LA BISEXUALITÉ EN 36 QUESTIONS

1: Quelle est la différence entre bisexualité et ambiguïté sexuelle?

Cela n’a rien à voir, vous pouvez avoir des relations sexuelles et sentimentales avec des partenaires des deux sexes, sans douter de votre propre identité sexuelle. L’ambiguïté sexuelle relève d’une problématique d’identité ou de genre, elle se révèle quand la personne a le sentiment d’un décalage ou d’un conflit entre son sexe biologique et son genre.

2: La bisexualité est-elle une modalité de pratique sexuelle ou constitue-t-elle une identité sexuelle à part entière?

Un ménage à trois?

Cette question n’est pas simple car on peut envisager au moins deux cas de figure. Dans un premier votre sexe biologique et votre genre sont en harmonie, les éléments masculins et féminins sont parfaitement intégrés, le choix bisexuel reflète alors une recherche de plaisirs, un parcours hédoniste. Dans d’autres cas, les éléments masculins et féminins qui composent votre genre ne sont pas intégrés et s’expriment par des conflits intérieurs, vous ne savez pas qui vous êtes et vous vous cherchez auprès de partenaires des deux sexes. Vous pouvez lire sur certaines professions de foi que les bisexuels revendiquent une identité sexuelle propre, différente de celle des hétérosexuels ou des homosexuels (LGBT). Pour ma part, j’ai tendance à penser qu’il s’agit d’un choix comportemental: la bisexualité a toujours existé dans de nombreuses cultures depuis l’Antiquité, mais a généralement été réprimée au même titre que l’homosexualité.

3: La bisexualité est-elle une perversion sexuelle?

La médecine sexuelle ne retient que les perversions comportementales qu’elle nomme paraphilies, il s’agit de l’exhibitionnisme, de la pédophilie, du sadisme sexuel et du fétichisme. La bisexualité ne fait pas partie des perversions sexuelles, on peut tout au plus la considérer comme une tendance. Les choix sexuels demeurent étroitement liés à la culture. Un climat culturel qui permet le développement de toutes ses facettes représente un terreau favorable à la bisexualité.

4: La bisexualité est-elle un trouble de la sexualité?

Oui, si la personne souffre de sa bisexualité, mais en examinant le problème, on trouve généralement des conflits sentimentaux qui ont des répercussions sur la sexualité. Dire que la bisexualité est un trouble me semble très exagéré.

5: De quelle guérison, de quelle normalité pouvons nous parler ici? La bisexualité est-elle anormale?

Le modèle hétérosexuel représente la normalité pour les relations sexuelles, il s’agit d’un coït avec pénétration intra-vaginale dont la durée « normale » n’excède pas 5 minutes et 40 secondes (données statistiques). Cela suffit en regard de critères purement médicaux à qualifier de normale cette relation. Mais l’amour et les sentiments ne se plient pas à des normes, l’épanouissement de la sexualité exige plus. C’est dans ce « plus » que la pudibonderie place « l’anormal », le « déviant »….

6: Quelles sont en chacun de nous les racines de la bisexualité?

Nous possédons tous en nous les aspects psychologiques des deux sexes que l’éducation et la culture s’appliquent souvent à réprimer. Ce ne sont pas les mêmes aspects selon les cultures. Autrefois la répartition des rôles entre les sexes était très claire; les femmes assuraient la totalité des soins à apporter aux enfants et des travaux à la maison. Aujourd’hui, hommes et femmes travaillent à l’extérieur du foyer et les travaux ménagers sont donc partagés (dans la plupart des cas). Pendant des siècles, on a voulu imposer aux femmes un modèle de passivité pour la sexualité et d’activité pour l’homme. La psychanalyse s’est toujours accommodé de ce schéma simpliste. Par exemple en attribuant aux femmes un désir de pénis et en présentant la mère comme toujours fautive. Le péché originel s’est donc maintenu… On sait aujourd’hui que l’embryon humain est porteur à la fois de potentiels féminins et masculins; le différenciation sexuelle ne s’effectue qu’à partir de la 5ème semaine de vie embryonnaire…Il ne faut néanmoins pas y voir nécessairement les « racines » de la bisexualité qui ne peut s’exprimer que dans des conditions favorables.

7: La bisexualité est-elle plus facilement acceptable que l’homosexualité dans la société actuelle? La bisexualité est-elle une sexualité taboue? Plus taboue que l’homosexualité?

Dans les cultures où elle est réprimée la bisexualité n’est pas moins tabou que l’homosexualité. Ces deux choix détournent la sexualité de la reproduction ce qui semble inacceptable au regard des religions occupant une place prépondérante dans les mentalités. Dans la société actuelle du moins dans de nombreux pays d’Europe, la bisexualité ne pose de problème que dans le cercle relationnel des gens concernés: famille traditionnelle ( mais il y en a de moins en moins), voisins médisants ( à propos de tout et pas seulement de la sexualité). Les comportements de type homophobe sont plus à craindre, mais il ne faut rien exagérer. En France, on peut la plupart du temps être ouvertement homosexuel ou bisexuel sans se faire agresser ou jeter en prison… Ce ne sont ni des délits, ni des maladies…

8: Les individus qui se disent ouvertement bisexuels sont-ils rares?

Bien que minoritaire, je rencontre dans ma pratique de plus en plus de gens qui expriment ouvertement leur tendance bisexuelle, ainsi que des fantasmes de ce type…S’afficher ou s’exprimer? la sexualité appartient à la sphère intime de chacun. Faut-il nécessairement en parler? Et à qui doit on en parler? En quels termes et dans quelle intention?

9: La bisexualité est-elle moins tabou pour une femme que pour un homme?

Beaucoup d’hommes fantasmes sur les amours lesbiennes ou sur le triolisme. Il faut plutôt s’interroger sur la façon particulière dont les femmes éprouvent et expriment l’amour. La sexualité lesbienne est le plus souvent fondée sur une dimension relationnelle que purement sexuelle… Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que les femmes ont pendant des siècles considérées dans la chrétienté comme des créatures dépourvues d’âme. La femme par nature était supposée posséder une sexualité animale guidée par le plaisir et porteuse du péché. Les « dérives » sexuelles d’une femme sont donc moins déviantes et plus prévisibles que celles d’un homme!

10: La bisexualité est-elle une solution de facilité quand on a du mal à faire un choix entre homosexualité et hétérosexualité?

Exprimer sa bisexualité n’est pas une solution de facilité, cela peut traduire une ambivalence, un état de recherche de soi. Par ailleurs, on peut varier: être bisexuel à certaines époques de sa vie et pas à d’autres.

11: La bisexualité est-elle une simple étape entre hétérosexualité et homosexualité? Est-elle un état transitoire? Ne serait-elle qu’une étape vers l’homosexualité?

La bisexualité peut en effet se situer comme une étape sur un parcours d’épanouissement sexuel, mais cela ne signifie pas q’une fois franchie, la personne ne puisse y revenir…Il faut cesser d’étiqueter les gens; en tant qu’être humain, nous sommes déterminés à nous adapter en permanence à notre environnement. Si vous pensez que vous pouvez tomber amoureux, vous ne savez pas à l’avance de qui vous le serez et quel sera son sexe et son genre.

12: La bisexualité masque t-elle le plus souvent un désir homosexuel non assumé?

Un désir homosexuel non assumé se manifeste aussi par un refus de la sexualité ou de prises de position extrêmes à l’encontre de ce que l’on cherche à nier. La personne souffre d’un conflit intérieur.

13: La bisexualité résulte t-elle seulement de doutes concernant son orientation sexuelle?

On peut être parfaitement à l’aise dans son identité sexuelle et choisir des partenaires des deux sexes. C’est un fantasme hétérosexuel que de croire que dans un couple homosexuel, il n’y en a qu’un qui joue le rôle de l’homme et l’autre de la femme. La plupart du temps les homosexuels(les) assument parfaitement leur sexe biologique et leur genre. C’est cela qui construit une identité homosexuelle. Les homosexuels ne sont pas des adolescents attardés. Et ce n’est pas parce que ces derniers ont souvent des relations homosexuelles avant de se déterminer vers un autre choix qu’ils sont bisexuels. Les bisexuels ne le sont pas plus attardés, bien au contraire car affirmer pleinement sa tendance est plutôt un signe de grande maturité.

14: La bisexualité est-elle une troisième sexualité?

C’est en effet une alternative à l’hétérosexualité ou à l’homosexualité stricte et exclusive.

15: De quoi résulte la bisexualité si on l’aborde sous l’angle freudien? Resulte t-elle de quelque complexe, de quelqu’angoisse? Que dit Freud de cela?

Ce que dit Freud est intéressant d’un point de vue historique et philosophique, mais doit être mis en perspective de l’époque qui a vu émerger ses travaux. Freud avait tendance à interpréter la majorité des difficultés de ses patients comme des symptômes d’homosexualité refoulée et celles de ses patientes à des problèmes hystériques. Il analysait les faits avec les outils conceptuels de son époque… obsolètes aujourd’hui!

16: Etre exclusivement homosexuel ou hétérosexuel ne revient-il pas à se priver de certaines expériences de vie? La bisexualité dans ce sens ne serait-elle pas la sexualité idéale?

William Masters et Virginia Jonhson

C’est ce que conjecturaient les deux célèbres sexologues américains Masters et Johnson dans leurs derniers travaux. Mais cette évolution sexuelle a été brutalement interrompu par l’apparition du SIDA. Bien que le mouvement ait repris, il me semble toutefois que le choix bisexuel restera encore un certain temps minoritaire, non pas tant en raison de tabous que parce qu’il nécessite un véritable engagement hédoniste.

17: Pourquoi est-il si facile d’admettre « la bisexualité psychique »quand il est si difficile l’orientation sexuelle bisexuelle? Que représente la bisexualité psychique?

C’est tout à fait normal dans un monde qui sépare « l’âme » et le corps. La bisexualité psychique reste un concept un peu flou, commode pour justifier ses fantasmes.

18: Pourquoi la bisexualité est-elle vécu de façon si souterraine?

Pas si souterraine que cela; la mouvance bisexuelle possède des associations (LGBTQI+, Bi’Cause), des sites, des liens à l’échelon national et international. Par ailleurs qu’auraient à gagner les bisexuels dans une hypermédiatisation de leurs choix privés?

19: Les bisexuels ne s’affichent-ils pas de peur d’être taxés d’homosexuels?

Les bisexuels ne sont ni des homosexuels ni des hétérosexuels et encore moins des chimères représentant la somme des deux. Ce sont des êtres humains qui font des choix personnels. La bisexualité n’est pas exhibitionniste. La plupart des bisexuels sont plutôt épanouis et n’est-ce pas cela qui dérange le plus?

Hermaphrodite

20: La bisexualité souffre-t-elle de son invisibilité?

Cette invisibilité est toute relative. Quels sont les enjeux d’une mise en avant de la bisexualité. Par exemple, voteriez-vous pour un(e) candidat(e) à une élection parce qu’il (elle) est bisexuel(le) ou parce que son programme emporte votre adhésion?

21: La bisexualité est-elle à la mode? Se démocratise t-elle du moins?

Aussi paradoxal que cela lui paraître, j’ai le sentiment que la mode est davantage à la répression sexuelle. Et il y a au moins deux façons de s’y prendre: soit en taisant toute allusion sexuelle soit en déversant une avalanche d’allusions sexuelles soigneusement formatées… Il est vrai que le choix bisexuel a souvent été le privilège de classes sociales dirigeantes ou du moins placées à l’abri des foudres de la morale et de la religion. Aujourd’hui, en France, les bisexuels peuvent vivre leur sexualité; ce n’est pas le cas dans d’autres pays d’Europe où les persécutions à l’encontre des « gays » sont monnaie courante.

22: Peut-on parler de « cycles » homosexuels et hétérosexuels dans le cadre de la bisexualité?

Ce serait sans doute trop rigide. pourquoi ne pas plutôt évoquer des fluctuations de choix, des adaptations? Les circonstances de la vie modèlent nos orientations.

23: La bisexualité ne resterait-elle pas d’une abolition totale du sexe qui ne conduirait à ne regarder que l' »âme » de la personne aimée?

Un de mes patients s’est considéré comme homosexuel jusqu’à l’âge de cinquante six ans, bien qu’il ait été marié et cède de famille. Divorcé à trente cinq ans, il a vécu un amour passionnel pendant plus de vingt ans pour un homme qui n’a jamais répondu à ses sentiments ni à ses désirs. Il a fini par rompre ce lien douloureux; aujourd’hui, il se sent capable de tomber amoureux d’un homme ou d’une femme. C’est en effe pour lui, les sentiments qui prédominent. Cela ne signifie pas abolition du sexe…

24: Est-ce qu’être bi est une torture émotionnelle?

Cela peut l’être tant qu’on n’a pas trouvé la solution personnalisée pour assumer ses choix.

25: Les bisexuels: trop homos pour les hétérosexuels et trop hétérosexuels pour les homos?

Il existe bien des préjugés à l’encontre des bisexuels; cela provient d’un mélange de méconnaissance et de fantasmes et les définition que vous proposer illustrent parfaitement le dilemme. Quand vous vous reconnaissez dans les codes et les valeurs d’une communauté, cela vous rend plus conscient de vos différences et conduit à exclure les gens qui ne correspondent pas à ces critères. Les bisexuels ne sont ni des homos, ni des hétéros et cela dérange.

26: La biphobie existe-t-elle vraiment ou n’est-elle qu’un mythe?

Dès qu’une différence est visible, il y a des gens pour s’acharner à la nier ou à la combattre. Dans la plupart de cultures la différence n’a pas sa place ou alors en marge des autres.

27: Si la bisexualité est à mi-chemin entre homosexualité et hétérosexualité, elle devrait être logiquement plus acceptée socialement que l’homosexualité: Pourquoi n’est ce pas le cas?

Si la plupart des gens connaissent aujourd’hui les codes sociaux de l’homosexualité, il n’en va pas de même avec la bisexualité. C’est un sujet qui demeure assez largement absent des vecteurs culturels comme le cinéma ou la littérature tandis que l’homosexualité y occupe souvent une place prépondérante. La bisexualité se vit, mais ne s’expose pas; sans doute fâche-t-elle encore beaucoup de personnes. En effet, les homosexuels qui, aujourd’hui, revendiquent une visibilité se plient à un schéma social bien connu: le couple. Le mariage « gay » fait en quelque sorte rentrer dans le rang de la légitimité ceux que leur sexualité rejetait hier jusque dans ses marges. Mais faut-il envisager un mariage à trois ou plus encore faut-il donner un statut spécifique aux personnes qui choisissent de vivre en communauté comme par exemple les adeptes du polyamour ou du hiving?

28: Pourquoi les bisexuels sont-ils à la fois rejetés par les homos et hétérosexuels?

Pour certains homos ou hétéros, les « bi » représentent une menace car ils (elles) peuvent convoiter et séduire leurs partenaires. C’est voir les choses à court terme. Si l’on souhaite à chaque être humain un épanouissement sexuel, on doit respecter ses choix. Nos différences peuvent être au contraire de nouvelles opportunités de découvertes, de plaisirs, et non des cloisons étanches entre les êtres.

29: Les bisexuels sont-ils une entrave à l’épanouissement des mouvements gays et lesbiens?

Les bisexuels cherchent d’abord à vivre leur sexualité dans la sérénité; ils ne cherchent pas à obtenir une reconnaissance au détriment des gays ou des lesbiennes. D’ailleurs, ce sont souvent les mouvements gays et lesbiens qui ont permis aux « bi » d’obtenir une certaine visibilité.

30: Un des clichés les plus véhiculés sur les bisexuels est qu’ils sont infidèles, voire obsédés, qu’ils « sautent sur tout ce qui bouge ».

Les bisexuels sont des gens fidèles à leur principe, mais pas nécessairement aux moyens de les satisfaire comme tout autre personne. La fidélité est un comportement culturel qui permet de maintenir en place la structure sociale du couple. Or qu’en est-il aujourd’hui? Ce ne sont pas les bisexuels qui ont déconstruit le couple. Ce n’est pas l’orientation des préférences sexuelles qui détermine le nombre et la fréquence des rapports. La France serait avec la Grèce l’un des pays où on fait l’amour le plus souvent, toute tendances confondues.

31: Choisir entre homosexualité et hétérosexualité est-il un impératif social?

Cela dépend de la façon dont on souhaite être reconnu. Si vous deviez choisir un seul qualificatif pour vous représenter, quel serait-il? Mère de famille, fonctionnaire, homosexuel, fille d’immigré, cadre au chômage, français, célibataire, divorcé… etc. Si vous estimez que c’est plus important pour vous d’être identifiable en tant qu’homo, hétéro ou bi, alors oui, en effet, vous devez choisir.

32: Les bisexuels dont-ils instables dans leurs choix.

Comme l’évoque un dicton: « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas! »Nous modelons notre personnalité en fonction de nos expériences, de nos rencontres. Être bisexuel n’implique pas nécessairement une instabilité. Le modèle monogamique qui prévaut pour les couples n’assure en rien l’épanouissement sexuel. Le projet de couple, s’il existe, peut être davantage orienté vers un rôle parental que conjugal. Il est fréquent de chercher en dehors du couple qu’il soit hétérosexuel ou homo des plaisirs qui en sont absents. Des sites comme Gleeden en font leur « profession de foi ». Ces choix ne reflètent pas une instabilité mais plutôt une recherche d’équilibre.

33: Pourquoi les bisexuels éprouvent-ils le besoin de se cacher?

Il me semble au contraire que les bisexuels ne cherchent ni à se dissimuler, ni à revendiquer la reconnaissance q’une quelconque « tribu ». Je pense qu’ils souhaitent qu’on les laisse vivre leur choix, sans être juger de celui-ci.

34: Un bisexuel est-il un obsédé faisant « feu de tout bois »?

Cette affirmation fait partie de nombreux préjugés à leur encontre. La bisexualité s’appuie sur un appétit de découvertes, de recherche de plaisirs. Ce qui semble être un atout pour avoir une sexualité épanouie.

35: Jean David Nazio, psychanalyste affirme que du point de vue psychanalytique, nous sommes tous bisexuels.

Chaque être humain dispose d’un immense potentiel de choix. Le cerveau représente le premier organe sexuel et la sexualité l’un des comportements les plus influencés par l’environnement psychosocial. Compte tenu de tout cela, chaque personne peut être bisexuelle. Mais les déterminismes sociaux et culturels associés à son histoire naturelle viendront stimuler ou inhiber ce potentiel.

36: Sommes nous tous sexuellement programmés pour aimer les hommes et les femmes selon un certain degré?

Si les potentiels existent, ce serait faire de la divination que de chiffrer son pourcentage d’attirance vers les hommes et vers les femmes. Néanmoins il est possible d’évaluer sa tendance bisexuel grâce aux test de Klein et de Fischer.

LA BISEXUALITÉ

Dossier Bisexualité 

Les rôles sociaux attribués à chaque sexe ont évolué et de nombreuses tâches dévolues à l’un ou l’autre sont désormais devenues interchangeables. En réalité il semble bien que l’homme ait perdu de ses prérogatives au profit de la femme, les sociétés occidentales octroient au moins en théorie les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes. Les grandes batailles féministes pourraient sembler quelque peu démodées en regard de l’évolution de la condition féminine, mais l’égalité des sexes n’implique pas nécessairement la liberté sexuelle… 

La question de savoir s’il faut préférer l’égalité à la liberté ou bien l’inverse demeure toujours d’actualité, mais aujourd’hui, elle se pose autrement… 

Résolument contestataires des normes en vigueur, des mouvements associatifs revendiquent une reconnaissance psychosociale de leur différence sexuelle: la bisexualité représente une voie alternative à l’expression sexuelle de soi. Comment se définit la bisexualité? Que identité désigne-t- elle? Comment se reconnaît-on « bisexuel »? Comment vivre sa différence? Voici les questions que nous vous proposons d’examiner à travers les articles de ce dossier. 

Définir la bisexualité: l’identité bisexuelle Tests et échelles de Kinsey à Fisher
les mouvements militants
Bisexualité et hédonisme 

Vivre sa différence au quotidien La bisexualité et les fantasmes notes de lecture
bibliographie 

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Définir la bisexualité 

Un dictionnaire classique comme le Robert propose la définition suivante de la bisexualité comprise dans son sens psychologique « dispositions psychiques à la fois masculines et féminines inhérentes à tout individu ». Notons au passage que, lorsqu’il s’agit de plantes ou d’animaux, la bisexualité désigne plutôt le caractère bisexué, voir hermaphrodite, c’est à dire qui possède les caractéristiques des deux sexes à la fois, les escargots par exemple sont bisexués. Quand il s’agit d’humain, on n’emploie ces termes qu’en cas d’ambiguïté de genre. C’est important de garder cela en mémoire parce que, la bisexualité désigne des choix, des absences de choix et des comportements, or les revendications actuelles de la mouvance bisexuelle cherchent à étayer leurs prises de position de preuves scientifiques en faveur d’une « nature » bisexuelle des êtres humains. La bisexualité ne serait plus limitée à un choix comportemental mais tendrait alors à reléguer aux oubliettes le modèle hétérosexuel traditionnel, comme le choix « gay ». 

Le dictionnaire de Sexologie, ouvrage collectif dirigé par Philippe Brenot nous donne une définition précise. « Le terme bisexualité a une signification à la fois psychosociologique et biologique. En premier lieu, il faut différencier des comportements ou des attitudes renvoyant à une orientation sexuelle de ceux exprimant un rôle sexuel…. Jacques Corraze, auteur de l’article, ajoute : « On devrait réserver le mot bisexualité pour qualifier une orientation sexuelle et le terme bisexuel comme se référant à certains caractères de la personne. » Les bisexuels se revendiquent comme un groupe social à part entière au même titre que les hétérosexuels et les homosexuels dont ils tiennent toutefois à se démarquer. Cette définition doit ensuite tenir compte davantage des individus que d’un groupe tant les choix individuels varient: le choix des partenaires sexuels peut être tout à tour hétérosexuel, homosexuels, bisexuel, tout dépend de l’histoire de chacun, de plus l’investissement affectif n’est pas toujours constant, comme cela arrive chez la plupart des gens quelle que soit leur orientation. La bisexualité serait donc le cadre d’expression le plus ouvert de la sexualité. 

La bisexualité selon Lo Duca, c’est toujours en première lecture la « présence des caractère des deux sexes à la fois dans le même individu ». Cette organisation est naturelle, on ne peut pas être psychologiquement 100% masculin ou féminin… L’auteur du Dictionnaire érotique évoque les recherches de Freud et sa tendance à voir de l’homosexualité refoulée un peu partout, ainsi que les explications scientifiques des différences sexuelles en vigueur à l’époque. L’influence de l’inventeur de la psychanalyse se manifeste par le fait que la bisexualité comme l’homosexualité sont considérées comme des pathologies : « ce n’est que lorsque la bisexualité est très accentuée et se lie à une vie impulsive intense que nous avons des prédispositions à la névrose dont souffrira la vie amoureuse. » 

Le Dr Jacques Waynberg, dans son dictionnaire de l’amour et des comportements sexuels, décrit la bisexualité comme une « ambivalence érotique absolue, c’est a dire une homosexualité assidue et un vécu hétérosexuel tout aussi important. Une telle parité du couple masculinité/féminité est exceptionnelle, mais fait l’ objet d’ une propagande appétissante dans les messages pornographiques. » 

L’écrivain Dominique Fernandez avait posé le problème sur l’idée de choix et de nature, il écrivait en 1978 : « L’hétérosexualité n’est jamais envisagée comme un choix: elle exprime la nature humaine, comme le fait d’avoir un nez au milieu de la figure ou de marcher sur ses pieds… » 

La bisexualité se définit aussi comme l’attraction sexuelle ou amoureuse pour les personnes des deux sexes. Cette attraction n’est pas toujours égale, elle s’organise selon chacun: certains bisexuels éprouvent une préférence pour un sexe, mais ne renient pas leur attirance pour l’autre. Il existe aussi des bisexuels qui n’ont pas de préférence, et s’intéressent davantage à la qualité de l’individu plutôt qu’à son genre. 

Il reste qu’à partir des données de départ à la naissance, que l’on soit fille ou garçon, nous allons apprendre à devenir des femmes et des hommes. On dira alors que le sexe est une donnée biologique, et le genre une acquisition sociale. 

Or, les représentations sociales des rôles masculins et féminins ont changé au cours du temps, de nombreux auteurs en témoignent comme Élisabeth Badinter, et surtout André Rauch pour ses études sur l’identité masculine du 19ème siècle à aujourd’hui. L’épanouissement individuel n’exige plus de satisfaire les mêmes critères. Aujourd’hui, devenir et être soi, passent par une singularisation organisée. Ainsi, plus on se singularise et plus on resserre ses liens d’appartenance à la société. 

Le corps est un lieu de pouvoir personnel, et peut être même pour certains le seul terrain dont ils disposent pour s’exprimer. Le culte de l’apparence, la déification de l’image idéale, expriment des choix personnels. Les mouvances bisexuelles revendiquent la reconnaissance de leur identité originale: ni homo ni hétéro ce serait trop simple, les « bi » se définissent davantage comme une nouvelle tendance, plus conforme à la « nature » humaine qui serait donc selon intrinsèquement « bi »… 

Il reste que l’identité bisexuelle n’est pas facile à cerner, dans son livre « Bisexualité le dernier tabou », Catherine Deschamps explique que cette notion dérange car elle recouvre des réalités difficilement superposables, les « bi » ne se ressemblent pas, ni dans leurs pratiques, ni dans leurs attentes identitaires. L’auteure montre ensuite que la plupart des gens ayant une pratique bisexuelle se disent homo ou hétéro. « Ce sont des catégories socialement mieux acceptées et l’attirance envers les hommes et les femmes n’est pas nécessairement égale ». En effet, il ne suffit pas d’avoir des relations sexuelles avec des hommes et des femmes pour acquérir une identité bisexuelle. 

Le sociologue et anthropologue canadien, Michel Dorais décrit les bisexuels comme “les trouble- fête de l’intégrisme identitaire. Ils nous rappellent surtout que tout le monde n’est pas forcément d’un bord ou de l’autre.” Ceci explique aussi que l’on observe des gens qui se disent bisexuels mais n’ont pas de relations avec les deux sexes: inhibition, contraintes sociales les empêchent de 

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passer à l’acte. Enfin, la bisexualité peut être parfois une étape entre hétérosexualité et homosexualité. 

L’identité bisexuelle telle qu’elle se dessine au travers de nombreuses publications, livres, presse, internet, associations diverses, correspond à un mode de vie qui tente de déconstruire les normes traditionnelles pour les remplacer par les leurs jugées plus conforme à la réelle ambiguïté humaine. 

Langoureuses étreintes de l’escargot bisexué. 

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Tests et échelles de Kinsey à Fisher

L’échelle de Kinsey 

Le Docteur Alfred Kinsey, zoologiste américain, est célèbre pour ses études sur la sexualité, en 1948 il publie ses premiers constats sur la sexualité masculine et en 1953 les résultats de son enquête sur la sexualité féminine. Ces rapports font scandale mais créent un précédent, désormais, la science n’aura de cesse de disséquer les comportements sexuels. 

Alfred Kinsey a donc imaginé une échelle, graduée entre hétérosexualité (0) et homosexualité (6), pour évaluer les orientations sexuelles individuelles. 

Les graduations sont les suivantes:
0 = Entièrement hétérosexuel(le)
1 = Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
2 = Prédominance hétérosexuelle, avec un «passé» homosexuel bien distinct 3 = Également hétérosexuel(le) et homosexuel(le)
4 = Prédominance homosexuelle, avec un «passé» hétérosexuel bien distinct 5 = Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
6 = Entièrement homosexuel(le) 

De ce fait, un individu évalué de 1 à 5 est considéré comme bisexuel. Cette classification ne rend évidemment pas compte du vécu psychologique, car, une personne peut avoir occasionnellement des relations homosexuelles sans pour autant se reconnaître en tant que bisexuel ou homosexuel. 

Cette classification simpliste qui a fait pourtant figure de référence, semble cependant fondée sur une imprécision de taille! En effet, puisqu’on admet que tout être humain possède tout à la fois, à un certain degré, des éléments caractéristique des deux sexes, on ne peut donc jamais être « entièrement » hétérosexuel ni homosexuel. 

Une confusion entre le comportement et le vécu propre à chacun est très fréquente, c’est un peu le même décalage qu’entre «être» et «paraître», de nombreux éléments influencent les choix individuels. 

Catégorie 

G Total 

Questions 

Comment je me définis 

Note Passé 

Note Présent 

Note Idéal 

La Grille de Klein 

Faites votre propre évaluation grâce à la grille de Klein 

Répondez aux questions, relevez la note attribuée à la réponse et reportez-la dans dans la case correspondante de la grille ci-dessous. Il y a 7 catégories codées de A à G et 3 questions pour chaque catégorie. Vous pourrez ainsi évaluer votre orientation sexuelle depuis vos expériences passées jusqu’à vos choix actuels. 

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AMon attirance


BMon comportement


CMes fantasmes


DMes sentiments


EMes contacts sociaux


FMon mode de vie


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/49 

/49 

/49 

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A- Dans le passé, j’étais attiré sexuellement par

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


A- Aujourd’hui, je me sens attiré sexuellement par :

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement 

A- Dans l’idéal, je suis attiré(e) sexuellement par : 

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement 7 = Le même sexe uniquement 

B- Dans le passé, j’avais des relations sexuelles avec: 

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


B – Aujourd’hui j’ai des relations sexuelles avec:


1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


B- Dans l’idéal, j’aimerais avoir des relations sexuelles avec: 

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement

3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes 

5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement

7 = Le même sexe uniquement 

C- Dans le passé j’avais des fantasmes qui mettaient en scène

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


C- Actuellement, mes fantasmes sexuels mettent en scène:

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


C- Dans l’idéal, mes fantasmes mettent en scène:


1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement 

D- Dans le passé, j’éprouvais des sentiments pour: 

1 = L’autre sexe uniquement

 2 = L’autre sexe principalement

3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt 

6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


D- Actuellement j’éprouve des sentiments pour:

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement
D- Dans l’idéal j’éprouve des sentiments pour :

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement 

E- Dans le passé, je cherchais des contacts sociaux plutot avec: 

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


E- Actuellement je recherche des contacts sociaux avec

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement


E- Dans l’idéal, je préfère avoir des contacts sociaux avec:

1 = L’autre sexe uniquement
2 = L’autre sexe principalement
3 = L’autre sexe plutôt
4 = Les deux sexes
5 = Le même sexe plutôt
6 = Le même sexe principalement
7 = Le même sexe uniquement 

F- dans le passé, mon mode de vie était

1 = Hétérosexuel(le) uniquement
2 = Hétérosexuel(le) principalement
3 = Hétérosexuel(le) plutôt
4 = Hétéro/Gai-Lesbienne également 5 = Gai/Lesbienne plutôt
6 = Gai/Lesbienne principalement
7= Gai/Lesbienne uniquement


F- Actuellement mon mode de vie est:

1 = Hétérosexuel(le) uniquement
2 = Hétérosexuel(le) principalement
3 = Hétérosexuel(le) plutôt
4 = Hétéro/Gai-Lesbienne également 5 = Gai/Lesbienne plutôt
6 = Gai/Lesbienne principalement
7= Gai/Lesbienne uniquement 

F- dans l’idéal, je préfèrerais un mode de vie

1 = Hétérosexuel(le) uniquement
2 = Hétérosexuel(le) principalement

3 = Hétérosexuel(le) plutôt
4 = Hétéro/Gai-Lesbienne également

5 = Gai/Lesbienne plutôt
6 = Gai/Lesbienne principalement

7= Gai/Lesbienne uniquement 

G– Dans le passé, je me définissais comme

1 = Hétérosexuel(le) uniquement
2 = Hétérosexuel(le) principalement
3 = Hétérosexuel(le) plutôt
4 = Hétéro/Gai-Lesbienne également

5 = Gai/Lesbienne plutôt
6 = Gai/Lesbienne principalement
7= Gai/Lesbienne uniquement


G- Actuellement je me définis comme:

1 = Hétérosexuel(le) uniquement
2 = Hétérosexuel(le) principalement
3 = Hétérosexuel(le) plutôt
4 = Hétéro/Gai-Lesbienne également

5 = Gai/Lesbienne plutôt
6 = Gai/Lesbienne principalement
7= Gai/Lesbienne uniquement


G– Dans l’idéal, je me définis comme:

1 = Hétérosexuel(le) uniquement
2 = Hétérosexuel(le) principalement
3 = Hétérosexuel(le) plutôt
4 = Hétéro/Gai-Lesbienne également 5 = Gai/Lesbienne plutôt
6 = Gai/Lesbienne principalement 

7= Gai/Lesbienne uniquement 

pastedGraphic.png

Catégorie 

G Total 

Questions 

Comment je me définis 

Résultats 

Note Passé 

Note Présent 

Note Idéal 

AMon attirance


BMon comportement


CMes fantasmes


DMes sentiments


EMes contacts sociaux


FMon mode de vie


 

Moins de 24 points orientation hétérosexuelle
De 25 à 35 points orientation bisexuelle
Au-dessus de 35 points orientation homosexuelle
Résultat

/49 

/49 

/49 

/49 

La grille d’orientation sexuelle de Klein, plus récente tente une meilleure description des préférences de chacun. Klein définit sept variables qui composent l’orientation sexuelle d’une personne , celles- ci sont représentées à la colonne de gauche du tableau et codées de A à G. Les trois autres colonnes concernent le passé le présent et l’idéal. La grille est remplie au cours d’un entretien, et on attribue à chacune des 21 combinaisons une note de 1 à 7. 

Un des avantages de cette grille c’est de tenir compte des changements possibles au cours du temps. En effet, l’orientation sexuelle évolue ainsi que les comportements, il s’agit de comprendre la sexualité comme un processus dynamique et non un état de faits déterminé une fois pour toutes. Elle présente toutefois les mêmes prémisses contestables que l’échelle de Kinsey. 

Le questionnaire de Fisher 

Il s’agit d’une sorte de jeu-test, plus ludique que vraiment sérieux. A partir de quelques situations spécifiques, des questions sont posées et, quatre réponses codées R,U, L, M sont alors proposées. Il s’agit de compter ensuite quel code de réponse est majoritaire. Cela permet de définir un « profil » d’orientation sexuelle. Ce test a souvent été proposé dans les mouvements gays, et, contrairement à ce que croient la plupart d’entre eux (elles), la bisexualité n’est pas de l’homosexualité mal assumée. C’est une orientation sexuelle à part entière. Elle est très répandue, même s’il est difficile de dire dans quelles proportions. 

1 – Vous vous surprenez à ressentir de l’attirance pour un partenaire du même sexe : 

R Fréquemment 

U Jamais 

L De temps en temps 

M Là n’est pas la question, le sexe sert avant tout à procréer 

2 – A l’issue d’une chaude soirée, vous préférez recevoir une fellation (ou un cunnilinctus) : 

R D’un partenaire du même sexe, il saura mieux faire 

U D’un partenaire de l’autre sexe, évidemment 

L Peu importe, l’important c’est de jouir, non ? 

M De personne d’autre que votre partenaire si c’est son habitude 

3 – Invité à une partouze, vous surprenez vos amis : 

M En leur posant un lapin ; ils vous connaissent mal, la partouze c’est pour les obsédés. 

L En léchant une femme tout en vous faisant sodomiser par un homme 

U En chevauchant le plus grand nombre possible de représentants de l’autre sexe 

R En faisant jouir une personne du même sexe que vous 

4 – Vous regardez un film porno avec une agréable personne du même sexe que vous: 

U Dommage qu’il n’y ait pas d’autres personnes du sexe opposé, ils auraient pu apprendre quelque chose 

M Le porno ? C’est toujours la même chose !
R C’est l’occasion rêvée pour faire un 69
L Pour rigoler, vous vous masturbez l’un (e) l’autre


5 – On vous a vanté les joies du plaisir anal, vous essayez la sodomie :

U Avec un partenaire du sexe opposé 

L Avec un beau garçon de votre choix
R Avec un partenaire du même sexe, il sera forcément plus attentionné
M Seul (e) avec un gode ; on n’est jamais si bien servi que par soi-même


6 – Vous vous rendez à l’inauguration d’une boite gay :


L Vous espérez que l’ambiance sera propice aux rencontres
M Absurde, c’est un coup à attraper le SIDA
U Aucun intérêt, vous préférez draguer dans la boite que vous connaissez
R Vous êtes certain(e) de ne pas passer la nuit seul(e)


7 – Quel est l’intérêt de faire partie des Scouts de France :


M Aucun, on est bien mieux chez soi
R Ils peuvent se masturber sous la tente entre copains (copines)
L Il faut tenter le maximum d’expériences pour savoir ce que l’on aime
U C’est une bonne école pour apprendre à se débrouiller


8 – Un ami vous offre le Kamasoutra pour votre anniversaire :


R Il vous sera difficile de réaliser toutes les positions décrites
U Intéressé(e), vous allez vous y mettre dans les plus brefs délais
L Déjà lu
M Tout ça c’est trop compliqué, vive les plaisirs simples


9 – Votre partenaire vous propose d’inviter dans votre lit quelqu’un de l’autre sexe que lui : L Vous êtes sûr(e) de son goût, vous acceptez, et baisez avec les deux


R Vous découvrez sa véritable orientation sexuelle
M C’est la preuve qu’il (elle) ne vous aime pas vraiment pour ce que vous êtes
U Vous espérez qu’il (elle) ne vous demandera pas de jouir avec l’intrus(e)


10 – A l’occasion d’un jeu érotique vous choisissez le gage suivant :


U Sodomiser une personne prise au hasard
M Vous masturber
R Sucer ou lécher quelqu’un du même sexe que vous
LVoir votre partenaire se faire sodomiser par une personne prise au hasard 

RESULTATS 

Comptez le nombre de R; M, L et U obtenus
Si vous comptez une majorité de :
R : Votre orientation sexuelle est l’homosexualité. U : Votre orientation sexuelle est l’hétérosexualité. L : Vous êtes bisexuel(le). 

M : Le sexe ne vous intéresse plus ou… pas encore assez. Vous préférez l’amour platonique et/ou la masturbation au contact physique. Nombreux sont celles et ceux qui sont heureux avec une vie affective sans relation charnelle. 

les mouvements militants 

En Europe comme en Amérique du Nord, on observe des mouvances bisexuelles véhémentes, qui militent en faveur de la reconnaissance de la bisexualité en tant qu’orientation sexuelle au même titre que l’homosexualité. Ces mouvances, comme tant d’autres tendances, ont suivi les habituels courants migratoires jusqu’en Europe. 

Se faire voir 

La mouvance bisexuelle a démarré dans les années 70 sur la côte Ouest des États Unis. C’est Maggy Rubinstein, thérapeute, sexologue et avocate qui, invitée à un congrès gay, exige que la bisexualité soit présentée comme une orientation sexuelle. Depuis le mouvement a beaucoup progressé et actuellement, on ne compte pas moins de 350 associations aux USA. L’invisibilité semble la première chose à combattre, en effet, parmi les multiples idées reçues à propos de la bisexualité il est est une qui a de quoi froisser les intéressés (es). « La bisexualité ça n’existe pas ! » Mais alors que fait-on des gens qui se présentent comme tels? Il est évident que le meilleur moyen d’éliminer un problème c’est de faire comme s’il n’existait pas… Donc, pour devenir visibles, comme les gays, les « bi » se sont dotés d’un drapeau depuis le 5 décembre 1998.

La couleur rose représente l’attirance homosexuelle, le bleu la préférence hétérosexuelle. Quand on mélange ces deux couleurs, on obtient du violet qui représente donc les deux tendances à la fois, c’est-à-dire la bisexualité. Ce drapeau est destiné à donner une visibilité à ce qu’on appellera bientôt la communauté bisexuelle. Pour bien saisir la symbolique des couleurs, il faut comprendre que la couleur violette est souvent difficile à voir, à identifier à reconnaître, tandis que le bleu et le magenta qui représentent respectivement les hétérosexuels et les homosexuels se perçoivent facilement. Le violet symbolise donc une certaine invisibilité de l’orientation bisexuelle. 

Se faire entendre: actes de foi et auto-proclamation 

Non contents d’avoir une bannière, il fallait aussi un programme, c’est désormais chose faite avec le « manifeste bisexuel » qui énonce les revendications spécifiques à la cause. Voici, en exemple le passage qui définit l’identité bisexuelle. 

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« La bisexualité existe. Elle existe parce que nous, bisexuel(le)s, déclarons l’être. C’est un sentiment d’être au monde avant d’être un style de vie. 

Nous sommes attirés affectivement ou sexuellement par des personnes de tout sexe et de tout genre sans nécessairement avoir de pratiques sexuelles, et nous l’assumons. 

Nous aimons vivre nos désirs, nos plaisirs, nos amours successivement ou simultanément. 

Nous les vivons – comme les autres – de façon permanente ou transitoire. 

Nous nous octroyons un large choix de possibilités sexuelles (de la virginité au multipartenariat). Nous ne différons des personnes monosexuelles que par cette double attirance. 

Parmi nous, certain(e)s vivent leur bisexualité comme un choix, pour d’autres, elle va de soi. Ce que nous partageons, c’est la volonté de l’assumer. » 

Ces quelques lignes font apparaître un recours systématique à l’acte de foi, et à l’auto-proclamation. La recherche du plaisir, une liberté illimitée, un large choix sexuel servent de justification. Ce manifeste s’inscrit dans une dialectique militante, une lecture humoristique de ces proclamations serait perçue comme une manifestation d’hostilité. Il s’agit de rester sérieux et bisexuellement correct! C’est qu’être bisexuel entraîne nécessairement la rencontre avec la « biphobie » une forme de racisme spécialement adaptée. La biphobie, offre un champ de bataille idéal, sur lequel vont pouvoir prendre place les arguments habituels des mouvements anti racistes classiques. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet sur un site personnel : 

« Les bisexuel(le)s sont à la fois rejetés par les hétérosexuels et gays. Pour tous, les bisexuel(e)s ne sont que des gays/lesbiennes qui renient leur homosexualité et se cachent derrière l’étiquette bi. On dit aussi que nous nous servons de notre bisexualité pour mieux être acceptés socialement des hétérosexuels et de profiter de cet avantage social. » 

Ce constat n’est qu’un variation sur le thème de la non existence de la bisexualité en tant qu’orientation. Plus grave encore, les « bi » sont souvent vécus comme des traîtres à la cause gay dont ils gêneraient l’expression et l’épanouissement. Évidemment, les activistes bisexuels sont en désaccord avec ce point de vue ! 

« Être « bi » n’empêche pas de militer aux côtés des gays et des lesbiennes pour plus de droits, de reconnaissance sociale, d’acceptation. N’en déplaise aux gays, les bisexuel(le)s sont aussi un peu (ou beaucoup) homosexuels. A ce titre, ils subissent les mêmes problèmes de discriminations, violences verbales et/ou physiques, moqueries… » 

Liberté, Bisexualité…. Félicité? Pas si sur… 

Vivre et choisir librement sa vie pose quelque problèmes aux « bi », l’intégration sociale leur semble plus difficile dans un monde pétri de contraintes et qui tend à aplanir ou à refuser les différences. 

Les revendications des bisexuels s’organisent le plus souvent dans une opposition aux normes établies. D’une part on rejette la « domination masculine » et la norme hétérosexuelle , d’autre part on n’accepte pas le modèle homosexuel des gays et des lesbiennes. Un autre passage du manifeste permet de mieux situer la délicate position des bisexuels. 

« Nous luttons contre toute hiérarchie des genres et contre l’ordre normatif masculin qui impose la marginalité aux personnes homosexuelles, bisexuelles, transsexuelles et transgenres. Nous refusons également la nouvelle normativité gaie et lesbienne, qui voudrait réduire la sexualité aux deux seules catégories hétérosexuelle et homosexuelle. Nous sommes pour une bisexualité qui permette à chacune et à chacun de vivre ses désirs sans être stigmatisé(e). » 

Égalité avec hétérosexuels et homosexuels 

Les « bi » demandent donc à ce que leur droits soient reconnus et acceptés, notamment ceux de vivre leur sexualité comme bon leur semble sans avoir à se justifier, de fonder une famille selon leurs désirs, seul à deux ou à plusieurs et de se voir octroyer le statut de « parent », d’avoir des espaces médiatiques réservés , et des lieux d’échange et de rencontre… Enfin que leurs choix soient traités avec un égal respect, notamment dans les actions de lutte et de prévention du sida et autres IST (infections sexuellement transmises). 

Les actions
En France, une association « bicause.asso.fr », occupe le terrain et propose de nombreux services à ses adhérents, groupes de parole, soutien, rencontres conviviales, soirées à thèmes, débats. Leur site internet rend compte de tous ces événements. L’association diffuse en outre un manuel de prévention des IST, très complet, il répond en langage clair à la plupart des questions qu’un « bi » peut se poser en raison de son orientation.
Cette association reste très BCBG, il en existe d’autres, nettement plus virulentes appelant ses adhérents à une action souvent provocatrice, toujours très agressive vis à vis du reste du monde. Comme quoi, sous prétexte d’exiger de la tolérance, on donne l’exemple inverse…
Au canada, il existe plusieurs associations « bi », qui semblent pour leur part vivre des relations plus courtoises avec leur environnement, et entretiennent des liens avec les mouvances gay. 

Pourquoi cette éclosion « bi »
L’abondance de sexe dans les médias attire l’attention sur des pratiques particulières, homosexualité, fétichismes divers, mais aussi violences sexuelles, délinquance, agression pornographique. L’exploitation commerciale du sexe normalise des pratiques marginales, parfois extrêmes, qui en fait n’ont pas grand chose à voir avec la sexualité réelle que vivent les gens au quotidien. L’apparence physique, les vêtements, le moindre détail compte qui a vite fait de vous classer « sexy » ou « pas sexy »… Et ceci vaut désormais autant pour les hommes que pour les femmes. Autre aspect important, l’individualisme qui paradoxalement exige de se singulariser pour prétendre à faire partie d’un groupe d’une tribu sociale … D’un côté l’espace social et médiatique est envahi d’images à caractère érotique, voire pornographique, d’un autre il est devenu difficile de rencontrer des gens ce qui explique en partie pourquoi les sites de rencontre et les chats obtiennent un vif succès sur Internet.
La peur de l’autre, la peur des IST, la peur d’échouer dans ses tentatives relationnelles ne vient cependant pas à bout des désirs hédonistes de certains (es). D’une certaine manière, les « bi » revendiquent un droit au plaisir qu’interdisent différentes tendances au nom de la protection, du refus du moindre risque, et surtout de la bien pensance sexuelle. 

Bisexualité et hédonisme 

Est-il vraiment nécessaire de rappeler que la bisexualité ne répond pas aux objectifs de reproduction de la sexualité, mais bien davantage d’un projet hédoniste, c’est-à-dire d’une recherche de plaisirs. Si on ouvre un livre érotique, il est rare qu’une scène bisexuelle n’y figure, présentée comme l’aboutissement logique d’une voie érotique accomplie. L’Hermaphrodite de Canova, ci-contre évoque la sensualité de la double orientation sexuelle. 

Les Grecs de l’Antiquité avaient parfaitement intégré ce modèle à ceci près que le couple amoureux était le plus souvent symbolisé par deux hommes: un jeune et son aîné. Leurs rapports s’inscrivent dans une relation de maître à disciple, et évoquent l’initiation. Dans son célèbre dialogue sur l’amour, Platon décrit parfaitement cette relation particulière, tout en prenant soin d’en évacuer le caractère sexuel dont, selon lui, les sentiments peuvent aisément se passer. La notion d’homosexualité n’existe pas en tant que telle et ne fait pas l’objet d’une répression. C’est Plutarque, dans son livre « vies parallèles » qui décrivant les moeurs spartiates, explique que dans l’armée, on favorisait les couples d’amants, afin qu’en cas de danger, ils soient plus prompts à voler au secours de l’autre. 

Les Romains, quant à eux, ne se posaient pas trop de questions et prenaient du plaisir avec qui bon leur semble, leurs esclaves sont là pour cela, les courtisanes aussi. Cela ne concernait bien entendu que les aristocrates et les classes dirigeantes, on ne possède pas de source bien précise sur les moeurs des classes populaires. La seule restriction c’est de jouer un rôle dominant: le romain peut en effet s’offrir des joies érotiques avec des partenaires des deux sexes, mais s’il lui prenait envie de tenir un rôle passif, il se couvrirait de honte. Caïus Julius, plus connu sous le nom de Jules César avait fait les frais de ses penchants on cite ce commentaire qui le présente comme « le mari de toutes les femmes et la femme de leur mari »… 

Pourtant, l’avènement du christianisme et des religions monothéistes a rapidement mis hors la loi l’usage non procréatif de la sexualité. Aujourd’hui encore, l’Église catholique réprouve énergiquement l’homosexualité, mais elle qualifie de pure perversité le comportement qui consiste à rechercher du plaisir avec des partenaires des deux sexes. 

Si l’on se réfère aux sources littéraires il semble bien que les pratiques bisexuelles aient depuis toujours recueilli la faveur des libertins (es). Quoi de plus naturel en effet que d’apprécier une personne du même sexe que soi? Elle partage la même sensibilité, elle saura mieux qu’une autre répondre aux attentes sensuelles, et par dessus tout se livrer avec elle aux joies de l’amour est le meilleur moyen d’échapper à l’utilisation utilitaire de la sexualité. Quoi de plus naturel que 

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d’apprécier aussi une personne de sexe opposé? La découverte de ce corps amoureux rendra les jeux érotiques encore plus passionnants… 

Le plaisir érotique est une sorte de jeu, il exige de la part des joueurs (es) de se sentir libre de toute contrainte qu’elle soit matérielle (temps, bruit, promiscuité) et surtout psycho sociale. Les relations amoureuses ont besoin de confiance et de curiosité, elles ne se développent pas dans un climat de honte ou de gêne. Un arbre planté sur un terrain difficile et rocailleux devient souvent rabougri et tordu dans tous les sens, il ne déploie pas ses branches et son feuillage, mais se resserre pour s’adapter à ses maigres ressources. 

Pour certains, la bisexualité représente le développement naturel de l’humain accompli, voici quelques citations extraites du livre L’érotisme divinisé de A.Daniélou, orientaliste, parfois appelé par son nom indien « Shiva Sharan» (protégé de Shiva): «tout être bisexuel peut être considéré comme une émanation de la transcendance du dieu » , « le but vers lequel doit tendre l’espèce humaine est la réintégration progressive des sexes jusqu’à l’obtention de l’androgynie » et « l’être évolué tend vers la bisexualité. » 

Ce constat rejoint les prévisions que Masters et Johnson suggéraient dans leur ouvrage Les perspectives sexuelles . Les célèbres sexologues américains prévoyaient en effet le développement des pratiques bisexuelles comme une évolution des relations amoureuses. 

Si l’on en croit la littérature et la poésie, il semble à première vue que les femmes soient plus souvent et plus « naturellement » bisexuelles que les hommes. Ce qui, dans la réalité des faits n’est pas prouvé. Les ébats amoureux des femmes entre elles ont souvent fasciné l’écrivain voyeur dont les textes s’adressaient en priorité à un lecteur… Le célèbre Giacomo Casanova, amoureux inconditionnel des femmes relate dans ses volumineuses mémoires de nombreuses scènes d’amour au féminin dans lesquelles il se régale d’intervenir pour le plus grand plaisir de chacune… 

La femme a été longtemps considérée dans la culture occidentale comme étant plus sensible, plus sensuelle et plus à l’écoute de ses sensations que l’homme, sensé demeurer maître de ses émotions, de ses sentiments, et centré d’abord sur son propre plaisir. L’évolution des moeurs a changé les rôles traditionnels, la femme émancipée, joue d’autres rôles que ceux d’épouse et de mère. L’homme a vu son pouvoir viril déstabilisé et se réorganise aujourd’hui selon d’autres critères et d’autres valeurs . L’historien André Rauch dans son livre l’identité masculine à l’ombre des femmes évoque cette évolution depuis la première guerre mondiale jusqu’à la Gay Pride. 

Faut-il sortir la bisexualité du placard? 

Ce qui change aussi c’est que dans le passé, les pratiques bisexuelles demeuraient constantes, mais secrètes et réservées à une élite libertine affranchie des contraintes morales imposées par la religion et les pouvoirs en place. Aujourd’hui, les gens qui vivent une sexualité différente (gay, lesbiennes, bi et transgenre) veulent pouvoir l’afficher au grand jour sans encourir la réprobation sociale. On peut se demander si cela va vraiment dans le sens d’une réelle liberté sexuelle et d’un épanouissement érotique. En effet, la visibilité tant demandée vient banaliser les choix, et repousse dangereusement vers l’extrême les limites des interdits traditionnels . Une grande partie du désir et du plaisir érotique prend corps dans la transgression, le désir se nourrit d’attente, de la prise de risque dans le jeu de la séduction, d’une certaine frustration… Si tout est offert à la consommation sexuelle immédiate ne finit-on pas par perdre l’appétit? 

Au cours d’échanges et de conversations, la question de savoir si l’épanouissement érotique passe par la bisexualité et si celle-ci pouvait devenir une « norme » a suscité des réponses telles que celle de Karim, 30 ans:

« ça peut sous-entendre une idée d’obligation alors que je connais des hétéros ou des gays qui sont bien comme ils sont. En réalisant et vivant ma bisexualité, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’une orientation sexuelle qui mérite autant de considération que l’hétérosexualité et l’homosexualité. Je me sens vraiment épanoui depuis que je suis bi. J’aime les deux sexes tout simplement. Autre chose, je pense que le le mot « norme » est plutôt mal venu pour parler de ce que je considère comme mon orientation sexuelle. On m’a longtemps parlé de phénomène de mode également. Mais comme je le dis c’est plus subtil que ça. » 

Ariane, une jeune femme épanouie écrit: 

« Ma bisexualité représente un précieux avantage: toutes mes facettes érotiques « féminines » et « masculines » s’expriment, surtout si je peux les partager avec d’autres bisexuels, hommes ou femmes qui sont l’un ou l’autre ou les deux… L’imagination n’a pas de limites, on va se perdre, se retrouver, se découvrir… Aventure de soi? vers l’autre, vers les autres , vers « l’autre en soi » pour plagier Daniel Welzer Lang… Ma joie érotique plurielle et fluide, ne saurait se contenter ni d’un duo classique hétéro ni d’un trio homo, pas plus que d’un duo lesbien ou d’un trio varié… Chacun met en scène une ou plusieurs de ses facettes, fantasme ou réalité, dit, murmuré ou pensé, deviné, rêvé, suscité, suggéré… 

Ma vie « bi »: tout y est possible, infiniment, érotiquement, toutes les découvertes, les ententes, tous les voyages, les poèmes… La vie en double, en triple, en quadruple, la vie en duo, la vie en solo, Eros est là, il joue, il jouit, il grandit, l’amour est là, dans l’écoute de l’autre, de son murmure, de son désir… J’entends quelque fois: Tu te disperses et ne sais plus qui tu es!
Savoir se perdre, avoir envie de perdre, de donner, c’est se retrouver merveilleusement… 

Vision idéalisée de la bisexualité? Je n’évoque que la mienne, elle est magnifique, généreuse et épanouie: du mal à croire à ces discours exaltés? l’exaltation, c’est ma vie. La patience aussi. 

Parlons d’érotisme, de jeu, de je, de tu et de vous, et pas seulement de généralités, de solution et pas toujours de problèmes, de partage et pas de jalousie… Respirons un autre air, que diable, respirons, jouissons, agissons… » 

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Vivre sa différence au quotidien 

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expression de sa double nature… 

Les « bi » s’expriment volontiers sur les difficultés qu’ils (elles) rencontrent dans leur vie quotidienne. Admettre sa bisexualité n’est pas toujours facile, c’est notamment le cas dans un couple où l’un des deux se découvre et se tourmente : comment en parler à l’autre? Ne risque-t-on pas d’être rejeté en le disant, et de se sentir coupable en ne le disant pas? 

Sylvie témoigne: « Je n’ai pas le courage d’oser répondre à celle qui me demande « Tu aimes les femmes? Tu n’es pas bi, j’espère?  » Je suis amoureuse et j’ai peur qu’elle me rejette, cela me semble impossible de lui dire . Pourtant, j’ai aussi aimé des hommes, et je n’ai pas ressenti de rejet de leur part quand je leur racontais mes amours féminines. Je veux avoir le droit d’aimer une personne pour elle-même, pas pour son sexe. » 

Ci-dessus, Hermaphrodite découvre avec une indicible curiosité son ambivalence.

La difficulté de dire sa bisexualité renvoie à une idée reçue très répandue qui consiste à croire que cela n’existe pas. Les gens qui se reconnaissent comme bisexuels se sentent alors nécessairement privés d’existence ce qui leur rend la vie impossible dans tous les sens du terme… 

Mario raconte qu’il a eu sa première expérience sexuelle avec un garçon de son âge, pendant des vacances: « je pensais que c’était normal de débuter avec quelqu’un du même sexe que moi, mais, après, j’ai eu des petites amies, et je n’ai jamais cessé d’éprouver de l’attirance pour les garçons. Je pensais que c’était une étape dans ma vie, mais pas un style de vie … » 

Si beaucoup de gens débutent leur vie érotique par des expériences homosexuelles, avant de s’installer durablement dans une vie hétérosexuelle, certaines personnes demeurent attirées par les deux sexes tout au long de leur vie . La bisexualité n’est pas nécessairement une étape de développement de la sexualité, considérée sous l’aspect de l’épanouissement érotique, elle peut même être comprise comme un aboutissement. 

Laurent parle de sa relation avec son amie : « au début de notre histoire, tout allait bien, notre vie sexuelle était très intense, mais, je n’avais jamais cessé de voir d’anciens amis avec lesquels j’avais eu des aventures. Elle est devenue très jalouse, et m’a posé un ultimatum en exigeant que je fasse un choix. J’ai préféré la rupture parce que je ne pouvais pas et je ne voulais pas m’engager en sachant que cela ne correspondait pas à ce que je suis : bi » 

Assumer sa bisexualité c’est souvent s’attirer les réprobations symétriques des homos et des hétérosexuels ! La personne bisexuelle est considérée ni plus ni moins comme coupable de traîtrise par les deux camps… Pourtant il faut rapidement surmonter ce faux problème, vivre sa bisexualité 

c’est d’abord une question d’amour pour des personnes. Peut-on être amoureux(se) de plus d’une personne à la fois? Tous les couples, quelle que soit leur orientation sexuelle, rencontrent les mêmes problèmes. 

Cette question renvoie à un autre préjugé : l’infidélité présumée des bisexuels. On pourrait croire que, face à un choix deux fois plus vaste qu’une personne « monosexuelle », les « bi » soient deux fois plus tentés et surtout actifs, Woody Allen dit des « bi » qu’ils ont deux fois plus de chances que les autres de trouver leur moitié. Or, si l’on en croit les affirmations de Catherine Deschamps dans son livre Le miroir bisexuel , il n’en est rien, les « bi » ne sont pas plus infidèles que les autres, et n’ont pas nécessairement une vie érotique plus intense. 

Martin explique comment il parvient à garder l’équilibre : « J’ai la chance actuellement de vivre deux expériences simultanément mais je donne la priorité à ma relation avec elle. Je pense que dans une relation bi, il y a toujours une relation privilégiée avec une personne (quelque soit le sexe). Pour conserver mon équilibre, je privilégie la relation avec la personne avec laquelle je me sens le mieux. Il n’est pas nécessaire de tout dire à l’autre. Je pense avoir le droit à mon jardin secret. A partir du moment où cela ne nuit pas à la relation, je ne vois aucune raison d’en parler. 

Il y a eu un temps où je me sentais obligé de me « confesser » à l’autre et de lui faire porter inutilement le poids de mes propres incertitudes. Si une autre relation devait s’imposer dans ma vie je devrais en parler, mais ce n’est pas le cas. J’arrive à rester en équilibre et à vivre pleinement ma vie affective Pour le moment ça marche. » 

Dans une discussion sur un forum internet, une question est posée: comment aimeriez-vous vivre dans l’idéal votre bisexualité? Plusieurs options sont proposées: 

– Vivre en couple hétéro et avoir une relation sérieuse avec une personne du même sexe en parallèle de votre couple (cette personne là ne vivant pas sous votre toit) 

– Vivre en couple hétéro et avoir DES relations avec des personnes du même sexe en parallèle de votre couple (ces personnes là ne vivant pas sous votre toit) 

– Vivre en couple homo et avoir une relation sérieuse avec une personne du sexe opposé en parallèle de votre couple (cette personne là ne vivant pas sous votre toit) 

– Vivre en couple homo et avoir DES relations avec des personnes de sexe opposé en parallèle de votre couple (ces personnes là ne vivant pas sous votre toit) 

– Vivre en ménage à 3
– Vivre une vie de célibataire et vaguer à des relations mixtes… Ou autre solutions !!!!! 

Les participants ont répondu en choisissant en majorité la première option, et plus rarement la seconde. Le modèle traditionnel revu et corrigé en quelque sorte! 

La bisexualité et les fantasmes 

Les pratiques bisexuelles occupent une place importante dans l’univers des fantasmes masculins et féminins. Dans le cas d’un couple qui cherche à renouveler ses plaisirs, c’est probablement la manifestation la plus spontanée qui permet de changer de partenaire (au moins virtuellement) sans menacer l’équilibre du couple… 

Une visite sur les forums de différents portails féminins montre que cette situation fantasmatique est souvent vécue de façon gourmande et ludique, même si le passage à l’acte n’a pas lieu. 

Selon l’orientation plus ou moins bisexuelle du couple les jeux seront différents. Il reste que si la bisexualité de la femme est facilement acceptée, celle de l’homme peut poser quelques problèmes. Si la plupart des hommes apprécient la bisexualité de leur compagne, ce n’est pas réciproque et beaucoup de femmes éprouvent jusqu’à de la répulsion à l’idée de partager leur compagnon avec un « troisième larron ». 

Le triolisme 

Quand un couple hétérosexuel cherche à donner un peu de piment à sa vie érotique il a souvent recours au fantasme du trio: c’est le triolisme qui met en scène deux femmes et un homme ou deux hommes et une femme. Plus chaque participant est bisexuel et plus il y a de possibilités. 

Si le thème du trio fait partie des incontournables dans le monde des 

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fantasmes, les scénarios peuvent varier considérablement selon les couples. Le fantasme se limite parfois à du voyeurisme, beaucoup d’hommes se plaisent à imaginer qu’ils assistent aux jeux érotiques de
deux femmes, en spectateurs et non en tant qu’invité. A droite, peinture
japonaise du 19ème siècle qui montre un homme découvrant son épouse
en compagnie de son jeune amant et qui s’adapte à cette situation pour sa
plus grande joie! A gauche, une autres peinture de la même époque montre une scène plus classique: un homme en compagnie de sa concubine, une jeune fille en kimono, se mêle à leurs jeux… 

L’échangisme 

Comme son nom l’indique sans ambiguïté, l’échangisme consiste à changer de partenaire. Familièrement cela s’appelle une « partie carrée » qui se joue à deux couples, la « partouze » , quant à elle, se joue à plusieurs. L’échangisme ne requiert pas de pratique bisexuelle, notamment de la part des hommes, les jeux érotiques féminins ne sont pas exclus, loin s’en faut, et parfois l’échangisme permet de découvrir une partie de soi bisexuelle. L’échange de partenaire tient également une place prépondérante dans les fantasmes et la littérature érotique. 

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Le mélangisme 

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On reprend les mêmes ingrédients, mais cette fois on ajoute la dimension bisexuelle. L’imagination et la recherche du plaisir mènent la danse… Cette pratique ne convient cependant qu’aux couples qui ont su reconnaître leurs facettes bisexuelles. Des scènes où les corps se mélangent sont très fréquentes dans la littérature érotique de toutes les époques, elles ont été également représentées dans l’art des fresques érotiques de Pompéi, à celles de l’Inde. 

Faut-il réaliser ses fantasmes ? 

En tout cas, rien ne devrait se faire sans que chacun soit pleinement d’accord. Accepter pour faire plaisir aboutit souvent à des catastrophes et peut perturber gravement la relation. Les joies érotiques ont un caractère ludique qu’il faut apprécier comme un bonheur sensuel, elles peuvent enrichir la relation d’un couple renforcer la complicité et la confiance. Le couple choisit son invité (e) qui se trouve ainsi investi d’une mission érotique. 

Il n’y a donc pas de norme et les repères sont ceux que chacun souhaite se donner. C’est au couple de décider des limites et des conditions dans lesquelles il veut réaliser son fantasme. Il faut toujours se donner la possibilité de faire marche arrière, si les réticences l’emportent sur les désirs, et respecter les émotions de chacun. Réaliser un fantasme peut présenter certains dangers, par exemple, faire l’amour dans un lieu public fait encourir une amende! Faire l’amour avec un (e) invité(e) peut faire surgir de la jalousie si la personne qu’on aime semble « trop » l’apprécier , ou si l’on se sent délaissé, ou pire « instrumentalisé ». C’est ce qui arrive quand on a l’impression de ne pas être aimé (e) pour soi-même, mais de ne servir qu’à satisfaire les fantasmes de l’autre. 

Notes de Lecture 

Le miroir Bisexuel Catherine Deschamps, Editions Balland, 2002 

« Les bisexuels, ça n’existe pas ! ». A-t-on déjà entendu proférer de tels propos sur les noirs, les blancs, les juifs, les femmes ou les gays ? Étrange démarche que de produire du sens au sujet d’une population dont la présence même est mise en doute. Mais ta demande de preuve adressée aux femmes et aux hommes bisexuels a pour leurs émetteurs une fonction: les protéger des doutes identitaires qu’ils suscitent. Fondé sur l’observation de la seule association bisexuelle française ayant pignon sur rue, le présent ouvrage met l’accent en priorité sur les caractéristiques identitaires, politiques et culturelles. La bisexualité apparaît alors , comme le terrain d’observation privilégié de l’ensemble des orientations sexuelles. Elle permet de la sorte une déconstruction des normes les plus insidieuses, communes à toutes et à tous. Car la bisexualité, plus qu’une identité pertinente en elle-même, est une délatrice de l’invisible, qui ouvre, non plus à une approche diffractée de 

la différence, mais à une compréhension holistique du phénomène des sexualités. 

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La bisexualité créatrice – Louis Corman, éditions Granger, 1994 

A la conception courante d’une opposition tranchée des deux sexes, la Morphopsychologie nous permet aujourd’hui, par une compréhension plus profonde de ce problème, de substituer la notion de bisexualité. La thèse que Louis Corman expose dans cet ouvrage, est que cette bisexualité est générale, car toute femme a en elle du masculin, et tout homme du féminin. Dans l’examen morphopsychologique d’un visage, la composante sexuelle secondaire, même discrète, se révèle nettement. Sur cette base, l’Auteur souligne – et c’est la partie la plus originale de son étude – qu’il est essentiel de déterminer si les deux sexes, dans un même individu s’opposent, en créant dans la personnalité un déséquilibre plus ou moins perturbant, ou si au contraire, ils s’allient et s’enrichissent dans une action commune.Le docteur Corman étaie sa thèse sur l’exemple de personnages connus, femmes autant qu’hommes, dont l’oeuvre créatrice porte la marque de la bisexualité.On avait déjà souligné avant lui, que cet alliage des deux sexes se rencontre en 

particulier chez nombre de personnalités de génie. Ceci se confirme notamment dans une domaine où l’on ne s’y attendait guère : le domaine de la Science (ex: Einstein). 

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Bisexualité le dernier tabou – Rommel Mendes-Leité, Calman Lévy, 1996 

La bisexualité reste un continent secret, inexploré, mystérieux. Avec la menace du SIDA, elle est aussi devenue un sujet d’inquiétude.Qui sont les bisexuels ? Sait-on combien ils sont, où ils se trouvent, comment ils se comportent ? Ils passent d’une sexualité à l’autre sans prévenir, se jouent des statistiques comme des discours normatifs. Ce livre leur donne la parole. Nous découvrons leur infinie variété, leur douleurs, leur plaisirs, leur histoire et leur quotidien. Comment peut-on se sentir hétérosexuel, vivre avec femme et enfants et avoir des rapports avec d’autres hommes ? La bisexualité « occasionnelle » ou non, implique-t- elle le multipartenariat, voir la promiscuité ? Contraint-elle au mensonge ? Pourquoi la voit-on plus souvent comme une variation de l’homosexualité que comme un élargissement du désir hétérosexuel ? Sommes-nous tous des bisexuels ?Rommel Mendès-Leité nous invite à faire un voyage troublant dans des régions le plus souvent cachées de nos désirs et penchants sexuels. Il a réuni, pendant trois ans, des 

centaines de témoignages dont il a gardé ici les plus significatifs. 

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Bisexualité et différence des sexes – Collectif sous la direction de J.-B. Pontalis 

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Au commencement était le mythe, limpide comme les eaux dans lesquelles se baignaient Hermaphrodite et Cénis. Le premier, bel adolescent, fut violé par la nymphe Salmacis ; dans sa détresse, il obtint des dieux, dit Ovide, « que tout homme après s’être baigné dans ces ondes, n’ait, quand il en sortira, que la moitié de son sexe » ; la deuxième, la plus belle des vierges de Thessalie, fut violée par Neptune, le dieu des eaux, qui exauça son voeu qu’après un tel outrage elle n’en subît plus aucun et lui accorda de n’être plus une femme, mais un guerrier que nulle flèche ne pourrait atteindre… 

l’érotisme Divinisé 

Photographies de Raymond Burnier 

Réédité en association avec le Temple Hindou. Préface de Jean-Louis Gabin.
Éditions du Rocher, 2002. 

Religion, Sexualité, Mystique. Avec son don de réduire à quelques formules très claires une matière complexe, Alain Daniélou a composé une initiation succincte mais complète au mysticisme hindou et à ses rapports avec l’érotisme. Jacques de Ricaumont, Combat, Mars 1974 Alain Daniélou (1907-1994), neuf ans après sa mort n’a pas été oublié par les éditeurs, au moment où Paris et la France honoraient les écrivains de l’Inde venus jusqu’à nous. 

Voici donc cette nouvelle édition de l’érotisme Divinisé suivi du Temple hindou, précédés d’une fort belle analyse de Jean-Louis Gabin, Les Pierres charnelles du temps. Le premier texte d’Alain Daniélou, de 1962, porte sur la métaphysique de l’érotisme, tel qu’il est vécu et représenté dans l’art et la littérature sacrés de l’Inde. Il nous fait pénétrer au c¦coeur de l’élément érotique en tant qu’il est l’un des plus puissants vecteurs de la pensée de l’hindouisme-et de la pensée 

humaine.
Dans ses deux parties suivantes (qui datent de 1977), consacrées au temple hindou, le célèbre indianiste et musicologue nous emmène dans une pénétration à la fois architecturale et mystique des temples (shikara), des sanctuaires (garbha griha, la « demeure de l’embryon) et finalement des mandapas ou vestibules, étant entendu que le linga, le saints des saints de chaque temple, symbolise l’axe du monde, dont le réceptacle est l’arghya, la matrice du monde ou yoni (vagin). Puis Daniélou en vient à traiter des dieux, qui peuplent ces temples élevés à leur gloire et à leur amours. Au sommet de la pyramide divine trouvent Shiva et sa Shakti, son énergie féminine, Vishnou, l’omniprésent, et Brahmâ. Dans un dernier chapitre, Daniélou nous explique la valeur pédagogique en même temps que contagieuse de cet art érotique de l’hindouisme, dont l’une des caractéristiques est d’attirer (sans doute aux deux sens du terme) les fidèles et de leur enseigner la libération sexuelle comme premier stade vers la libération mystique.
Cette édition, accompagnée de superbes photographies dont celles en noir et blanc sont de Raymond Burnier et Alain Daniélou, nous permet de retrouver enfin l’un des grands textes de l’indianiste français sur l’ineffable intrication qui existe entre l’érotisme bien compris et de divin- en Inde, et sans doute dans toutes les mystiques. 

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Bibliographie 

Claude Aron, La Bisexualité et l’Ordre de la Nature, Odile Jacob, 1996 Élisabeth Badinter, XY, de l’identité masculine, Odile Jacob, 1986 

Eva Cantarella, La Bisexualité dans le monde Antique, selon la nature, l’usage et la loi, Éditions La Découverte, 1998 

Louis Corman La bisexualité créatrice 

Alain Daniélou, l’érotisme divinisé, Éditions du Rocher, 2002 

Christian David, La Bisexualité psychique, Payot 

Marie Delcourt, Hermaphrodite: mythes et rites de la bisexualité dans l’antiquité, P.U.F. 

Catherine Deschamps, Le miroir bisexuel 

Jean-Luc Henning, Bi, Gallimard , 1996 

Klein, F, The bisexual option, Haworth Press, New York, 1993 

Michel Larivière, Homosexuels et bisexuels célèbres, Delétraz Éditions 

Collectif sous la direction de J.-B. Pontalis, Bisexualité et différence des sexes Éditions Gallimard, collection Folio, Essais 

André Rauch, L’identité masculine à l’ombre des femmes, Hachette Littératures, 2004 Rommel Mendes-Leité Bisexualité le dernier tabou – Éditions Calman Lévy Charlotte Wolff (Dr), Bisexualité, Stock 

LES SITES DE RENCONTRE: UNE ARNAQUE?

Du Minitel Rose à Internet

La révolution informatique nous à fait passé du mode artisanal à l’industriel.

Petit retour en arrière: dans les années 80, la France voulant faire, comme d’habitude, preuve d’originalité a développé un outil informatique Le Minitel censé remplacer l’annuaire téléphonique papier.

Fourni gratuitement par la poste, il est devenu rapidement une vitrine de nombreuses entreprises commerciales comme outil publicitaire.

Les éditeurs d’annonces de rencontre diverses et variées ont tout de suite vu l’opportunité de développer leur chiffre d’affaire. On a vu fleurir ainsi des dizaines de sites de rencontre à caractère libertin et « matrimonial »(pour le côté honorable). Le journal Libération possédait à l’époque de nombreux sites de ce genre.

Si nous retrouvions les mêmes problèmes que pour la presse, c-a-d un déficit d’annonces féminines par rapport aux masculines, l’avantage du Minitel a été la possibilité d’échanger en direct.

En effet les revenus, fonction du temps passé, étaient partagés entre les Télécoms et les éditeurs. Le Tchat était né!

Rapidement s’est posé le même problème qu’évoqué précédemment: le déficit féminin.

Qu’à cela ne tienne, les éditeurs ont trouvé la solution: des animatrices, voire des animateurs se faisant passer pour des femmes. Ainsi derrière certains sites de Minitel Rose, on pouvait en trouver une bonne dizaine .

Affaire particulièrement rentables pour certains éditeurs!

L’arrivée d’internet en France a progressivement remplacé le Minitel.

Aujourd’hui, la plupart des sites de rencontres sont accessibles sur son téléphone portable, permettant à tout un chacun de se connecter moyennant finance.

Ils nous garantissent tous de leur sérieux, de l’absence d’animatrice ou de professionnelle. On peut en douter!

Néanmoins les rencontres sont possibles. Mais comme j’ai pu l’écrire précédemment, les attentes des hommes et des femmes ne sont pas les mêmes. Ce qui est source de déception, de frustration, et d’insatisfaction.

C’est un marché de dupe où chacun essaye de se mettre en valeur, pour être le « meilleur produit possible », oubliant délibérément quelques précisions dommageables pour ses projets et affirme en même temps ses exigences, et conditions.

Les Sites de Rencontres: une affaire rentable pour les éditeurs.

L’avenir avec Google semble nous réserver un monde encore plus merveilleux. Nous n’aurons même plus besoin de nous rencontrer remplacée par nos avatars.

LES SITES DE RENCONTRES: UNE ARNAQUE?

Sans aucun doute un peu mais pas complètement et tout dépend pour qui!

Décryptage

  • Pourquoi utiliser un site de rencontre?
  • Qui rencontrer?
  • Quelle est la finalité de cette rencontre?

Petit historique: les sites de rencontres sont, en quelque sorte, une émanation des annonces matrimoniales que l’on pouvait trouver, il y a encore quelques années dans de nombreux quotidiens.

Avec la libération des mœurs et la levée de la censure, la pornographie a commencé à se développer.

Des journaux et magazines libertins sont apparus. « Le petit libertin » créé dans les années « Giscard » avaient plusieurs pages d’annonces de rencontre à caractère exclusivement sexuelle: l’échangisme, par exemple » permettait de changer de partenaire sans remettre en question le couple (c’est très théorique). On peut dire qu’on en était encore à l’époque du Troc, l’être humain n’étant pas encore devenu une marchandise.

Pour être honnête, l’initiative de l’annonce était essentiellement masculine, ce qui ne veut pas dire que quelques femmes n’aient pas profité de la situation.

On constate, en effet, que le désir masculin et féminin n’est pas de même nature. Le désir masculin, surtout lorsque l’homme est jeune est dominé par le pulsionnel, c-a-d le sexuel alors que le féminin l’est par le relationnel, c-a-d l’affection, la tendresse, l’amour.

Le sexe étant secondaire chez la femme (en tant que conséquence), on ne trouvait que peu d’annonces de femmes à tel point que les éditeurs de ces revues d’annonces en créaient un certain nombre pour stimuler leur vente.

J’ai ainsi pu avoir entre les mains quelques milliers de lettres adressés à l’époque à des femmes imaginaires. Puis avec l’informatique est apparu en France le Minitel et plus particulièrement le MINITEL ROSE avec ses animatrices. à suivre…

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Un heureux évènement

La venue d’un enfant dans un couple semble être, à priori, un heureux événement, sauf que dans les deux ans qui suivent 25% des couples concernés se séparent et ne parlons pas de la majorité des autres! 

Seule une poignée, de nos jours, arrive à surmonter «ces moments de bonheur»! Comment expliquer cela et quelles sont les solutions, car malgré tout, il en existe. Avant la grossesse de Madame on imagine que la venue d’un enfant va consolider le couple, le renforcer, le solidifier…On n’imagine jamais qu’une personne aussi petite puisse provoquer autant de chamboulements sur la vie du couple qui devient une famille. Auparavant tout semblait se passer pour le mieux: les yeux dans les yeux, l’amour et le désir étaient presque toujours au rendez-vous. Puis brutalement, son désir à elle semble diminuer, l’amour est présent, mais elle se sent un peu plus fatiguée, parfois nauséeuse; des changements hormonaux sont en cours ; ils vont modifier profondément la sexualité du couple. En effet si la femme toujours amoureuse ressent moins de désir, son partenaire ne comprend pas qu’elle ait moins envie de faire l’amour, c’est le début des frustrations. Fort heureusement, un répit survient: le deuxième trimestre de grossesse s’annonce sous de meilleurs auspices: l’augmentation de sécrétion de progestérone et de testostérone associée redonne un coup de vigueur au désir féminin, sauf que le ventre rond de madame commence à troubler Monsieur. Ce n’est plus vraiment sa femme, mais une future mère qu’il a devant lui. Elle n’est plus comme avant, aussi séduisante et puis ne risque-t-il pas de détraquer quelque chose, de blesser l’enfant à naître. Il n’est plus seul avec elle! Ce retour libidinal est de courte durée; le troisième trimestre est là: le ventre devient plus gros, la fatigue s’accentue ainsi que tous les petits problèmes liés à la grossesse, douleurs, insuffisance de lubrification, gênes, etc… Il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails. 

Le conflit conjugal est latent car Monsieur commence à se sentir en situation de manque. Il contient sa frustration, se disant que dans quelques semaines tout sera revenu dans l’ordre, sauf qu’après avoir accouché, les choses ne vont pas s’améliorer ; l’appareil génital féminin a besoin d’un certain temps pour retrouver sa configuration normale et par ailleurs il la trouve un peu déprimée (le fameux baby blues), indifférente, totalement centrée sur son enfant.

Les nuits sont plus difficiles, entrecoupées des biberons ou de la tétée. Il se réveille de mauvaise humeur surtout que les rapports sexuels n’ont toujours pas repris: «excuse moi, je suis fatiguée, soit patient; cela ira mieux dans quelques temps.»

Déçu ne plus retrouver la femme des débuts, il commence à regarder les autres femmes; à la maison, elle lui demande de l’aider, de s’occuper un peu plus de l’enfant, ce qu’il fait avec plus ou moins bonne grâce; mais c’est pas trop son truc! peut-être plus tard quand il pourra s’en faire un copain ou une amie, les choses seront différentes. En attendant, elle ne se sent pas comprise et son désir devient de moins en moins important. Déjà avant la grossesse, ce n’était pas extraordinaire, mais ils étaient amoureux et elle avait envie de lui faire plaisir de lui montrer son amour comme si faire l’amour fabriquait de l’amour.

Mais il est devenu désagréable, toujours en train de critiquer la moindre chose. Elle a repris son travail et lorsqu’elle rentre le soir, elle doit s’offrir en plus les corvées ménagères. 

Tout cela semble très caricatural et pourtant très proche de la réalité vécue par de nombreux couple. Il est simple, voire simpliste d’en attribuer l’entière responsabilité à cet «heureux événement». On ne peut nier que la grossesse, l’accouchement, le post-partum, l’élevage et l’éducation d’un ou de plusieurs enfants ne puissent transformer le couple. En fait les «difficultés» inhérentes à la vie ne sont la plus part du temps que les révélateurs d’une situation préexistante. L’euphorie de l’amour naissant masque la réalité de chacun. On est dans la séduction, ne voyant et ne montrant que les choses qui nous plaisent. Bien sûr les défauts de chacun sont présents, mais on se dit qu’avec le temps, cela s’arrangera, qu’il ou qu’elle changera.

Que faire alors pour éviter cela?

Passé les premiers feux de l’amour, les voiles commencent à s’entrouvrir ; on commence à découvrir que l’autre n’est pas l’homme ou la femme idéale. Les choses semblent subtiles et sans importances et pourtant, elles seront le terreau sur lequel le couple risque d’aller à sa destruction. La première chose à faire est donc de jouer carte sur table ; s’il y a erreur de casting il vaut mieux agir dès maintenant car la naissance d’un enfant  qui devrait symboliser l’union du couple ne va pas arranger les choses mais plutôt les compliquer.  L’amour devrait nous permettre d’accepter l’autre dans ses différences à condition d’en être conscient. Avant la rencontre chacun avait sa propre histoire, son propre système de référence, un dictionnaire différent, il va falloir en construire un commun où mes mots, les expressions, les attitudes auront le même sens et ne seront plus source d’interprétation et de distorsion.

Ne jamais perdre de vue non plus que créer un couple puis une famille, c’est « rompre » les liens avec celle d’où on est issu. Si on a toujours des parents « aimable », nous ne sommes plus les enfants de… Facile à dire, mais pas toujours facile à faire quand sa compagne passe tous les jours 1h au téléphone avec sa mère ou quand Monsieur va bricoler tous les samedis avec son père. Ne parlons pas des déjeuners dominicaux hebdomadaires! Cette rupture qui n’est pas un manque d’affection est  indispensable si le couple désire vraiment construire sa propre vie. Se parler, communiquer, échanger, se respecter, s’accepter dans ses différences, rompre avec son passé permettront au couple de se construire et d’envisager toutes les perturbations  naturelles de la grossesse, de la maternité et l’arrivée d(une nouvelle personne avec le maximum de sérénité

EN QUELQUE SORTE,  FAIRE LE DEUIL DE CE QUE L’AUTRE N’EST PAS.

C’est à partir de cet instant que le couple pourra se construire pour le pire, mais surtout pour le meilleur.

Patrice CUDICIO

Le Meilleur des Mondes

L’amour virtuel est enfin possible.

Mode d’emploi

Une connexion internet

Une Box

Un ou plusieurs contacts sur les sites de rencontres ou réseaux sociaux et ce quelque soit la distance

Un ordinateur, une tablette ou un smartphone

Aucun risque d’IST (infection sexuellement transmissible), de conflit conjugal (la connexion peut-être interrompue à tout moment.

Enfin mise au point de l’envoie de « paillettes congelées de sperme » si désir d’enfant

ET LE TOUR EST JOUÉ.

J’oubliai l’essentiel: https://youtu.be/u1GLaaPZLMo; c’est en anglais mais suffisamment explicite.

Un peu de lecture pour passer le temps dans cette époque perturbée. LE MEILLEUR DES MONDES (Aldous Huxley)

Cancer de la Prostate.Faut-il multiplier ses conquêtes?

Selon la revue European Urology Focus portant sur des données de la littérature publiée entre 2007 et 2017, l’activité sexuelle aurait un effet bénéfique sur la prostate. Elle diminuerait le risque de développer un cancer . Une de ces études a montré que le fait d’avoir plus de 20 partenaires sexuels et ce quelque soit le sexe permettait de diminuer le risque de développer un cancer de la prostate. Par contre, il n’a pas été montré, à ce jour, de corrélation entre IST (infection sexuellement transmissible), précocité des premiers rapports ou vasectomie et survenue de cette affection. On pense, en effet, que l’action protectrice des rapports sexuels soit lié au nombre d’éjaculations. Deux hypothèses ont été émises pour expliquer l’action positive des rapports sexuels et surtout de l’éjaculation:

D’une part l’augmentation de la fréquence des éjaculations réduirait la présence de certains cristaux à l’intérieur de la prostate favorisant la survenue du cancer.

D’autre part ils diminueraient par la résolution de tension l’activité sympathique liée au stress.

Ref: Univadis

La Pornographie!

Elle envahit inexorablement l’univers médiatique soulevant des réactions fortement contrastées dont nous allons faire l’écho dans ce dossier. Pourquoi est-ce si compliqué de définir la pornographie? Peut-on parler d’une histoire de la pornographie? Quels sont ses buts, ses cibles, pourquoi fait-elle peur à certains tandis qu’elle en fait rire ou en dégoûte d’autres? Que l’on soit pornophobe ou pornophile, autant savoir de quoi on parle, et mesurer la valeur de nos arguments en regard de notre culture, nos représentations sociales, notre éducation, nos principes. Et pour tous ceux qui veulent en savoir plus, une bibliographie et  des sources internet…

– Définir la pornographie. Pornographie ou représentation explicite de la sexualité? Les repères historiques

– Pornographie et érotisme

– Les dangers de la pornographie

– Les chiffres qui « tuent », l’industrie pornographique, une affaire très lucrative…

-A quoi sert la pornographie?

– Le film X et l’expression du désir féminin

– Les féministes et la pornographie, la littérature féminine, l’hyperréalisme du discours sur le sexe

– Portraits ( Cicciolina… Ovidie…)

– Bibliographie

Voir le dossier

Comment l’imagerie érotique devient pornographique

L’imagerie érotique recouvre en fait toutes les représentations à caractère sexuel. On ne peut la limiter à la seule image comme la peinture ou la photo, car la sculpture ou la littérature et même la musique sont tout à fait capables  d’influencer notre imaginaire ou nos fantasmes. (voir de dossier).

JOYEUX NOËL

Sexologie-Magazine vous souhaite une Joyeux Noël