Un heureux évènement

La venue d’un enfant dans un couple semble être, à priori, un heureux événement, sauf que dans les deux ans qui suivent 25% des couples concernés se séparent et ne parlons pas de la majorité des autres! 

Seule une poignée, de nos jours, arrive à surmonter «ces moments de bonheur»! Comment expliquer cela et quelles sont les solutions, car malgré tout, il en existe. Avant la grossesse de Madame on imagine que la venue d’un enfant va consolider le couple, le renforcer, le solidifier…On n’imagine jamais qu’une personne aussi petite puisse provoquer autant de chamboulements sur la vie du couple qui devient une famille. Auparavant tout semblait se passer pour le mieux: les yeux dans les yeux, l’amour et le désir étaient presque toujours au rendez-vous. Puis brutalement, son désir à elle semble diminuer, l’amour est présent, mais elle se sent un peu plus fatiguée, parfois nauséeuse; des changements hormonaux sont en cours ; ils vont modifier profondément la sexualité du couple. En effet si la femme toujours amoureuse ressent moins de désir, son partenaire ne comprend pas qu’elle ait moins envie de faire l’amour, c’est le début des frustrations. Fort heureusement, un répit survient: le deuxième trimestre de grossesse s’annonce sous de meilleurs auspices: l’augmentation de sécrétion de progestérone et de testostérone associée redonne un coup de vigueur au désir féminin, sauf que le ventre rond de madame commence à troubler Monsieur. Ce n’est plus vraiment sa femme, mais une future mère qu’il a devant lui. Elle n’est plus comme avant, aussi séduisante et puis ne risque-t-il pas de détraquer quelque chose, de blesser l’enfant à naître. Il n’est plus seul avec elle! Ce retour libidinal est de courte durée; le troisième trimestre est là: le ventre devient plus gros, la fatigue s’accentue ainsi que tous les petits problèmes liés à la grossesse, douleurs, insuffisance de lubrification, gênes, etc… Il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails. 

Le conflit conjugal est latent car Monsieur commence à se sentir en situation de manque. Il contient sa frustration, se disant que dans quelques semaines tout sera revenu dans l’ordre, sauf qu’après avoir accouché, les choses ne vont pas s’améliorer ; l’appareil génital féminin a besoin d’un certain temps pour retrouver sa configuration normale et par ailleurs il la trouve un peu déprimée (le fameux baby blues), indifférente, totalement centrée sur son enfant.

Les nuits sont plus difficiles, entrecoupées des biberons ou de la tétée. Il se réveille de mauvaise humeur surtout que les rapports sexuels n’ont toujours pas repris: «excuse moi, je suis fatiguée, soit patient; cela ira mieux dans quelques temps.»

Déçu ne plus retrouver la femme des débuts, il commence à regarder les autres femmes; à la maison, elle lui demande de l’aider, de s’occuper un peu plus de l’enfant, ce qu’il fait avec plus ou moins bonne grâce; mais c’est pas trop son truc! peut-être plus tard quand il pourra s’en faire un copain ou une amie, les choses seront différentes. En attendant, elle ne se sent pas comprise et son désir devient de moins en moins important. Déjà avant la grossesse, ce n’était pas extraordinaire, mais ils étaient amoureux et elle avait envie de lui faire plaisir de lui montrer son amour comme si faire l’amour fabriquait de l’amour.

Mais il est devenu désagréable, toujours en train de critiquer la moindre chose. Elle a repris son travail et lorsqu’elle rentre le soir, elle doit s’offrir en plus les corvées ménagères. 

Tout cela semble très caricatural et pourtant très proche de la réalité vécue par de nombreux couple. Il est simple, voire simpliste d’en attribuer l’entière responsabilité à cet «heureux événement». On ne peut nier que la grossesse, l’accouchement, le post-partum, l’élevage et l’éducation d’un ou de plusieurs enfants ne puissent transformer le couple. En fait les «difficultés» inhérentes à la vie ne sont la plus part du temps que les révélateurs d’une situation préexistante. L’euphorie de l’amour naissant masque la réalité de chacun. On est dans la séduction, ne voyant et ne montrant que les choses qui nous plaisent. Bien sûr les défauts de chacun sont présents, mais on se dit qu’avec le temps, cela s’arrangera, qu’il ou qu’elle changera.

Que faire alors pour éviter cela?

Passé les premiers feux de l’amour, les voiles commencent à s’entrouvrir ; on commence à découvrir que l’autre n’est pas l’homme ou la femme idéale. Les choses semblent subtiles et sans importances et pourtant, elles seront le terreau sur lequel le couple risque d’aller à sa destruction. La première chose à faire est donc de jouer carte sur table ; s’il y a erreur de casting il vaut mieux agir dès maintenant car la naissance d’un enfant  qui devrait symboliser l’union du couple ne va pas arranger les choses mais plutôt les compliquer.  L’amour devrait nous permettre d’accepter l’autre dans ses différences à condition d’en être conscient. Avant la rencontre chacun avait sa propre histoire, son propre système de référence, un dictionnaire différent, il va falloir en construire un commun où mes mots, les expressions, les attitudes auront le même sens et ne seront plus source d’interprétation et de distorsion.

Ne jamais perdre de vue non plus que créer un couple puis une famille, c’est « rompre » les liens avec celle d’où on est issu. Si on a toujours des parents « aimable », nous ne sommes plus les enfants de… Facile à dire, mais pas toujours facile à faire quand sa compagne passe tous les jours 1h au téléphone avec sa mère ou quand Monsieur va bricoler tous les samedis avec son père. Ne parlons pas des déjeuners dominicaux hebdomadaires! Cette rupture qui n’est pas un manque d’affection est  indispensable si le couple désire vraiment construire sa propre vie. Se parler, communiquer, échanger, se respecter, s’accepter dans ses différences, rompre avec son passé permettront au couple de se construire et d’envisager toutes les perturbations  naturelles de la grossesse, de la maternité et l’arrivée d(une nouvelle personne avec le maximum de sérénité

EN QUELQUE SORTE,  FAIRE LE DEUIL DE CE QUE L’AUTRE N’EST PAS.

C’est à partir de cet instant que le couple pourra se construire pour le pire, mais surtout pour le meilleur.

Patrice CUDICIO

Auteur : Patrice Cudicio

Médecin

Sexualités: Le Magazine

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