LE SYNDROME D’EXCITATION GÉNITAL PERMANENT OU PERSISTANT (SEGP)

Sa prévalence, c-a-d sa fréquence est de l’ordre de 1%. Si ce trouble peut exister chez l’homme, il semble plus fréquent chez la femme. En fait, on ne devrait jamais utiliser le terme « excitation » qui prête à confusion et qui laisse entendre qu’elle est nymphomane ou obsédée sexuelle mais plutôt d’irritation car il n’y a pas d’excitation sexuelle à proprement parler. Il existe plutôt une distorsion dans l’interprétation des sensations perçues : irritation et excitation sont tous les deux des phénomènes inflammatoires. Et si l’excitation sexuelle peut aboutir à un orgasme résolutif, ce n’est pas le cas pour l’irritation. Je vais donc reprendre la définition du Dr Waldinger en changeant le mot excitation par irritation, plus juste.

Critères de définition du syndrome d’irritation génital persistant

-Apparition d’une irritation clitoridienne ou vaginale persistant sur une période allant de plusieurs heures à plusieurs jours, voire plusieurs mois. -L’irritation sexuelle n’est pas en rapport avec un désir sexuel subjectif. -La cause de l’irritation sexuelle ne peut être identifiée -L’irritation sexuelle permanente est ressentie par la patiente comme intrusive et non voulue. -L’irritation sexuelle est au minimum vécue comme une détresse psychologique modérée≥ 4 sur une échelle allant de 0 à 10.

Pourquoi changer le terme excitation par irritation ? Ce dernier dans ses représentations conscientes et inconscientes évoque plus une pathologie qu’une obsession sexuelle, il est donc nettement moins culpabilisant.

La recherche d’une étiologie et donc d’une explication a amené Waldinger à y associer le symptôme des jambes sans repos, une hyperactivité vésicale, une hyperesthésie douloureuse à la pression au niveau de la zone génitale.  Les auteurs de l’article étant urologues donc avec une orientation très organiques, nous allons constater que les hypothèses étiologiques émises n’apportent pas d’explications satisfaisantes permettant de résoudre le syndrome.

Hypothèses étiologiques :

Psychologiques :  si certaines études, selon les auteurs vont retrouver des troubles psychiatriques à type de dépression ou de syndrome bipolaire, des abus ou violences sexuelles, une anxiété généralisée, d’autres ne retrouverons pas de passé psychiatrique. Varices pelviennes : Dans quelques rares cas, il a pu être retrouvé une pathologie artério-veineuse au niveau génital. Il est désormais facile de les éliminer par l’échographie, l’artériographie, et l’IRM. Les antidépresseurs : S’ils améliorent un état dépressif, ils ont souvent pour effet secondaire d’empêcher l’orgasme et donc ne pas permettre la résolution d’une tension qui n’est pas que sexuelle. Donc leur action est très variable d’une personne à une autre. Ils vont parfois améliorer ce syndrome et parfois l’aggraver. Les hypothèses neurologiques : Aucune donnée n’a permis d’identifier spécifiquement une origine centrale (le cerveau) ou périphérique (les nerfs). L’existence de neuropathie a pu être évoqué. Il est vrai que lorsque l’on cherche, on trouve toujours quelque chose. Quant à dire que la « trouvaille » en est responsable, c’est une autre histoire. L’hypothèse hormonale : Le fait que les symptômes surviennent plus fréquemment au moment de la ménopause a pu faire suspecter une origine hormonale. Mais aucune anomalie n’a pu être retrouvée lors de dosages hormonaux.

Le traitement

Nous allons voir comment, il est possible d’améliorer, voire de résoudre le problème.

Dans un premier temps, il est important d’éliminer une éventuelle cause organique, physique, psychiatrique ou iatrogène (médicamenteuse) tout en sachant qu’il n’est pas certain que ce soit la solution du problème. Un professionnel compétant et connaissant le sujet sera indispensable. En fait et bien que cela paraisse rassurant et plus facile à soigner, la solution ne se situe pas le plus souvent au niveau sexuel, vasculaire, neurologique ou hormonal. Si certains médicaments psychotropes sont parfois utiles et efficaces dans un premier temps, leur efficacité est le plus souvent limitée dans le temps.

La solution

Il faut déjà éliminer la masturbation, le sextoy et les rapports sexuels qui ne feront qu’aggraver la situation. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce symptôme (ce n’est pas un syndrome) est une métaphore, il est une représentation physique d’une problèmatique psychologique inconsciente. Depuis notre enfance, nous construisons plus ou moins bien une double représentation de nous-même : une première consciente, rationnelle, pas toujours objective et une autre inconsciente totalement subjective. S’il est facile pour un homme d’avoir une représentation objective de son sexe, ce n’est pas toujours le cas de beaucoup de femmes qui n’ont qu’une connaissance parcellaire de leur sexe. Ayant eu l’occasion de soigner de nombreuses femmes pour mariage ou union non consommée, il m’est apparu que si celles-ci savaient qu’elles avaient un sexe, elles n’en avaient aucune connaissance. Ainsi toute tentative de rapport sexuel était vécue comme un risque de pénétration d’un « corps étranger » dans le corps et non dans une cavité du corps (inconnue). D’où ce reflexe de défense, provoquant une contraction des muscles du périnée. Le rapport est douloureux voire impossible. C’est ce même mécanisme qui explique la douleur du premier rapport sexuel et non la « déchirure » d’un hymen qui n’a pas d’innervation. Avoir accès aux représentations inconscientes du sexe responsables de ce symptôme est possible en utilisant certaines thérapies dissociatives qui vont permettre à l’esprit conscient d’avoir accès aux représentations inconscientes, différentes pour chaque personne. Cette complexité nécessite un approche thérapeutique personnalisée. La plus efficace dans mon expérience est l’hypnose, mais réalisé par un(e) hypnothérapeute formé(e) à la sexologie. Les autres techniques thérapeutiques EMDR et TCC sont moins efficaces. 

Explications

Lorsque l’on évoque une représentation inconsciente, beaucoup croient que c’est juste la vue d’un esprit un peu perturbé. En fait les informations conscientes et inconscientes ne sont pas enregistrées dans les mêmes structures cérébrales. Si les conscientes sont plutôt dans le cortex, les inconscientes le sont au niveau des structures archaïques (le souvenir est toujours une reconstruction). L’imagerie fonctionnelle cérébrale a pu permettre d’observer un déplacement de l’activité cérébrale en hypnose. Ces structures archaïques (à l’origine des manifestations appelées psychosomatiques) agissent sur le corps par l’intermédiaire du système nerveux autonomes et des neuromédiateurs, insensibles à la volonté et aux raisonnement cartésiens.

Vous souhaitez consulter: sexothérapeute, hypnothérapeute, thérapie de couple

Auteur/autrice : Patrice Cudicio

Médecin

Sexualités: Le Magazine de toutes les sexualités

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