LES DYSÉRECTIONS

Entretien avec le Dr Patrice Cudicio, médecin, responsable d’enseignement pour le Diplôme Inter Universitaire de Sexologie du Grand Ouest

En tant que sexologue, rencontrez-vous beaucoup de patients qui viennent vous voir pour des troubles de l’érection ? Constatez-vous une recrudescence particulière de ce phénomène ? Et si oui, comment l’expliqueriez-vous ?

Oui, c’est un des principaux motifs de consultation, cependant, on ne peut pas dire qu’il y en ait plus aujourd’hui qu’il y a une dizaine d’années. La demande évolue cependant car aujourd’hui on sait qu’il est possible d’y remédier grâce à certains medicaments. La médiatisation du symptôme et de ses traitements expliquent aussi que si le nombre de cas n’est peut-être pas plus important qu’il y a 20 ans, les demandes sont cependant plus fréquentes! Par ailleurs, les patients qui viennent consulter ont parfois déjà eu un traitement qui n’a pas donné les résultats attendus, dans ce cas, des examens complémentaires doivent être envisagés avant d’adopter une attitude thérapeutique.

Quels « conseils d’urgence » donneriez-vous à un homme – et à un couple ! – confronté pour la première fois à une panne d’érection ? 

Pas de panique! Il peut s’agir simplement d’une fatigue ou d’un stress passager. Surtout s’il s’agit d’un homme jeune et en bonne santé. La survenue d’érections matinales et nocturnes doit rassurer. 

En cas de dysérection, préconisez-vous de consulter dès les premières manifestations ? Ou au contraire d’attendre de voir la durée et l’importance du trouble ? 

Oui, il faut consulter rapidement notamment si cette dysérection est source d’inquiétude. L’angoisse d’un nouvel échec s’ajoute alors au symptôme et l’aggrave. 

Comment les hommes réagissent-ils face à ce problème ? Pensez-vous que beaucoup d’hommes ont tendance à reculer l’échéance de la consultation, par gêne ou honte ? Ont-ils tendance à se dire « ça va s’arranger » ou à jouer la politique de l’autruche ? Et sont-ils à l’aise quand vient l’heure de consulter ? 

Ce n’est pas si simple, tout dépend d’abord de qui émane la demande. Une panne sexuelle peut aussi être en rapport avec un manque de désir. Il arrive qu’elle ne survienne que dans certaines circonstances. Quand le patient est motivé, il n’hésite pas à consulter. Malheureusement, on voit encore trop fréquemment des hommes venir consulter, plusieurs mois, voire plusieurs années après l’apparition des premiers symptômes.
Il faut également savoir, chose très importante qu’une dysérection peut être un signe évocateur d’un risque cardio-vasculaire (infarctus, AVC). 

Dans le même ordre d’idée, est-ce que dans la psyché masculine, la dysérection est vécue comme une atteinte grave à l’identité sexuelle, à la virilité ? Quelle est votre position à ce sujet ? 

Tout dépend de l’investissement personnel et de la place que tient la sexualité. Bien entendu, le retentissement psychologique est toujours présent. L’identité sexuelle n’est pas remise en cause, mais davantage le rôle sexuel. Certains hommes pensent qu’arrivés à un certain âge, c’est normal. L”’impuissance” sexuelle peut être évocatrice d’autres impuissances: vis à vis de soi, de l’autre ou de la société! 

En général, comment le vit la (le) partenaire ? On parle rarement de l’impact d’une dysérection sur l’autre membre du couple…? 

L’autre membre du couple peut aussi se sentir en échec, penser qu’il (elle) n’est plus desirable; nombreuses sont les femmes qui évaluent l’amour de leur conjoint à la qualité de leur érections! Mais le plus souvent, c’est une frustration qui apparaît. Dans certains couples, le (la) partenaire préfère passer le problème sous silence, ou tenter d’appliquer des recettes érotiques pour stimuler le désir de l’autre, ce qui peut avoir un effet encore plus inhibant

En tant que sexologue faites-vous le distinguo entre une panne d’érection passagère, circonstanciée, et un problème plus long, plus profond ? 

Une panne d’érection doit toujours être considérée dans tous ses aspects. Le médecin sexologue fera un bilan afin de vérifier si le patient présente des problèmes hormonaux, cardio-vasculaires, urologiques, neurologiques, ou psychiatriques. Il tiendra compte également des conditions psychologiques, et du climat relationnel au sein du couple, ainsi que du contexte social: chômage, licenciement,etc….


En matière de dysérection, où s’arrête le travail du sexologue et où commence celui de l’urologue, de l’endocrinologue ou autre spécialiste ? 

La mission du médecin sexologue consiste à porter un diagnostic précis et de conseiller une attitude thérapeutique. Il arrive en effet qu’il soit amené à diriger son patient vers un autre spécialiste notamment si une intervention chirurgicale est envisagée ou encore chez un angiologue ou radiologue. A l’heure actuelle, on peut considerer la sexologie ou plutôt la médecine sexuelle comme une spécialité à part entière nécessitant une formation spécifique. 

Justement lorsque la dysérection a une origine physique, médicale, quelles peuvent être les différentes causes identifiables ? (vous pouvez faire court là-dessus, j’ai les informations sur votre site) L’alimentation et l’hygiène de vie jouent-elles un rôle important ? 

Pour que l’érection puisse se produire, il faut que le climat hormonal soit normalement équilibré, que la circulation sanguine soit satisfaisante et qu’il n’y ait pas de lésion neurologique. On va donc rechercher des causes dans ces directions. Il y a bien sûr des facteurs favorisant: diabète, tabagisme, alcoolisme, toxicomanie. Les dysérections peuvent aussi être un signe d’une maladie cardio-vasculaire. Enfin, il vérifiera également s’il existe une cause iatrogène, c’est-à-dire un traitement médical qui peut perturber l’érection. 

Lorsque la dysérection a une origine psychologique, quelles peuvent être les différentes causes identifiables? 

Le climat relationnel au sein du couple peut être responsable de pannes d’érection, mais celles-ci peuvent aussi être un indice révélateur d’une dépression ou d’un stress: soucis professionnels, conditions de travail, problèmes d’argent… Tout ce qui est facteur d’inquiétude et génère un sentiment d’insécurité peut avoir un retentissement sur la sexualité: baisse du désir, et dysérections. Toute situation où l’homme éprouve la sensation d’avoir perdu son pouvoir: pouvoir par rapport à lui même, à son épouse, sa famille ou vis-à-vis de la société peut être responsable d’un sentiment d’impuissance donc de dysérection. 

Prenons le cas d’un homme, 35-45 ans, en assez bonne santé, cadre citadin, vivant en couple. D’où peut venir la dysérection ? Comment va-t-il la vivre ? Comment allez-vous l’aider à y remédier? 

A priori, elle est plutôt et par expérience d’origine psychologique, mais il faudra toujours faire la part des causes organiques et psychologiques, puis s’assurer que le couple n’a pas de conflit important. Si le patient consulte rapidement, le sexologue pourra dissiper nombre de ses inquiétudes, lui expliquer les choses, lui donner des conseils et prescrire un traitement adapté. 

Globalement quels sont les différents traitements ou solutions contre les troubles de l’érection ? Vous-même, en tant que sexologue, que préconisez-vous le plus souvent à vos patients ? Et que pensez-vous des solutions chimiques, Viagra ou autres ?


Depuis quelques années la sexologie médicale dispose de médicaments très efficaces pour soigner les troubles de l’érection que ceux-ci soient d’origine physique ou psychique: ce sont le Viagra®, le Cialis®, et le Levitra®, (les IPDE5 inhibiteurs de la phosphodiestérase 5). Ils agissent tous les trois de la même façon. Ce sont de véritables médicaments et non pas des formules magiques. Ils ont pour avantage de pouvoir être pris par voie orale. Cette prescription sera d’autant plus efficace, qu’elle sera accompagnée d’explications et conseils pratiques. En cas d’échec de ce type de traitement on pourra faire appel aux injections intracaverneuses qui court-circuitent en grande partie la dimension psychologique; ce sont l’Edex® ou le Caverject®. 

Comment agissent-ils de manière simple?


L’excitation est un processus psychique; elle déclenche la sécrétion par le cerveau d’un neuro-médiateur appelé dopamine (disons pour simplifier que c’est l’hormone de l’excitation sexuelle). La dopamine va être responsable d’une réaction en chaîne dans l’organisme et induire la sécrétion d’une substance responsable du relâchement de petits muscles de la verge (les fibres musculaires lisses). Le sang va pouvoir entrer dans la verge et l’érection se met en place, à condition que l’anxiété et le stress ne soient pas trop importants; en effet l’adrénaline sécrétée en cas de stress agit en sens inverse sur ces petits muscles.
Mais au fur et à mesure que cette substance active relaxante est fabriquée, elle est transformée en substance inactive par une enzyme, la fameuse PDE5.
Donc ces trois médicaments vont empêcher cette transformation et permettre à l’érection de se maintenir.
Nous comprenons donc qu’ils ne sont efficaces que s’il y a de la dopamine donc de l’excitation. Ils sont totalement inefficaces dans le cas contraire.


Il existe de plus en plus de produits vendus en parapharmacies supposés combattre les troubles de l’érection. Qu’en pensez-vous ? 

Il s’agit généralement de substances supposées stimulantes, voire aphrodisiaques. Cependant leur efficacité comme leur innocuité restent à démontrer. Mieux vaut s’abstenir… Ces produits n’ont d’intérêt réel que pour les fabricants! 

Vous semblez réfuter l’efficacité de la psychanalyse lorsqu’il s’agit de solutionner les problèmes de l’érection ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi? 

La psychanalyse conduit dans un parcours introspectif et ne prétend pas avoir pour objectif de faire disparaître les symptômes, d’ailleurs, si cela se produit, cela ne signifie pas que le problème soit résolu en regard de la perspective psychanalytique. Il s’agit d’une démarche qui s’inscrit dans une durée de plusieurs années. Les patients qui souffrent de pannes sexuelles, ont hâte de voir disparaître le symptôme. Je ne mets pas en doute l’intérêt de la psychanalyse dans une trajectoire d’exploration de soi, je précise seulement qu’il ne s’agit pas d’un outil utilisable en médecine sexuelle. 

Finalement, est-ce qu’on peut dire qu’à moins d’un gros handicap physique, c’est « dans la tête que ça se passe » ? 

Les causes physiques ne sont pas nécessairement de gros handicap, un léger déficit hormonal peut être à l’origine d’une panne sexuelle. Cependant, les facteurs organiques, psychologiques et relationnels sont souvent étroitement mêlés. Enfin, l’importance et le sens donné à la sexualité jouent un rôle dont il convient de souligner l’importance. Disons qu’avant 50 ans, l’étiologie est plus souvent psychologique , par contre après 50 et surtout si on a été fumeur, qu’on a un cholesterol élevé, elle sera plutôt organique (physique).

Auteur/autrice : Patrice Cudicio

Médecin

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