions, D’ailleurs en avais-tu la carrure ? Ce que tu es gourde ! ». Je regrettais déjà les paroles que je venais de prononcer mais c’était trop tard, je savais qu’un homme de son envergure n’offrait jamais de session de rattrapage. Eric ne m’a jamais rappelé mais il n’a pas oublié de me tailler une réputation d’enfer. J’ai des clients qui m’ont vraiment fermé leurs portes. Détruite, j’ai quitté Paris pour Londres, où j’ai rencontré mon mari dont j’ai eu une petite fille. La vie sereine dure depuis cinq ans, il m’en a fallu trois pour me reconstruire, pour ne plus me sentir salie. Mon mari m’a vraiment aidée. Avec lui c’est du bonheur en barre. Le seul problème c’est qu’il n’a aucun fantasme… »

Au-delà des limites

A l’instar de Clara, il nous arrive parfois de jouer le fantasme de l’autre de peur de le perdre mais finalement, c’est le lien avec nous-même qui est rompu.

Il ne faut donc ne pas oublier qu’un fantasme n’est pas fait structurellement pour être vécu, vouloir le vivre peut exposer à la déception voire même à l’angoisse, si ce n’est plus. Si le fantasme est utile quand il développe notre imagination et vient mettre de la fantaisie dans une vie sexuelle trop tranquille, il n’est cependant viable que s’il ne devient pas une addiction chez les partenaires, ou pire, chez l’un deux seulement.

En conclusion, nos fantasmes devraient demeurer une fantaisie. Le problème surgit lorsque chez l’un des deux partenaires, ce jeu devient un besoin systématique. Si l’autre ne parvient pas à entendre que son attitude est trop destructrice psychiquement, c’est souvent la fin de l’histoire. Il est toujours important de garder un certain lien avec la réalité afin de ne pas tomber dans un jeu pervers et non sans dégâts.

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Un peu de lecture: Le couple et la communication (format kindle sur amazon)

Histoires de couples (fin)

Le seuil

Alexis termine sa journée de travail, il est sur le point de rentrer quand un de ses copains l’appelle pour l’inviter à une sortie entre amis. Il accepte et rejoint le groupe. Il ne téléphone pas pour prévenir Véronique qu’il ne sera pas là ce soir, cela ne lui vient même pas à l’idée, une scène de plus ou de moins, il ne se sent plus concerné par leur relation, il n’a même plus l’impression de faire partie d’un “couple”, il ressent surtout de la lassitude et espère que la séparation ne sera pas trop pénible…


Quand les griefs atteignent un certain seuil, le contrat est rompu en ce sens que le membre du couple qui a franchi cette limite passe dans une perception toute différente de l’autre. Des paroles ou des actes irréparables viennent séparer le présent de l’avant et interdisent tout espoir de renouer une relation: le couple se sépare, et bien que ce soit facilité en regard des moeurs et des lois, le vécu de la rupture renvoie à un sentiment d’échec, une meurtrissure de l’ego…

La rupture est d’autant plus difficile que chaque membre du couple n’a pas le même schéma de seuil. Un décalage entre les deux accroît la souffrance et le ressentiment, celui qui n’a pas atteint le seuil veut croire qu’un retour en arrière reste possible. Celui qui a franchi le seuil se sent désormais étranger à ce qui fut son couple, l’autre lui semble trop prévisible et trop différent de l’âme soeur qu’il avait cru trouver. Un sentiment d’incompréhension et d’abattement s’installe face à l’absence de réponse à la question: “comment en est-on arrivé là?”

Deux possibilités s’offrent alors au couple dont au moins l’un des membres a dépassé le seuil: la rupture, ou le nouveau départ. Cette seconde chance s’appuie sur le deuil de sa quête initiale et sur la capacité de chacun à réaliser une remise en question réaliste. Pour beaucoup de couples, c’est à partir de ce deuil qu’une relation véritablement authentique s’est mise en oeuvre, les tempêtes du seuil ont fait apparaître les valeurs essentielles de chacun, on mis à nu les caractères, ont révélé les facettes sombres de chaque personnalité. Chaque partenaire soudain devenu étranger à son couple peut du même coup bénéficier d’un nouveau potentiel d’intérêt, rendu plus sage par la traversée des chaos, on est capable d’énoncer clairement les règles d’un nouveau contrat, d’autant plus qu’on aura mesuré concrètement les risques du non-dit.

Désormais, on apprend à se contenter de ce que l’autre apporte et l’on cesse de vouloir rendre la réalité conforme à ses illusions, surtout qu’on découvre dans le calme qui suit la tempête combien il est sécurisant de naviguer avec une carte fidèle des courants, des écueils, des havres de paix et des zones à risque qui jalonne l’océan de la vie à deux…

Après la déconstruction

Véronique a décidé de partir, ou plutôt, elle s’est laissé convaincre que la rupture était nécessaire, malgré sa peine, elle a repris ses habitudes, juste un peu amère de temps en temps… Pourtant, quelque part en elle, elle a la certitude qu’elle l’aime encore, qu’elle n’a jamais cessé de l’aimer, elle a beau se dire que c’est absurde…

Plusieurs mois ont passé, Alexis s’est d’abord senti comme soulagé après le départ de Véronique, il a multiplié les rencontres, les sorties, sans jamais parvenir à se sentir pleinement satisfait. Véronique lui manque, et il ose enfin se l’avouer. Le “hasard” va s’en mêler… Un soir ils se croisent en faisant leurs courses, ils échangent quelques banalités, rien de plus, mais décident de se revoir… Ce qui les lie l’un à l’autre a plus de force que ce qui les sépare, au prix de quelques recadrages, Véronique et Alexis forment un couple uni où chacun parvient à s’épanouir.


Tout se passe comme si on se redécouvrait, mais cette fois, on se montre tel qu’on est. On a fait le deuil de l’inaccessible image, on a cessé de jouer un rôle pour s’accepter avec ses qualités et ses défauts, une relation solide peut à présent se construire. La première fois, on avait voulu bâtir un somptueux château, mais le terrain manquait de stabilité, on avait sacrifié les fondations et tout misé sur la décoration. Aujourd’hui, le couple élabore un projet qui lui ressemble, construit à partir de ce que chacun apporte réellement. Il faut aussi redéfinir un véritable contrat de couple, en indiquer clairement les valeurs fondatrices, et spécifier les transgressions qui conduiraient à la rupture. Cela demande du courage et de la détermination, construire une alliance avec l’autre, c’est accepter le risque du dévoilement de soi dans le regard de l’autre comme vis-à-vis de soi. C’est une chose de connaître ses faiblesses, c’en est une autre que d’accepter leur visibilité.

Être deux n’implique ni de renoncer à ses idéaux, ni à son identité mais de les accomplir ensemble.

Pour consulter: Jasmine Saunier

Histoires de couples (2)

Les attentes

Alexis regarde sa montre, et il prend congé de ses amis, il se hâte de rentrer retrouver sa chérie, de la prendre dans ses bras, l’embrasser et l’entraîner vers la chambre… En même temps, il éprouve une légère tension, il n’aime pas beaucoup la tenue jogging informe qu’elle porte “à la maison”, il rêve de la trouver ardente et passionnée… Peut-être aura-t-elle allumé les bougies, mis une musique douce… Ah, non, on est lundi, aucune chance pour ça.

La fête c’est le jeudi soir…

Quand la relation s’installe dans la durée, survient une phase de construction d’habitudes, d’attentes, d’une sorte de culture “nous deux”. Le couple fonctionne sur les présupposés que chacun attribue à la “belle image” , sans toutefois vérifier qu’ils lui appartiennent. Plus le système de valeurs du couple repose sur un idéal d’égoïsme à deux et plus facilement le quotidien se jalonne d’habitudes et d’attentes. Or, quand s’installent les routines, l’autre finit par perdre de son attrait, de son mystère, et les attentes deviennent si présentes qu’elles remplacent peu à peu le goût de la surprise, la spontanéité. Le couple en vient à s’organiser des plaisirs et les rituels remplacent peu à peu les improvisations créatives, palliant l’extinction de la découverte. Répéter à l’infini les mêmes gestes, les mêmes mots prend une allure incantatoire, comme s’il fallait conjurer la menace de l’extinction d’une flamme vacillante.

Elle parle de “son couple” comme d’une entité virtuelle mise à distance, il évoque “sa chérie” comme une sorte de tyran et feint de craindre ses reproches s’il fait un écart de conduite ou manque à ses “devoirs”. Le couple peut s’installer très durablement dans cette logique relationnelle: chacun prend ses distances, mais reste relié à l’autre par un fil invisible fait de divers intérêts partagés, et le couple vogue sur un océan ou se succèdent tempêtes et calme plat, faisant escale dans des ports connus à l’abri des surprises. Le couple n’évolue pas, il garde la nostalgie des premiers temps, et tente avec plus ou moins de réussite de recréer l’ambiance.

L’accumulation

Le 3, puis le 4 Février ont passé, Alexis n’a même pas pensé à lui souhaiter sa fête, Véronique est déçue, du coup, elle n’a pas envie de faire le moindre effort, d’ailleurs, en fait-il lui des efforts? Combien de fois lui a-t-elle demandé d’être à l’heure quand ils se donnent rendez-vous et combien de fois a-t-elle attendu en vain, avant qu’il l’avertisse pas sms qu’il ne viendrait pas? Véronique ne compte plus les détails, ce qui n’était qu’un vague doute, est devenu une intuition et tout le prouve: il ne l’aime pas! Du moins pas comme elle voudrait être aimée, au fil des habitudes, il ne fait plus attention à elle.


La phase de construction des attentes peut aussi évoluer vers une attitude comptable des manquements de l’autre: l’accumulation. La substitution de l’improvisation par les rituels minimise sans aucun doute le risque des surprises, mais pousse bientôt chacun à observer impitoyablement les fautes de l’autre. Et tous deux de guetter l’erreur, l’oubli, le manquement pour mieux justifier les reproches qu’ils s’adressent. Les justifications, même fondées seront désormais comprises comme de nouvelles hypocrisies, des mensonges de mieux en mieux élaborés. Le couple est entré dans une logique d’affrontement, l’autre n’est plus un partenaire mais un ennemi, et l’enjeu de la relation se centre désormais sur les victoires d’amour-propre.

Là encore, cela peut durer très longtemps, chacun campe sur sur son terrain, les conflits deviennent le mode de communication dominant, et, si on parvient de temps en temps à se réconcilier sur l’oreiller, la trêve n’est que momentanée, les hostilités reprennent dès que l’apaisement bienfaisant de l’orgasme se dissipe. Tout s’articule autour d’un contrat tacite que l’autre transgresse d’autant mieux que poser clairement les termes de l’accord risquerait de rencontrer un refus de l’accepter.

Alors, pour mieux éviter de confronter pacifiquement ses attentes, on a préféré faire comme si elles étaient connues et acceptées, et se laisser croire que l’autre aurait du le savoir… Pour éviter de reconnaître ses torts, son manque de courage, et surtout d’admettre qu’on s’est trompé, on trouvera plus économique pour l’orgueil de faire porter à l’autre la responsabilité de la dérive conflictuelle de la relation.

À suivre…

Vous avez besoin d’aide… Jasmine SAUNIER

Contrainte à faire l’amour…

Pour continuer notre tour d’horizon des fantasmes les plus fréquents…

Témoinages

Véronique témoigne: « J’adore que mon copain m’attache pour me faire l’amour, je me sens entièrement à sa merci, en quelque sorte contrainte et cela me fait jouir très intensément.» avant de préciser: « Bien sûr c’est un jeu, parce que s’il cherchait à me contraindre réellement, alors là ça me ferait fuir…« 

Roxanne avoue « j’admets que je ne jouis vraiment bien que si je suis attachée; si en plus j’ai les yeux bandés , alors là c’est top! Je peux me laisser aller à jouir , puisque je n’ai pas le choix! Ainsi contrainte, je peux aussi rêver, imaginer que c’est un beau prince charmant qui me fait l’amour, ou encore qu’il me prête à un complice… Autrement, je n’oserais jamais exprimer de tels désirs ajoute-t-elle pudiquement…»

Edouard raconte : « avec ma copine on a des jeux érotiques, et celui qu’elle préfère, c’est quand je la poursuis, l’attrape avant de l’attacher pour l’obliger à me prodiguer des caresses ou me faire une fellation. Cette situation l’excite au plus haut point et moi aussi. Mais précise Edouard, je ne suis pas un prédateur! j’admets que j’apprécie aussi beaucoup quand on inverse les rôles!»

Une stratégie désinhibitrice?

Attacher, contraindre pour mieux jouir fait partie des jeux érotiques les plus appréciés des libertins.

Ces pratiques n’ont absolument rien à voir avec un viol même si elles en organisent une forme de simulacre. Mais, elles permettent de passer outre certaines inhibitions. Certaines femmes s’interdisent psychologiquement le plaisir quand elles font l’amour avec leur partenaire, jouir c’est en quelque sorte se rendre, se soumettre, donner à l’autre un pouvoir ce qui, pour des raisons variées peut être inacceptable. Mais, cette inhibition a quelque chose de bien gênant puisqu’elle prive du plaisir! Donc, pour contourner l’obstacle, la femme choisit parfois de se la jouer «prisonnière à la merci de l’homme». Ce dernier en la privant de sa liberté, lui interdit de s’inhiber, elle peut donc jouir à l’insu de son plein gré!

Un remède aussi contre les difficultés éjaculatoires.

Paul et Karine viennent consulter pour une un problème souvent difficile à résoudre en sexologie. Lorsqu’il font l’amour, Paul n’arrive pas à éjaculer. Le rapport peut ainsi s’éterniser…Karine a déjà eu son orgasme. Elle n’est pas contre le fait que cela dure un peu, mais pas trop… Cela fini par être désagréable, voire douloureux. Idem lorsqu’elle le masturbe, par contre il n’a aucun problème s’il le fait seul. On ne retrouve aucune cause médicale. Uniquement des difficultés à se laisser aller. On conseille donc à Karine (en précisant bien le but du jeu) d’attacher les mains de Paul avec la ceinture de la robe de chambre et de lui bander les yeux avec un foulard ou des bas et de s’amuser avec son sexe. Résultat: 5 à 10 mn après, il avait éjaculé.

À savoir

Il est souvent difficile pour un homme de contrôler le moment de survenue son éjaculation, les mains attachées et les yeux bandés.

Un heureux événement?

La venue d’un enfant dans un couple semble être, à priori, un heureux événement, sauf que dans les deux ans qui suivent 25% des couples concernés se séparent! Seule une poignée, de nos jours, arrive à surmonter «ces moments de bonheur»! 

Explications…

Avant la grossesse de Madame on imagine que la venue d’un enfant va consolider le couple, le renforcer, le solidifier…On n’imagine jamais qu’une personne aussi petite puisse provoquer autant de chamboulements sur ce couple qui devient une famille. Auparavant tout semblait se passer pour le mieux: les yeux dans les yeux, l’amour et le désir étaient presque toujours au rendez-vous. Puis brutalement, elle sent son désir diminuer, l’amour est présent, mais elle ressent plus de fatigue, de nausées. Des changements hormonaux sont en cours ; ils vont modifier profondément la sexualité du couple.  En effet si la femme toujours amoureuse ressent moins de désir, son partenaire ne comprend pas qu’elle ait moins envie de faire l’amour, c’est le début des frustrations. 

Un répit provisoire…

Fort heureusement, un répit survient: le deuxième trimestre de grossesse s’annonce sous de meilleurs auspices: l’augmentation de sécrétion de la progestérone et de la testostérone associée redonne un coup de vigueur au désir féminin, sauf que son ventre rond commence à troubler Monsieur. Ce n’est plus vraiment sa femme, mais une future mère qu’il a devant lui. Ce n’est plus la même, aussi séduisante et puis ne craint-t-il pas de détraquer quelque chose, de blesser l’enfant à naître. Il n’est plus le seul avec elle

Et de courte durée…

Le troisième trimestre est là: le ventre devient plus gros, la fatigue s’accentue ainsi que tous les petits problèmes liés à la grossesse, douleurs, insuffisance de lubrification, gênes, etc… Il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails. 

Un conflit conjugal latent…

Monsieur commence à se sentir en situation de manque. Il contient sa frustration, en se disant que dans quelques semaines tout sera revenu dans l’ordre…sauf qu’après avoir accouché, les choses ne vont pas s’améliorer. L’appareil génital féminin a besoin de temps pour retrouver sa configuration normale. Et par ailleurs, elle déprime (le fameux baby blues), indifférente, totalement centrée sur son enfant. Les nuits sont plus difficiles, entrecoupées des biberons ou de la tétée. Il se réveille de mauvaise humeur surtout que les rapports sexuels n’ont toujours pas repris: «excuse moi, je suis fatiguée, soit patient; cela ira mieux dans quelques temps».

Les illusions perdues

Déçu ne pas retrouver la femme des débuts, il regarde les autres femmes. À la maison, elle lui demande de l’aider, de s’occuper un peu plus de l’enfant. Il le fait avec plus ou moins bonne grâce; mais c’est vraiment pas trop son truc! Peut-être plus tard quand il pourra s’en faire un copain ou une amie, les choses seront différentes. Quant à elle? Elle se sent incomprise, son désir devient de moins en moins important. Déjà avant la grossesse, ce n’était pas extraordinaire, mais elle était amoureuse et avait envie de lui faire plaisir de lui montrer son amour. Comme si faire l’amour fabriquait de l’amour. Il devient désagréable, toujours en train de critiquer la moindre chose. Ayant repris son travail, fatiguée, voire épuisée, elle doit s’offrir en plus les corvées ménagères. 

Une caricature?

Pas tant que cela! C’est un reflet très proche de la réalité vécue par de nombreux couple. « Il est bien sûr simple, voire simpliste d’en attribuer l’entière responsabilité à cet «heureux événement« . On ne peut nier que la grossesse, l’accouchement, le post-partum, l’ »élevage » et l’éducation d’un ou de plusieurs enfants ne puissent transformer le couple. En fait les «difficultés» inhérentes à la vie ne sont la plus part du temps que les révélateurs d’une situation préexistante. L’euphorie de l’amour naissant masque la réalité de chacun. C’est la phase de séduction. On ne voit et ne montre que les choses qui nous plaisent. Bien sûr les défauts de chacun sont présents, mais avec le temps, cela s’arrangera. Il ou elle finira bien par changer!

La solution

Passé les premiers feux de l’amour, les voiles commencent à s’entrouvrir ; on découvre que l’autre n’est pas l’homme ou la femme idéale. Les choses semblent subtiles et sans importances et pourtant, elles seront le terreau sur lequel le couple risque d’aller à sa destruction. La première chose à faire est donc de jouer carte sur table ; s’il y a erreur de casting il vaut mieux agir dès maintenant car la naissance d’un enfant  qui devrait symboliser l’union du couple ne va pas arranger les choses mais plutôt les compliquer.  L’amour devrait nous permettre d’accepter l’autre dans ses différences à condition d’en être conscient. Avant la rencontre chacun avait sa propre histoire, son propre système de référence, un dictionnaire différent, il va falloir en construire un commun où mes mots, les expressions, les attitudes auront le même sens et ne seront plus source d’interprétation et de distorsion.

Une rupture nécessaire

Il ne faut jamais perdre de vue non plus que créer un couple puis une famille, c’est « rompre » les liens avec celle d’où on est issu. Si nos parents sont « aimables », nous ne sommes plus les enfants de… Facile à dire mais pas toujours facile à faire quand sa compagne passe chaque jour 1h au téléphone avec sa mère ou quand Monsieur va bricoler tous les samedis avec son père. Ne parlons pas des déjeuners dominicaux hebdomadaires! Cette rupture qui n’est pas un manque d’affection est  indispensable si on désire vraiment construire sa propre vie. Se parler, communiquer, échanger, se respecter, s’accepter dans ses différences, rompre avec son passé permettront au couple de se construire et d’envisager toutes les perturbations  naturelles de la grossesse, de la maternité et l’arrivée d’une nouvelle personne avec le maximum de sérénité.

D’OÙ L’IMPORTANCE DE FAIRE LE DEUIL DE CE QUE L’AUTRE N’EST PAS. C’est à partir de cet instant que le couple pourra ne pas se construire pour le pire, mais pour le meilleur.