LE PLAISIR FÉMININ : C’est tout une histoire !

Que penser de la sexualité des femmes d’aujourdhui?

Une nymphomane déchaînée ?

Adam et Eve sont chassés du paradis. La fautive est bien sûr Eve sous-produit de son époux (une côte). Elle n’a pas su résister à la tentation des sens. Cela ne date pas du christianisme ou de la bible. Depuis la nuit des temps, la femme est soupçonnée d’entretenir une ardeur sexuelle incontrôlable, impossible à éteindre une fois échauffée.

Comment contrôler cette ardeur ?

Chasteté et mariage monogame ont permis au christianisme de l’époque de régler cette situation. Formule simple : chasteté pour le clergé et une sexualité uniquement reproductive pour les couples mariés. Tout autre forme de sexualité (adultère, prostitution, masturbation, homosexualité) ne pouvait être que péché. Qui plus est une grande partie de l’année était occupés par bon nombre de fêtes religieuses qui imposaient l’abstinence. 

Bien que nous soyons au XXI ème siècle, il en persiste quelques relents! Néanmoins, s’il était relativement facile de brider la sexualité féminine, c’était plus compliqué pour l’homme qui pour éjaculer (reproduction oblige) devait bien avoir le droit d’éprouver du plaisir. Mais cela dans des limites raisonnables ! Selon St Augustin : « Celui qui aime sa femme d’un trop violent désir commet un adultère ». L’homme doit donc savoir contrôler ses pulsions.

Le plaisir féminin est-il nécessaire ?

Deux médecins grecs Aristote et  Galien du IIéme siècle s’opposent quant à la réponse à donner. Pour Galien : la femme au moment de sa jouissance émet une semence qui serait favorable à la procréation, par contre Aristote la considère comme superflue car négligeable. Le « galénisme » l’emportant, il faudra que l’homme sache par ses caresses exciter suffisamment sa compagne pour que la jouissance soit simultanée à la sienne. Si cela reste valable jusqu’au XIII, XIV ème siècle, il a fallu déchanter à partir du concile de Trente qui a imposé pudeur et chasteté. La sexualité ne devait plus être que reproductive. C’est d’ailleurs à cette époque que ce sont développés la chasse aux sorcières. Toute femme qui manifestait une certaine liberté était immanquablement  condamnée au bûcher. Muchembled évoque une « peur croissante des enfers du bas du corps». Le plaisir de la femme ne se justifie que dans la stricte intimité conjugale et uniquement à but procréatif. On voit que la recherche d’un orgasme simultanée ne date pas d’aujourd’hui et que sa finalité n’est pas celle de notre époque. Pour le théologien Francisco Suàrez cela permettait d’avoir de plus beaux enfants. Malgré tout l’église manifeste une certaine tolérance vis-à-vis de la sexualité féminine et de son plaisir. 

L’époque victorienne et se paradoxes.

A la suite de la révolution française et l’apparition d’un certain libertinage va se développer au XIX ème siècle une pudibonderie à toute épreuve : une femme honnête ne doit surtout pas avoir de plaisir. Elle ne fait qu’accomplir son devoir conjugal et ne porte aucun intérêt au sexe. Le paradoxe vient du fait que la reine Victoria était connue pour un intérêt marqué vis-à-vis  du sexe.

Si on attribue cela, selon Muchembled à la résurgence du culte marial ( on y vente les vertus de la virginité) et à certaines théories médicales, il ne faut pas oublier que compte tenu des nombreuses guerres européennes, il fallait bien faire de enfants pour faire marcher les usines (c’est la révolution industrielle) et de la chair à canon (pour compenser les pertes humaines des nombreuses guerres napoléoniennes).

Les jeunes filles de l’époque étaient éduquées en totale ignorance de la « chose sexuelle ». Il ne faut pas s’étonner de l’émergence d’une nouvelle pathologie exclusivement féminine : l’hystérie et de son corollaire : l’invention de la psychanalyse par notre cher Sigmund Freud.

La femme en « bonne santé » est frigide ; elle limite sa sexualité à la procréation et sa véritable joie est la maternité.

Quant à l’homme, on excuse sa vagabonderie avec les prostitués comme un moindre mal nécessaire à son équilibre. Par contre la médecine alarmiste et hygièniste de l’époque va essayer de contrainte sa sexualité pour limiter les IST et plus particulièrement la syphilis qui commence à faire des ravages. La masturbation est considérée comme dépense d’énergie inutile et responsable de bon nombre de maladie (phtisie galopante, débilité, etc….) Les écrits du fameux Dr Tissot auront beaucoup de succès. On invente même des ceintures de chasteté pour prévenir toute velléités masturbatoires chez les jeunes. Dans les pensionnats, ils ont d’ailleurs l’obligation de dormir avec les mains au-dessus des draps.

On conseille donc au couple une sexualité sans fantaisie : un acte bref suffisant pour le soulager de ses tensions. Un mouvement féministe de l’époque : le Social Purity récupère la situation en demandant que l’homme s’adapte à la femme en se limitant au strict nécessaire.

Résumons : un couple parfait est composé d’une femme frigide et d’un homme éjaculateur prématuré. Et bien sûr surtout pas de masturbation qui est inutile car non productive et responsable d’une perte d’énergie.

Ce n’est qu’au XXéme siècle que débute la prise en compte de la sexualité féminine avec ses auteurs comme Masters et Johnson confrontés aux frustrations de bon nombre de femmes.

Qu’en est-il de nos jours ?

Cela nous amène à nous poser certaines questions sur la sexualité féminine du XXI ème siècle. Car si elle apparaît libérée et émancipée, observée au travers des réseaux sociaux, l’est-elle vraiment autant que cela?  Ne subit-elle pas encore son passé ? N’est-elle pas soumise à une société qui n’évolue qu’en apparence. N’est-elle pas toujours sensible au regard scrutateur des hommes, cherchant à s’y opposer tout en imitant leurs attitudes et leurs comportements ?

On voit ainsi se développer un féminisme masculin qui en voulant imiter l’homme n’a manifestement rien de féminin. à suivre…

Auteur/autrice : Patrice Cudicio

Médecin

Sexualités: Le Magazine

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